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L'Adjacent

Christopher PRIEST

Titre original : The Adjacent, 2013
Première parution : Gollancz, 20 juin 2013

Traduction de Jacques COLLIN
Illustration de Aurélien POLICE

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 590
Dépôt légal : octobre 2017, Achevé d'imprimer : 16 octobre 2017
Roman, 688 pages, catégorie / prix : F10
ISBN : 978-2-07-272768-9
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
En Anatolie, l’infirmière Melanie Tarent a été victime d’un attentat singulier : totalement annihilée, elle n’a laissé au sol, comme seul vestige de son existence, qu’un impossible cratère noir et triangulaire.
De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent, apprend qu’un attentat a eu lieu à Londres, qu’il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle parfait.
Alors qu’il est emmené dans une base secrète afin d’être interrogé sur ce qu’il a observé en Anatolie (globalement rien, en dehors de l’étrange point d’impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d’adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?
 
Histoire d’amour à travers des époques et des espaces adjacents, synthèse des thématiques habituelles de l’auteur, L’adjacent est le roman le plus ambitieux de Christopher Priest depuis La séparation, un tour de force qui nous transporte de la Grande Guerre jusqu’à un futur éprouvant où des catastrophes naturelles incessantes s’ajoutent à d’innombrables tensions religieuses et ethniques.
 
Considéré comme l'un des écrivains les plus originaux de la littérature anglo-saxonne, Christopher Priest a écrit quelques-uns des textes majeurs de l'imaginaire contemporain : Le monde inverti, La séparation ou encore La fontaine pétrifiante. Son chef-d'oeuvre, Le prestige, a été adapté au cinéma par Christopher Nolan.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2015)


     Soyons bref : si vous avez aimé la Séparation, le Prestige ou encore les Insulaires, alors ne lisez pas cette critique au-delà de ce paragraphe : précipitez vous chez votre libraire, l’Adjacent est pour vous. Il concentre les meilleurs traits des romans sus-cités, un Best-Of de Christopher Priest en quelque sorte, et en savoir plus ne pourra que vous gâcher le plaisir de sa lecture.

     Sinon, et si le quatrième de couverture ne vous a pas suffit (on remerciera au passage l’éditeur qui a su se retenir pour ne pas spoiler le roman), je vais à contrecœur vous en dire un peu plus. Dans un futur proche, Tibor Tarent revient de Turquie, où, lors d’une mission humanitaire, sa femme a disparu dans une explosion mystérieuse. De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, Tarent découvre un pays au bord du chaos climatique et politique : des tempêtes tropicales gigantesques ravagent les habitations alors que des attentats de grande ampleur, effectués avec la même arme qui a tué sa femme, annihile des zones immenses en forme de triangle, faisant disparaître des dizaines de milliers de personnes.

     Sans transition, passage au front nord de la première guerre mondiale. Un illusionniste est envoyé dans une base aérienne pour réfléchir à un moyen de camoufler les avions d’observations, tandis que H.G. Wells élabore un système mécanique de transport des munitions dans les tranchées.

     Christopher Priest balade ainsi le lecteur entre quatre périodes et lieux distincts, disséminant des éléments communs, altérant la réalité d’une page à l’autre, créant des liens entre les parties, mais aussi avec d’autres romans de l’auteur. Celui-ci s’amuse, avec ses divergences, à troubler le jeu ; ce qui semblait clair à un chapitre ne l’est plus peu après, amenant une nouvelle dimension au récit. Alors, forcément, les amateurs d’histoires simples, avec un début, une fin et une intrigue linéaire seront perdus, voire se fâcheront avec l’écrivain (mais ils doivent déjà l’être depuis longtemps !). En revanche, le lecteur curieux, qui aime être secoué, qui aime creuser au-delà des apparences et faire travailler son esprit, sera particulièrement excité à la lecture de l’Adjacent et, parvenu à la fin, n’aura qu’une envie : reprendre pour voir ce qui a pu lui échapper en chemin.

     La réutilisation des thèmes d’anciens romans (la magie et l’aviation évidemment pour les sujets classiques, la malléabilité du temps, de l’espace et de la réalité pour les aspects science-fictifs) donneront une saveur particulière aux lecteurs habitués à l’œuvre de Christopher Priest. Mais c’est peut-être aussi le point d’entrée idéal pour découvrir cet univers unique dans la science-fiction actuelle. L’Adjacent, par sa densité, sa richesse et son exploration en profondeur des thèmes Priestien (si je ne me trompe pas, c’est son plus long récit) est sans doute, tout simplement, son meilleur roman.


René-Marc DOLHEN
Première parution : 18/4/2015
nooSFere


 

Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2015)


            L’Adjacent est un joyau dont la forme et le fond se répondent, un polyèdre de coordination qui repose sur ses ligands. Autrement dit, en cristallographie, des éléments permettant la liaison, correspondant dans le roman aux différentes parties.

