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La Race à venir

Edward George BULWER-LYTTON

Titre original : The Coming Race, 1870
Science Fiction  - Traduction de Honoré DESTOUCHES
MARABOUT - GÉRARD, coll. Bibliothèque Marabout - Science fiction n° 438, 1973
256 pages, catégorie / prix : 3, ISBN : néant

Autres éditions
Sous le titre La Race à venir... celle qui nous exterminera !   CAMION BLANC, 2008
Sous le titre La Race à venir
   NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), 1987
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Cette « race » habite les entrailles de la terre, elle a ses lois, ses coutumes, ses machines — une civilisation que les hommes qui vivent sous le soleil ne pourraient ni connaître ni comprendre. C'est une race totalement étrangère, totalement étrange. Une jour, elle quittera les ténèbres pour envahir notre globe et nous exterminer... Et ceci lui sera d'autant plus facile qu'elle possède une arme redoutable, le « vril », à coté de laquelle notre bombe nucléaire n'est qu'un pétard de carnaval....


    Sommaire    

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     Là, on nage jusqu'au cou dans l'antiquaille. Ce roman date de 1873 (juste un siècle !) et son auteur est surtout connu pour ce cheval de bataille qu'est Les derniers jours de Pompéi, popularisé à plusieurs reprises par le cinéma. O divine surprise : nous avons la joie de retrouver ici, encore une fois, une préface de Jacques Bergier. Ce dernier y enfourche certains de ses dadas favoris, en nous apprenant que Bulwer Lytton était un initié appartenant à « un groupe ultrasecret » et que la trame de son livre repose sur certaines traditions occultistes... Il nous affirme également, au passage, que La race à venir est « un des meilleurs livres de science-fiction ». Une fois digéré ce hors-d'œuvre, il faut bien en venir au plat de résistance. Hélas ! Le seul intérêt du roman est historique, en ce sens qu'il présente — avant Pellucidar de Burroughs et Le gouffre de la Lune de Merritt — l'idée du monde intérieur civilisé situé sous la croûte planétaire. Ce détail mis à part, l'ouvrage atteint un coefficient d'illisibilité rarement égalé. Plus prudent que Bergier, Pierre Versins dans son Encyclopédie se contente de dire qu'on a là « une œuvre dont on a beaucoup abusé dans certains milieux ésotériques ». Cette réédition se justifiait-elle ? On peut se poser la question.


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973
dans Fiction 236
Mise en ligne le : 28/10/2002


