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Tau Zéro

Poul ANDERSON

Titre original : Tau Zero, 1970
Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de MANCHU
BÉLIAL' n° (77)
Dépôt légal : mai 2012
304 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-84344-113-4
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
     L’aventure ultime : le premier vol habité hors système solaire...

     Terre. XXIIIe siècle. Ils sont cinquante. Vingt-cinq femmes, vingt-cinq hommes. Parmi les meilleurs dans leurs domaines : astrophysiciens, mathématiciens, biologistes, astronavigateurs... Leur mission est la plus sidérante qui soit : rejoindre l’étoile Beta Virginis en quête d’une nouvelle Terre. Ils disposent pour ce faire du plus stupéfiant des vaisseaux, le Leonora Christina, dernier né de sa génération, un navire capable de puiser son énergie au cœur même de l’espace et d’évoluer à des vitesses relativistes...

     Un voyage de trente-deux années-lumière. Un voyage sans retour. Et tous le savent. Tel est le prix que sont prêts à payer ces pionniers d’une aire nouvelle...

     Considéré par David Pringle comme l'un des cent livres de SF les plus importants jamais écrits, par James Blish comme le récit de science-fiction « ultime », Tau Zéro est une référence incontestée de la hard SF moderne. Mais c’est aussi, surtout, un roman du « sense of wonder », un récit vertigineux. Quarante ans après sa parution outre-Atlantique, voici enfin la traduction de ce chef-d’œuvre incontesté, une édition orchestrée par Jean-Daniel Brèque, qui en assure la traduction et la présentation, illustrée en postface par l'astrophysicien Roland Lehoucq.

     Poul Anderson (1926-2001) est un des monstres sacrés de la SF américaine. Sept fois lauréat du prix Hugo, il est l'auteur de certains des plus grands monuments du genre, dont le cycle de La Patrouille du temps.


    Sommaire    
1 - Jean-Daniel BRÈQUE, Survivre à l'éternité, pages 11 à 14, Préface
2 - Roland LEHOUCQ, Vers Beta Virginis, sous tau zéro, pages 263 à 291, Postface
 
