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    Fiche livre    

Babylon Babies

Maurice G. DANTEC

Science Fiction  - Illustration de ZEFA
GALLIMARD, coll. La Noire n° (1), dépôt légal : mars 1999
560 pages, catégorie / prix : 130 FF, ISBN : 2-07-075471-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Un mafieux sibérien collectionneur de missiles. Un officier du GRU corrompu et lecteur de Sun Tzu. Une jeune schizophrène semi-amnésique et trimballant une arme biologique révolutionnaire. Des scientifiques assumant leur rôle d'apprentis sorciers et prêts à transgresser la Loi. Une poignée de soldats perdus à l'autre bout du monde et se battant pour des causes sans espoir. Des sectes post-millénaristes à l'assaut des Citadelles du savoir. Des gangs de bikers se livrant à une guerre sans merci à coup de lance-roquettes. De jeunes technopunks préparant l'Apocalypse. Un écrivain de science-fiction à moitié dingo prétendant recevoir des messages du futur...N'ayez pas peur. Oui, il y a tout cela dans Babylon Babies. Non, il n'y a pas d'autre issue.

     Né en 1959 à Grenoble, Maurice G. Dantec est passionné de science-fiction, de romans noirs et de rock'n'roll. Il se consacre à l'écriture depuis 1990.
     Il est l'auteur de La sirène rouge et des Racines du mal, romans parus chez Gallimard en 1993 et 1995 dans la Série Noire.


    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...)   
Babylon A.D. , 2008, Mathieu Kassovitz
 
    Critiques    
     Dans un proche futur, quelque part aux confins de l'Asie centrale, une guerre de libération met aux prises le peuple ouïgour avec l'armée chinoise. Un sniper occidental engagé auprès de la guérilla parcourt la région, semant les cadavres et les poèmes pour chaque ennemi le long de sa route. Peut-être est-ce un philosophe représentatif de son époque, mélange de tueur professionnel et de théoricien du chaos, synthèse du désespoir ambiant  ? Il s'est forgé un parcours de mort depuis son engagement aux côtés des forces bosniaques à une époque où l'Europe venait d'abdiquer face à la barbarie  : c'était entre Sarajevo et Srebrenica en 1995, boucle dans laquelle le siècle finissant se mordait la queue. Depuis, le mal s'est mondialisé  : guerres de haute et basse intensité un peu partout, avec une nette préférence pour la Chine, le nouvel empire éclaté de ce début du xxie siècle  ; guerres de l'eau surtout, prédites par les experts, le pire est toujours sûr. C'est que la sécheresse ne ronge pas seulement l'âme humaine, la Terre est en passe de devenir une planète pelée d'un côté, ravagée par les ouragans de l'autre. Bref, la joie  !
     À l'issue d'une bataille perdue, le mercenaire tombe entre les mains d'un colonel des services de renseignements de l'armée russe, grand amateur de simulations stratégiques et marchand d'armes à ses heures, soldat vendu à la mafia sibérienne qui se lance dans des trafics biotechnologiques douteux. Notre philosophe de l'action accepte une nouvelle mission qui l'emmène à Montréal, convoyeur d'un colis spécial en la personne d'une fragile jeune femme, Marie Zorn. Mais pourquoi tant de barbouzes s'intéressent-elles à celle qui se révèle rapidement être une psychotique doublée d'une bombe ambulante  ? Et quel est ce curieux pouvoir qui se manifeste par la transmission de ses délires  ?
     On l'aura compris, Babylon babies est d'abord un roman d'action, et ce prélude annonce un tempo de plus en plus fort dans lequel l'entrelacement de ses multiples thèmes ira crescendo, jusqu'à un final visuel et sonore comparable à celui de 2001, l'Odyssée de l'espace. Car Maurice G. Dantec, nourri de toute la culture et de l'imaginaire des enfants du Baby Boom, brasseur de fictions fortement alcoolisées où les genres populaires de la science-fiction et du polar se mêlent aux spéculations philosophiques, si ce n'est aux visions, use et abuse des effets spéciaux de son répertoire, mais pour quelles sensations  ! Le bonhomme a une gueule et du style.
     Depuis La Sirène rouge et Les Racines du mal, Dantec construit une œuvre originale et laisse rouler avec le tonnerre sa voix de prophète, tel un moderne Isaïe qui aurait investi le roman populaire d'une double mission, apocalyptique, révélant les fins dernières de notre monde, en même temps que messianique, annonçant l'espérance nouvelle. C'est que l'auteur a indéniablement une voix puissante, et le troisième volet de ce qu'il faudra bien appeler L'Infernale Comédie du Millénaire dépasse l'œuvre antérieure et l'emmène jusqu'à son point d'annulation, non seulement parce que le roman est explicitement référentiel — le mercenaire Cornelius Toorop et le professeur Darquandier sont en effet familiers pour qui a lu les autres romans — , mais surtout parce que le fil conducteur de la trilogie est une réflexion sur le Mal contemporain et les moyens pour s'en sortir, fût-ce au prix de la disparition annoncée de l'Homo sapiens, au profit des Babylon babies.
     Dantec dispose des moyens de son ambition, une écriture totale, pour changer le Monde... ou au moins pour provoquer une secousse mégatonnique dans l'esprit de ses lecteurs, ce qui n'est déjà pas si mal. De là à en sortir indemne...

