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C'est tous les jours pareil

Jean-Pierre ANDREVON

Imaginaire  - Illustration de Gilles GUÉRIN
Illustrations intérieures de Jean-Pierre ANDREVON
LE DERNIER TERRAIN VAGUE, coll. Changez de fiction n° 1, 3ème trimestre 1977
160 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : 2-82219-003-9

Les nouvelles sont regroupées par chapitres, avec une illustration pleine page d'Andrevon pour chacun d'entre eux : Le boulot, Les loisirs, Les grandes vacances, L'armée, La science, La politique et La vie.
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Les problèmes commencent dès le matin quand je sors du lit :
     Lundi : A 6 heures tapantes, la sirène de la fin du couvre-feu me réveille en douceur...
     Mardi : Comme d'habitude un sacré besoin de fumer en me reveillant, et comme d'habitude, pas un rotin pour m'acheter des clopes.
     Mercredi : Je me réveille, j'ouvre un œil facilement, le deuxième avec difficulté parce que j'ai la paupière colmatée par une limace.
     Jeudi : Houlà ! Je me suis reveillé, j'avais un mal au ventre de chien...
     Vendredi : La bobonne m'a pincé le gras du bide pour me réveiller...
     Samedi : Je me suis réveillé. « Tu as dormi bien tard », m'a dit le lit d'une voix de ressorts rouillés.
     Dimanche : Je me suis réveillé, j'ai voulu tout de suite me lever. J'ai pas pu bouger, ils m'avaient entortillé les jambes dans une espèce de sac de toile...


    Sommaire    
1 - Le Pet, pages 11 à 15
2 - La Passe, pages 16 à 19
3 - En attendant le client, pages 20 à 25
4 - La Plume à gauche, pages 26 à 31
5 - L'Ouverture, pages 35 à 40
6 - Le Jardin, pages 41 à 44
7 - Ami des bêtes, pages 45 à 48
8 - La Dèche, pages 49 à 53
9 - Au camp, pages 57 à 62
10 - Sur le périphérique, pages 63 à 68
11 - La Retraite, pages 69 à 74
12 - Le Service, pages 77 à 80
13 - Le Défilé du 14 juillet, pages 81 à 84
14 - Un week-end crevant, pages 85 à 90
15 - Sur le chantier, pages 93 à 96
16 - La Mécanique, pages 97 à 101
17 - Maîtres de la Terre, pages 102 à 106
18 - Bricolage, pages 107 à 111
19 - Le Jour des visites, pages 115 à 119
20 - A l'esbrouffe, pages 120 à 124
21 - Décrets et signatures, pages 125 à 129
22 - Mesures prévisionnelles, pages 130 à 134
23 - Bilan, pages 135 à 138
24 - Mal foutu, pages 141 à 144
25 - Une grosse, pages 145 à 148
26 - Quand faut s'y mettre, pages 149 à 153
27 - De A à Z, pages 154 à 158
28 - Avertissement, pages 159 à 159, Article
 
