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    Fiche livre    

Nicolas Eymerich, inquisiteur

Valerio EVANGELISTI

Titre original : Nicolas Eymerich, inquisitore, 1994
Science Fiction  - Cycle : Eymerich  vol.

Traduction de Serge QUADRUPPANI
Illustration de Corinne BILLON
La VOLTE n° (22), dépôt légal : septembre 2011
208 pages, catégorie / prix : 18 €, ISBN : 978-2-917157-15-2

Autres éditions
   in Nicolas Eymerich, inquisiteur - volume 1, LIVRE DE POCHE, 2016
   POCKET, 1999, 2000, 2004
   RIVAGES, 1998
Couverture

    Quatrième de couverture    
     1352. Le père dominicain Eymerich, tout juste nommé grand inquisiteur, combat avec acharnement hérésies et sorcelleries.
     Fin du XXe siècle. M. Frullifer tente d'exposer ses nouvelles théories sur la science psytronique.
     2194. Le vaisseau spatial Malpertuis, mû par une énergie instable, s'égare dans le passé.

     Les époques se percutent, temps et espace vacillent, alors que Nicolas Eymerich se dresse contre les ennemis de l'Ordre et de la Foi.

     Né à Bologne en 1952, ancien professeur d'histoire, Valerio Evangelisti construit une œuvre qui enjambe les genres, dans la lignée d'une littérature populaire européenne ouverte. Les aventures de Nicolas Eymerich ont été couronnées en Italie par le prix Urania et en France par le Grand Prix de l'Imaginaire et le prix Tour-Eiffel.

     Nicolas Eymerich, inquisiteur est le premier roman de la série.


    Prix obtenus    
Tour Eiffel, roman, 1998

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantasy (liste parue en 2002)  pour la série : Eymerich
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Eymerich
 
    Critiques    
 
     Focus NICOLAS EYMERICH aux éditions La Volte
     1. — Nicolas Eymerich, inquisiteur — Valerio Evangelisti
     2. — Les Chaînes d'Eymerich — Valerio Evangelisti
     3. — Le Château d'Eymerich — Valerio Evangelisti

