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Les Visages de l'humain

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Denis GUIOT



Illustration de Philippe MUNCH

MANGO Jeunesse , coll. Autres Mondes n° 07
Dépôt légal : septembre 2001
240 pages, catégorie / prix : 9 €
ISBN : 2-7404-1253-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Les manipulations génétiques, le clonage, les bio et nanotechnologies, redessinent de manière accélérée les frontières de l'humain. Hommes en série, bébés à la carte, « humanimaux  », cyborgs, doubles virtuels : à sa sortie de la nouvelle Grande Fabrique du Vivant, « l'Homo Futuris  » sera-t-il toujours un être humain ?
     Jean-Pierre Andrevon, Fabrice Colin, Christian Grenier, Gudule, Jean-Pierre Hubert et Eric Simard, six parmi les plus grands écrivains de science-fiction pour la jeunesse, tentent ici de répondre à cette question d'une actualité de plus en plus brûlante.

    Sommaire    
1 - Axel KAHN, Entre-deux d'une humanité virtuelle, pages 7 à 13, Préface
2 - GUDULE, Journal d'un clone, pages 15 à 32
3 - Fabrice COLIN, Potentiel humain 0,487, pages 33 à 68
4 - Éric SIMARD, Clarisse, pages 69 à 109
5 - Christian GRENIER, Lüber Mensch, pages 110 à 150
6 - Jean-Pierre ANDREVON, Des vacances de rêve, pages 151 à 193
7 - Jean-Pierre HUBERT, Forêts virtuelles, pages 194 à 229

    Prix obtenus    
Journal d'un clone : Bob Morane, nouvelle / Short story, 2002
 
    Critiques    
     Graines de futurs, la première anthologie de cette collection, nous proposait de réfléchir aux conséquences possibles des évolutions technologiques du XXIème siècle. Les Visages de l'humain invite à une réflexion similaire, mais centrée cette fois sur les biotechnologies et le devenir de l'homme. Clone, cyborg, chimère... Devenu capable de modifier son propre génome, qui sera l'homme de demain  ? Sera-t-il encore « humain  » à nos yeux  ? Et comment définir l' « humain  », alors que nous sommes nous-mêmes des mutants, comme le rappelle le schéma de l'évolution représenté en couverture  ?

     Malgré son intérêt, on conseillera de lire la préface d'Axel Kahn en dernier, car elle est relativement complexe, avec un vocabulaire – paradigme, oxymore, réification  ! – qui pourrait rapidement rebuter le jeune lecteur.