    Critiques    
     Comment diable est-il possible que ce roman soit resté inédit pendant quarante ans ? C'est, en substance, la question que risquent de se poser nombre de lecteurs de ce fameux Tau Zéro dont la parution était annoncée depuis longtemps par les éditions du Bélial. En effet, ce livre jouissait d'une solide réputation (nominations aux prix Hugo et Locus, multiples louanges d'auteurs comme James Blish), portait la signature d'un auteur connu, et proposait une intrigue susceptible d'émerveiller durablement le lecteur. Certainement la réputation de l'auteur, justement, et ses idées politiques, l'ont-elles durablement éloigné de l'édition française, notamment dans les années 70 où le milieu éditorial était plutôt à l'opposé de ses supposées idées sur l'échiquier politique. Du coup, pas de Tau Zéro, et beaucoup d'autres œuvres de l'auteur, en France depuis belle lurette. Jusqu'à ce que les éditions du Bélial, bien secondées par le traducteur – et fin connaisseur d'Anderson, auquel il avait consacré son essai Orphée aux étoiles – Jean-Daniel Brèque, nous proposent de redécouvrir cet auteur bien plus subtil que l'image qu'on lui prêta durant de longues années ; leur travail conjoint culmine avec ce roman puissant.
     Dans deux siècles, un vaisseau spatial, le Leonora Christina, emmène cinquante personnes (essentiellement des scientifiques et des membres d'équipage) vers l'étoile Beta Virginis pour tenter d'y découvrir une planète proposant des conditions de vie pour l'être humain. Afin de parcourir l'énorme distance qui la sépare de notre système solaire, le navire accélère en permanence, de telle sorte que sa vitesse se rapproche progressivement de celle de la lumière (ce rapport est quantifié par la variable tau du titre, dont la valeur serait nulle si les deux vitesses étaient égales). Toutefois, un accident se produit, qui va changer fondamentalement le rapport entre les différentes personnes à bord : une avarie du système ralentisseur les contraint à accélérer en permanence, sans possibilité de s'arrêter.
     Le roman fonctionne suivant un double principe : une trame générale de hard science sur laquelle se plaque un drame humain. Poul Anderson nous propose une expérience très rigoureuse, dans laquelle il prend un postulat de départ, et en dérive des développements très crédibles, où le hasard n'a pas sa place, mais seulement une stricte application des règles de physique. Les passages de pure science sont donc légion, et alternent avec d'autres, qui narrent l'impact qu'ont ces événements sur les passagers et leur moral. La construction est intéressante, car elle rend l'intérêt du lecteur ambivalent : à l'émerveillement (jamais le fameux sense of wonder n'aura été aussi approprié, notamment dans son final grandiose, l'un des plus beaux auxquels m'ait été donné d'assister) que suscite la traversée sans fin du Leonora Christina répond l'empathie pour le drame que vivent les personnages. Car, si certains arrivent à s'en accommoder, la plupart des protagonistes, une fois qu'ils sont privés du but final de découverte d'une planète, auront du mal à s'en remettre. Même si quelques-uns d'entre eux fleurent bon la caricature, même si l'on sent parfois le poids des ans dans la description des rapports humains, Anderson réussit globalement à nous les rendre vivants, et stimulants. Et les rebondissements, qu'ils soient scientifiques ou relationnels, dont il a truffé son intrigue permettent de relancer la machine quand on a l'impression qu'elle risque de tourner à vide.
     Roland Lehoucq, dans sa postface érudite (malgré une grosse coquille de typographie dans la formule du facteur de Lorentz, qui en fait l'égal de la variable tau alors qu'elle devrait en être l'inverse), rend hommage à la rigueur scientifique de Poul Anderson, même si bien sûr certaines avancées de la science ont depuis mis à jour, voire infirmé, certaines de ses hypothèses. On signalera en complément qu'Anderson réussit l'exploit, par cet acharnement dans la méticulosité du raisonnement, à susciter une poésie extrêmement envoûtante, celle de l'aventure supra-humaine et de l'espace interstellaire. Rigueur scientifique qui débouche sur un enchantement permanent : sans aucun doute l'un des exercices de hard science les plus aboutis que le genre ait connus.
     Non, décidément, une fois ce livre refermé, on a du mal à croire qu'il ait fallu attendre quarante ans pour qu'il soit traduit. Et l'on espère vivement que les éditions du Bélial vont continuer leur travail de redécouverte de l'auteur essentiel qu'est Poul Anderson.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/7/2012 nooSFere