    Critiques    
 
     SOUS LES PAVES, LE TERRAIN VAGUE

     Qui ne se souvient du Terrain Vague, maison d'édition originale qui avait pris le parti de naviguer à contre-courant du tout-venant éditionnel et n'avait pu, après une longue lutte, éviter l'échouage sur les brisants de la censure, il y a de cela quelques années ? Mais, de grandes surfaces en grands ensembles, on a beau construire, bétonner, « uburbaniser » (selon le mot d'Eizykman), il y aura toujours un terrain vague pour venir s'infiltrer entre les tours et rompre la monotonie programmée. Car en 1977 le Terrain Vague renait, sous la forme d'une société coopérative d'édition au sein de laquelle on retrouve les noms d'Eric Losfeld bien sûr, de Lionel Hoebeke, Hervé Desinge, Christian Vilà, Daniel Mallerain, etc... auteurs, éditeurs, maquettistes mêlés. Sous le nom de Dernier Terrain Vague (D.T.V. pour les intimes) la coopérative entend prolonger l'exemple de son prédécesseur : recherches éditoriales et avant-gardisme, éclectisme à l'écart de toute stérilisante spécialisation. On notera au catalogue, parus ou à paraître : « Silvalande » de Julio Cortazar (Contes fantastiques du maître argentin, illustrés par Silva), « M'hachisch » de Bowls (dix contes marocains sur les fumeurs de kif), « La légende du Terrain Vague » (le monde de l'édition vu à travers l'expérience Losfeld), le curieux « Détour » d'Hugo Verlomme, « interdit d'antenne », par l'équipe de France-Musique qui a démissionné en septembre 77 et, en ce qui nous concerne, plus particulièrement les deux premiers volumes de la collection « Changer de Fiction » dirigée par Lionel Hoebeke : le recueil d'Andrevon et le roman punk de Vilà.
     « Changer de Fiction » c'est de la politik-fiction. Avec le K de Punk, de Panik, d'Utopik, d'Ecologik... Ambitions avouées : des romans SF écrits par des auteurs français spécialistes du genre ou non ; des collectifs à thème basés sur l'actualité (en projet, un recueil anti-nucléaire réuni par René Durant), des livres-tracts... bref, une littérature en actes, une SF hors-ghetto.
     « C'est tous les jours pareils », réunit tes 27 histoires écrites entre juin et décembre 1975 par Jean-Pierre Andrevon pour Charlie Hebdo (mais 12 seulement ont paru dans l'hebdomadaire). 27 short-stories donc, groupées en 7 rubriques : le boulot, les loisirs, — les grandes vacances, l'armée, la science, le politique, la vie. C'est de la SF au vitriol, de la SF par l'absurde, de la SF dérisoire où, pour le 14 juillet, Bigeard fait sauter la planète à coups de missiles Pluton pour les beautés de la démonstration ; où les prostituées et les robots se syndiquent ; où les camps de vacances préparent aux camps de travail ; où les flics défouraillent comme au Far-West (mais c'est de la SF, ça ?) ; où J.-P. A. joue au ministre des Armées. Bien sûr, il ne faut pas lire ces 27 petits textes à la file. Outre l'Indigestion qui guette, apparaissent par trop en lumière les procédés employés : l'outrance, l'accumulation, la démesure et la systématisation du procédé narratif qui consiste à donner la parole à tous les pourris du Système en les présentant comme des personnages « positifs ». Bien sûr, il n'y a aucun chef-d'œuvre là-dedans (quoique « De A à Z » 1 soit un petit bijou). Bien sûr, ces textes appartiennent essentiellement au royaume de l'éphémère, ne serait-ce que par leur destination initiale. Mais l'éphémère a parfois des séductions que pourrait lui envier l'éternel... Et puis c'est Illustre par Andrevon soi-même, alors !
     Le premier roman punk français, annonce le prière d'insérer. Et pour les besoins de la cause, Christian Vilà est devenu Kriss Vilà « écrivain pourri-âge indéterminé-banlieue Est-ne touche plus les allocations chômage-pas d'avenir », à l'image de son pitoyable anti-héros El Coco Kid,. Avant toute chose, il convient de préciser que « Sang Futur » n'est pas un roman, mais un objet punk. Texte, photos (80 environ), graffiti, couverture signée Bazooka, surabondance du noir d'imprimerie, concourent à créer un micro-univers, dont le texte ne devient alors qu'un élément, mais l'élément prépondérant qui donne sa cohésion à ce curieux objet-livre, inquiétant et dérisoire tout à la fois.
     On a déjà beaucoup écrit sur le punk. A son sujet on a parlé de « nihilisme de l'épingle à nourrice », d'esprit suicidaire, de détresse profonde (la punkitude) face à la vacuité implacable de l'Ordre Bourgeois, détresse qui explose dans une totale agressivité et une profonde méchanceté. On a parlé aussi de mouvement esthétique fondé sur la surenchère dans la laideur et le fauché, d'une mode qui « met l'accent sur le dérisoire, le bon marché et l'artificiel », d'un « dandysme de fauchés » 2. On a aussi noté la filiation surréaliste (goût de la provocation), constaté la rupture violente d'avec le style « babacool » de la génération précédente et analysé son côté « révolte contre le père ».
     « Sang Futur » c'est tout cela, mais c'est aussi un rejeton de cette « Génération Electrocutée » chère à Romain Wlasikov 3, génération qui rejette toutes les idéologies « pour l'acceptation joyeuse du : il n'y a plus d'après » (NO FUTURE, crie El Coco Kid, « la survie c'est de la merde »), fascinée par l'ultra-violence et « la cruauté intimiste for spirit destroy » et dont « l'ambiguïté spectaculaire » n'a d'égale que le goût punk pour les emblèmes nazis.
     Un certain fascisme ?
     Laideur et Violence. Speed et Mort. Fascination et Perversion. Inquiétante étrangeté.
     « Sang Futur », c'est le mouvement punk dans les « Banlieues Rouges » 4 de la SF.
     No future !

Notes :

1. Déjà parue dans « Le Citron Hallucinogène » n° 6.
2. Beatnik hier, punk demain... » par Robert Louit (Magazine Littéraire n° 130).
3. Cf. « Notes pour l'ébauche d'une critique passionnante de la Science-Fiction » par Romain Wlasikov — Fiction 266.
4. Banlieues rouges », anthologie de Joël Houssin et Christian Vilà — Coll. Nebula, éditions Opta.


Denis GUIOT
Première parution : 1/12/1977
dans Fiction 286
Mise en ligne le : 22/5/2011


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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