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L'Oeil de Saturne

James BLISH

Titre original : Anywhen, 1970
Science Fiction  - Traduction de Claire POOLE
DENOËL, coll. Présence du futur n° 166, 2ème trimestre 1973
208 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : néant

Couverture

    Quatrième de couverture    
     • C'est un traître patenté : il se balade d'univers en univers, cherchant à placer des choses extraordinaires.
     Et savez-vous jusqu'où il est allé ? Il a tout simplement vendu... la Terre !
     • Chirurgien de réputation intergalactique, il n'est pas satisfait de sa réussite.
     A quoi sert l'argent, à quoi sert la renommée quand on vous impose de voir mourir des êtres que vous ne pouvez pas sauver ?


    Sommaire    
1 - Préface (Preface), pages 9 à 10, Préface, trad. Claire POOLE
2 - De la trahison considérée comme l'un des beaux-arts (A Style in Treason), pages 11 à 63, trad. Claire POOLE
3 - L'Écriture du rat (Writing of the rat), pages 65 à 85, trad. Claire POOLE
4 - Mais qui étaient les sauvages ? (And Some Were Savages), pages 87 à 121, trad. Claire POOLE
5 - Le Crépuscule des dieux (A Dusk of Idols), pages 123 à 159, trad. Claire POOLE
6 - Pas si aveugle que ça (None So Blind / Who’s in Charge Here?), pages 161 à 167, trad. Claire POOLE
7 - Pas de quoi rire sur Mars (No Jokes on Mars), pages 169 à 181, trad. Claire POOLE
8 - Belle sous les bannières (How beautiful with banners), pages 183 à 199, trad. Claire POOLE
 
    Critiques    
 
     Ce livre comprend sept récits, indépendants les uns des autres, précédés de brèves introductions expliquant en général les circonstances de leur rédaction. Il illustre de façon claire le reproche qu'Alfred Bester adressait à Blish dans le cadre d'une des chroniques de critique qu'il écrivait pour The Magazine of Fantasy and Science Fiction il y a une douzaine d'années.
     En substance, Bester traitait Blish d'auteur intellectuel mais froid, et c'est en effet l'impression que produit la lecture de ces pages. Ce caractère se remarque déjà dans les introductions qui « situent » les nouvelles. Là où Harlan Ellison se montre verbeux, autobiographique et anxieux de gagner le lecteur à sa cause, James Blish explique sobrement la genèse des récits — en général des commandes ou des suggestions de rédacteurs en chef — et occasionnellement les thèmes et les registres sur lesquels il s'est proposé de jouer. Ces registres ne comprennent jamais la passion, et rarement la chaleur. C'est là une curieuse lacune chez un écrivain qui s'est imposé parmi les plus remarquables spécialistes de science-fiction de sa génération, et rares sont les auteurs de même classe qui laissent apparaître une telle faiblesse. On serait tenté de rapprocher à cet égard Arthur C. Clarke de Blish, mais en réalité l'auteur de 2001 montre presque invariablement de la passion pour la situation scientifique que ses personnages doivent affronter, ou pour l'élément poétique attaché à ce contexte scientifique, ou suggéré par lui. James Blish paraît posséder des connaissances scientifiques solides, mais il ne s'en sert que comme des outils — sur lesquels il n'y a pas lieu de s'exciter, même si l'on est un bon artisan, semble-t-il sous-entendre. Or Blish est indubitablement un bon artisan : mais c'est aussi un intellectuel, et c'est ce second aspect de sa personnalité qu'il laisse le plus volontiers apparaître dans ces pages.
     Le premier récit, De la trahison considérée comme un des beaux-arts, est aussi le plus long (il occupe plus du quart du volume). Il fut écrit sur un thème suggéré par Brian W. Aldiss, celui d'un homme qui sacrifie — ou refuse de sacrifier — sa vie pour une cause. Il présente un concept amusant, celui d'une société où une Guilde des traîtres assermentés joue un rôle important dans les relations internationales. Mais il est alourdi d'une écriture inutilement baroque et ampoulée — dont la traduction de Claire Poole n'a que trop fidèlement restitué la progression cahoteuse — et d'une indécision probablement involontaire de l'auteur : fallait-il raconter l'histoire en ayant l'air d'y croire, ou comme une amusette au second degré ?
     L'écriture du rat, qui vient ensuite, est peut-être le meilleur récit du livre, par l'interrogation qu'il présente sur la place possible revenant à l'humanité dans l'univers, et par la manière dont cette place pourrait être découverte.
     Le récit intitulé Mais qui sont les sauvages ? évoque les conséquences d'un déséquilibre culturel : celui qui existe entre des Terriens hautement civilisés et les habitants d'une planète primitive. Libre à chacun d'y voir les reflets d'une quelconque tentative de colonialisation, mais Blish y approfondit principalement une énigme d'essence biologique. Son intellectualisme distant s'intéresse surtout au problème lui-même, et seulement de façon accessoire à ses répercussions éthiques, ou aux différentes réactions au sein de l'équipe terrienne d'exploration : en fait, les membres de cette dernière ne sont ici que des fantoches destinés à communiquer au lecteur les données essentielles du problème.
     Le crépuscule des dieux n'a rien de wagnérien. Il s'agit dans cette nouvelle d'un chirurgien qui a toutes les raisons de se montrer satisfait de lui-même, et chez lequel l'altruisme se réveille à un moment où rien ne le laissait soupçonner. Blish lui-même présente Pas si aveugle que ça comme le développement de deux motifs fantastiques. Pas de quoi rire sur Mars montre l'auteur s'échauffant modérément sur un .thème apparenté à celui de Mais qui sont les sauvages ?, à cela près que l'éthique prend ici le pas sur l'ethnologie ou la biologie extraterrestre. Dans Belle sous les bannières, enfin, l'auteur se réclame de l'interprétation symbolique tentée par Damon Knight sur certaines des nouvelles signées par Blish (une de celles-ci étant Common time, que Knight a minutieusement disséquée pour en tirer une interprétation combinant des motifs de mort, de renaissance et d'orgasme) : Blish met ici une femme-médecin qui meurt sur un monde lointain — en l'occurrence Titan, le plus gros satellite de Saturne — au moment où deux êtres représentant les deux « sexes » de l'espèce indigène s'unissent. Le récit est certes intéressant, mais les passages destinés à traduire l'introspection de la doctoresse reflètent le côté le plus indigeste de Blish-l'écrivain-méthodique-et-appliqué.
     Les réserves que ces récits appellent ne doivent pas dissimuler le fait qu'on a affaire ici à un auteur important qui connaît fort bien son métier. Mais peut-être que cette efficience professionnelle même explique les défauts qui mettent le lecteur mal à l'aise : il ne manque pas grand-chose à plusieurs de ces nouvelles pour qu'on puisse les qualifier de mémorables — et on a l'impression que l'auteur a délibérément exclu ces facteurs d'humanité et de passion qui auraient donné la dernière touche (de fini ? de vie ? d'émotion ?) à ces récits qui restent simplement intéressants.
 

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/12/1973
dans Fiction 240
Mise en ligne le : 17/1/2016


 
Base mise à jour le 6 mai 2017.
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