Christo DATSO (lui écrire)
Première parution : 1/6/1999
dans Galaxies 13
Mise en ligne le : 25/6/2000


     Après l'énorme succès des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, on constate non sans un certain plaisir que le nouvel événement littéraire français, en l'occurrence le troisième roman de Maurice G. Dantec, entretient lui aussi des liens évidents avec la science-fiction. Ces deux livres possèdent d'ailleurs un bon nombre de points communs, le plus frappant étant la conclusion à laquelle arrivent les deux écrivains quant à l'avenir de l'humanité. Mais si Houellebecq demeurait assez vague dans ses spéculations, se refusant à entrer franchement en territoire S-F, Dantec, au contraire, s'y jette à pieds joints. Ainsi, en six ans et trois romans, a-t-on vu l'auteur passer du roman noir classique a la science-fiction pure et dure, sans pour autant quitter la collection de polars qui l'avait révélé.

     Après avoir mis à jour les racines du mal, Dantec s'intéresse désormais à ses fruits. Et le monde, en ce début de XXIème siècle — l'action se déroule en 2013 — pourrait se résumer en un mot : Chaos. La Russie et la Chine sont déchirées par d'interminables guerres civiles, tandis que dans le reste du monde prolifèrent et prospèrent les mafias et les sectes les plus extrémistes. Cette impression de chaos généralisé est d'autant plus forte que Dantec ne fait quasiment jamais allusion aux pouvoirs politiques légitimes en place. Comme la police dans ses romans précédents, ceux-ci brillent ici par leur absence, et seule la loi du plus fort semble avoir encore cours dans cet univers à la dérive.

     Autre particularité des romans de Dantec que l'on retrouve une fois encore ; alors qu'il s'agit de véritables pavés, leur intrigue peut se résumer en deux phrases. Dans le cas présent, un mercenaire, Toorop (le héros de La Sirène rouge), est chargé d'assurer la sécurité et le transfert d'une jeune femme, Marie Zorn, du Kazakhstan vers le Québec. Les choses vont évidemment se compliquer lorsque Toorop découvre que Zorn souffre de schizophrénie aiguë, et surtout qu'elle transporte ce qui pourrait être une arme biologique révolutionnaire, laquelle semble attiser la convoitise de nombreux groupuscules aux visées obscures. Voilà pour l'intrigue, qui suffit amplement à maintenir constant l'intérêt du lecteur durant les deux tiers du roman. Mais Dantec s'intéresse finalement moins à la résolution de cette intrigue qu'à ses implications, politiques comme métaphysiques. Et c'est là que Babylon babies devient un roman véritablement éblouissant. Dantec mêle avec un appétit vorace philosophie et sciences dures, métaphysique et musique techno, cyberculture et chamanisme (un salmigondis dont la dédicace ouvrant le roman donne déjà un aperçu). On n'est certes pas obligé de suivre Dantec dans toutes ses extrapolations, on pourra même lui reprocher parfois un certain « confusionnisme ». Il n'empêche que dans sa volonté d'aborder la complexité du monde d'un point de vue global, Babylon babies est sans doute l'une des tentatives les plus réussies que la science-fiction française nous ait jamais offerte. Un roman majeur.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/6/1999
dans Bifrost 14
Mise en ligne le : 16/10/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2002)


