Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Lignes de Vie

Graham JOYCE

Titre original : The Facts of Life, 2002

Traduction de Mélanie FAZI
Illustration de Aurélien POLICE

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 503
Dépôt légal : février 2015
480 pages, catégorie / prix : F9
ISBN : 978-2-07-045911-7
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     À Coventry, après la Seconde Guerre mondiale et le bombardement ravageur de novembre 1940, chacun essaye de retrouver une vie normale, notamment Martha Vine, matriarche aussi charismatique qu'elle est tendre et attentionnée avec ses sept filles. Mais c'est compter sans Cassie, la plus fragile et instable d'entre elles : ayant mis au monde un bébé, un garçon, Frank, elle ne peut se résoudre à l'abandonner. Il va donc falloir, pour la famille Vine, apprendre à vivre avec ce jeune enfant et ses talents particuliers.

     Avec Lignes de vie, récompensé par le World Fantasy Award 2003, le prix Masterton (en 2006 et en 2009 !) et le Grand Prix de l'Imaginaire (dans deux catégories différentes : meilleur roman étranger et meilleure traduction), Graham Joyce prouve qu'il est non seulement un maître du fantastique, mais avant tout un des plus grands écrivains anglais contemporains.

     Graham Joyce (1954-2014) a grandi en Angleterre, dans un village proche de Coventry. Après des études de lettres à l'université, il travaille pendant huit ans dans une association caritative pour la jeunesse puis décide de se consacrer pleinement à l'écriture. Il est l'auteur d'une vingtaine de romans.

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, prix Jacques Chambon de la traduction, 2007
Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 2007
World Fantasy, roman, 2003
Masterton, prix spécial, 2009
Masterton, roman étranger, 2006
 
    Critiques    
     Les lignes de vie que suit Joyce sont celles de Martha, énergique et subtile matriarche de la classe populaire de Coventry, et de ses sept filles qui, chacune à leur façon, vont chercher à atteindre le bonheur au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans une ville qui se relève du terrible bombardement de 1940. La cadette, un peu naïve, un peu fantasque, est tombée enceinte d’un soldat mort au front et toute la famille se relaye pour l’aider à élever le petit Franck. Celui-ci semble posséder le même don que sa mère et sa grand-mère : il voit les fantômes et il leur parle.

     Au fil de cette chronique qui s’étend de 1946 à 1954, ponctuée de quelques flash-backs situés pendant la guerre, le roman raconte la vie de gens simples et attachants au cœur de l’Angleterre en reconstruction, entre souvenirs du Blitz et aspiration à un avenir meilleur, tant sur le plan matériel que moral.

     Martha est une femme de la génération précédente, forte et pragmatique, elle tire sa sagesse d’un bon sens aux solides racines paysannes, pimentée d’une dose d’humour. Ses filles aspirent à des idées plus modernes : le socialisme, l’embourgeoisement, l’achat d’un poste de télévision...

     À travers le « don » qui permet de communiquer avec les trépassés, Graham Joyce dépeint avec finesse le rapport singulier que les survivants entretiennent avec la mort, mélange d’apaisement et de regrets. Le fantastique s’insinue alors par touches légères, davantage suggéré qu’asséné. Ces événements spirites, le plus souvent accidentels, sont considérés par les principaux intéressés avec le même fatalisme tranquille que l’arrivée de la pluie, les petites querelles familiales ou le passage des saisons.

     Ligne de vie est un beau portrait de l’Angleterre pendant et après la seconde guerre mondiale, à travers des personnages forts et attachants, auquel l’auteur accorde tour à tour ses attentions. On ne peut que penser, à sa lecture, au très grand Mother London de Michael Moorcock, mais si celui-ci rendait hommage à la trépidante ville de Londres, avec son agitation et même sa violence, le livre de Joyce constituerait plutôt son pendant provincial : une vision de la même période, mais apaisée par le rythme placide et la douce lumière de la campagne anglaise.

     Cela n’empêche pas l’auteur de dépeindre des sentiments puissants ni d’écrire des pages fortes. En particulier, on retiendra la magnifique et émouvante description de la destruction de Coventry lors du bombardement de 1940 (ainsi que sa conclusion toute british). L’ensemble du roman est porté par une belle écriture (et une belle traduction), un style à l’apparente simplicité, sans afféterie, mais doté d’une petite musique bien particulière.





