Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

Recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Bandes dessinées
Connexion adhérent
Album
Dr Strange et Dr Fatalis
Série : Docteur Strange    Album précédent tome 18  Album suivant

Scénario : Roger STERN
Dessins : Michael MIGNOLA
Couleurs : Mark BADGER

Semic , coll. Top BD, mars 1990
 
Broché
Format 280 x 215
80  pages  Couleurs
ISBN 0758-8119
 
Critiques
     Écrit par le sous-estimé Roger Stern (scénariste d'excellents épisodes de Spider-Man) et dessiné par Michael Mignola (le papa de Hellboy), Dr Strange et Dr Fatalis fut publié par les éditions Semic en 1990 dans la collection Top BD, une série d'albums grand format regroupant le meilleur des comics de l'époque. Dix-huitième d'une suite de quarante-trois ouvrages, ce dernier connut un tel succès qu'il se vit réédité deux ans plus tard.
 
     Si vous n'êtes pas familier de l'univers Marvel, je vais tenter de vous résumer rapidement la chose. Comme le titre l'indique, il est ici question de deux personnages : le premier, le Docteur Strange, figure dans le camp des super-héros ; le second, le Docteur Fatalis (Doctor Doom en vo, c'est-à-dire « Docteur Fatalité ») est quant à lui un super-vilain, et même l'un des plus fameux. À l'origine, Stephen Strange était un chirurgien de renom, riche et célèbre, égoïste et narcissique. Un accident de voiture le fit renoncer à la médecine, et entreprendre une quête spirituelle dans les profondeurs du Tibet où il rencontra un vieux maître qui l'initia aux arts de la sorcellerie. De retour en Amérique, il se consacra ensuite à la magie blanche pour venir en aide à son prochain.
 
     L'histoire du Docteur Fatalis est un brin plus compliquée : né d'une famille de gitans dans un pays de l'est fictif (la Latvérie), Victor Von Fatalis a vu sa famille persécutée par la population locale jusqu'à ce que sa mère, excédée, conclue un pacte avec le Diable et se retrouve pourvue d'un pouvoir incontrôlable qui la fit massacrer des villageois. Les gitans furent alors chassés et exterminés mais son fils, le petit Victor, put s'enfuir avec Boris, un ami de la famille. Il découvrit ensuite, au sein de son héritage familial, un coffre rempli d'amulettes et de potions qui lui permirent d'accomplir de faux miracles éphémères auprès de villageois naïfs. Le doyen d'une université américaine de passage en Latvérie, subjugué par son intelligence précoce, lui proposa une bourse universitaire et Fatalis partit aux USA étudier dans un campus où il rencontra Reed Richard, futur chef des Fantastiques, ainsi que Ben Grimm (qui n'était pas encore La Chose). Fatalis étant doué d'un génie scientifique peu commun, il profita des moyens mis à sa disposition pour construire une machine qui lui permettrait d'entrer en contact avec sa mère, prisonnière depuis son pacte avec Méphisto, seigneur de l'Enfer. Richards, de passage dans sa chambre, avertit Fatalis d'une erreur dans ses notes mais il ne voulut rien entendre et mit en marche sa machine. Elle lui explosa à la figure, le défigura, et Fatalis fut chassé de l'université avant de s'exiler vers le Tibet, où il rencontra le même maître auprès de qui Strange avait appris son art occulte. Après s'être construit une armure hautement technologique, Fatalis retourna dans son pays natal pour chasser le tyran en place et prendre la tête du royaume de Latvérie d'où il s'acharne désormais à tenter de conquérir le monde, ses plans étant régulièrement déjoués par les Fantastiques qu'il hait (bien qu'il y soit parvenu une fois dans un autre album Top BD, Fatalis Imperator, mais c'est une autre histoire).
 
     (Attention, si vous n'avez jamais lu l'album, il se peut que je vous gâche un peu la surprise).
 
