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Le Dixième cercle

Guy THUILLIER



Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU, coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 4986
Dépôt légal : mars 1999

352 pages, catégorie / prix : K
ISBN : 2-290-04986-7   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Paris, 2099. Dans une société au bord de la guerre civile et de la catastrophe écologique, Arthur, jeune biocybernéticien en mal de sensations fortes, trompe son ennui en plongeant toujours plus bas dans les Univers virtuels, jusqu'à l'enfer de violence du neuvième cercle. Mais des phénomènes étranges sapent son morne quotidien : hallucinations, objets familiers qui se détraquent, crises de prescience... La réalité semble se défiler autour de lui — jusqu'au jour où il échoue sur le monde de Dunyah.
     Qui se cache derrière cet Univers plus vrai que nature ? Pourquoi le patron d'Arthur s'intéresse-t-il tant aux élucubrations mystiques d'une secte de pirates cybernétiques qui prophètisent la fin du monde ? Alors que s'organisent les élections présidentielles européennes, Arthur, à la recherche de l'incroyable vérité, s'engage, d'un cercle à l'autre, dans une quête initiatique qui le mènera aux confins de l'illusion et de la réalité.

     Guy Thuillier
     Né en 1971, agrégé de géographie. Grand voyageur, polyglotte, quand il ne parcourt pas le monde à pied ou à vélo, du Proche-Orient à l'Himalaya, il enseigne à l'université. Le dixième cercle est son premier roman.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Lorsque nous tournons la dernière page de ce premier roman, l'enthousiasme est tel que nous avons la sensation d'avoir lu l'un des meilleurs romans de l'année, l'un de ceux qu'il faut lire absolument.

     En effet, Thuillier construit ici une anticipation cohérente et passionnante, située astucieusement dans un siècle exactement, c'est à dire en 2099 à l'aube du troisième millénaire. De nombreuses informations politiques ou sociales donnent, à la manière d'un Brunner, une épaisseur étonnante à ce monde futur bien proche de notre présent... Les parallèles sont évidents, voire appuyés : terrorisme, magouilles politico-médiatiques, virus (le SADI ou syndrome accéléré de dégénérescence intellectuelle), Macrosoft et APPLE, hackers et prophètes... ne sont que quelques éléments de ce futur contrasté et à peine plus effrayant que l'année 1999.

     Mais le véritable héros de l'histoire, c'est le cyberespace, dont l'auteur donne une vision particulièrement claire, lucide et pertinente, assez éloignée des fantasmes souvent morbides de nombreux romans dits cyberpunks.

     Alors qu'Arthur sombre dans la réalité virtuelle, au travers de jeux hyperréalistes que Thuillier décrit avec une force et un dynamisme qui rappellent les jeux uchroniques du Wang de Bordage, ce jeune personnage voit la réalité, la vraie, se disloquer autour de lui... Thuillier nous refait le gag du personnage qui rentre à son domicile et s'aperçoit que ses meubles sont modifiés, mais il le fait avec une telle habileté que nous marchons une nouvelle fois !

     Entraînés dans un jeu de miroirs qui doit évidemment beaucoup à Philip K. Dick, nous voilà pris au piège d'une intrigue parfaitement ficelée, sans temps mort, excitante et palpitante... Le style est fluide, sans grand relief, s'effaçant devant le bouillonnement des idées et la richesse des détails... Tout y est crédible, de l'univers décrit aux sympathiques personnages, en passant par le fameux cyberespace.

     La conclusion ressemble à la chute d'une nouvelle, à la fois logique et inattendue, mais assez artificielle... Qu'importe ! Nous nous sommes régalés pendant 350 pages et nous redemandons... Vivement le second roman !