            Le premier récit, « RIGB », semble être la facette centrale puisque toutes les autres histoires y renvoient, par réflexions directes ou images déformées. Dans un futur proche, la moitié de l’Europe est devenue inhabitable. Seules quelques rares bandes de zones tempérées demeurent dans les hémisphères nord et sud. Tibor Tarent, photographe, a perdu sa compagne Melanie en Anatolie orientale. Elle semble avoir été annihilée par une arme d’un nouveau genre qui a laissé au sol un triangle parfait de terre noircie. Tibor rejoint le Califat occidental de la République Islamique de Grande-Bretagne et se retrouve plus ou moins mis au secret. Cette première facette du récit se reflète dans, ou réfléchit, les parties « La ferme Wayne », « Le Sussex de l’Est », « La chambre froide » et « Le retour ». Il n’y a toutefois pas de correspondances parfaites entre les différentes faces narratives puisque l’on y décèle des « crapauds » comme on le dirait en joaillerie, des imperfections dans la trame des événements.

            Une deuxième série de ligands est constituée par les deux récits de guerre : « La rue des bêtes » et « Tealby Moor ». Le premier, à l’amorce qui renvoie par reflet au début de « RIGB » se déroule en 1916. Durant un long voyage en train qui leur fait traverser une France meurtrie par la guerre, l’illusionniste Thomas Trent fait connaissance avec le célèbre H.G. Wells. Les talents de chacun sont réclamés par l’effort de guerre. Trent évoque « l’adjacence » comme une illusion de music-hall, tandis que l’appareillage mis au point par Wells ne paraît pas convaincre mais trouve son effectivité dans une autre partie du roman, et donc sur une autre face de la réalité : « Le Sussex de l’Est ». La structure en ligands du roman permet ainsi de passer d’un récit à l’autre, le squadron 17 de « La rue des bêtes » annonce le squadron 148 de « Tealby Moor » cette fois-ci engagé en 1943 dans le second conflit mondial. Torrance, mécanicien d’avion, connaîtra un début de romance avec la pilote Krystyna Roszca avant qu’elle ne disparaisse.

            Celle-ci paraît se refléter dans le personnage de Kirstenya, personnage du troisième ligand centré sur « Prachous », récit se déroulant dans l’univers de L’Archipel du rêve. Il y est aussi question de l’illusionniste Tomak Tallant, l’une des faces du polyèdre constitué par Tarrant, Torrance etc. dont l’équivalent féminin se décline en facettes Melanie, Malina et Mallin.

            On l’aura compris, présenter sous forme linéaire une œuvre constituée de facettes équivaut à photographier un cristal. On ne capture que quelques surfaces planes d’un objet à plusieurs dimensions, qui plus est transparentes, dont les reflets se mêlent ou s’annulent par déformation prismatique. Bayswater et Notting Hill paraissent être dans tous les récits des attracteurs de changements. Adjacente est une île dans « Prachous », tout comme l’île de Cahthinn qui renvoie au massacre des officiers polonais à Katyn par les forces soviétiques évoqué dans « Tealby Moor ». L’île d’Adjacente fait écho au phénomène d’adjacence décliné dans différents récits. D’abord un point de lumière en hauteur qui se fragmente en trois directions avant de frapper le sol en un « téraèdre d’annihilation quantique » dans « Le Sussex de l’Est ». En reconstituant l’origine du phénomène à travers les différentes lignes narratives, contradictoires, il paraît être le fait de Thijs Rietveld, un universitaire, spécialisé dans la physique théorique, notamment « le champ adjacent perturbatif » qui permet le déplacement vers des dimensions quantiques voisines.

            De fait, Priest alterne les facettes d’un récit à la fois identique et changeant. La trame narrative est constamment modifiée par différents procédés : changements internes dans une même durée, superposition d’événements, déroulements compossibles, présences alternatives.

            Mieux, L’Adjacent est comme un bijou taillé par le romancier pour refléter les différentes facettes de son œuvre. H. G. Wells, référence majeure du Priest écrivain et lecteur, renvoie à La Machine à explorer l’espace, mais aussi dans son inspiration aux très belles nouvelles « L’Été de l’infini » et « Et j’erre solitaire et pâle ». Les présences évanescentes de certains personnages font nécessairement penser au Glamour. Le chef d’escadron Sawyer qui apparaît dans « Tealby Moor » est l’un des héros de La Séparation. « La rue des bêtes » et « Prachous » font référence non pas au Prestige, mais à ce qui a motivé l’écriture du roman, tel que Priest le raconte dans Magic, histoire d’un film. Dans « La chambre froide », il est question de la tempête Graham Greene. « Je n’ai jamais rien lu de Graham Greene », déclare le héros avant de se reprendre, cela quand on sait l’admiration que lui voue Priest, notamment pour son autobiographie, Une sorte de vie.

            L’Adjacent s’impose ainsi comme le roman de la coordinence, dans son économie interne et par réflexion d’une vie entièrement dévolue à l’écriture. Il ravira les lecteurs de Priest mais ne constitue donc pas forcément la meilleure entrée pour découvrir son œuvre.

            Reste, cependant, quelle que soit la vision du prisme, une magnifique histoire d’amour, probablement l’un des récits les plus touchants de Priest, admirable et prenant jusqu’à son extrême conclusion.

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/4/2015
Bifrost 78
Mise en ligne le : 17/5/2020




 
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