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La Planète de Shakespeare

Clifford Donald SIMAK

Titre original : Shakespeare's Planet, 1976

Traduction de Claude SAUNIER
Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 239
Dépôt légal : 2ème trimestre 1977
188 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Voici l'histoire de Horton qui, réveillé de son sommeil cryogénique, débarque en compagnie de son gentil robot sur une planète plutôt moche, plutôt triste, plutôt inquiétante. Il y rencontre un être bizarre nommé Carnivore qui raconte que, sur cette planète, a vécu un certain Shakespeare, un drôle de type toujours plongé dans un bouquin, sarcastique et assez loufoque. Car ce Shakespeare lui aurait demandé de manger son cadavre et de conserver son squelette.
     Mais ce n'est pas tout...
     Et ce que va découvrir Horton, non seulement grâce au livre et au squelette de Shakespeare mais dans un curieux tunnel par lequel arrive une jolie femme, fait le prix de cette oeuvre poétique et philosophique, à mi-chemin entre Bradbury et Sheckley.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition DENOËL, Présence du futur (1977)


     SPACE OPERA... PAS MORT
     La Planète de Shakespeare... ou SIMAK-beth m'était conté.

     On se dit quelquefois, avec un petit pincement dans la mémoire, que le bon temps n'est pas près de revenir, que les longs voyages galactiques ne sont plus que du lait concentré — voie lactée oblige  ! — à l'usage des minus et des adultes attardés, que rien ne vaut une bonne pollution terrestre avec chancres et pustules purulentes, avec un zeste de gauchisme, quelques extraits de Sade, le tout caviardé de psycho-sociologie, que les bons intellectuels que nous sommes peuvent savourer durant leurs insomnies. C'est apparemment un manque de clairvoyance si l'on en juge par la vague actuelle qui déferle sur nos collections préférées. Et Présence du Futur ne rate pas l'occasion de nous présenter coup sur coup deux aventures spatiales. L'une d'un presque nouveau de la SF made in U.S.A. : Joe Haldeman, paré d'un Hugo et d'un Nébula pour sa Guerre Eternelle. L'autre du grand ancien qu'est Clifford Simak.
     Je commencerai par le vieux routier puisque son roman précède l'autre d'un tout petit chiffre au catalogue. C'est-à-dire, honneur au faiseur de chiens devenus savants et d'odeurs incertaines pour ne se remémorer que deux titres d'un impressionnant répertoire.
     On connaît Simak, avec ses champs de lavande, ses bosquets de bouleaux qui fleurent bon l'humus et ses gentils petits bonshommes venus d'autre-part. Ecrivain bucolique, chantre de la petite cité campagnarde, peintre souriant de l'étrange, il est sans doute l'un de ceux qui a le mieux introduit la poésie du cosmos dans les limites restreintes de nos horizons enfumés. Sans jamais surprendre vraiment, — il n'est pas un inventeur de thèmes, un pourfendeur d'idées reçues — Simak sait séduire par sa justesse de ton, cette façon de distiller le cauchemar avec bonne humeur, ce don de dépayser grâce à des décors que l'on croirait coutumiers au premier abord. C'est que Simak est avant tout un observateur hors pair qui sait planter ses paysages en les affublant d'anomalies que l'on ne discerne qu'avec retard, un peu comme ces images d'autrefois dont les arbres ou les montagnes cachaient le visage à percevoir, un peu aussi comme un rêve pénètre insidieusement dans l'esprit au cours de certaines veilles.
