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    Fiche livre    

Singulier Pluriel

Lucas MORENO

Imaginaire  - Illustration de KRUM
HÉLICE HÉLAS, dépôt légal : avril 2012
240 pages, catégorie / prix : 16 €, ISBN : 978-2-9700766-1-2

Conception graphique de la couverture : www.cherryonthecakestudio.com.
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Les nouvelles de Lucas Moreno naviguent entre les genres : fortes et originales, souvent sombres et inquiétantes, elles lorgnent tantôt du côté de l'anticipation et de l'étrange, flirtent ailleurs avec le polar naturaliste ou le réalisme magique, dessinant une topographie intersticielle où l'auteur s'affranchit des frontières.

     Invitation à l'introspection en eaux profondes, ovni littéraire niché quelque part entre les romans noirs de Jack O'Connell et les univers insolites de Borges ou de David Lynch, Singulier Pluriel dissèque en neuf tableaux déformants les notions d'appartenance, d'aliénation et d'identité.


    Sommaire    
1 - Singulier Pluriel, pages 11 à 32
2 - Le Meilleur' ville dou monde, pages 33 à 46
3 - Shacham, pages 47 à 65
4 - Dellamorte Dellamore, pages 67 à 86
5 - Comme au premier jour, pages 87 à 118
6 - L'Autre Moi, pages 123 à 152
7 - Demain les eidolies, pages 153 à 180
8 - Trouver les mots, pages 181 à 206
9 - PV, pages 207 à 228
 
    Critiques    
     Après avoir tâté de la traduction, Lucas Moreno s'est fait un nom dans la science-fiction par le biais du podcast Utopod, qu'il fonda en 2007 avec Marc Tiefenauer. Pendant quatre ans, Utopod proposa des adaptations radiophoniques de nouvelles, puis des créations originales. De nombreux auteurs avaient alors collaboré : Catherine Dufour, Xavier Mauméjean, Mélanie Fazi, Jonas Lenn, Lionel Davoust, Pierre Bordage, et pour les étrangers Valerio Evangelisti, Brian Stableford et Bruce Sterling (liste non exhaustive, loin de là). Puis, fin 2010, Lucas Moreno annonçait l'arrêt d'Utopod, expérience passionnante mais trop chronophage, qui ne lui permettait pas de s'adonner à sa passion première : l'écriture. Une quinzaine de mois plus tard, Singulier Pluriel, publié par un éditeur suisse (Hélice Hélas), vient sceller ce changement d'orientation : premier recueil de l'auteur, il regroupe la quasi-totalité des textes courts écrits par Moreno. Aucun inédit donc, mais une sorte de bilan après quelques années d'apprentissage.
     Le recueil est divisé en deux parties, la première orientée fantastique, la deuxième plutôt SF, et ce même si Lucas Moreno se plaît à mélanger les genres, pour ne pas s'enfermer dans des cadres trop restrictifs. « Singulier Pluriel », qui ouvre le recueil, est ainsi le récit d'une étrange rencontre entre un Genévois solitaire et un couple de voisins accueillants ; il se rendra compte que ses nouveaux amis (dont l'origine est indéterminée, de telle sorte qu'on prendra ce texte au choix pour du fantastique ou de la SF) y trouveront au final davantage leur compte que lui-même. « La meilleur' ville dou monde » nous fait découvrir Angel-sur-Coffrane, inénarrable éden en Suisse, dont les habitants vivent une existence dorée sans avoir besoin de subvenir à leurs besoins ; rien n'étant gratuit, il y a forcément anguille sous roche, ce que découvrira le narrateur. « Shacham » nous emmène dans l'Himalaya, pour une expérience chamanique. « Dellamorte Dellamore » (allusion au très beau film de Michele Soavi avec Rupert Everett) est une nouvelle terrifiante sur le retour d'une femme qu'on croyait morte, sur le remords et le souvenir, et finalement sur le souvenir. Enfin, « Comme au premier jour » est le récit d'une enquête policière au cours de laquelle le meurtrier avoue un bien étrange crime.
     La tonalité de cette première partie est très ouvertement angoissante : pour rien au monde on ne voudrait vivre les destinées de ces personnages, même si parfois certains y trouvent leur accomplissement. Moreno excelle à nous faire partager leurs peurs, grâce à un solide travail sur la psychologie de ses protagonistes, et à l'usage systématique de la première personne du singulier. L'auteur joue également avec les impressions : derrière la tangibilité des choses se cache bien souvent une autre vérité, plus inquiétante, parfois bien cachée, mais parfois aussi visible, mais que l'on se refuse à contempler, afin de mener une existence douillette.
     La deuxième partie, celle consacrée à la science-fiction, commence par un « L'Autre moi », une expérience menée par des Intelligences Artificielles sur un homme dont l'on veut modifier les souvenirs. « Demain les eidolies » est un texte très intéressant sur un artiste, découvreur de la « maïeutique des surfaces », un art permettant de découvrir des motifs cachés derrière les choses, avec une thématique qui rejoint un peu celle de la partie fantastique précédente. « Trouver les mots », le récit de la colonisation d'une planète lointaine, est une très intéressante réflexion sur le pouvoir de la parole. Pour finir, « PV » nous présente une version de l'Éden pour le moins inquiétante. Cette deuxième partie est finalement plus hétérogène que la première, mais permet ainsi de découvrir plusieurs facettes de l'auteur.
     Au final, ce recueil permet de constater l'attirance de Lucas Moreno pour tout ce qui a trait à l'âme humaine, ses coins obscurs, mais aussi ses zones vitales et réflexives. Au fantastique la stimulation des premiers, à la SF celle des secondes. Chaque texte se lit ainsi comme la réponse, sous forme d'évolution mentale, d'un être humain à une influence extérieure, qu'elle soit subie, programmée, ou désirée. On l'a déjà dit, mais l'utilisation de la première personne est à ce titre symptomatique de l'intérêt de l'écrivain. Un auteur qui sait toutefois suffisamment varier les thématiques secondaires, ainsi que les traitements, ce qui lui permet de creuser toujours le même sillon sans se répéter. Et qui laisse suffisamment de place à l'interprétation afin que l'on comprenne que le sujet est inépuisable. Assurément, Lucas Moreno a encore de nombreux territoires à explorer, et on le suivra sans hésitation sur ces terres inconnues.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 30/6/2012
nooSFere