     Dr Strange et Dr Fatalis débute au moment où les deux hommes reçoivent un appel mental de la part du vieux maître tibétain qui les a formés aux arts occultes. Le vieillard arrive à sa fin, et il convoque les plus grands sorciers de la planète afin de trouver un successeur au titre de Sorcier Suprême de la Terre. Bien que novice, Fatalis est accepté dans la compétition, comme tous ceux qui ont pu entendre l'appel. Strange finit par remporter le tournoi et devient le plus grand sorcier du monde, mais voilà : le concours n'est pas encore terminé. Comme le veut la tradition, il doit exaucer le vœu des autres sorciers rescapés indemnes de l'affrontement ; or, un seul homme est encore debout : Fatalis. Contre toute attente, le dictateur latvérien ne demande pourtant pas à Strange de l'aider dans ses rêves de conquêtes, mais il réclame simplement son aide dans l'entreprise la plus folle qu'il n'ait jamais envisagée : se rendre en Enfer pour libérer l'âme de sa mère que Méphisto retient prisonnière.
 
     Une telle alliance contre-nature marqua un point de non-retour dans le « Marvel Universe » : pour situer les choses, le Docteur Fatalis était jusque-là considéré comme une ordure sans nuances capable d'expédier le Baxter Building (« siège social » des Fantastiques) dans la stratosphère. Dans cet ouvrage, il apparaît pour la première fois comme un être blessé sous son armure de métal grimaçante, un homme solitaire prisonnier d'un complexe d'Œdipe réduit à la pire des humiliations : demander l'aide d'un tiers (qui plus est, un super-héros) afin d'accomplir un projet nécessitant un savoir dépassant ses propres connaissances (pourtant vastes). Car on ne se rend pas en Enfer comme ça : le seul voyage peut entraîner la folie ou la mort, et des semaines de préparation sont nécessaires avant d'espérer accéder à ce lieu où les chances de retour sont quasi-nulles. Autant dire qu'en acceptant d'aider Fatalis à libérer sa mère, Strange se lance dans une mission-suicide aux côtés d'un dictateur dont il abhorre la personnalité et les actes. Voilà ce qu'est un héros, semble nous dire Stern : un homme prêt à se sacrifier pour un individu qu'il déteste si la cause est juste !
 
     Passé un séjour dans le château de Fatalis en Latvérie, où Strange en apprend un peu plus sur la vie du monarque et sa personnalité moins manichéenne qu'il n'y paraît, les deux hommes commencent enfin le rituel et atterrissent dans le royaume de Méphisto. Et là, l'Enfer dépeint par les dessins de Mignola (qu'il n'a pas créé, le lieu et le personnage existant préalablement dans l'univers Marvel) est tout bonnement effrayant. Inspiré de l'imagerie moyenâgeuse et de l'Enfer de Dante, il n'est pas question ici de le présenter sous un aspect symbolique : c'est un endroit infesté de flammes, de souffre et de monstres cauchemardesques. Pourtant, les deux hommes ne faillissent pas car Strange, habitué à voyager au sein d'autres dimensions, est familier de ces paysages insensés ; Fatalis, quant à lui, affiche une détermination inébranlable dans sa volonté de sauver l'âme de sa mère (rappelons que sa force de conviction est telle qu'on l'a déjà vu affronter un dieu dans le crossover Guerres Secrètes).
 
     Sans entrer dans les détails du plan génial de Fatalis, digne de son statut d'homme le plus intelligent du monde (enfin, « l'un des... » : dans l'univers Marvel, Richards, Fatalis et Stark incarnent en effet les trois plus grands génies vivants), disons simplement que le roi de Latvérie parvient à prendre le Diable à son propre jeu, celui de la ruse. Ainsi, en feignant de trahir Strange, il offre une chance à sa mère de racheter sa faute passée et permet au sorcier de lui ouvrir une voie de lumière vers sa rédemption au prix de l'amour qu'elle éprouve pour son fils. Un acte de pur sacrifice étonnant de la part d'un homme sans pitié, et contre lequel Méphisto se montre impuissant.
 
     Ainsi, finalement, contre toute attente, Fatalis n'aura pas piégé Strange pour l'abandonner en Enfer, il se sera « contenté » de tenir promesse et laisse repartir le sorcier vers l'Amérique après avoir vaincu le Diable, orphelin de l'amour de sa mère mais soulagé par la libération de son âme.

Florent M.          
10/11/2008          


.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2022