Jean-François SEIGNOL
Première parution : 17/5/2015 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BRAGELONNE, (2005)


     Parcourir une décennie en compagnie de Martha et ses sept filles. Graham Joyce déroule des « Lignes de vie », au lendemain de la guerre 40-45, avec une subtilité et une humanité émouvantes.
     Graham Joyce est un artiste. Sans fracas, sans médiatisation excessive, il est en train d'élaborer une oeuvre particulière, subtile, superbe et profondément humaine.
     Les maisons d'édition cataloguent le plus souvent Joyce dans des catégories du genre fantasy, horreur, thriller fantastique. Mais l'écrivain britannique ne cède jamais à la tentation du décor, du gothique, du sang, de l'éclaboussement. Sa mise en scène est plus sobre, plus intérieure. Le surnaturel, chez Joyce, est dans la tête, le fantastique naît d'illusions, de créations personnelles. Parfois de vieux pouvoirs enfouis et qui surgissent soudain. Celui de parler avec les morts, d'avoir la prescience de certains événements, de converser avec son père mort depuis si longtemps. Ou, du moins, d'en être persuadé.
     Ce qui intéresse Joyce, ce sont les gens. Qu'il place dans des situations parfois quotidiennes parfois extrêmes et dont il suit les cheminements, les réactions les destins. Avec bonté, avec compréhension, avec amour.
     Et son écriture est comme une petite musique, qui semble si banale à la première écoute, mais qui s'impose lentement et qu'on ne peut en fin de compte ni quitter ni oublier. Graham Joyce ne se plie jamais à la tentation du grand guignol. Si ses scènes sont fortes, c'est parce qu'il les écrit avec un talent extraordinaire. Pas d'effets spéciaux, rien que le plaisir de raconter les choses, la malice de dérouter le lecteur, la délicatesse de tracer des lignes de vie.
     Lignes de vie, c'est le titre du formidable dernier roman du Britannique. L'histoire de Martha, qui règne sur le monde de ses sept filles et de son petit-fils, Frank, le rejeton de Cassie, la cadette. Cassie est imprévisible, elle subit des crises, elle voit des choses, elle parle à son père décédé. On ne peut lui confier l'éducation de son fils, décide Martha : il vivra donc avec chacune des filles. Et il apprendra. La ferme, le spiritisme, l'embaumement, le marxisme. Une éducation mosaïque qui se greffe sur sa sensibilité à l'invisible. Joyce trace les destins de Frank et de ces familles, pendant une décennie, au lendemain de la guerre 40-45, dans les drames et les illusions d'un Coventry encore bouleversé par les bombardements qui l'ont détruit lors d'une nuit d'horreur. C'est fin et pénétrant, passionnant et vrai. Une grande réussite.

     Interview de Mélanie Fazi
     Les livres du Soir — Vous avez traduit le dernier Graham Joyce. Est-ce particulièrement difficile ?
     Mélanie Fazi — C'est un auteur assez intimidant, par le côté à la fois très littéraire et un peu oral de son écriture. Mais c'est stimulant à traduire, jubilatoire par moments.
     — Qu'est-ce qui vous a particulièrement séduit dans ce livre ?
     — La chaleur qui s'en dégage. Le contraste entre la dureté des événements que subissent les personnages (le bombardement de Coventry, notamment) et l'impression de générosité, de solidarité, qui imprègne toutes leurs actions.
     — Comment pouviez-vous traduire cette petite musique que joue Joyce ?
     — En se laissant porter par elle. Quand on traduit des auteurs au style aussi fluide et élégant, il y a un moment où les phrases s'imposent d'elles-mêmes. D'autant que certains passages sont habités par un souffle, un rythme bien particuliers, porteurs d'une grande émotion. C'est ce souffle-là, cette impression de légèreté dans l'écriture, la jubilation de l'auteur qu'on perçoit derrière les phrases, qui guident la traduction.



Jean-Claude VANTROYEN
Première parution : 21/10/2005
Le Soir
Mise en ligne le : 13/11/2005




 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 63852 livres, 61120 photos de couvertures, 58471 quatrièmes.
8040 critiques, 34994 intervenant·e·s, 1340 photographies, 3682 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.