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Album
Miracleman
Série : Miracleman    tome  

Scénario : Alan MOORE
Dessins : Alan DAVIS, Garry LEACH

Delcourt , octobre 1989
 
Cartonné
Format 265 x 180
72  pages  Couleurs
ISBN 2-906187-31-3
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Quatrième de couverture
     Londres, de nos jours.
     Comme chaque nuit, Mike Moran poursuit le même rêve : revêtu d'un costume bleu, il défie la gravité et accomplit d'impossibles exploits à l'aide de pouvoirs surhumains...
     Mais ce rêve reflète bien la réalité. Car Mike Moran a été un super-héros, dont les exploits défrayèrent la chronique il y a un quart de siècle.
     Comment a-t-il acquis ces dons prodigieux ? Qui les lui a ensuite retirés en le rendant amnésique ? Et pourquoi veut-on l’empêcher à tout prix de réapparaître ?
     A ces énigmes, Alan Moore, le scénariste des « Watchmen » et de « V pour Vendetta », offre des réponses surprenantes.
     Victime de manipulations scientifiques et politiques, son MIRACLEMAN nous montre quel pourrait être réellement le destin d’un surhomme dans notre société...
 
Critiques
     Avec Miracleman, Alan Moore initia ce qui allait devenir par la suite, si l'on peut dire, sa « marque de fabrique » : situer un personnage surréaliste dans un cadre réaliste. Cette méthode, également éprouvée sur La Créature du Marais, devait trouver plus tard son apogée avec Watchmen, pendant que Miracleman se voyait sombrer dans les limbes des comics alors même que l'œuvre recelait déjà dans ses pages tous les éléments qui allaient entraîner la reconnaissance future d'Alan Moore.

     Mais revenons un peu en arrière... Nous sommes à la fin des années trente, Superman vient de naître dans les pages d'Action Comics lorsque Captain Marvel, un super-héros doté de pouvoirs inimaginables, fait son apparition un an plus tard dans une revue concurrente. Ses caractéristiques sont comparables à celles de l'Homme d'Acier, si ce n'est qu'il lui faut prononcer un mot magique (« kimota », soit « atomic » inversé) afin qu'un éclair le frappe et le métamorphose en super-héros. De par son « ancienneté » et ses pouvoirs, Captain Marvel reste encore considéré comme le seul super-héros capable de rivaliser avec Superman (notamment dans le Kingdom Come de Mark Waid). En 1953, agacé par cette concurrence au succès grandissant, DC fait interdire de publication cet ersatz de Superman par voie de justice. En Angleterre, l'éditeur local de Captain Marvel se retrouve alors bien embêté, puisqu'il se voit privé de son héros le plus populaire... Qu'à cela ne tienne : en 1954, il créé Marvelman, copie conforme de Captain Marvel, et lui fait vivre de nouvelles aventures jusqu'en 1963, sans que DC ne s'en inquiète.

     C'est ici que l'histoire devient particulièrement intéressante. En 1982, dix-neuf ans après sa disparition, un jeune scénariste prometteur du magazine anglais Warrior décide de sortir le personnage du placard. Pour cela, il choisit d'utiliser une approche extrêmement logique et réaliste : son héros est un journaliste, un monsieur-tout-le-monde, comme Marvelman dans le civil. Depuis quelques temps, cet homme subit chaque nuit un cauchemar dans lequel, affublé d'un costume ridicule, il flotte dans l'espace en compagnie d'un jeune acolyte, en direction d'un satellite qui... leur explose à la figure. Bien entendu, nous découvrirons rapidement, au moment où il se souviendra du « mot magique » qui fera tomber sur lui un éclair, que cet homme est en réalité Marvelman 1, amnésique pendant toutes ces années où il avait disparu de la circulation 2. Cette révélation lui permet d'échapper à la routine de son train-train quotidien pour accomplir son rêve : (re)devenir un super-héros.

     A partir de là, Alan Moore ne va cesser d'impliquer son héros dans une intrigue de plus en plus réaliste et crédible en confrontant Marvelman au surréalisme de son histoire : l'obtention de ses pouvoirs auprès d'un vieux sorcier cosmique, ou le ridicule des ennemis combattus jadis... Pour cela, il va le soumettre aux quolibets de sa femme (la voix de la raison) qui, grâce au recul dont bénéficient les personnes étrangères au monde des comics, va le convaincre de la puérilité de ce qu'il pense être son passé. C'est ainsi que Moore va s'employer à totalement détruire tout le « background » du personnage, point par point, pour en faire une marionnette des militaires aux souvenirs implantés, transformant une icône naïve des années quarante en un objet cynique et désabusé des années quatre-vingt. Autrement dit : il ne fait rien d'autre que de confronter la naïveté du passé au cynisme de son époque en « tuant » une idole ou, d'un point de vue religieux, en tuant un dieu après avoir démontré qu'il n'était qu'un mythe construit de bric et de broc. Marvelman est mort, et c'est Alan Moore qui l'a tué !

     Malheureusement, cet ouvrage ne contient que onze épisodes sur les vingt-et-un conçus par Alan Moore, les autres n'ayant jamais été publiés en France. Mais rassurez-vous : cet album se suffit à lui-même, et sa conclusion ne se termine pas « en queue de poisson ». Sa lecture vous permettra de constater que Miracleman a ouvert une voie vers la reconstruction de l'univers des comics, plus tard conclue avec Watchmen, en imposant un super-héros traditionnel dans un contexte moderne et réaliste : n'oublions pas que ce qui est devenu courant aujourd'hui, grâce à Alan Moore, était alors extrêmement audacieux à cette époque. C'est ce qu'on appelle être un précurseur, ou un visionnaire. Au choix.

Notes :

1. Rebaptisé Miracleman, le nom Marvelman étant interdit d'utilisation pour d'obscures raisons juridiques : cette fois, ce n'est plus DC qui est en cause, mais... Marvel, détenteur légal du nom.
2. Alan Moore n'hésite d'ailleurs pas à prendre en compte les années passées en le faisant représenter par Alan Davis sous les traits d'un homme d'âge mur, contrairement aux codes en vigueur dans les comics (où les héros ne vieillissent pas).

Florent M.          
13/11/2008          


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