 
     Manchu a réalisé l'une de ses plus belles illustrations pour ce roman qui a dû attendre plus de quarante ans sa traduction française ! Tau zéro est paru outre-Atlantique en 1970, aux plus chaudes heures de la contre-culture et de la new wave, alors que paraissaient là-bas les Dangereuses visions d'Harlan Ellison et les anthologies Orbit de Damon Knight. Mais aux USA, il y avait encore de la place éditoriale pour un livre de facture aussi classique sous réserve qu'il soit bon. Dans le même temps, en France, s'imposait une gauche culturelle qui ne tarderait pas à squatter toute la place disponible. Pas encore considéré de ce côté-ci de l'Atlantique comme un auteur majeur, mais déjà comme un auteur de droite, Poul Anderson allait se voir ostracisé en compagnie notamment de Larry Niven et Ben Bova. Quinze ans plus tard, la révolution culturelle de la science-fiction française était passée de mode et s'il n'y avait plus de gardiens à l'oubliette où gisait Poul Anderson, nul n'avait songé à l'en tirer. Gageons que si, quinze années plus tard encore, Olivier Girard n'en avait fait l'un des auteurs fétiches de sa maison, il y croupirait encore... Tau zéro est ainsi le huitième volume de Poul Anderson à paraître au Bélial'.
     Certains qui méconnaissent la SF la résument ainsi : « Des histoires de fusées qui vont dans les étoiles ». Eh bien oui ! Tau zéro correspond exactement à cette définition. Difficile de faire plus classique ! On a dit du fabuleux trompettiste Miles Davis qu'il avait donné à nombre des plus grands standards du jazz leur version la plus aboutie, indépassable... C'est ce que Poul Anderson a fait pour ce thème de la SF. Pas moins. Il remet une fois de plus sur le métier ce pont aux ânes de la SF qu'est le récit de la première expédition interstellaire pour en extirper la quintessence, la forme ultime. Pour ce faire, il va recourir aux canons de la hard science... On pourra comparer, juste pour le fun, avec ce navet sidéral qu'est Le Papillon des étoiles de Bernard Werber !
     Le Leonora Christina emporte dans ses flancs un équipage mixte à parité composé de la fine fleur de spécialistes en tout genre pour un voyage sans retour vers Bêta Virginis, plus connue sous son nom arabe de Zavijava, distante d'une trentaine d'années-lumière. On découvre certains membres de l'équipage, dont Charles Reymont, le gendarme, force de l'ordre de cette petite communauté, qui confèrera bien un ton conservateur au roman. Mais surtout, on découvre l'astronef. Son mode de propulsion relativiste, les solutions retenues et les conséquences de leur mise en œuvre. Non seulement ce n'est pas lourdingue, mais c'est ça qui est vraiment passionnant, et ça l'est parce qu'Anderson joue la carte de la hard science, du scientifiquement plausible qui aboutit à ce joli paradoxe : on peut aller beaucoup plus vite que la lumière bien que cette vitesse soit indépassable ! On a droit en prime à un petit cours soft de relativité. Toutes ces perspectives techniques sont commentées dans la passionnante postface de Roland Lehoucq, bien connu des lecteurs de Bifrost. Tout devient clair comme de l'eau de roche à ceux qui, comme moi, avaient toujours trouvé ces concepts intéressants, mais confus et rébarbatifs. Les choses ne sont compliquées que tant que l'on ne vous les explique pas simplement.
     Le bât blesse au niveau des diverses péripéties qui agitent la petite communauté d'astronautes ; un brin de jalousie par là, bien que ce soit une société aux mœurs très libérées, un bourre-pif par ici ; un coup de raide de temps à autre pour se remonter le moral et, si ça ne suffit pas, une bonne âme se dévouera pour une gentille partie de bête à deux dos. A vrai dire, on s'en fout carrément ! La seule péripétie intéressante est l'accident. L'astronef traverse une minuscule nébuleuse où il détériore son système de freinage et le voilà contraint de continuer à accélérer sans fin. Il va manquer sa cible, c'est anecdotique...
     L'astronef accélère sans cesse, s'approche toujours davantage de la vitesse de la lumière sans jamais l'atteindre, mais, ce faisant, le temps à bord passe de plus en plus lentement par rapport à un observateur qui serait resté sur Terre, par exemple. Ils escomptent trouver dans le cosmos un endroit suffisamment vide entre les galaxies pour pouvoir réparer sans être irradié à mort quand ils couperont les moteurs. Le voyage prendrait alors fin quelque part dans l'amas de la Vierge, à une vingtaine de mégaparsecs de la Terre, soixante millions d'années dans l'avenir. Mais ça ne suffit pas ! Le plongeon dans l'espace et le temps devient de plus en plus vertigineux... Ça, c'est du sense of wonder !
     Pour une fois, le panégyrique de quatrième de couverture est parfaitement justifié. L'un des cent livres de SF les plus importants jamais écrit pour David Pringle (je confirme : il est entré sans difficulté dans mon top cent personnel). Récit de science-fiction ultime pour James Blish. La science-fiction à l'état pur. Faites lire ce bouquin à ceux à qui vous voulez faire découvrir la SF : si ça ne leur parle pas, ils sont d'ores et déjà perdus pour le cœur de genre. En ces temps où l'amateur de trolley-dragons peine à choisir ses lectures tant il s'en produit, Tau zéro va aisément s'imposer aux lecteurs de SF comme l'un des incontournables de l'année. En publiant ce livre, le Bélial' a fait davantage que de combler un vide, il a corrigé une faute.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/10/2012 dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 9/4/2016


 

 
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