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Le Prophète et le Vizir

Ada RÉMY & Yves RÉMY

Fantasy  - Illustration de Laure AFCHAIN & Corinne BILLON
DYSTOPIA (association), coll. Workshop n° (5), dépôt légal : juin 2012
160 pages, catégorie / prix : 10 €, ISBN : 978-2-9535951-9-2
Couverture

    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.

    Sommaire    
1 - L'Ensemenceur, pages 7 à 107
2 - Les Huit enfants du vizir Fares Ibn Meïmoun, pages 109 à 156
 
    Critiques    
     Attention événement ! Ceux qui ont lu les précédentes œuvres d'Yves et Ada Rémy (deux romans, Le Grand Midi et La Maison du Cygne, et un recueil-mosaïque, Les Soldats de la Mer) en sont généralement ressortis avec le sentiment qu'ils tenaient dans les mains de grands ouvrages, à la thématique riche et à l'écriture splendide. Les Soldats de la Mer, notamment, en ont émerveillé plus d'un, à commencer par Michel Jeury, avec ce mélange de fantastique traditionnel, de guerre, de mystère, aux accents de Buzzati.
     Seulement, voilà, toutes ces œuvres datent des années 60-70. Et, malgré des rééditions régulières des Soldats, on n'avait plus entendu parler des Rémy depuis La Maison du Cygne. Aussi est-ce avec un plaisir non dissimulé – mais aussi un peu d'anxiété, il est vrai, car si beaux sont les souvenirs qu'on ne voudrait pas qu'ils soient gâchés par une publication d'un fonds de tiroir inopportune – qu'on apprit il y a quelques mois la parution future d'un nouveau volume, sous le titre Le prophète et le vizir, aux toutes jeunes éditions Dystopia. Un indice de taille devait néanmoins nous mettre sur la voie quant à la présumée qualité du livre : l'exigence dont Dystopia avait fait preuve jusqu'ici, avec la publication de recueils de nouvelles de Léo Henry & Jacques Mucchielli, Jean-Marc Agrati ou encore Lisa Tuttle.
     Le prophète et le vizir, ce sont deux nouvelles (une novella, et un texte plus court). Et, dès les premières lignes de la première, « L'Ensemenceur », on retrouve intacte la richesse du style des Rémy, une écriture envoûtante et poétique, évocatrice et sensuelle. On est aussitôt rassuré, il ne s'agit visiblement là pas d'un fonds de tiroir. Reste à savoir si le propos des deux auteurs va de pair avec la luxuriance, si la forme se marie au fond.
     Se fiant à des légendes locales, qui disent que les hommes difformes sont capables de prédire l'avenir, l'émir Nour al-Din Malek décide d'en engager quelques uns à son service pour qu'ils lui disent son destin. Hélas, ils ne sont guère capables que de lui livrer quelques anecdotes sans grand intérêt ; l'émir en recrute d'autres, ainsi qu'un pêcheur, qui n'a pas son pareil pour deviner la présence de perles dans les huîtres. Sa mission sera de trier du tout venant des prédictions des serviteurs infirmes celles qui ont un vrai sens pour l'émir. Sauf qu'il se produit un phénomène inattendu : Kemal bin Taïmour s'emplit tellement du futur qu'il est capable de prédire des événements qui se dérouleront dans plusieurs siècles ! Son enseignement étant de peu d'attrait pour l'émir, Kamel est contraint de partir, et va parcourir les pays pour livrer ses prophéties.
     De ce point de départ, les Rémy tire une splendide fable qui va rayonner dans tout le bassin méditerranéen : l'ensemenceur, c'est bien lui, à mesure que ses prévisions vont se révéler aux hommes et influer sur leurs actes. Kamel plantera ici et là ses graines, qu'elles soient d'histoire, d'uchronies, d'histoire secrète, ou de légendes. Avec un élégance rare, une pointe d'humour raffinée, Yves et Ada Rémy envisagent les différents développements possibles d'une prédiction. On se délecte page après page de cette parabole historique, conte des mille et une nuits aux résonances terriblement actuelles, qui embrasse l'émergence de l'islam et son rapport conflictuel avec l'occident chrétien. Désormais, la chose est entendue : il s'agit là d'un nouveau petit bijou, une perle justement, à mettre à l'actif des deux auteurs.
     En guise de dessert nous est proposé « Les huit enfants du vizir Fares ibn Meïmoun » ; ce potentat intervient sur la fin de la nouvelle précédente : Kamel lui fait une prédiction selon laquelle ses enfants mourront du fait de son impiété. C'est l'histoire de la tentative du vizir pour sauver la vie de ses enfants qui nous est contée ici. Difficile de croire que Fares va triompher, car il se bat contre rien moins que le destin ! Les Rémy s'amusent dans ce texte, où ils se font complices du lecteur, en lui montrant comment les protagonistes se mettent progressivement en place, afin que le drame se (dé)noue. La cruauté, subtile, est délectable, comme l'est une nouvelle fois le style.
     Au terme de ces cent cinquante pages, il faut nous rendre à l'évidence : oui, Yves et Ada Rémy sont de retour, et oui, ce retour se fait en pleine lumière. Le prophète et le vizir est donc bien l'événement attendu, et donnera envie à tous de (re)lire les autres œuvres du couple. Ça tombe bien : les éditions Dystopia annoncent pour dans quelques mois une édition numérique des Soldats de la Mer.
 