     La couverture est sombre mais d'une élégante sobriété, avec sa police « Inquisition » qui dessine une croix sur le premier volume. La Volte présente l'intégrale du cycle de Nicolas Eymerich, à ce jour incomplet en France. Après la reprise des deux premiers volumes, nécessaires pour comprendre la série, paraît le septième volume du cycle, inédit, le huitième si on compte le recueil de nouvelles Métal Hurlant.
     Nicolas Eymerich est cet inquisiteur intransigeant du milieu du XIVe siècle, uniquement porté par sa foi et son devoir, en proie à des manifestations diaboliques sur lesquelles il enquête avec la maestria d'un Sherlock Holmes, éradiquant les hérésies avec une expéditive insensibilité. Mais il s'agit de science-fiction, et l'intérêt de la série réside avant tout dans la découverte du voyage dans le temps grâce à une particule plus rapide que la lumière, le psytron, qui vibre sous l'action des neurones, autrement dit de la pensée : il est vrai qu'on se transporte instantanément ailleurs par la pensée. Inspirée de la théorie des cordes, cette vibration des particules dans un espace sensible aux psytrons, nommé Psyché, débouche sur le dédoublement du penseur lors d'un voyage dans le passé. C'est ainsi que dans le futur le Malpertuis, vaisseau spatial avec à son bord un curé fanatique, tente d'aborder une planète nommée Olympe pour y récupérer des créatures mythologiques encore existantes, mais se retrouve par erreur à l'époque d'Eymerich. Les interférences sont la cause des troubles constatés à l'époque de ce dernier. Dans le premier volume, on voit Eymerich manœuvrer très habilement pour mériter son poste d'inquisiteur malgré son jeune âge. Trois époques s'interpénètrent superbement. On regrettera cependant que la traduction de Quadruppani n'ait pas été révisée pour ce qui concerne l'em-ploi de certains termes comme le flogistique pour phlogistique, ou ces curieux neutrins pour désigner les neutrinos.
     C'est précisément l'interpénétration des époques qui fait l'intérêt de la série, tissant des liens qui font sens. Dans Les Chaînes d'Eymerich, le procédé se trouve consolidé : en établissant des relations entre la résurgence d'une hérésie cathare en Savoie, des expériences génétiques commencées dans l'Allemagne des années 30 et poursuivies dans la Roumanie de Ceaucescu, des trafics d'organes au Guatemala, et encore un inquiétant futur en guerre où une organisation eugéniste hitlérienne, la Rache, poursuit sa quête d'immortalité, Evangelisti montre que chaque exaction est un anneau de la même chaîne allant des sombres heures du passé aux périodes modernes encore plus terrifiantes. Nicolas Eymerich, dangereux fanatique, dépeint comme un être qui agit dans ce qu'il croit être juste, ne torturant jamais pour le plaisir, apparaît finalement plus sympathique que bien des contemporains dénués de scrupules. Il a au moins son sens de la justice, discutable et excessif, qui l'empêche de franchir certaines lignes.
     C'est en partie sur cette intransigeance que repose l'intrigue du Château d'Eymerich. L'officier nazi ne dédaigne pas coucher avec les servantes juives du camp de concentration où il cherche à créer le soldat invincible ; des frères dominicains sont prêts à utiliser la magie juive, et donc à se damner, pour sauver leur Eglise ; Pierre le Cruel, assiégé dans son château, a assis son pouvoir par des compromis avec les ennemis naturels de la Chrétienté, les Sarrasins et les Juifs qui le protègent. Ces derniers ont équipé son château de dix tours et l'ont truffé de souterrains qu'il ignore ; le motif d'ensemble reproduit un dessin kabbalistique destiné à un rite à venir. Trois intrigues s'entrecroisent donc à nouveau. Eymerich appelé pour contrer des manifestations diaboliques dans la forteresse de Pierre le Cruel, déjà assiégée par son beau-frère Henri de Trastamare, en passe de lui ravir le trône de Castille, lutte contre maintes créatures fantasmagoriques, mais aussi, qui l'eût cru, contre la tentation de la chair. Le château lieu de complots, le château hanté et celui du savant fou : Evangelisti joue de tous ces motifs pour déployer les registres du fantastique dans cet épisode hautement symbolique, où la répétition même de certaines scènes ou répliques, qui pourraient passer pour des erreurs d'écriture, tisse un réseau de nature incantatoire. Eymerich, symbole de forteresse imprenable, se sent fragilisé en découvrant ses faiblesses, plus horrifié par ses sentiments que par les désirs charnels. Par ailleurs contesté dans son autorité par ses pairs, désorienté, c'est un Eymerich plus humain qui est présenté ici. Le final, paroxystique et délirant, clôt superbement cet opus où la noirceur se teinte parfois d'un humour sarcastique. Jubilatoire.
     L'ensemble des reprises et inédits devrait se poursuivre jusqu'en 2014. Les dix volumes de la saga méritent bien cette belle présentation.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 3/4/2016

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition RIVAGES, Fantasy (1998)