     La Planète de Shakespeare est donc une fois encore une œuvre dans la bonne lignée de l'auteur. Rien de fracassant, rien de nouveau dirais-je sous un soleil étranger. Une petite planète qui pourrait être la Terre, ou sa copie, ou sa parodie : le saura-t-on vraiment ? Un homme, Carter 1, tout ce qu'il y a de commun, plutôt gentil toutefois et compréhensif. Un robot, Nicodème, un peu capricieux, un peu têtu, un peu frondeur. Une créature, Carnivore, assez naïve, à moitié humaine et animale, impatiente et affective — bien qu'elle ait mangé Shakespeare — , parfois violente. Enfin les restes de celui qui porte le nom du tragédien, le Vaisseau aux trois cerveaux humains et la visiteuse venue du tunnel. Un plat qui aurait pu avoir une saveur commune mais que Simak a su parfumer en maître-cuisinier qu'il est.
     Comment tout ce beau monde est-il réuni là  ? Escale d'un voyage sans destination véritable pour les uns, destination imprévue d'un autre voyage indéterminé pour les autres ; au fond, peu importe puisque la planète les retiendra le temps nécessaire de dévoiler son vrai visage, pas si banal qu'il pouvait le sembler dans les heures qui suivent l'arrivée, et des personnages, et du lecteur. En fait. sous un masque de banalité la planète cache de sombres recoins, carrefour qu'elle est ou fut de civilisations qui se croisent dans l'abîme du temps et de l'espace sans cesser de s'ignorer.
     L'homme, pour commencer, qui depuis mille ou deux mille ans que le voyage du vaisseau a commencé, s'est répandu dans l'Univers pour oublier ses racines et son Histoire. L'Heure-de-Dieu ensuite, manifestation amicale ou phénomène d'expansion d'une autre entité plus ou moins inconcevable. Sans oublier les constructeurs du tunnel ou ceux qui le fréquentent, les dieux ou les démons qui devront s'affronter bientôt... et les hommes-Vaisseau plus Carter, déracinés, en quête peut-être d'un ersatz d'immortalité. Ou de la communion de leur âme.
     L'histoire commence par un' acte d'anthropophagie, meurtre rituel que ne renierait certainement pas l'Arrabal de J'irai comme un cheval fou. Bien qu'il s'agisse plutôt d'une sorte de vengeance, inutile, de la victime sur celui qu'elle suppose son aspirant-meurtrier-en-puissance. Lorsque Vaisseau arrive, il ne reste plus que des os d'un vieil humain un peu fou, Carnivore, et les ruines d'un supposé pénitencier, proches du tunnel à sens unique qui a fait s'achever ici le voyage de l'homme défunt et de la créature qui a dû le manger.
     Les événements mettront un certain temps à se produire et à s'accélérer. Il y aura d'abord l'Heure-de-Dieu et ses révélations qui se modifient de jour en jour jusqu'à la communication. Ce sera ensuite l'exploration de la ville pendant que Nicodème s'acharne pour réparer ou comprendre le mécanisme du tunnel : vire-matière qui parcourt, semble-t-il toute l'étendue de l'espace. Puis surviendra Elayne, humaine du futur — par rapport à Carter — sorte de nouvel émule de Parcifal qui tente de tracer pour les générations à venir la carte des incompréhensibles tunnels.
     Alors se produit la découverte de la maison “en marge” qui recèle le dragon figé derrière un mur infranchissable. Puis celle de la nature de l'étang-entité. Enfin le monticule conique. Et l'explosion de violence avant la séparation et le départ : dernière note mélancolique, atténuée par le clin d'œil de Shakespeare au héros solitaire s'en allant vers son destin.
     Un livre que l'on referme avec un certain regret parce qu'on a fini par être bien dans ses pages après les premiers chapitres peut-être trop lents ou trop communs comme semblait l'être le monde à visiter. Un livre qui paraît revenir d'un autre âge parce qu'il porte en lui le salutaire parfum de l'aventure et nous redécouvre à nouveau des thèmes que l'on aurait pu croire usés alors que, sous la plume de Simak, ils fleurent toujours bon le printemps du space opera.


Notes :

1. Carter Horton, bien qu'orthographié Horn, page 14 par exemple.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/11/1977
dans Fiction 285
Mise en ligne le : 15/12/2001


 

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