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Album
Renaissance
Série : Daredevil    Album précédent tome HS  Album suivant

Scénario : Frank MILLER
Dessins : David MAZZUCHELLI
Couleurs : Richmond LEWIS, Christie SCHEELE
Traduction : Janine BHARUCHA

Béthy , coll. Comics Culture, janvier 1997
 
Cartonné avec jaquette
Format 257 x 175
Couleurs
ISBN 2-912320-15-1
Voir une planche.
 
Quatrième de couverture
     Ça va mal pour Daredevil ! Son ennemi juré, le Caïd, a percé à jour le secret de sa double identité. Brusquement, les coups durs se multiplient : son alter ego Matt Murdock est rayé du barreau, son appartement est détruit par une explosion criminelle, il se retrouve à la rue, sans un sou. Mais le Caïd a sous-estimé son ennemi. Pour le super-héros aveugle, cette descente aux enfers est l'occasion d'un retour sur lui-même dont il va sortir plus fort et plus juste. Car un homme sans espoir est vraiment un homme sans peur.

     Frank Miller, le scénariste de Daredevil : l'Homme sans Peur, s'associe au talentueux dessinateur David Mazuchelli pour un récit âpre, violent et fort, mais surtout profondément humain.
 
Critiques
- Attention, ce qui suit dévoile des éléments de l'intrigue -
 
 
     Cet ouvrage survient à un moment bien particulier dans l'histoire des comics. Nous sommes en 1987 : le jeune scénariste et dessinateur Frank Miller s'est fait connaître en 1979 grâce à la série Daredevil, dont il assura tout d'abord les dessins avant de prendre en mains le scénario un peu plus tard (en 1981, si je ne me trompe pas). L'auteur vient de connaître un succès considérable, la même année, avec la publication de Batman, The Dark Knight Returns chez le concurrent de Marvel, DC. A la demande de Marvel, il revient au personnage qui lui a permis d'accéder à la renommée (Miller était alors l'un des rares artistes « autorisés » à travailler alternativement pour les deux éditeurs concurrents), mais sans se contenter de reprendre la série régulière comme si de rien n'était : pour son grand retour sur Daredevil, Miller compte faire quelque chose de spécial.
 
     Lorsque débute la saga Born Again, Matt Murdock est au bord du gouffre. Malheureusement, Elektra Lives Again fut publié après Born Again, car cette mini-série écrite et dessinée par Frank Miller avait pour but de préparer la longue descente aux enfers de Murdock (logique, pour un homme déguisé en diable) : son amour de toujours, la tueuse grecque Elektra, s'y voyait ressuscitée par la secte ninja à laquelle elle appartenait jadis pendant que l'un de ses pires ennemis, le Tireur (Bullseye), refaisait son apparition. Dès les premières pages de Born Again, Murdock est donc borderline, près de la dépression nerveuse. C'est alors qu'un événement, la pire chose qui puisse arriver à un super-héros, va définitivement le pousser dans les abîmes les plus ténébreuses : le Caïd, parrain incontesté du crime organisé en Amérique, découvre son identité secrète (vendue par son ancienne secrétaire et ex-petite amie, Karen Page, tombée dans les affres de la drogue et de la pornographie et perdue au fin fond de l'Amérique du Sud). Dés lors, le Kingpin va s'acharner à détruire la vie de Murdock, méticuleusement, comme on démembre un insecte, en le faisant rayer du barreau ou en coupant l'eau, le gaz et l'électricité de son domicile avant de le faire exploser « sous ses yeux » (rappelons que Murdock est aveugle). L'avocat déchu va ainsi devenir une loque humaine, puis remonter la pente jusqu'au moment de sa résurrection symbolique (thème récurrent chez Miller, cf. Batman, the Dark Knight Returns), incarné par le « born again » du titre, qui coïncidera avec la déchéance parallèle du Caïd.
 