     Une fois de plus la collection « Fantasy » de l'éditeur Rivages se paie de la Science-Fiction. Mais rassurez-vous, le Diable est bien de la partie...
     Valerio Evangelisti recourt à un artefact que les lecteurs de Roland C. Wagner connaissent bien de ce côté-ci des Alpes : la psychosphère (voir la série des Futurs Mystères de Paris au Fleuve Noir). Ainsi trouve-t-on chez Evangelisti un concept très proche d'espace imaginaire habité d'archétypes, toutefois le fond culturel qui sert de substrat à ces récits diffère on ne saurait davantage d'un auteur à l'autre. Alors que Wagner nous plonge dans un Paris futur, Evangelisti nous immerge dans l'Aragon du bas moyen-âge et le fait vivre avec un art consommé. Aussi une idée commune ne devrait pas dissuader les lecteurs rebutés par Wagner d'y aller jeter plus qu'un coup d'oeil.
     Pour expliciter son texte, Evangelisti fait basculer le paranormal dans le champ de la physique par le biais de la fort loufoque théorie des psytrons. Bien sûr l'auteur n'est pas dupe une seule seconde de son artifice ni n'entend nous abuser, à témoin l'introduction où la théorie rejoint une pile de barjoteries du même tonneau. Ce n'est qu'un outil littéraire et les extraits du Livre de Frullifer, des monuments à la gloire du charabia pseudo-scientifique. Evangelisti prend un malin plaisir à pousser la suspension de l'incrédulité dans ses derniers retranchements.
     Du coup, les voyages interstellaires sont possibles sous forme de projection dans l'espace imaginaire. Il y a déplacement spatial mais aussi temporel. Voici donc le Malpertuis sous le commandement du sinistre Prometeos et de l'abbé Sweetlady ( !) lancé dans un safari métaphysique censé leur permettre de capturer l'un des dieux de l'Olympe.
     Pendant qu'ils chassent la divinité en l'an de grâce 1352 sur Gamma Serpentis, dans le royaume d'Aragon Nicolas Eymerich s'impose comme l'inquisiteur général. Bien vite, il lui apparaît qu'une terrible conspiration y est ourdie contre la Chrétienté. La théorie de Frullifer suppose des médiums à même d'imprimer aux psytrons les informations nécessaires à leur retour hors de l'espace imaginaire, ce qu'est justement Maria, la fille du roi Pierre IV Autour d'elle, le Père Arnau et Elisen Sentellès Valbuena ont comploté le retour de Diane sur Terre lors d'un gigantesque sabbat. Enquêteur fin et inspiré, Nicolas Eymerich y mettra bon ordre pour rejoindre le club des grands détectives de l'étrange.
     Ce qui importe à Evangelisti, c'est la mise en scène historique et le combat de la Chrétienté pour s'imposer. Les positions de l'inquisiteur et de la sorcière ne manqueront pas de nous interpeller. Les sorcières se vouant au culte de Diane revendiquent l'harmonie de leur corps et de la nature et reprochent à l'Eglise chrétienne et « masculine » son matérialisme et son rationalisme. Il gît là un faisceau de contradictions sur lesquelles le lecteur pourra s'appesantir. Grever le système de superstitions chrétien de rationalisme n'est sans doute pas le moindre des paradoxes et l'on peut se demander si le corps et la nature sont moins matérialistes que la métaphysique de l'Eglise. Le décalage historique induit un questionnement intéressant sur la Chrétienté et les réactions qu'elle peut susciter aujourd'hui comme jadis.
     Traduit de l'italien par l'auteur de polar Serge Quadruppani, ce premier roman de Valerio Evangelisti consacré à Nicolas Eymerich est d'une originalité plus que suffisante pour inciter la lecture du second tome paru simultanément chez le même éditeur.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/1998
dans Bifrost 9
Mise en ligne le : 1/4/2002


Edition RIVAGES, Fantasy (1998)


     Original et audacieux, ce livre réunit avec bonheur deux genres habituellement fort différents : le policier historique (et l'on pense notamment aux enquêtes du frère Cadfaël) et la science-fiction. Il repose avant tout sur un magnifique personnage, et sur une merveilleuse idée.
     Le personnage, c'est Nicolas Eymerich, superbe figure inquisitoriale, à l'âme en acier trempée, prêt à intriguer pour maintenir son autorité et pour traquer l'hérésie... On comprend vite que ce personnage puissant a suffisamment de caractère pour devenir le héros récurrent d'une série romanesque.
     L'idée, c'est le "psytron". Seule la pensée voyage plus vite que la lumière (tout amateur de SF vous le dira : l'imagination peut vous "transporter" instantanément aux confins de l'univers) : il suffit donc de suivre cette "énergie imaginaire" pour voyager "physiquement" dans l'imaginaire... Une idée certes scientifiquement fumeuse, mais poétiquement évidente et irréfutable ! Grâce au psytron, le voyage spatial devient possible (avec toutefois des effets temporels incertains), les phénomènes paranormaux s'expliquent et l'on peut même rencontrer un dieu, puisqu' il n'est pas de création imaginaire humaine qui, partagée avec force par un nombre suffisant d'individus, ne puisse se matérialiser concrètement, comme nous le dit Valerio Evangelisti.
     Comment réunir l'inquisition aragonaise du XIVè siècle et le voyage du vaisseau spatial Malpertuis ? Comment Eymerich résoudra-t-il l'énigme des enfants à deux visages et comment fera-t-il face à d'étranges apparitions dans le ciel ? Pour apprécier l'habileté et la malice de l'auteur, cela vaut la peine d'aller le découvrir par vous-mêmes dans ce roman qui se lit d'une traite et qui a obtenu le prix Urania en Italie.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/6/1998
nooSFere


Edition RIVAGES, Fantasy (1998)