     Journal d'un clone – titre qui évoque la fameuse nouvelle de Richard Matheson, Journal d'un monstre – est un texte très dur. Gudule y évoque un avenir où les clones sont considérés comme de simples objets, des jouets dont on peut disposer à sa guise et que l'on peut casser sans remords. Le narrateur est un clone-jouet dont on ressent la détresse mais aussi l'impuissance, toute possibilité de révolte lui ayant été interdite par des manipulations cérébrales. Cette nouvelle fait l'objet d'un concours pour les jeunes de 11 à 16 ans et est, à ce titre, disponible dans son intégralité sur le site Autres Mondes.
     Dans Potentiel humain 0,487, Fabrice Colin – auteur du merveilleux roman Les Enfants de la lune paru simultanément dans la même collection –, aborde le thème du cyborg. Le remplacement progressif des membres d'un homme par des appareils mécaniques entraîne le « syndrome de Coppélia  », c'est à dire une lente déshumanisation, une « mécanisation  » de l'intellect. On est loin de l'image idéalisée de l'Homme qui valait trois milliards où le cyborg est de fait un surhomme, et la conclusion de cette nouvelle laisse perplexe. Un homme-tronc demeure humain, alors en quoi l'ajout de prothèses cybernétiques agiraient-elles sur le comportement  ? De quelle manière justifier cette influence du métal sur la chair  ? La déshumanisation ne survient-elle pas en amont, dès la décision de vendre et de transformer son corps, dès l'idée de faire de l'homme et de son génome une denrée potentiellement commercialisable  ?
     Clarisse est un remarquable thriller où, de la Lune à Singapour en passant par Paris, une généticienne enquête sur l'origine d'une chimère mi-humaine, mi-orang-outang qu'elle a découverte accidentellement. Elle remonte la filière dans le double but de comprendre le pourquoi de cette manipulation génétique et de la dénoncer. Le dénouement est subtil car il relativise soudainement la position de rejet de la généticienne  : et si, malgré tout, ce type de recherche pouvait avoir un résultat heureux  ? Notons au passage qu'à partir d'un point de départ tout à fait similaire, Eric Simard a écrit un roman tout aussi subtil mais dont l'intrigue est très différente  : Les Chimères de la mort.
     Dès le titre à consonance allemande, Lüber Mensch, le lecteur comprend que Christian Grenier va nous parler d'eugénisme, d'une quête de l'homme « parfait  » évoquant le sombre spectre du nazisme. L'Übermensch, c'est l'individu idéal selon Nietzsche. Au cours de son reportage sur un être dit génétiquement parfait, une journaliste va découvrir la détresse d'un homme considéré comme « l'espoir des générations futures  » et qui est ainsi devenu « l'otage de l'humanité  ». La conclusion est simple, évidente et implacablement logique : cette quête est absurde car la perfection est impossible à atteindre. Mais la poursuivre peut au passage engendrer durablement le malheur.
     Dans un futur où les coins de paradis ont disparus sous le béton et la pollution, Des vacances de rêve traite de manipulations mentales. A leur insu, des employés de multinationales font l'objet d'expériences de réalité virtuelle, tandis que Total-Séjour (allusion directe au film Total Recall) leur propose des vacances inoubliables et les pousse à une consommation abusive. Ce récit de Jean-Pierre Andrevon, qui prête moins à la discussion que les précédents en raison d'un pessimisme univoque, manque toutefois, pour être parfaitement crédible, d'une justification de la nécessité du secret. Celui-ci paraît peu compréhensible dans un monde où les candidats aux vacances virtuelles seraient sans doute innombrables.
     En revanche, sur un thème similaire, Jean-Pierre Hubert livre un texte beaucoup plus ambigu. Dans Forêts virtuelles, la réalité virtuelle peut servir de prison où se débarrasser des indésirables, mais elle peut aussi offrir un véritable choix de vie en mettant à la disposition de chacun de nouvelles terres vierges où poursuivre l'aventure humaine alors que notre Terre est devenue trop étroite.

     On le voit, chacune de ces nouvelles pose bon nombre de questions. Mais contrairement à ce que l'on pourrait supposer, elles mettent plus en cause la nature humaine plus que la science elle-même. Par exemple, la cruauté du récit de Gudule peut surprendre, voire choquer, mais elle traite moins du clonage que de l'esclavage et du racisme  : la notion de sous-hommes exploitables et prétendument dépourvus d'âme n'a malheureusement pas attendu le XXIème siècle  : noirs, juifs et divers peuples en ont déjà fait les frais. La nouvelle de Colin renvoie, elle aussi, à des comportements actuels  : qui nierait que le fait d'être au volant d'une voiture, ou de tenir une arme, simple bout de métal, peut modifier le comportement de certains individus  ? Bref, ces textes ne condamnent pas a priori l'évolution et les dernières avancées scientifiques  : elles s'interrogent sur ce que peut faire l'humanité de ces nouveaux outils.

     Ainsi, fidèle à sa conception de la science-fiction, l'anthologiste Denis Guiot propose une nouvelle fois un remarquable recueil où les aventures mouvementées, les enquêtes palpitantes et les confessions bouleversantes constituent non seulement un divertissement de grande qualité, mais aussi une confrontation du lecteur – jeune ou moins jeune – aux grands défis que l'homme aura à relever au cours du siècle qui commence.

Laureline PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/11/2001 nooSFere


     Potentiel humain 0,487, de Fabrice Colin, développe un thème récurent en science-fiction  : où est la limite de l'humain, lorsque le corps, grâce aux progrès de la médecine, peut se transformer en cyborg  ? Où s'arrête l'homme, où commence la machine  ? Le narrateur gère, avec son ami et associé, Humberdeen, une petite station service à Deimos II, cité martienne. Leur situation n'est guère brillante aussi, pour gagner facilement de l'argent, Humberdeen décide de vendre son bras à une grosse société et de se faire greffer à la place un bras métallique, puis une jambe et le second bras. Grâce à l'argent gagné par ce sacrifice, les affaires deviennent florissantes, mais Humberdeen change. C'est désormais un être froid, chromé et bardé de métal, dont le regard se vide. C'est bien l'argent qui fait tourner ce monde où les hommes peuvent se vendre, corps et âme ...
     On trouve au sommaire de cette anthologie passionnante d'autres grands auteurs de SF qui s'interrogent tous sur les limites de l'humain  : Gudule, dans Journal d'un clone  ; Eric Simard, avec Clarisse  ; Christian Grenier, avec Lüber Mensch  ; Jean-Pierre Andrevon, qui passe Des vacances de rêve et Jean-Pierre Hubert qui explore des Forêts virtuelles.
     Anthologie à lire pour s'évader mais aussi réfléchir, à partir de 11 ans.