     Déjà chroniqué dans Galaxies n° 13 lors de sa première parution, le plus accompli des trois romans de Dantec est une brillante synthèse du monde actuel, de ses dérives et de ses maux. Parti du polar, l'auteur a insensiblement dérivé vers la SF, opérant un savant mélange des genres dans ses romans rythmés, sauvages, écrits d'une plume nerveuse, en phase avec son monde.
     Toorop, mercenaire égaré dans l'Asie centrale, accepte une nouvelle mission, en apparence banale : convoyer une femme, Marie Zorn, jusqu'à Montréal et attendre qu'on vienne la récupérer. Tout serait simple si Marie n'était atteinte de schizophrénie aiguë. Et si ce qu'elle transporte dans son organisme n'intéressait de multiples barbouzes, mafieux russes et sectes richissimes, tous engagés dans une guerre de l'ombre sans merci qui se déroule aussi bien sur les réseaux numériques que dans la réalité.
     À travers une intrigue au demeurant simple, mais où interviennent de nombreux protagonistes, Dantec entasse les produits, objets et réalisations de la civilisation contemporaine, brasse les plus récentes théories philosophiques avec les mythes ancestraux, accumule tout ce qui fait sens pour appréhender la société en devenir, des conflits géopolitiques aux dérèglements climatiques, de la cyberculture aux biotechnologies, dans une concaténation de signes et de symboles, jusqu'à la surchauffe. De cet incroyable instantané d'un chaos atteignant sa masse critique émerge une nouvelle humanité, ou du moins s'esquissent les modèles de la prochaine étape.
     Univers schizophrène que le nôtre, note Dantec, avec l'émergence des univers virtuels, la fusion homme-machine. Mais les schizophrènes représentent justement le prototype de l'humanité nouvelle, en phase avec la représentation quantique de l'univers. Ils sont les fleurs du mal écloses sur le terreau de cette Babylone contemporaine.
     Un roman visionnaire, d'une puissance à couper le souffle.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2002
dans Galaxies 21
Mise en ligne le : 7/9/2002


Edition GALLIMARD, Folio SF (2004)


     Dès que l'on ouvre ce troisième roman, force est de noter que l'auteur n'a pas renoncé à sa détestable habitude d'étaler ses références bibliographiques (voir Les racines du Mal). Au moins cette fois nous en épargne-t-il la liste détaillée pour nous asséner, suprême habileté, de longs remerciements adressés à de nombreuses personnalités du monde littéraire et philosophique tels P. K. Dick et P. Deleuze.

     Pourtant, malgré ce prélude calamiteux, il est incontestable que Dantec a gagné en expérience et en professionnalisme (à moins que l'éditeur ne se soit enfin décidé à faire son travail de correcteur). Le style, mieux maîtrisé, si l'on excepte quelques passages enflés dont l'auteur s'est fait une spécialité, s'en trouve nettement amélioré.

     Nous renouons dans cette troisième œuvre avec le personnage de Hugo Toorop, le héros de La Sirène rouge. Bien du temps a passé : l'homme d'action idéaliste, fringant et sûr de lui, n'est plus qu'un mercenaire fatigué qui s'accroche encore, sans grand espoir, à son système de valeurs. Finies les puissantes voitures qui vous permettaient de filer entre les doigts de l'adversaire, finies les cartes de crédit illimité généreusement distribuées par une énigmatique brigade internationale : Toorop, meurtri, ne peut plus compter que sur lui-même et pour survivre, il dépouille les ennemis qu'il vient d'abattre. Cette dégringolade sociale et morale, voire idéologique, nous rend le personnage plus proche, plus humain, moins sentencieux et en somme plus sympathique. L'effet « looser » reste un bon ingrédient littéraire.

