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Le Lendemain de la machine

Francis George RAYER

Titre original : Tomorrow Sometimes Comes, 1951
Première parution : Home & Van Thal, 1951   ISFDB
Traduction de Georges H. GALLET
Illustration de G.Y.S. DELBORD

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 424
Dépôt légal : 1er trimestre 1972
Réédition
Roman, 320 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,0 x 16,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
Francis G. Rayer est né en 1921 en Angleterre. C'est un ingénieur spé­cialiste de l'électronique et de la radio. Il est l'auteur d'ouvrages tech­niques ou de vulgarisation scientifique ainsi que de quelques romans où il aime imaginer le développement futur de la science.
 
Le major Mantley Rawson a été blessé lors de la grande guerre ato­mique de la fin du XXe siècle. Un nouvel anesthésique le laisse dans un état d'animation suspendue dont il ne se réveillera que deux généra­tions plus tard. C'est alors un nou­veau monde, totalement différent de celui qu'il connaissait, que va décou­vrir Mantley Rawson. Un monde dominé par un cerveau électronique gigantesque, la Mens Magna, et où les humains luttent contre des mu­tants, nés des radiations atomiques.
Mais pourquoi, dans ce nouveau monde, le major est-il toujours accueilli par la formule : « Maudit soit le nom de Mantley Rawson » ?
Critiques

II est, parfois bizarrement, des livres qui demeurent dans la mémoire, étonnamment vifs, préservés par un mystérieux pouvoir du gris engloutissement général. Le lendemain de la machine est ainsi demeuré dans mon esprit, au point que le simple énoncé de ce titre a suffi pour faire lever en moi des images pleines de couleur et de vie. C'est dire quelle inquiétude je ressentis dernièrement, en lisant, sous la signature de notre estimé confrère S.A. Bertrand, dans son « tour d'horizon » de l'édition française, un commentaire désabusé sur la peu évidente nécessité que revêtait à ses yeux une telle réédition en collection « poche ».

Avais-je donc bien vieilli, pour que le souvenir de jeunesse ait pu prendre une telle aura, et comment l'ouvrage allait-il passer, pour moi, le cap difficile de la relecture ? Ceci pour ne celer en rien l'inquiétude éprouvée à cette reprise de contact avec l'auteur britannique découvert... eh oui, mes frères, il y aura bientôt vingt ans, via le « Rayon Fantastique » de si nostalgique mémoire !...

A la page 2, j'étais rassuré. J'aime l'atmosphère britannique telle du moins qu'elle transparaît dans la littérature que font les fils d'Albion. Et j'ai tout autant apprécié que la première fois la qualité proprement littéraire de ce livre. Il est vrai que la traduction utilisée pour cette reprise est la même (G.H. Gallet) que celle de l'édition française originale et qu'elle domine de très haut certains galimatias récents. Je ne puis m'empêcher de songer, ce disant, aux intolérables bavures que l'on trouve dans d'autres collections, et singulièrement dans une traduction d'Harlan Ellison, dont j'aurai la charité de taire le titre, où les formes progressives sont rendues littéralement en français, à l'aide du participe présent ! Ici, au contraire, la simplicité non absente de recherche du pittoresque et de la poésie, la profonde humanité et l'amour des personnages qui caractérisent l'écrit made in England ont trouvé dans notre langue une équivalence très souple : « Les bombardiers ennemis vinrent par vagues. (...) Quelques-uns s'abattirent, laissant une colonne de fumée comme signe de leur trépas ; les autres passèrent, leurs armes éveillant des échos fracassants parmi les nuages. »

Bien entendu, à l'amateur éclairé, un tel roman ne révélera pas de nouvelles formulations acceptables d'un improbable bienvenu. Précisons dès le départ qu'il s'agit ici de l'un des innombrables « post atomiques » qui fleurirent et fructifièrent aussitôt après la fin de la guerre en Extrême-Orient. Mais il faut souligner combien, surtout pour l'époque de rédaction, ce thème était enrichi par d'autres qui se mettaient très astucieusement en prise avec cette idée de base. Au niveau thématique, ce volume est réellement accrocheur. La première et la plus belle de ces idées annexes me semble bien être celle qui consiste à faire du héros de ce volume le responsable individuel de l'holocauste atomique, dont il réchappe par la grâce d'un appareillage ultrasophistiqué d'anesthésie qui lui permet de revenir à la conscience, des années et des années après le cataclysme, maintenu en vie dans les ruines de l'hôpital où il subissait une délicate intervention chirurgicale pendant que partaient accomplir leur œuvre de mort les bombardiers dont il avait lancé les meutes, malencontreusement, à l'assaut de l'ennemi probable, juste avant d'entrer en léthargie provoquée.

A noter que, déjà à demi endormi lorsque son subordonné, rompant les consignes médicales et se refusant à prendre lui-même une aussi lourde responsabilité, venait prendre ses ordres, le major Jack M. Rawson se voyait ainsi doté par son créateur - et fort habilement - d'une excellente excuse. Excuse qui autorise à considérer comme imméritée, bien que logique, la malédiction universelle que jettent sur son propre nom tous les humains qu'il rencontre, à son réveil, dans le nouveau monde encore très mal remis de sa destruction quasi complète. Littérairement, de tels procédés marquent un solide métier d'écrivain qui contribue beaucoup à l'agrément de la lecture.

Les membres les plus évolués de la collectivité survivante à l'époque où le malheureux Rawson revient à lui ont par ailleurs confié le soin de diriger leur cité - Kaput-des-Urbes, savoureux assemblage de trois langues ! - à un ordinateur géant. Autre thème bien banal aujourd'hui mais nouveau à l'époque et qui prend même, grâce au temps, un parfum supplémentaire, par le fait que F.G. Rayer n'escomptait visiblement pas les progrès accomplis aujourd'hui dans la miniaturisation des appareillages électroniques et faisait donc de son cerveau géant un démentiel ensemble mécanique.

Les « mutants » intervenaient eux aussi dans ce récit. Mutants attachants à bien des égards, avec leur télépathie. Avec la fureur que leur témoignaient ceux des descendants de survivants qui s'estimaient « normaux », avec les groupes ayant diversement conservé ou retrouvé une certaine culture - peuplades chasseresses vivant dans les « grandes forêts », malheureux « rawsons » impitoyablement abattus - une diversité est heureusement suggérée.

Reste le développement du thème des motivations et actions du grand cerveau électronique, admirablement découvert peu à peu. Les personnages qui croient se conduire eux-mêmes sont en fait menés inexorablement par ce génie électronique vers la seule solution réellement efficace. Solution qui fait elle-même apparaître dans le récit le dernier thème - et non le moindre - de l'histoire : le transfert temporel. Transfert qui achève l'histoire en lui offrant la fin heureuse que le lecteur attendait, tempérée comme il se doit par le sacrifice individuel du héros, lequel devient ainsi le sauveur d'un monde. Monde demeurant lui-même toujours ignorant du terrible péril auquel il vient d'échapper.

En résumé, une intrigue habilement conduite et structurée, une écriture agréable et un assemblage très riche et bien articulé des principaux thèmes de l'époque font que je n'ai en rien changé mon appréciation du début des années cinquante. Cet excellent bouquin est tout à fait apte, me semble-t-il, à combler les nouvelles générations d'amateurs en leur découvrant une sorte de digest d'un moment de la SF. Ceci, élément non négligeable, en leur offrant par surcroît l'agrément d'un vif plaisir de lecture.

Pierre MARLSON
Première parution : 1/8/1972 dans Fiction 224
Mise en ligne le : 2/3/2019

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