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Sur l'autre face du monde et autres romans scientifiques de "Sciences et Voyages"

ANTHOLOGIE & André VALERIE

Textes réunis par Gérard KLEIN & Jacques VAN HERP


Robert LAFFONT, coll. Ailleurs et demain - Classiques n° (6)
1er trimestre 1973
640 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Les chasseurs d'hommes, de René Thévenin.
     Un couple surhumain sème la terreur au fond de la jungle quatoriale. S'agit-il de monstres ou de l'espèce destinée à supplanter l'homme ?
     Par-delà l'univers, de Raoul Brémond.
     Dans l'univers relativiste microscopique construit par l'ingénieur Beyne, les phénomènes paradoxaux se multiplient. Et il est plus difficile d'y pénétrer que d'en sortir vivant...
     La cité de l'or et de la lèpre, de Guy d'Armen.
     Un roman d'aventures trépidant, une épopée baroque, avec descente aux enfers, de la science dévoyée par un savant criminel.
     Sur l'autre face du monde, de A. Valérie.
     Les glaciers enserrent la dernière des villes humaines, l'ultime forteresse de la science et de la culture. Il faut qu'un bromme parte vers l'autre face du monde, à la recherche de terres habitables. Et il découvre...

     Ces quatre romans ont paru entre 1928 et 1931 dans la revue « Sciences et Voyages ». Ils n'ont rien perdu de leur actualité ni de leur fraîcheur et témoignent de la vigueur et de l'originalité de la science-fiction française à cette époque.


    Sommaire    
1 - Gérard KLEIN, Préface, pages 7 à 27, Préface
2 - Jacques VAN HERP, Les Romans de "Sciences et Voyages" et leur temps, pages 29 à 41, Article
3 - Jacques VAN HERP, René Thévenin, pages 45 à 46, Biographie
4 - Jacques VAN HERP, Bibliographie de René Thévenin, pages 47 à 47, Bibliographie
5 - René THÉVENIN, Les Chasseurs d'hommes, pages 49 à 220, Roman
6 - Jacques VAN HERP, Raoul Brémond, pages 223 à 224, Biographie
7 - Raoul BRÉMOND, Par-delà l'univers, pages 225 à 287, Roman
8 - Jacques VAN HERP, Guy d'Armen, pages 291 à 292, Biographie
9 - Jacques VAN HERP, Bibliographie de Guy d'Armen, pages 293 à 293, Bibliographie
10 - Guy D'ARMEN, La Cité de l'or et de la lèpre, pages 295 à 472, Roman
11 - Jacques VAN HERP, A. Valérie, pages 475 à 476, Biographie
12 - André VALERIE, Sur l'autre face du monde, pages 477 à 624, Roman
13 - Pierre VERSINS, Sciences et Voyages, pages 625 à 631, Article
 
    Critiques    
     Le titre complet est : « Sur l'autre face du monde » et autres romans scientifiques de « Sciences et Voyages ». On trouve en effet réunis, dans cet épais volume de 640 pages, quatre romans français qui furent publiés avant-guerre dans cette fameuse revue, pépinière de l'anticipation scientifique à l'époque, qu'était Sciences et Voyages (c'est par exemple dans ses pages que parut en 1925 La fin d'Illa de José Moselli). Ces romans sont : Les chasseurs d'hommes de René Thévenin (1929), Par-delà l'univers de Raoul Brémond (1931), La cité de l'or et de la lèpre de Guy d'Armen (1928) et Sur l'autre face du monde de A. Valérie (1935) qui donne son titre global au volume. Le tout est accompagné d'un important appareil critique : étude sur les romans de Sciences et Voyages par Jacques van Herp, présentation et bibliographie de chacun des quatre auteurs par le même, bibliographie générale de toutes les œuvres de science-fiction parues dans Sciences et Voyages par Pierre Versins. Ajoutons à cela une préface de 21 pages par Gérard Klein, où ce dernier développe des idées qui m'ont fait sourire. En gros, il examine le phénomène de la peur de l'avenir et du refus de la science dans la SF française de l'entre-deux-guerres, pour expliquer que cette attitude réactionnaire était le fruit d'une société bourgeoise et conservatrice, incapable de prendre en marche le train du progrès. Analyse parfaitement juste dans son mécanisme. Mais ce qui est gênant, c'est la condescendance qui perce entre chaque ligne du bon docteur Klein, à l'égard de ces attardés, de ces types bornés au point de ne pas voir rayonner à l'horizon les merveilles des lendemains de la science. Pensez donc, ces merveilles qui ont nom radioactivité, pollution chimique, course à l'industrialisation et tous ces hauts faits de la technologie qui — on le sait — ont vachement contribué au bien-être actuel de l'humanité ! Le plus drôle, dans le fond, c'est de lire des choses pareilles au moment précis où la réalité contemporaine brandit en masse le plus d'arguments immédiats pour donner paradoxalement raison à ces pauvres débiles. Ce décalage entre les sphères abstraites où se meut l'intelligence brillante d'un Klein et cette prosaïque et envahissante actualité qu'il ignore (ou feint d'ignorer) a quelque chose qui donne le vertige. Et pourtant non, je ne suppose pas qu'il feigne : il y croit encore, c'est ça le pire.