     Première question  : quel rapport y a-t-il entre une résurgence du paganisme dans l'Aragon de l'an 1352 et l'étrange voyage de l'astronef Malpertuis en l'an 2194  ?
     Deuxième question  : quel lien y a-t-il entre un retour des Cathares dans la Savoie du XIVe siècle et une guerre future où la chair à canon est fournie par des êtres artificiels  ?
     La réponse est la même  : Nicolas Eymerich, une grande figure de l'Inquisition, qui est devenu sous la plume de Valerio Evangelisti le héros d'une série de science-fiction qui fera date. Car il ne faut pas s'y tromper  : si l'habillage de ces deux livres peut les faire passer pour du fantastique ou de la fantasy, c'est bien de SF qu'il s'agit. Leurs intrigues reposent sur une idée de SF, et leur richesse narrative vient entre autres du fait que le lecteur dispose pour les apprécier de clés qui sont refusées à certains des personnages.
     Mais leur intérêt ne se limite pas là. Evangelisti cite Maurice Leblanc parmi ses influences  ; or tout l'art de celui-ci reposait sur la mise en parallèle du destin de Lupin et de celui de la France, des destins qui s'entrecroisaient de façon de plus en plus complexe à mesure que progressait la saga lupinienne. Le trait de génie d'Evangelisti consiste à avoir appliqué le même principe à un contexte de SF, et le lecteur émerveillé voit se tisser sous ses yeux une splendide toile liant le passé, le présent et le futur. A ce titre, le jeu des correspondances auquel se livre Evangelisti rappelle des séries télévisées comme par exemple les X-Files, ou romanesques comme Les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner. Souhaitons longue vie à Nicolas Eymerich et à Valerio Evangelisti, dont on attend le prochain livre avec impatience.

Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/6/1998
dans Galaxies 9
Mise en ligne le : 1/2/2001


Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2008)


     Nicolas Eymerich, Inquisiteur commence d'une façon curieuse : plutôt que de nous plonger dans les affres du Moyen-Âge dès ses premières lignes, comme le suggère son titre, l'auteur préfère débuter son histoire à notre époque, et qui plus est par une discussion scientifique assez pointue. Dans cette introduction surprenante, un chercheur marginal aux théories exubérantes essaie de prouver à un astrophysicien reconnu l'existence de la Psyché, une matière invisible présente dans tout l'univers et dont la composition permettrait de voyager dans l'espace-temps, en usant pour cela des capacités de l'esprit. Autant dire que la conversation fait la part belle à la physique quantique et à l'astrophysique, mais le choix formel du dialogue et la simplicité du style permettent au lecteur d'éviter l'indigestion, pour peu qu'il possède quelques notions en la matière (à la différence du verbiage étouffant d'un Greg Egan, remarque purement gratuite). 1

     Après avoir été déconcerté par cette incursion inattendue sur les terres de la science-fiction, le lecteur peut légitimement s'attendre à entrer dans le vif du sujet, à savoir l'Inquisition. Il en sera pour ses frais : dans la seconde partie de son ouverture, l'auteur enfonce le clou en nous entraînant cette fois vers l'espace infini, dans un futur lointain. A ce moment-là, on est tenté de refermer le livre pour vérifier son titre, et relire son quatrième de couverture afin de s'assurer que l'on ne s'est pas trompé de bouquin, mais non. Où sont donc l'anti-héros, les jugements expéditifs et les tortures innommables promis par son titre ? Pourquoi diable un auteur diplômé en Histoire et en sciences politiques s'obstine-t-il à nous exposer une théorie scientifique relevant de la « hard science » ? Patience, les pièces du puzzle ne tarderont pas à se mettre en place.

     Ainsi, après nous avoir défini la nature de cette Psyché, axe central du récit, l'auteur nous démontre son existence par la pratique en nous conviant à bord d'un « astronef psytronique ». Notre scientifique farfelu est donc moins insensé qu'il en a l'air car la Psyché existe, et elle nous permettra un jour de voyager dans l'espace-temps plus rapidement que la lumière, à la vitesse de la pensée. Un lien avec l'Inquisition s'établit alors : la présence d'inquisiteurs aux dons médiumniques à bord du vaisseau où est embarqué le narrateur laisse présager la résurgence de l'intégrisme dans le futur, et peut-être l'apparition prochaine du fameux Nicolas Eymerich, sans que l'on ne sache encore s'il se manifestera dans cet avenir aux airs de space opera, dans notre présent, ou bien dans un passé moyen-âgeux.

     Il faut attendre le premier chapitre pour (enfin) découvrir le contexte historique suggéré par le titre et le résumé du livre. Nous sommes en pleine Inquisition, au nord de l'Espagne. Nicolas Eymerich, inquisiteur immunisé contre la peste après y avoir survécu, assiste impuissant à la mort du Père de son ordre, rongé par la maladie. Ce dernier le nomme Grand Inquisiteur d'Aragon dans un dernier souffle, avant de succomber à la peste, en faisant ainsi d'Eymerich un personnage au pouvoir politique et judiciaire redoutable. Dès sa nomination, notre « héros » va se retrouver confronté à la découverte du cadavre d'un bébé doté de deux visages : l'occasion pour lui d'entamer une enquête aux relents surnaturels (rappelons ici que le sens premier d'« inquisiteur » signifie « enquêteur »).