     Born Again est donc un travail de destruction et de reconstruction du personnage de Daredevil. Si un seul homme pouvait être autorisé à un tel sacrilège, c'était bien Frank Miller, qui l'avait déjà sauvé de l'oubli en le faisant entrer dans une nouvelle ère. Miller détruit ainsi le personnage qu'il s'était pourtant appliqué à réécrire de fond en comble, comme on balaye de la main un château de cartes, mais le gaillard sait parfaitement ce qu'il fait : lorsqu'il s'attelle à Born Again, Miller est au sommet de son art, qui repose essentiellement sur une maîtrise narrative sachant parfaitement allier textes et images dans une atmosphère de polar héritée de Raymond Chandler. Il n'assure pourtant pas le dessin, confié à David Mazzuchelli, formé à l'école des beaux-arts et de la BD indépendante (et avec qui sera composé Batman Year One, deux ans plus tard), mais l'harmonie artistique entre les deux auteurs est parfaite. En plus de son fond, incroyablement audacieux (l'identité secrète d'un super-héros est une chose sacrée dans le monde des comics), Born Again impressionne par sa forme : des phrases courtes, en « voix off », relatent le calvaire de Murdock que l'on voit décliner, passant du statut d'avocat à celui de clochard errant dans les rues comme un zombi. Rarement super-héros n'aura subi tel affront, sauf peut-être Tony Stark (Iron Man) dans sa période alcoolique. En outre, on parle souvent de « découpage cinématographique » en parlant des comics, ce qui signifie à peu près tout et n'importe quoi, mais ici le terme est parfaitement adapté à la construction des cases par Mazzuchelli, à tel point que l'on a l'impression de voir défiler la pellicule d'un film. Le point culminant de cette impressionnante façon de relater l'histoire, parfaitement en adéquation avec le style imposé par l'intrigue et son atmosphère, atteint son summum lors d'une planche mémorable où, après avoir laissé Murdock pour mort dans un taxi volé jeté au fond de l'East River, le Caïd prend connaissance du rapport des gardes-côtes. Des photos l'accompagnent. La bouteille de whisky laissée dans la main de Murdock a été explosée, la ceinture de sécurité coupée avec ses débris, et le pare-brise détruit. Il n'y a pas de corps. Et le Caïd de se répéter, encore et encore, face à la baie vitrée de son bureau, pendant que chaque case nous éloigne un peu plus de lui pour le laisser seul, le dos face au lecteur : « Il n'y a pas de corps... Il n'y a pas de corps... Il n'y a pas de corps. »
 
     C'est ici que débute la renaissance de Murdock et la fin du Caïd, lâché par ses associés après son échec, obsédé par cet homme dont il a sous-estimé l'instinct de survie et à qui il a appris qu'« un homme sans espoir est un homme sans peur » (« l'homme sans peur » étant le qualificatif attribué à Daredevil depuis sa création). Première et fatale erreur du Kingpin. Une fois sorti de l'abîme, dans tous les sens du terme, Murdock va quant à lui se reconstruire en marchant sur les traces du passé, retrouvant le quartier de Hell's Kitchen où il a grandi, le gymnase de son père, ainsi que des personnes proches qu'il croyait à jamais disparues, le tout sur un fond religieux assez subtil pour ne pas être rebutant (signalons que Murdock est catholique pratiquant, un paradoxe de plus pour un homme déguisé en diable...). La série enchaîne ensuite avec une nouvelle intrigue basée sur un super-soldat qui, à mon sens, n'était pas indispensable, et ternit la superbe histoire de Miller pour la faire retomber dans un schéma très lourd avec un propos hors-sujet (que vient faire Captain America ici ?).
 
     Signalons que ces épisodes furent initialement publiés dans la revue Strange (N°207 à 211) en 1987, où ils étaient largement censurés, y compris au niveau de la traduction (par la magie du passage en vf, Karen Page n'y était plus actrice porno...). La série s'arrêtait d'ailleurs en cours de route, affublée d'une justification de l'éditeur en dernière page où il était précisé que, si Lug continuait à la diffuser, Strange serait interdit de publication (ce qui est fort probable). Deux ans plus tard, la série fut intégralement publiée en albums par Comics USA (j'ignore toutefois si les planches utilisées et la traduction étaient identiques). Une chose est certaine : la troisième et dernière édition en album, chez Béthy, en 1997 (celle dont il est ici question), ne comporte aucune censure. Tous les épisodes sont là, meurtres et taches de sang compris, dans une nouvelle traduction. Il s'agit donc de l'édition à posséder, en attendant une republication probable, un jour, de Panini Comics... Notez également que ce petit chef-d'oeuvre a très largement inspiré le réalisateur Kevin Smith (Dogma) pour son Sous l'Aile du Diable : pour être gentil, on dira qu'il s'agit d'un hommage.

     Quant à la suite, vous la trouverez dans un album extrêmement rare jadis vendu par correspondance dans la collection Semic Privilège et naturellement intitulé... La Chute du Caïd.

Florent M.          
29/11/2008          


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