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973 dans Fiction 236
Mise en ligne le : 28/10/2002


 
     Ce volume de plus de 600 pages comprend quatre romans, les indications ci-dessus — titre et auteur — se rapportant uniquement au dernier de ceux-ci. Le livre présente en outre Les chasseurs d'hommes de René Thévenin, Par-delà l'univers de Raoul Brémond et La cité de l'or et de la lèpre de Guy d'Armen. Ces quatre récits ont en commun le fait d'avoir été primitivement publiés entre 1928 et 1935 dans la revue Sciences et Voyages. Ils sont accompagnés, dans ce volume, d'une préface de Gérard Klein, d'introductions et bibliographies concernant les auteurs respectifs par Jacques van Herp, et enfin d'une autre bibliographie, due à Pierre Versins et énumérant les romans d'anticipation scientifique publiés par Sciences et Voyages entre 1919 et 1936.
     Dans sa préface, Gérard Klein s'attache à reconstituer le climat psychologique et culturel dans lequel les auteurs de Sciences et Voyages ont écrit leurs récits. Essentiellement, il distingue une sorte d'ambivalence à l'égard de la science, une attirance et une crainte confusément mêlées, engendrées probablement par un trait du caractère ethnique français : l'incapacité de combiner sans trouble en une même conscience et à parts à peu près égales l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. Gérard Klein invoque au passage Freud à travers des lignes bien choisies de Totem et tabou, et insiste sur le fait que la culture « humaniste » des auteurs français s'avère incapable d'assimiler valablement cette science. L'explication est indubitablement séduisante, et elle suggère indirectement la différenciation que les romanciers français faisaient intuitivement entre leur optique et celle de ces-grands-enfants-que-sont-les-Américains : revue et corrigée, cette attitude conserve de nombreux adeptes, et elle permet de saisir la différence entre la pure spéculation de « lettrés » que pratiquaient les auteurs de Sciences et Voyages et l'attitude plus pragmatique de leurs contemporains américains. Si Gérard Klein avait voulu approfondir cet aspect de la question, il en aurait peut — être dégagé une explication pour l'évolution très différente que l'anticipation scientifique connut au cours des décennies suivantes sur les deux rives de l'Atlantique. La guerre ne suffit pas à expliquer la stagnation française (laquelle se prolongea au-delà des années 1939-45) qui surprend d'autant plus qu'elle coïncida avec l'âge d'or de la science-fiction, conservé dans l'évangile selon John W. Campbell Jr. — cet évangile qui prît l'apparence de la revue Astounding.
     La thèse de Gérard Klein présente un intérêt considérable, et son auteur la défend brillamment, alors même que les romans rassemblés dans le volume ne l'illustrent que partiellement. Les introductions de Jacques van Herp, qui « situe » chaque fois le roman et son auteur, constituent à cet égard un utile complément, tout comme d'ailleurs le survol général de son sujet, qu'il intitule Les romans de Sciences et Voyages et leur temps : cette analyse offre un pendant bienvenu à la synthèse de Klein qui a précédé.
     Les chasseurs d'hommes sont-ils des mutants ou des surhommes ? Klein et van Herp ne sont pas d'accord sur ce point, et le lecteur est libre de trancher à sa guise, l'auteur ne les définissant pas de manière précise. René Thévenin a en tout cas placé ses personnages au-delà de l'humanité, en les entourant d'un mystère que son narrateur ne perce pas entièrement. Ce roman peut être rapproché d'innombrables récits d'exploration (ici sur sol africain) qui débouchent sur l'imaginaire, mais les pouvoirs psychiques des « chasseurs d'hommes » et leur attitude envers les héros tranchent assez nettement sur le ton « belle époque prolongée » du récit.