     Le voici donc, ce fameux inquisiteur, et quelle audace d'avoir choisi comme personnage principal un être aussi psychorigide, misanthrope et antipathique ! 2 L'espace d'un instant, on est tenté de voir un lui un prêtre devenu inquisiteur contre son gré, un homme écœuré par les dérives de l'Inquisition qui se doit toutefois d'obéir à l'Église, mais non ! Ce Nicolas Eymerich est un pur fanatique, un intégriste que l'obtention d'aveux sous la torture ne dérange en rien. Et justement, le lecteur se trouve vite dérangé en suivant ses aventures, contraint de souhaiter la réussite de cet individu qu'il devrait mépriser... C'est un sacré mauvais tour que nous joue l'auteur mais à quoi sert la littérature, sinon à surprendre et à perturber ? D'autant plus que l'intrigue justifie, en quelque sorte, le rôle de l'Inquisition, puisque les femmes suspectées de sorcellerie par Eymerich se trouvent être de vraies sorcières maléfiques !

     Mais voilà qu'à peine débarqué chez nos ecclésiastiques intégristes, le lecteur se retrouve de nouveau projeté dans le présent, en compagnie de notre chercheur incompris. Cette fois en compagnie d'une jeune scientifique ravissante (qui ne le laisse pas indifférent), l'asocial visionnaire poursuit son exposé d'une manière suffisamment pédagogique pour mieux nous faire comprendre la nature de cette Psyché, dont le rôle paraît de plus en plus déterminant dans l'intrigue. A cet instant, il est encore difficile de saisir où l'auteur souhaite nous mener tant ses intrigues parallèles semble éloignées. Jugez plutôt : d'un côté, Eymerich essaye de convaincre les pouvoirs en place de sa légitimité en tant que Grand Inquisiteur, tout en menant son enquête sur l'enfant difforme. Le scientifique, quant à lui, essaye de convaincre les autorités universitaires du bien-fondé de ses théories. Enfin, l'astronef psytronique poursuit son chemin à travers l'espace-temps, semble-t-il afin de récupérer une cargaison précieuse sur une planète inconnue, dans le passé, à l'époque d'Eymerich... Vous l'aurez compris, c'est au moment où se percuteront ces trois intrigues que le livre quittera l'étagère des histoires sympathiques et rondement menées, mais sans grand génie, pour atteindre celle des œuvres métaphysiques aux différents niveaux de lecture. Car la révélation qui nous attend est fracassante.

     Mais n'en révélons pas plus, vous en savez déjà bien assez. Pour résumer, disons que ce livre n'est pas uniquement une enquête aux accents fantastiques menée par des religieux dans un environnement moyen-âgeux, à la façon du Nom de la Rose : son intrigue s'inscrit totalement dans le cadre de la science-fiction, car ses exposés scientifiques constants viennent apporter une explication rationnelle à tout ce qui pourrait appartenir au démoniaque, du point de vue des inquisiteurs. D'ailleurs, cette façon de procéder atténue grandement le procès d'intention que l'on pourrait faire à l'auteur, qui désamorce ainsi le risque d'une lecture au premier degré où les inquisiteurs seraient les défenseurs du Bien.

     Les points forts du roman résident donc dans son audace à prendre un personnage méprisable comme héros en vue de tisser un lien entre la science et la religion, mais aussi dans sa simplicité stylistique qui nous permet de comprendre facilement une histoire où s'entremêlent trois intrigues parallèles en des lieux et des temps différents. Et si vous espériez assister au quotidien crapoteux des inquisiteurs, vous ne serez pas déçu, car le livre n'élude en rien cet aspect effrayant de l'Inquisition.

Notes :

1. Pour approfondir le sujet, je ne saurais trop vous conseiller les ouvrages de vulgarisation scientifique de Stephen Hawking et des frères Bogdanov (Dieu et la Science, notamment), qui vous seront d'une certaine utilité pour assimiler ce concept basé sur la nature des particules élémentaires et de la matière noire, composante essentielle de l'univers.
2. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le personnage n'est pas une création originale : il est inspiré de l'auteur du Manuel des Inquisiteurs, si consciencieux et intransigeant dans sa tâche de Grand Inquisiteur qu'il fut suspendu de ses fonctions !


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 24/9/2008
nooSFere


 
Base mise à jour le 19 février 2017.
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