Autrefois, Zem Sparak fut, dans sa Grèce natale, un étudiant engagé, un militant de la liberté. Mais le pays, en faillite, a fini par être vendu au plus offrant, malgré l’insurrection. Et dans le sang de la répression massive qui s’est abattue sur le peuple révolté, Zem Sparak, fidèle à la promesse de toujours faire passer la vie avant la politique, a trahi. Au prix de sa honte et d’un adieu à sa nation, il s’est engagé comme supplétif à la sécurité dans la mégalopole du futur. Désormais il y est “chien” – c’est-à-dire flic – et il opère dans la zone 3, la plus misérable, la plus polluée de cette cité régie par GoldTex, fleuron d’un postlibéralisme hyperconnecté et coercitif. Cependant, au détour d’une enquête, le passé va venir à sa rencontre.
Sous les ciels en furie d’une mégalopole privatisée, Chien 51 se fait l’écho de notre monde inquiétant, à la fois menaçant et menacé. Mais ce roman abrite aussi le souvenir ardent de ce qui fut, à transmettre pour demain, comme un dernier rempart à notre postmodernité.
Suite à la faillite de l’état, la Grèce a été privatisée. Les habitants, après une sélection selon leur utilité, sont envoyés à Magnapole, ville séparée en plusieurs secteurs : la zone 2, protégée des pluies acides par un immense dôme, abritant les quartiers favorisés, et la zone 3, réservée au prolétariat, lieu des trafics en tout genre. Suite à la découverte du cadavre d’un habitant de la zone 2 dans la zone 3, Zem Sparak, flic de la 3, se retrouve associé à Salia Malberg, une enquêtrice de la zone 2.
Un pays acheté par une megacorp, une ville du futur proche où les classes sociales sont clairement séparées, quelques technologies nouvelles, des pluies acides… On pourrait espérer que ce décor cyberpunk puisse réjouir l’amateur de SF. Hélas, il ne s’agit effectivement que d’un décor, car Laurent Gaudé se contente d’y plaquer une intrigue de roman policier politique on ne peut plus classique, dont les éléments science-fictifs pourraient être facilement remplacés par leurs équivalent de notre monde. Du coté policier, ce n’est pas beaucoup plus excitant : un couple de policiers dissemblables (lui, l’ancien militant revenu de tout, accro aux drogues, n’attendant plus rien de la vie ; elle, la jeune ambitieuse des beaux quartiers), une intrigue simpliste reposant sur un suspect idéal et son ennemi politique… On ne peut qu’être frustré par le manque de surprise du récit. Reste les états d’âme de Zem Sparak, cet homme qui refoule son ancienne vie, laquelle ressurgit petit à petit au cours de l’enquête. Mais là aussi, le sujet n’est qu’effleuré.
Chien 51 est un roman assis entre trois chaises : un décor de science-fiction générique pas réellement exploité, une intrigue policière peu surprenante et un fond politique qui aurait mérité d’être plus creusé. Alors le roman fonctionne tant bien que mal, mais tout cela manque de punch et de passages mémorables. Dommage.