Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

Recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Bandes dessinées
Connexion adhérent
Album
Watchmen (éd. Panini, coll. Big Books)
Série : Watchmen / Les Gardiens    Album précédent tome HS  Album suivant

Scénario : Alan MOORE
Dessins : Dave GIBBONS
Couleurs : John HIGGINS

Panini Comics , coll. DC Big Books, février 2009
 
Broché
416  pages  Couleurs
ISBN 978-2-8094-0640-5
Voir une planche.
 
Quatrième de couverture
     On supprime le Comédien et, soudain, le monde devient triste. Quand l'un des plus grands héros de la Terre à la retraite est tué par un mystérieux assassin, les autres « rescapés » de la scène super-héroïque reprennent du service et mènent l'enquête, alors que la planète est au bord d'une catastrophe nucléaire...

     Alan Moore et Dave Gibbons ont imaginé ce qui est considéré par de nombreux critiques et lecteurs comme « l'une des meilleures bandes dessinées jamais créées », « un chef-d'œuvre, sommet du genre », entre autres termes élogieux. Découvrez dans cet album les douze épisodes de la maxi-série.
 
Critiques
     À l'occasion de la sortie du film très prometteur de Zack Snyder (L'Armée des Morts, 300), Panini Comics nous livre trois nouvelles éditions françaises de Watchmen faisant suite aux versions Arédit, Zenda, Delcourt et... Panini. Ces publications présentent un intérêt pécunier en vous ofrant le choix entre différentes collections, en fonction de vos moyens. Ainsi, pour la première fois, il est maintenant possible de se procurer l'intégrale de Watchmen pour seulement quinze euros, du moins en ce qui concerne l'édition Big Books, la plus abordable des trois (contre soixante-deux pour la précédente édition intégrale dite « absolute ». Quant aux ouvrages des autres éditeurs, ils sont tous épuisés). Pour plus de détails, vous trouverez une excellente comparaison des différentes éditions ici.
 
     Alors, quid de Watchmen ? Si vous connaissez un tant soi peu les comics, vous savez de quoi il retourne ; sinon, faites un tour sur ma critique précédente. Pour faire simple, disons que dans les années quatre-vingt, un scénariste de comics anglais devenu légendaire par la suite a révolutionné l'approche du genre en transposant dans un contexte moderne et réaliste les super-héros d'une époque révolue, plus naïve que les temps cyniques actuels. Après cela, le monde super-héroïque ne fut plus jamais le même, et l'on peut dire que la plupart des scénaristes se sont mis à craindre une approche trop premier degré des comics, préférant opter pour un ton plus mature (avec plus ou moins de brio). Ayant déjà abordé l'œuvre sur le fond, je m'attarderai ici sur la traduction qui, je le suppose, est la même que celle de la précédente édition Panini ; sans toutefois pouvoir vous indiquer le nom du traducteur puisque, sur une pleine page de crédits, son nom n'est mentionné nulle part.
 
     Watchmen débute par un monologue, un extrait du journal de Rorschach, psychotique paré d'un masque au motif tiré du test psychologique du même nom (la tache noire sur fond blanc à interpréter). Cette introduction est faite de phrases courtes, brut de décoffrage, à la manière d'un télégramme, le personnage ne s'embarrassant d'aucune mise en forme de sa pensée : il crache son mépris du monde moderne avec des salves de phrases percutantes comme des balles. Cependant, Moore parvient à imposer une musicalité à ce monologue, et même une certaine poésie.
     Tout d'abord, on sera surpris de la police utilisée, en lettres majuscules du type « écriture maladroite d'un fou à lier », là où la vo utilisait une police normale. Ensuite, on sera encore plus étonnés de voir le « This city is afraid of me. I have seen its true face » de la vo (« Cette ville me craint. J'ai vu son vrai visage ») devenir « La cité me redoute. Je connais son visage », bien moins percutant, et qui dénature la phrase originale. Prenons la seconde bulle : « The streets are extended gutters and the gutters are full of blood and when the drains finally scab over, all the vermin will drown » (« Les rues sont des extensions des égouts et les égouts sont remplis de sang et quand ils finiront par déborder, toute la vermine se noiera ») ; notez les répétitions volontaires du mot « égouts » et des « et » traduisant le caractère obsessionnel de Rorschach qui débite ses pensées en cascade, sans souci de style. Si vous prononcez la phrase originale à haute voix, vous verrez qu'elle recèle indéniablement un rythme propre. Ici, cette phrase devient « Les rues sont une extension des égouts, les égouts charrient du sang. Un jour, ils déborderont et noieront toute la vermine » : le traducteur a jugé bon d'ôter toutes ces répétitions inutiles pour hacher la phrase avec des virgules et un point. Heureusement qu'il a pensé à corriger les erreurs d'Alan Moore... Je pourrais continuer longtemps comme cela, notamment avec le pléonasme « Je les toiserai d'en haut » (pour « ... and I'll look down »), ou l'omission du mot « whisper » (« murmurer ») dans la traduction de « ... and I'll look down, and whisper "no"  », fameuse réplique reprise dans la bande-annonce du film.
     Pour me contenter de la première page, je m'arrêterai à la dernière case, lorsque l'inspecteur de police se penche sur la baie vitrée brisée de l'appartement du Comédien pour dire « That's quite a drop », que l'on peut traduire par « Sacrée chute » ou, pour conserver le ton un peu familier de l'expression, quelque chose comme « Belle dégringolade », « Belle gamelle », « Beau plongeon » ; bref, les expressions ne manquent pas, en tout cas tout sauf le « Vache de valdingue » de cette édition (j'aurais au moins appris une expression). Tout cela, je le répète, sur la seule première page.
 
     Vous me direz qu'il s'agit de chipotages, de coupage de cheveux en quatre, voire de maltraitance de mouches ; il faut toutefois savoir que Watchmen n'est pas un comic-book comme les autres mais une oeuvre utilisée comme sujet d'analyse dans certaines universités américaines, et qui mérite une bonne traduction au même titre que n'importe quelle grande oeuvre littéraire. Ceci correspond à une logique actuelle visant à penser qu'une nouvelle traduction est forcément meilleure que les anciennes. Pourtant, en comparant cette édition avec ma vieille édition Zenda, on ne peut qu'admettre que cette dernière collait au plus près du texte d'Alan Moore, sans comporter les défauts énoncés précédemment. Chez Zenda, la ville craint Rorschach, car il a vu son vrai visage. Les répétitions sont bien là, Rorschach regarde les putes et les politiciens d'en haut avant de leur chuchoter « non » quand ils lui demandent de les sauver, et le Comédien a subi une « méchante gerbe », tout ceci retranscrit dans une police d'écriture normale. Le traducteur se nommait Jean-Patrick Manchette, grâce lui soit rendue.

Florent M.          
20/02/2009          


.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2022