     De Raoul Brémond, ni Jacques van Herp ni Pierre Versins ne savent rien. Le récit dont il est l'auteur, Par-delà l'univers, illustre le cas intéressant d'une idée affabulative intéressante traitée par quelqu'un dont l'affabulation littéraire n'est justement pas le domaine habituel. Il y a, dans ce court récit, une présentation de quelques conséquences de la théorie de la relativité — mais cette présentation est faite sur le ton détaché d'un compte rendu scientifique, ou presque. Un ingénieur met au point une machine qui matérialise des micro-univers, analogues à notre cosmos, mais à l'échelle humaine. Avec deux compagnons, il va explorer un de ces micro-univers, qui se révèle à ses sens incohérent et terne. Ce court récit est une sorte d'occasion perdue : on songe à ce qu'aurait donné une collaboration de son auteur avec un romancier d'aventures connaissant son métier.
     Au contraire de Brémond, Guy d'Armen a passablement écrit, en se spécialisant dans des récits pour la jeuesse. La cité de l'or et de la lèpre laisse apparaître cela dans la simplicité linéaire du récit ainsi que dans le manichéisme des personnages principaux. La cité mystérieuse est ici l'œuvre d'un savant pervers, qui a trouvé le secret de la transmutation atomique applicable à des quantités illimitées de matière, et auquel s'oppose l'adversaire approprié — c'est- à- dire un autre savant, mais jeune, bon et altruiste. L'ingéniosité scientifique de ce dernier, ses apartés didactiques sont caractéristiques des récits d'aventures qu'on destinait à la jeunesse il y a une quarantaine d'années — tout comme la chaste idylle qu'il vit avec une jeune et belle doctoresse, pure (évidemment) et généreuse comme lui.
     Les trois récits précédents montrent les rides du vieillissement : il n'est pas possible au lecteur de 1973 de se replacer complètement dans la peau de l'abonné à Sciences et Voyages d'il y a quarante ans, en oubliant tout ce qu'il a pu lire en matière de science-fiction plus récente. Sur l'autre face du monde, en revanche, a honorablement résisté à l'épreuve du temps : on est tenté d'y voir une sorte de sous-Rosny. L'identité de l'auteur ne semble pas avoir été découverte, derrière ce pseudonyme ( ?) d'A. Valérie. Quoi qu'il en soit, on a ici un récit fondé sur un thème ultérieurement devenu familier (les deux cultures issues d'une très ancienne origine commune, et qui reprennent contact) mais traité sans les clichés dont il devait par la suite fournir le prétexte. Il y a, d'une part, une civilisation scientifique sclérosée par l'immobilisme et, d'autre part, de « bons sauvages » à la Rousseau : un envoyé des premiers découvre les seconds, et l'auteur ne le ridiculise pas pour autant. Ainsi que Jacques van Herp le relève pertinemment, un des mérites du romancier consiste à avoir délibérément évité d'écrire les « scènes à faire » : le récit d'A. Valérie ne se fonde pas uniquement sur les « temps faibles » de l'action, mais il les utilise adroitement pour faire progresser le récit sans pathétique superflu. C'est probablement à cette mesure du ton que Sur l'autre face du monde doit de toucher la sensibilité du lecteur de 1973 plus que ne le font les trois autres récits.
     Il ne faut donc pas ouvrir ce volume en s'attendant à la révélation de chefs-d'œuvre ignorés. En fait, on peut considérer ces pages un peu comme la démythification de Sciences et Voyages : dans l'entre-deux guerres, cette revue ne semble point avoir été un Eldorado du -roman d'imagination scientifique, tout au moins à en juger par ces quatre récits. Evidemment, La fin d'Illa avait paru dans cette revue, mais il semble bien que ce fut là une exception confirmant la règle — et créant la légende.
     Cependant, la publication de ce volume dans « Ailleurs et Demain/ classiques » se justifie parfaitement, surtout si l'on considère l'appareil critique accompagnant les quatre romans : ceux-ci résument une époque, reflètent l'activité d'auteurs bien oubliés de nos jours, et indiquent ce que la science-fiction française eût pu devenir si les lecteurs de Sciences et Voyages avaient par la suite essayé de rivaliser avec les romanciers que cette revue leur faisait connaître. Ce manque d'esprit d'émulation, dont il serait intéressant de rechercher l'explication, a aussi été une des différences entre la science-fiction américaine et celle, virtuelle, qui eût pu s'épanouir en France vers la même époque.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/11/1973 dans Fiction 239
Mise en ligne le : 6/11/2016


 

 
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