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Futur année zéro

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Alain DORÉMIEUX



CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Anthologies
Dépôt légal : octobre 1975
Première édition
Anthologie, 258 pages
ISBN : 2-203-22617-X
Format : 13,5 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Le catastrophisme (évocation des fléaux ou cataclysmes qui pourraient menacer l'avenir de l'humanité) est une tradition parmi les écrivains qui se sont attachés à imaginer l'avenir. Mais il n'était qu'un jeu littéraire. Aujourd'hui, le catastrophisme n'est plus une vue de l'esprit. Il ne rêve plus la fin du monde, il se contente de la projeter à partir du présent. La fin du monde n'est plus l'invasion de Martiens, la rencontre de notre planète avec un astéroïde fou ou le déferlement des insectes gigantisés. Elle est en filigrane dans l'univers où nous vivons, dans l'air que nous respirons, dans les aliments que nous absorbons.
     La fin du monde, si elle devait se produire, pourrait se passer sans fracas. Comme la flamme d'une bougie qui finit par s'éteindre. C'est autour de cet instant où la flamme de la bougie tressaille que s'articulent les récits de ce recueil. Neuf fins du monde « en douceur » : voilà ce qui nous est proposé par leurs auteurs, et quoi de plus terrifiant que la douceur ?
     L'angoisse véhiculée par ces récits n'est pas un thème romanesque à la mode. Elle est là, simplement, dans l'air. Elle nous concerne tous. Et ces vecteurs que sont les écrivains la captent et la retransmettent, amplifiée, jusqu'à nous.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Alain DORÉMIEUX, Préface, pages 9 à 12, préface
2 - Robert SILVERBERG, Destination fin du monde (When We Went to See the End of the World, 1972), pages 13 à 25, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
3 - Norman SPINRAD, Continent perdu (Lost Continent, 1970), pages 27 à 91, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH
4 - Harry HARRISON, Compagnons de chambre (Roommates, 1971), pages 93 à 124, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
5 - Edward BRYANT, Parmi les morts (Among the Dead, 1971), pages 125 à 139, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
6 - Evelyn LIEF, L'Inspecteur (The Inspector, 1971), pages 141 à 147, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
7 - George Alec EFFINGER, Mercredi 15 novembre 1967 (Wednesday, November 15, 1967, 1971), pages 149 à 166, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
8 - Glen COOK, Chant d'une colline oubliée (Song from a Forgotten Hill, 1971), pages 167 à 179, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
9 - Richard WILSON, Pastorale pour une Terre qui meurt (Mother to the World, 1968), pages 181 à 232, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH
10 - Norman SPINRAD, Nulle part où aller (No Direction Home, 1971), pages 233 à 254, nouvelle, trad. Bruno MARTIN
Critiques
 