 
     Sous nos latitudes, on connaît Lucas Moreno autant pour avoir été à l'initiative du podcast Utopod (de 2007 à 2011) que pour ses nouvelles, dont deux du présent ouvrage sont à l'origine parues dans Bifrost. Premier recueil de Lucas Moreno, Singulier pluriel rassemble neuf récits, soit la quasi-totalité de l'œuvre écrite de cet auteur rare, et se divise en deux parties, l'une à tonalité fantastique, l'autre franchement science-fictive. Voyons cela de plus près.
     Dans la première partie, aux textes à l'ambiance menaçante, nombre de pièges guettent les protagonistes. Les prédateurs sont partout : dans la communauté qui vous entoure, voire sur le palier d'en face. Qu'on se le tienne pour dit dans l'inquiétante nouvelle qui donne son titre au recueil : si vos voisins sont des puits de connaissance, rap-pelez-vous qu'un puits est toujours avide... « Le meilleur' ville dou monde », c'est Angel-sur-Coffrane, petite bourgade suisse trop bien tranquille et dont l'un des habitants va comprendre, à ses dépens, le secret. Un piège. Tout comme ce village perdu dans les montagnes du Bhou-tan dans « Shacham ». « Dellamorte Del-lamore » (dont le titre fait référence à un film d'horreur du même nom) raconte l'histoire d'un type dont l'épouse ne cesse de revenir — problème : elle est déjà décédée plusieurs fois. Quant à cet autre problème, celui de l'inspecteur de police dans « Comme au premier jour », il s'agit de l'évaporation littérale d'un cadavre — un problème moindre, ceci dit, que l'insupportable suspect de ce crime...
     Dans la seconde partie, c'est la réalité elle-même qui se dérobe. Dans « L'Autre moi », un homme, cobaye d'une psychiatrie d'un nouveau genre, replonge dans sa traumatique enfance : une nouvelle qui n'est pas sans rappeler le formidable L'Autre côté du rêve d'Ursula Le Guin. « Demain les eidolies », parue dans le Bifrost 55, lorgne du côté de Philip K. Dick et évoque une nouvelle discipline artistique, le « mouvement maïeutique de surface », ou l'art de dévoiler la structure de l'univers.
     Les deux dernières nouvelles du recueil décrivent des paradis : piégés, forcément. La planète de « Trouver les mots » est un véritable havre de paix, mais les colons humains perdent peu à peu leurs connaissances et, pire, l'usage de la parole — sauf le conteur, qui s'enferme dans le mutisme. Dans « P V » (parue dans le n°49 de Bifrost), le protagoniste, sorte de nouvel Adam vivant dans ce qui semble un Eden, ne parvient pas à se satisfaire de ce qui lui est offert et cherche la connaissance.
     Au final, on tient avec Singulier pluriel un recueil de bonne tenue, très homogène dans la qualité et les thématiques (celle de l'identité notamment), et avec une deuxième partie des plus remarquables. Rien à y jeter ; quelques textes (« Sha-cham » ou « Comme au premier jour ») font cependant pâle figure en regard de réussites comme « Demain les eidolies » ou « Dellamorte Dellamore ». Deux regrets : la présence d'aucun inédit au sommaire, et la difficulté qu'il y a à se procurer ce recueil en librairie (pour les modalités, se rendre sur le site de Lucas Moreno : http ://lucasmoreno.com/acheter-singulier-pluriel/). Dans tous les cas, Singulier pluriel donne envie de lire davantage de nouvelles (ou, soyons fou, un roman ?) de notre auteur. Au boulot, monsieur Moreno !

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 3/4/2016


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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