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Pour son premier roman, Guy Thuillier nous projette un siècle en avant, en 2099, dans un futur qui ressemble furieusement à notre présent : les campagnes sont désertées au profit des villes, où la pollution est telle que la météo indique si l’air est respirable ou si l’on doit porter un masque de protection.
     Mais, ce qui intéresse le plus l’auteur, c’est le cyberespace, décrit avec un luxe de détails incroyable de réalisme. Il est à la fois au cœur du roman et au cœur de cette société future. C’est dans les mondes virtuels qu’ont lieu une grande partie des relations sociales, c’est là que se jouent les batailles politiques (ah, le déroulement des élections présidentielles en direct live !).

     Le cyberespace est divisé en neuf niveaux ou cercles, selon la vocation des univers virtuels : loisirs, éducation, commerce… Le neuvième cercle est réservé aux simulations d’univers ultra-réalistes, qui vont jusqu'à induire la douleur. Arthur, le héros du roman, est un personnage ordinaire plutôt falot, il a une bonne situation de chercheur en cybernétique et n’entretient guère de relations sociales. Il mène une petite vie paisible et passe énormément de temps connecté à son ‘tapivol’, jusqu’à ce qu’il goûte pour la première fois aux plaisirs du neuvième cercle dans une reconstitution particulièrement réaliste des croisades. Grisé par la violence et les sensations nouvelles, il passe de plus en plus de temps connecté, délaissant sa vie ‘réelle’. Tout change à nouveau le jour ou il se retrouve dans un univers mystérieux qui abolit les frontières du temps et où il vit toute une vie virtuelle en quelques heures.

     Arthur est alors de plus en plus perdu, confondant l’univers virtuel et la réalité. Réalité qui lui joue d’ailleurs des tours bizarres lorsque le nombre de tiroirs de sa commode augmente ou lorsqu’il a l’impression de revivre des événements. Arthur (et le lecteur avec lui) se met alors à douter de tout ce qui l’entoure. C’est là le point faible du roman, jusqu’ici parfaitement réussi. La dernière partie est un peu décevante, se perdant un peu trop dans les jeux de miroirs pour se terminer d’une manière qui se veut surprenante, mais qui est trop artificielle pour être convaincante. Pour un premier roman, il s’agit là cependant d’un essai plus que concluant.

Frédéric BEURG (lui écrire)
nooSFere


     «  On se battait au Champ-de-Mars. Les traînées rouges et jaunes des roquettes traversaient la place. Une boule de feu s'épanouit contre un pied de la tour Eiffel, qui vacilla, s'inclina, dans un craquement perceptible jusqu'à Bercy. Mais la vieille dame, malgré ses deux siècles d'âge, ne céda pas. Elle s'immobilisa tout de traviole, évoquant le mât d'un immense vaisseau échoué sur les rives de la Seine.  » Réfugiés au ministère de la Sécurité, deux officiers supérieurs, tortionnaires à leurs heures, contemplent la fin d'un monde, la fin de leur monde... Nous sommes en 2089, et l'Europe sombre dans la guerre civile. En choisissant de mettre en scène dans son prologue la fin de la civilisation occidentale, Thuillier a choisi le rôle de vigie que la SF sait souvent si bien jouer.
     Le Dixième Cercle — ce n'est pas le moindre de ses mérites — est un roman enlevé, agréable à lire, aux rebondissements multiples. Certes, on se perd parfois dans les enchaînements labyrinthiques d'une virtualité qui joue un rôle essentiel dans le récit. Car de réalité truquée en mensonge délibéré (d'où la citation de Dick qui ouvre le volume), c'est tout l'univers du Dixième Cercle (allusion transparente à L'Enfer de Dante) qui se défait peu à peu.
     On ne criera certes pas au chef-d'œuvre pour évoquer ce roman parfois touffu, à la fin assez confuse (mais finalement réussie, pour peu qu'on ait quelque délectation morose à imaginer les fins du monde  !), aux personnages un peu inconsistants (la rançon de la virtualité  ?), mais nous serions tout de même bien hypocrite si nous n'avouions pas qu'il a su nous faire passer un bon moment.
     On conseillera donc à nos lecteurs de faire connaissance avec la prose revigorante d'un jeune inconnu qui devrait rapidement prendre place parmi les auteurs de la jeune génération qui redynamise la SF française.

Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/9/1999 dans Galaxies 14
Mise en ligne le : 10/10/2000


     Paris, 2099. Macrosoft et Virtual, deux sociétés d'informatique, se livrent une course effrénée pour la mise au point du procédé Cogito, une méthode d'immersion dans le virtuel qui permette au cybernaute d'oublier non seulement la réalité extérieure, mais encore sa propre personnalité, comme s'il vivait un rêve où son rôle investisse son moi intérieur.
     Malheureusement pour eux, les tests achoppent toujours au même point, avec une perte de contrôle de l'univers du rêveur pour en arriver à un cadre cauchemardesque qui est le même pour tout le monde.

     Arthur Taillandier travaille pour Virtual, mais ses préoccupations sont bien loin de refléter une parfaite loyauté d'entreprise. Essayer (sans le moindre succès) de sortir avec sa collègue Marie, fumer joint sur joint, et s'enfoncer dans des univers virtuels de plus en plus pervers, voici la trame de son quotidien. Et qu'importent les bruits de révolution qui grondent dans les cités périphériques, ou les élections à venir qui promettent l'arrivée au pouvoir d'un candidat fasciste. Le plus ennuyeux pour Arthur, ce seraient plutôt ces attentats commis dans le cyberspace par le mystérieux groupe RV. Et l'effilochage de la trame de son quotidien qui se manifeste d'abord par des phénomènes inexpliqués dans son appartement, dont la maladie mentale pourrait rendre compte ; puis par l'accès inopiné à un dixième cercle du cyber-espace, dont les activités économiques ou culturelles sont organisées en neuf cercles, les deux derniers étant voués respectivement à la pornographie et à la violence avec douleur réellement ressentie. Ce dixième cercle est lui un univers unique et de taille inédite dans l'espace et dans le temps, qui retrace les conquêtes d'une religion nouvelle, suivant un schéma emprunté à l'histoire de l'islam.

     On s'en doute, la majeure partie du récit se déroule dans des univers virtuels. Et ce jeu du virtuel, ou de l'hallucinatoire, ne se joue à son niveau d'intérêt maximal que si personnages et lecteurs peuvent se méprendre sur le niveau de réalité auxquels ils se trouvent — depuis Simulacron 3, depuis Philip K. Dick cité en exergue de ce roman, l'amateur de SF a dû apprendre la leçon. Le Dixième Cercle ne déroge pas à cette règle, même s'il ne compte qu'un vrai retournement ; moins extraordinaire, mais plus solidement étayé que celui qui était au coeur des Paradis Piégés de Richard Canal.

     On ne peut guère pousser plus loin la comparaison ; là où Canal est poétique dans les images comme dans le langage (jusqu'à l'excès, s'il le faut), Thuillier est direct dans son style, et la société future qu'il postule relève d'une extrapolation linéaire. Arthur Taillandier, comme il est d'emblée confessé, est certes un anti-héros, et porte sans cesse sa balourdise et l'ordinaire de ses goûts. Et la lutte pour le pouvoir dans la société européenne, jusqu'à ses coulisses, est réduite à une caricature. Si l'on peut trouver des justifications logiques au grain plutôt grossier de l'image ici développée, ces défauts de finesse n'en rendent pas moins la lecture moins excitante à l'échelle d'un roman. Toutefois celui-ci ne manque pas d'énergie, et devrait plaire beaucoup. Il a le mérite d'être l'oeuvre d'un auteur nouveau, qui pourrait trouver un public nouveau, pas encore blasé de la thématique des univers artificiels emboîtés.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/9/1999 dans Bifrost 15
Mise en ligne le : 25/1/2001


 

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