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 3/7/2012
nooSFere


 
     Nous sommes au huitième siècle de l'Hégire, notre XIVe siècle. « Du golfe Persique à la mer Rouge, des côtes de l'Arabie Heureuse à celles de la Méditerranée » : c'est ce domaine que va parcourir Kemal, qu'Allah (ou Iblis ?) a nanti d'un don de voyance. Il voit trop loin sans doute : la guerre du Golfe, la révolution iranienne, la peste de Marseille, le siège de Malte par les Ottomans. Il ne peut pas prouver son don — en tout cas au début. Car chacune de ses visions successives se rapproche du présent, et le jour viendra où les deux flots, celui de sa voyance qui s'écoule vers l'amont et celui de sa vie qui s'écoule vers l'aval, se rencontreront, au prix d'inévitables remous. C'est à Tunis qu'il achèvera sa destinée et marquera celle du vizir Fares qui vient d'envahir la ville. Kemal a prédit que les huit enfants du conquérant périront, et ce dernier n'aura de cesse, par tous les moyens, de déjouer cette prophétie. Ou du moins d'essayer...
     Une confession : je voue un culte au couple Rémy. Dans mon opinion, ce sont des lapidaires, plus que des écrivains. Ils façonnent leurs textes rares, ils les polissent, ils leur donnent un brillant auquel peu parviennent. J'ai dit « rares » ; de fait, les Rémy ont donné trois romans, de 1968 à 1978, et quelques nouvelles. Deux de ces romans, Les Soldats de la mer et La Maison du cygne, figurent, je crois, parmi les plus belles réussites de l'Imaginaire francophone, « Imaginaire » au sens le plus large, qui dépasse les genres et englobe des auteurs tels Gracq, Tournier et Le Clézio. C'est dire si j'attendais avec impatience ce livre inédit, composé de deux longs récits se faisant suite. On peut y voir un roman siamois ou un recueil au plus bref des sommaires possibles.
     On est loin de la manière habituelle de la fantasy, malgré les incursions du surnaturel : prophéties avérées, certes, glissements temporels, en quelque sorte, fantômes, entraperçus... Les atours arabisants, bien entendu, peuvent renvoyer aux Mille et une nuits, mais les visions de Kemal nous rappellent qu'il s'agit d'une légende moderne (même si les Rémy écrivent naphte au lieu de pétrole). Et le style, ciselé, n'a pas grand-chose à voir avec le tout-venant de la BCF.
     Oui, c'est une fable, aussi belle que sombre. On en lit peu de cette eau.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/7/2012
dans Bifrost 67
Mise en ligne le : 5/12/2015


 
Base mise à jour le 6 mai 2017.
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