 
     En 1873, The coming race voyait le jour pour la première fois en volume en Angleterre. Publiée exactement cent ans après, cette réédition à bon marché de la traduction française a donc une valeur commémorative : c'est la seule. « Pour nous, la nouveauté est une séduction : on lit un livre nouveau, même mauvais, tandis qu'on néglige un livre ancien qui est excellent », dit Bulwer Lytton page 141 : s'il a raison de se plaindre ainsi de nos mœurs culturelles, il y aura peu de lecteurs pour ce livre, qui n'a pour lui ni la nouveauté ni l'excellence ! Jacques Bergier, dans sa préface, veut y voir « un des meilleurs livres de science-fiction ». Cela tendrait à prouver soit qu'il n'en a pas lu beaucoup, soit que nous n'avons pas la même conception de la science-fiction.
     Quels éléments science-fictionesques trouvons-nous en effet chez Bulwer Lytton ? D'abord, l'idée de mondes intérieurs habités, dont Bergier reconnaît qu'elle a été développée de façon plus extraordinaire par Merritt et par Burroughs ; mais, ajoute-t-il, « La race à venir, qui les a précédés et influencés, reste le modèle et l'antériorité du genre » (sic). En second lieu, l'idée du « vril », fluide merveilleux mi-énergétique mi-spirituel, un peu comme le « rhodomagnétisme » de Jack Williamson dans Les humanoïdes ; le « vril » permet à la race souterraine de résoudre sans peine tous les problèmes matériels qui condamnent la nôtre à des tâches serviles (du moins quant à son prolétariat intérieur et extérieur — notions évidemment étrangères à Lord Lytton). Selon Bergier, l'auteur « prédit entre autres le laser » ; je dirais plutôt qu'il reprend au conte de fées la baguette magique pour la faire entrer dans l'utopie !
     Car c'est d'utopie beaucoup plus que de science-fiction qu'il s'agit. Grâce au « vril », les Vril-ya peuvent se décharger de toutes les basses besognes sur des automates et sur les enfants (qui sont censés y prendre plaisir, selon une idée chère à Charles Fourier). C'est le « vril » aussi qui a apporté au monde souterrain la paix intérieure et extérieure : cette force est si redoutable que nations et individus, d'un commun accord, ont renoncé à l'utiliser pour la destruction mutuelle : sans commentaires ! Ils ont renoncé de même à toutes les vaines querelles, qu'elle soient politiques ou théologiques, pour adopter en tous domaines l'attitude la plus raisonnable... c'est-à-dire, bien entendu, celle que l'auteur des Derniers jours de Pompéi considère comme telle, depuis ses petits dadas, comme le régime végétarien et l'incinération, jusqu'au gouvernement autocratique, héréditaire et traditionaliste.
     « Je ne veux pas glisser dans ce récit quelque sotte satire contre la race à laquelle j'appartiens, » dit le narrateur, censé être un libre citoyen de la république américaine ; mais l'auteur, aristocrate anglais, ne s'en prive nullement, lui, et il attaque en plus de vingt passages la démocratie, synonyme pour lui, comme pour ses « Vril-ya », de gouvernement des plus ignorants et des moins vertueux, de désordre, de corruption, de gâchis. L'attitude de Bulwer Lytton évoque bien plus les attaques des fascistes contre la « ploutocratie » que les critiques progressistes des libertés bourgeoises purement formelles ; mais son ironie mordante ne laisse pas de faire sourire.
     Pour le reste, il faut bien l'avouer, cette vision d'un Etat idéal, d'où tout conflit est exclu, est extrêmement soporifique. Le narrateur lui-même, tombé par accident parmi les Vril-ya sans en avoir les qualités, trouve vite le temps long : « La vie pacifique et vertueuse d'un peuple qui m'avait d'abord paru auguste par son contraste avec les passions, les luttes et les vices du monde supérieur, commençait à m'oppresser, à me paraître ennuyeuse et monotone » (p. 224). On ne peut pas même demander quelque distraction à la littérature — comme chez Platon, les poètes sont méprisés, et ne trouvent d'ailleurs plus de sujets dignes de leur plume, faute de conflits — ni à la quête amoureuse — c'est, dans cet heureux pays, la femme qui choisit l'homme de sa vie (cet usage est longuement justifié page 76 par la psychologie comparée des deux sexes) et elle a les moyens physiques de le dissuader ensuite de toute fredaine !
     Je dis « femme » et « homme », mais je devrais dire « gy » et « an », car Bulwer Lytton consacre tout le chapitre XII à nous enseigner quelques rudiments de la langue des Vril-ya. En tant que linguiste, j'y ai pris un certain intérêt, mais je doute que beaucoup de lecteurs apprécient ces considérations sur les stades isolant, agglutinatif et inflexionnel ! De plus, certaines des inventions verbales de Lytton deviennent ridicules pour des lecteurs français ; ainsi des deux mots précités, visiblement dérivés du grec (anêr et gynê) la nouvelle mariée parlera-t-elle de son « nouvel âne » ou de son « nouvel an », et ces femmes imposantes (« gy-ei » au pluriel) sont-elles homonymes des « G.I. » ? D'autres mauvais jeux de mots sont à imputer à la maladresse du traducteur, Honoré Destouches, qui a transcrit signe pour signe et non son pour son les indications phonétiques données par l'auteur : « Taë (prononcez Tar-èè) », écrit-il (au lieu de « Tâ-î »), et voilà que l'aimable enfant a l'air... taré !
     Ennuyeux la plupart du temps, grotesque par endroits, que peut-on trouver à ce livre ? Ce roman a connu l'étrange fortune d'être pris au pied de la lettre par certains « initiés » écrit Versins dans son Encyclopédie. Parmi ces « certains », il y a Jacques Bergier qui, dans sa préface, nous enseigne que « Lytton appartenait à un groupe ultra-secret » (mais lui, Bergier, a percé le secret !) et a pu ainsi avoir accès à des « sources insoupçonnées et interdites », au même titre d'ailleurs que Poe (ce qui ne manque pas de sel, quand on sait que Poe et Lytton se sont impitoyablement déboulonnés l'un l'autre). La preuve, c'est que « Poe voulait certainement nous conduire dans l'univers intérieur » dans les chapitres d'Arthur Gordon Pym... qu'il n'a pas rédigés ! Après avoir ainsi prouvé qu'il sait lire ce qu'un auteur n'a pas écrit, Bergier montre qu'il ne sait pas lire ce qui est écrit : « monde souterrain habité par une race humaine d'origine celtique », écrit-il page 9, alors que, page 107, Bulwer Lytton oppose longuement le « type brachycéphalique » de ses Vril-ya au « type dolichocéphalique... qu'on appelle type celtique » (un autre de ses dadas étant la phrénologie).
     Bref, en y mettant ce qui ne s'y trouve pas et en ne voyant pas ce qui s'y trouve, Bergier tente de faire de ce mauvais roman une précieuse bible. Pour ma part, ce livre au ton didactique et aux doctrines rancies, avec sa préface mystico-prophétique, me fait penser à un pédagogue racorni coiffé d'une tiare de mage en carton-pâte.
 

George W. BARLOW
Première parution : 1/12/1973
dans Fiction 240
Mise en ligne le : 17/1/2016


 
Base mise à jour le 19 février 2017.
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