En choisissant ses nouveaux maîtres, Andrea Cort a été bien récompensée : elle est devenue Procureure extraordinaire pour le Corps diplomatique de la Confédération homsap. Enfin libérée de la plupart des liens hiérarchiques, elle n’a plus à rendre compte de ses déplacements.
Invitée par la famille Bettelhine – des marchands d’armes qui sont moralement complices de nombreux massacres et génocides –, elle se rend sur Xana. Andrea méprise les Bettelhines, mais la curiosité est plus forte : elle aimerait savoir ce qu’ils lui veulent.
A peine arrivée au port orbital, des assassins tentent de l’éliminer avec une arme extraterrestre vieille de 15 000 ans : la troisième griffe de Dieu. Une arme aux effets effroyables. Piégée dans un ascenseur spatial, Andrea va devoir mener l’enquête la plus périlleuse de sa carrière.
ADAM-TROY CASTRO est l'auteur d'une vingtaine de romans et de cinq recueils de nouvelles. La trilogie Andrea Cort (Émissaires des morts, La Troisième griffe de Dieu, La Guerre des Marionnettes) est son œuvre la plus connue. Le premier roman, Émissaires des morts, a reçu le prix Philip K. Dick.
1 - La Troisième griffe de Dieu (The Third Claw of God, 2009), pages 13 à 381, roman, trad. Benoît DOMIS 2 - Un coup de poignard (A Stab of the Knife, 2018), pages 383 à 456, nouvelle, trad. Benoît DOMIS 3 - Remerciements, pages 457 à 458, notes, trad. Benoît DOMIS
Après Émissaire des morts, on retrouve pour de nouvelles aventures Andrea Cortes, l’agent diplomatique traumatisée dans son enfance par un massacre inter-espèces. Accompagnée des deux « inseps » (deux humains qui ont fusionné leurs esprits pour ne former qu’une seule conscience à deux corps) qu’elle a rencontré(s) lors du premier roman, elle se rend sur la planète Xana, propriété de Hans Bettelhine. Cet homme est en effet à la tête d’un richissime empire financier bâti sur le commerce d’armes et l’exploitation éhontée de tous les conflits qui ont ensanglanté la Galaxie. Un meurtre et un sabotage vont coincer ces trois personnages en compagnie de quelques membres de la famille Bettelhine, de leurs employés et de deux autres invités de marque, dans un ascenseur spatial de luxe. Et l’assassin est probablement parmi eux !
Centré sur l’enquête que mène Andrea, La troisième griffe de Dieu est pour l’essentiel un whodunit en orbite. Par de nombreux éléments, le roman évoque ceux d’Agatha Christie : une famille immensément riche où chacun dissimule des petits secrets, un meurtre qui vient troubler la tranquillité apparente de la haute bourgeoisie, des domestiques obséquieux et dotés d’un manche à balai rectal, des indices disséminés dans le passé de chaque personnage… Jusqu’à la résolution de l’enquête qu’une Andrea Poirot-Cortes expose après avoir réuni tout le monde dans le salon. On sourit souvent, d’autant que les dialogues sont émaillés de pointes d’humour bienvenues, mais on a un peu de mal à être captivé par le mystère et sa résolution. La faute, peut-être, à la présence sporadique des IA-source (qui étaient au centre du premier roman) et à leur agaçante omniscience : on comprend vite qu’elles connaissent le fin mot de l’histoire, et l’intérêt qu’on pourrait porter à son dévoilement se délite.
Comme dans le premier roman, on est frappé par un décalage gênant. Il y a d’un côté l’ampleur de l’univers imaginé par Castro, la complexité des nombreuses civilisations extra-terrestres, la démesure des enjeux stratégiques et diplomatiques qui forment l’arrière-plan du récit, soit tous les ingrédients d’un grand roman de science-fiction ; face à cela, le faible enjeu de l’intrigue, son caractère clochemerlesque et l’échelle réduite à laquelle tout se joue (un huis-clos, une famille certes riche au-delà du raisonnable mais somme toute assez peu intéressante, les problèmes psychologiques d’Andrea…) donne le sentiment d’un matériau inexploité.
Alors, bien sûr, l’énigme policière qui constitue l’essentiel du roman se suit sans déplaisir ; l’évolution du caractère d’Andrea et les nouvelles révélations sur son passé raviront tous ceux qui ont été séduits par ce personnage truculent ; les dialogues vifs et l’humour rendent la lecture agréable. Mais il manque à La troisième griffe de Dieu un véritable souffle, un enjeu, pour en faire le grand roman de SF que l’univers inventé par Castro laissait espérer.