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Le Petit déjeuner des champions

Kurt Jr VONNEGUT

Titre original : Breakfast of champions
Traduction de Gwilym TONNERRE
GALLMEISTER, coll. Totem
Dépôt légal : avril 2014
256 pages, catégorie / prix : 10.50 €
ISBN : 978-2-35178-539-3   
Genre : Science Fiction 


Autres éditions
Sous le titre Le Breakfast du champion   J'AI LU, 1976, 1999
   SEUIL, 1974

    Quatrième de couverture    
     « Unique... un de ces écrivains qui dresse pour nous la carte de nos paysages, et pointent les espaces qui nous sont les plus familiers. » — Doris Lessing

     Voici l'histoire d'une rencontre entre deux hommes solitaires, maigrichons et plus tout jeunes. Le premier, Kilgore Trout, obscur auteur de science-fiction, passe ses soirées à prédire l'apocalypse à son seul ami, Bill, une perruche. Quant à Dwayne Hoover, riche concessionnaire Pontiac dont l'unique compagnon est un chien nommé Sparky, il est sur le point de perdre la tête. Lorsque Kilgore Trout rencontre Dwayne au cours d'un festival, il lui offre l'un de ses romans. La lecture de ce livre va transformer Dwayne en monstre.

     Kurt Vonnegut, immense figure de la littérature américaine, démantèle dans ce roman prophétique la folie du monde moderne dans un jeu de massacre où rien ni personne n’est épargné.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Le Breakfast du Champion , 1999, Alan Rudolph
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (1975)


     Septième ouvrage de Kurt Vonnegut. Le breakfast du champion (1972) est dans la ligne du Berceau du chat (1963) et d'Abattoir 5 (1969) : c'est-à-dire que, sous un mince artifice de loufoquerie fantastique (ici l'introduction de « substances chimiques nocives » dans un cerveau humain, ce qui rend son propriétaire fou furieux), il ne parle de rien d'autre que de notre monde — ce qui n'est pas si mal. Notre monde dingue-dingue-dingue, bien sûr : ce pourquoi le soupçon de folie qui prend Dwayne Hoover au cerveau et l'amène à cogner sur le museau de quelques-uns de ses concitoyens est parfaitement à sa place dans ce roman, dont il peut être considéré comme la synecdoque, ou le point nodal...
     Roman ? Non car Le breakfast du champion n'a ni commencement ni fin, ni queue ni tête, ni tambour ni trompette. Et ainsi de suite. (Comme l'écrit Vonnegut toutes les deux lignes.) Se préoccuper de fin et de commencement, de tête et de queue (encore qu'une certaine insistance à nous faire connaître les mensurations du pénis de tous ses personnages...), c'est bien au-dessus des aspirations de Vonnegut. Le monde étant composé de fous (ou de robots programmés pour une folie générale, incurable, définitive), pourquoi écrire à l'intention de ces fous un livre qui aurait un sens quelconque ? Aussi, de sens, le... roman de M. Vonnegut n'a que celui de l'Histoire en marche (ou de l'air du temps respiré d'une narine perspicace, dédaigneuse, ironique), qu'il reflète fidèlement, comme en un miroir. pour les beaux yeux de ces fous (ou de ces robots programmés) que nous sommes. nous pauvres lecteurs.
     M. Vonnegut (je tiens au « monsieur », qui précise bien que le susnommé est une individualité respectable et doué du libre-arbitre qui nous fait défaut) a déjà consacré deux romans au massacre — notre plus belle conquête : Le berceau du chat c'était Hiroshima, Abattoir 5, Dresde. C'est bien suffisant (a-t-il dû penser). Les massacres continuant gaiement (preuve qu'un livre ne peut rien changer à rien — ce dont on se serait bien douté, tout fous que nous sommes...), M. Vonnegut s'est borné cette fois à inscrire dans son miroir (qu'il appelle un vide, à la mesure de notre pensée quand on se regarde dedans, sans doute) quelques-unes de nos bêtises, de nos tares : la bagnole considérée comme un des beaux-arts. le sexe comme un moyen de se pousser du col, le lynchage des Nègres comme un passe-temps amusant, la pollution comme un spectacle pittoresque, la vénération de la culture comme le fin fond de l'imbécillité...
     En fait. le portrait qu'il trace ici de l' existence de la bête verticale est si schématique qu'il se pourrait très bien qu'il ait été fait. non pour le supposé modèle, mais pour des créatures d'une autre galaxie qui auraient ainsi une idée vague mais juste de la vie sur cette misérable planète appelée Terre. M. Vonnegut serait alors un écrivain de science-fiction natif de la nébuleuse d'Andromède, qui aurait inventé de toute pièce, pour les Andromédiens, un monde absurde, logique, et absolument dégoûtant, M. Vonnegut serait le Sheckley d'Andromède que je n'en serais point étonné. S'expliquerait en tout cas la présence de tous ces dessins (de l'auteur) qui parsèment l'ouvrage (un camion, un mouton, un serpent, un « castor bouche-ouverte » 1, une chaise électrique, etc.), et qui ne seraient alors là que pour préciser dans l'esprit des lecteurs andromédiens certains détails de la vie terrestre, sans pour cela que l'auteur ait à sacrifier à ces oiseuses descriptions qui alourdissent d'ordinaire les romans de science-fiction — même sur Andromède.
     Un des personnages principaux du livre est d'ailleurs lui-même écrivain de SF : c'est Kilgore Trout. bien connu depuis Abattoir 5. C'est une piste qui va en droite ligne vers mon hypothèse. L'auteur en personne intervient en outre dans le déroulement de son ouvrage, pour bien montrer qui est le patron dans ce foutu bordel : lui, et pas nous, pauvres créatures de papier. C'est une autre piste. On n'en manque pas, dans Le Breakfast du champion. On n'en manque même si peu qu'elles ont tendance à s'embrouiller, et que l'hardie hypothèse construite quelques lignes plus haut n'est peut-être que le résultat de la surchauffe des cellules grises d'un critique au dernier degré de l'éthylisme. Allez savoir ! Et puis quelle importance, au fond ; nous sommes tous des robots programmés pour lire le bouquin de M. Vonnegut Kurt Jr., il ne nous a créés que pour ça. On n'y coupera pas, et on a bien de la chance : qu'est-ce qu'il est bon, le bouquin de M. Jr. Vonnegut Kurt ! Et qu'est-ce qu'il est marrant !

     P.S. : Je suis programmé pour écrire ça, alors...

Notes :

1. II est impossible de préciser ce qu'est un castor bouche-ouverte dans une revue qui s'adresse pour une part à des moins de 18 ans.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/4/1975
dans Fiction 256
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

 
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