Catherine GENTILE (lui écrire)
Première parution : 1/1/2002 InterCDI 175
Mise en ligne le : 1/3/2002


     Soyons francs : qui aurait soupçonné qu'une anthologie estampillée « jeunesse » puisse un jour faire date, même de façon relative, dans l'histoire du genre en France ? Personne, mis à part les rares thuriféraires de ce sous-genre (commercial) d'un sous-genre (littéraire). Pourtant, je prends le pari : Les visages de l'humain, s'ils ne sont pas trop piétinés par les bottes d'une politique marketing aussi agressive que contre-productive, pourraient rapidement rejoindre le panthéon peu peuplé des très grandes anthologies de la SF. Pourquoi ? Parce que la qualité des textes réunis dans ce superbe bouquin est tout simplement exceptionnelle. Et aussi parce que le défi prométhéen lancé par l'anthologiste (faire le tour de ce que la SF peut dire aujourd'hui de « l'homme transformé ») est relevé avec un brio époustouflant. Certes, Denis Guiot a joué la sécurité, en faisant appel à de grands noms (Andrevon, Grenier, Hubert...), mais quand même...
     La problématique est à la mode en cette première année du millénaire, et les productions gravitant autour des peurs engendrées par les nouveaux horizons de la génétique se multiplient, en SF littéraire comme ailleurs — rarement pour le meilleur et très souvent pour le pire, comme tout ce qui est « porteur ». Mais on est ici bien loin de toute la médiocrité ambiante, et comment ne pas dire sa joie à la découverte de ces perles ? Qu'il s'agisse du clone (Gudule), du cyborg (Fabrice Colin), du monstre mi-homme mi-animal (Eric Simard), de l'eugénisme, même « doux » (Christian Grenier), du cyber-conditionnement (Jean-Pierre Andrevon) ou de l'homme virtuel (Jean-Pierre Hubert), ces six nouvelles explosent comme autant de feux d'artifice. Même si aucun thème n'est ici radicalement nouveau, aucun de ces textes ne donne une impression de « déjà-lu » (même si les trois dernières nouvelles sont plus « classiques ») : c'est déjà en soi un tour de force. Et tous proposent une réflexion intelligente en procurant un grand plaisir de lecture : qui dit mieux ?
     Plus encore, la force de l'anthologie vient de sa cohérence d'ensemble, de ce que, devant les yeux ébahis du lecteur, les six auteurs donnent collectivement l'impression de réellement faire le tour du sujet. Il y a du miracle là-dedans. On s'en rend compte d'ailleurs tout de suite : même la couverture est splendide, c'est dire !
     Reste un léger doute : car la fort subtile préface d'Axel Kahn, qui à elle seule mérite le détour, ne s'adresse à l'évidence pas au public visé en quatrième de couverture (« dès onze ans ») — et l'on en vient à se demander si cette « erreur de cible » ne s'étendrait pas à l'ensemble des textes ici réunis. Dès onze ans ? Possible. Honnêtement, je n'en ai aucune idée ; je ne suis pas compétent pour en juger. Mais Christian Grenier lui-même n'a-t-il pas dit un jour qu'une bonne histoire « jeunesse » se devait d'être aussi une bonne histoire pour adultes ? La question de l'adéquation de cette anthologie à son public-cible annoncé n'est donc peut-être, après tout, que d'importance très relative...
     J'ai été tenté de demander à Galaxies de publier ce papier dans la rubrique « Nouveautés » pour avoir plus de chances d'attirer l'attention des lecteurs de tous âges sur cet opuscule. Parce que, pour parodier ce parangon de culture qui disait un jour à son copain africain : « T'es tellement sympa que tu mériterais d'être blanc ! », j'ai envie de dire aux promoteurs de cette initiative : « Cette antho est tellement réussie qu'elle mériterait d'avoir été publiée dans une collection pour adultes ! »

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/12/2001 dans Galaxies 23
Mise en ligne le : 1/9/2003


 

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