     C'est toujours une sensation curieuse, pour un écrivain (ou devrais-je employer le terme, moins pompeux et plus mode, d'écrivant ?), de trouver sous la plume d'un confrère un sujet qu'on a soi-même exactement traité. La première réaction est une douce fureur ; la seconde est plus nuancée, car l'écrivant a alors tendance à se dire qu'au contraire il possède des frères par l'esprit et qu'il navigue sous un vent qu'il est apte à bien flairer. Il est alors soulagé, voire même flatté. L'écrivant — critique Andrevon vient ces temps de l'éprouver deux fois, cette suite de sensations. La première en s'apercevant que Jean Dutourd, dans son roman 2024, ramait dans les mêmes eaux que celles traversées pour une certaine Utopie 75. La seconde en cours de lecture de Futur année zéro, arrivé au texte d'Ed Bryant, Parmi les morts, qui ressemble comme un jumeau à la nouvelle Manger ! (écrite en 1964, j'avais une confortable avance), mais publiée seulement l'an dernier dans HDF n° 30 (les éditeurs se sont chargés de me la faire perdre...) Le sujet des deux : quelques survivants de la Der des Der subsistent en bouffant les corps congelés trouvés dans un centre d'hibernation.
     J'ajoute immédiatement, à seule fin d'essayer de convaincre les lecteurs, que l'exercice d'autosatisfaction de l'écrivant va s'arrêter là, que la nouvelle de Bryant est infiniment meilleure et plus élaborée que la mienne : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa... Cependant la coïncidence de ces textes valait d'être notée (même si j'en ai été le point focal), parce que précisément il ne s'agit pas là, en vérité, de coïncidence. A mesure que les années nous filent entre les jambes et que le monde s'enlise et s'étouffe dans un mauvais décor de science-fiction, la science-fiction, elle, tend de plus en plus à se conformer au monde, à y ressembler : parce qu'elle ne peut plus l'ignorer, parce qu'elle ne peut plus en décoller. Parce qu'elle ne peut plus s'en désengager : ha mais ! La S F (celle qui a plus de sept ans d'âge mental, bien sûr) est bien obligée de se mettre au pas des préceptes de Ballard : chercher la réalité dans une « débauche de fictions », et non plus « ajouter de la fiction au monde ». L'heure du monde étant à la fin du monde (vieux thème de SF renfloué par la réalité), la science — fiction maintenant ne fait que s'essouffler à la précéder, avant que sous peu elle ne se mette à la suivre, jusqu'à ce que... glup ! Dorémieux l'exprime très bien et très simplement dans sa préface : « Le catastrophisme (...) n'était qu'un jeu littéraire, proche de la démarche ludique et enfantine « faisons comme si ». Aujourd'hui, le catastrophisme a changé. Il n'est plus une vue de l'esprit mais un état de conscience. Il ne rêve plus de la fin du monde, il se contente de la projeter à partir du présent. »
     Eh oui ! La S F s'écrit maintenant au présent, ce qui veut dire qu'elle se vit au présent. Et le présent pouvant être schématiquement découpé en cinq ou six lignes de force précises (surpopulation, apothéose nucléaire, fascismes scientifiques, destruction de l'environnement, empoisonnement alimentaire et pharmacologique...), un écrivain de SF (à moins qu'il ne s'évade sciemment dans la fantasy : démarche complémentaire) ne peut pas ne pas tenir compte de ces données, ne peut pas ne pas les mettre à l'œuvre dans ses textes. CQFD ; les récits de SF tendent de plus en plus à se ressembler, à dire la même chose — et il n'est pas étonnant qu'il y ait des coups doubles ou des coups triples. Jack Barron et l'éternité. Tous à Zanzibar, Le troupeau aveugle. Nous mourrons nus, Les monades urbaines, Eclipse, Le monde enfin, Locomotive rictus, Tunnel, Le temps incertain, L'année du soleil calme, Le prisme du néant, Le sourire de l'accumulateur insensé aux archéologues à venir, Memphis par un été torride, Etat de siège. Le silence de l'aube (romans et nouvelles, textes français et anglo-saxons fraternellement unis — à vous de remettre les chapeaux sur les têtes et de découvrir le deuxième exercice d'autosatisfaction, merci de l'attention...) parlent tous de la même chose. C'est-à-dire : brodent sur le même canevas, expriment tous la même peur de lendemains qui ne scintillent guère.
     On est coincés, les gars ! Comme l'écrit encore Dorémieux : « La fin du monde est en filigrane dans l'univers où nous vivons, dans l'air que nous respirons, dans les aliments que nous absorbons. Dès la naissance d'un être humain, la mort, insecte diligent, commence patiemment son œuvre à l'intérieur de son corps. » D'où l'aspect beaucoup plus senti, beaucoup plus vécu de ces nouvelles « Histoires de fins du monde ». La S F de jadis nous séduisait par ses constructions intellectuelles, mais rarement on y sentait l'écho d'une sensibilité à vif. Décrire de manière crédible et réaliste les réactions et les sentiments d'individus projetés à des millénaires dans le futur et dans d'autres galaxies, c'est difficile : on n'y est pas allés ! Par contre décrire les sentiments et les réactions d'individus irradiés par des atomes en balade, asphyxiés par l'atmosphère de leurs rues, bouffés par la pourriture qu'ils sécrètent, ça ne pose pas de problème : on peut facilement se l'imaginer puisqu'on y est presque ! L'écriture-SF devient ainsi beaucoup plus saignante, présente, dès lors qu'elle cesse de nous parler des étoiles pour nous parler de nous, de notre propre vie, de notre propre mort. Cette liaison charnelle, pathologique, entre la mort planétaire et notre propre fin, qui en est la synecdoque et la conséquence (et que j'ai tenté d'aborder — troisième exercice d'auto-pub — dans Epilogue peut-être), deux au moins des récits de Futur année zéro la font : Mercredi 15 novembre 1967 de Geo Alec Effinger (un type qui est en train de crever revit sans cesse le passé à l'aune du présent), et Pastorale pour une Terre qui meurt de Richard Wilson (le « dernier couple » redécouvre les joies les plus simples de la vie). Et comme par hasard — mais ce n'est pas un hasard ! — ce sont les deux meilleurs textes du recueil...
     Mais les sept autres nouvelles savent aussi nous agripper, et sont toutes de très bonne qualité. J'écrivais plus haut que la SF contemporaine se voyait forcée de parler toujours de la même chose. Oui, mais cela ne veut pas dire qu'elle le fait toujours de la même manière. Au contraire, et Futur année zéro le prouve, ce champ en apparence réduit excite d'autant la créativité des auteurs qu'ils sont sur leur terrain. Par exemple, à la froideur didactique de Silverberg (Destination fin du monde) et de Spinrad (Nulle part où aller) répond la subjectivité éclatée d'Effinger et d'Evelyn Lief (L'inspecteur) ; à côté de la thématique pollution (Effinger) s'alignent les thématiques Der des Der (Ed Bryant, Richard Wilson) ou guerre raciale (le Spinrad de Continent perdu ou Chant d'une colline oubliée de Glen Cook), ou encore surpopulation (Compagnons de chambre de Harry Harrison, qui ressemble trait pour trait au Billenium de Ballard) ; aux récits se passant « avant la fin du monde » (Silverberg, Spinrad dans Nulle part...) répondent ceux se déroulant « pendant » (Effinger) ou « après » (Parmi les morts. Pastorale...) ; aux textes d'humour noir (Bryant) s'opposent des nouvelles touchantes (Effinger, Wilson), aux visions documentaires (Harrison) des constructions métaphoriques très sophistiquées (Silverberg, Spinrad).
     En fait, on n'en finirait pas de répartir les textes en séries qui sans cesse s'interpénètrent. A la limite, Futur année zéro peut être considéré comme un roman pointilliste où se répond, à l'intérieur d'un même tableau, l'écho de voix divergentes. C'est dire sa cohérence interne, qui en fait, à part égale avec la qualité des textes choisis, la meilleure anthologie de Dorémieux avec Territoires de l'inquiétude, et une des meilleures de l'année 75, qui en a pourtant vu sortir une pléthore.
     En plus, comme dirait l'autre, ça fait penser. Alors ! dirait Bernard Blanc, qu'est-ce que vous attendez pour descendre dans la rue et tout casser avant qu'il soit trop tard ? Ecoute, j'ai encore des tas de bouquins à lire et plusieurs trucs à écrire... répond le traître inconséquent, qui persiste et signe :

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/1/1976 dans Fiction 265
Mise en ligne le : 1/12/2014

Prix obtenus par des textes au sommaire

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