     Autre belle réussite du roman : la toile de fond politique et sociale dans un monde postmoderne. Guerre civile en Chine, magouilles en tous genres, sectes et apprentis sorciers, ignobles tractations orchestrées par la mafia se mêlent pour composer un décor aux sordides imbrications, vraisemblable, cohérent, angoissant, à la mesure de l'amertume du personnage principal.

     L'intérêt du récit tient également à sa remarquable galerie de personnages secondaires. Du colonel russe corrompu qui use de ses pouvoirs pour soutenir les trafics les plus illicites, au mafieux sibérien qui commandite les plus sombres machinations, en passant par les hommes et femmes de main de tout bord dont les alliances précaires ne cessent de se faire et de se défaire, c'est tout une faune hétéroclite, lamentable, désespérément humaine que l'auteur anime avec brio en l'insérant parfaitement dans le décor grâce à quelques procédés efficaces déjà utilisés dès La Sirène Rouge.

     On distingue, en gros, deux parties dans le roman.

     La première peut être assimilée à une longue scène d'exposition chargée de promesses d'orages. Marie Zorn, une jeune femme au passé trouble, doit être convoyée au Canada sous haute protection. Pourquoi ? Cela, même le colonel russe qui coordonne l'opération l'ignore. La mafia paye bien, trop bien même, et elle ne tolère aucune question. Toorop accepte la mission avec deux autres mercenaires (un tueur orangiste et une ancienne de Tsahal) placés sous ses ordres. Armés jusqu'aux dents, ils se claquemurent avec leur protégée dans un appartement de Montréal. Le jeu est risqué : la mafia surveille l'opération, le colonel cherche à doubler son « allié » mafieux avec la complicité de Toorop, et d'autres forces que l'on devine tout aussi redoutables œuvrent en coulisse. La mission qui dérape rapidement hors du schéma prévu peut être interrompue d'un moment à l'autre et, dans ce cas, Marie Zorn devra être exécutée. Des affrontements sanglants se dessinent et le lecteur se surprend à imaginer les déchaînements à venir. Malgré quelques longueurs et incohérences psychologiques, cette mise en place sur l'échiquier est un succès.

     La deuxième partie est malheureusement beaucoup moins brillante. Renonçant à exploiter ses effets d'annonce (affrontements pressentis entre la mafia, les Russes et l'équipe de Toorop), l'auteur bifurque, et l'intrigue perd soudain sa cohérence. Les nouveaux personnages se multiplient, tous dotés, même les plus mineurs, d'une biographie détaillée où le propos du récit s'englue. De la scène épique longuement préparée pour relancer l'action, l'auteur (pourtant orfèvre en la matière) ne nous livre, à force de prises de reculs, d'affèteries narratives et de procédés d'éclatement du discours, que des images fragmentaires, incomplètes et pour tout dire frustrantes. Comme la bataille oppose, de plus, des factions que l'on n'a pratiquement pas vues jusque-là et que les personnages principaux n'y participent pas, l'intérêt du lecteur est vite émoussé. On retrouve là les limites de Dantec qui révèle, une fois de plus, son incapacité à maîtriser une intrigue complexe. Le scénario, de plus en plus décousu, cède la place au pittoresque, voire aux effets racoleurs, et l'intrigue délayée brinquebale tant bien que mal vers une issue prophétique à la Dantec, puisqu'il en faut une. Ce n'est d'ailleurs pas tant l'utilisation de la théorie de Deleuze sur les schizophrènes qui lasse (le sujet s'intègre très bien dans un roman de science-fiction) que le style pesant et sentencieux exhumé pour l'occasion. L'auteur a retrouvé tous ses défauts de jeunesse, et c'est dans un interminable dialogue de gourous entre Toorop, Darquandier (le héros des Racines du Mal) et Dantec lui-même, sous le nom de Boris Dantzic ( !), que nous est infligée la révélation des arcanes du récit. Suit, pour ceux qui seront arrivés jusque-là, un pâle épilogue censé injecter une dose d'optimisme dans toute cette noirceur.

     On l'aura compris : le lecteur trouvera dans Babylon babies le meilleur et le pire.

Robert BELMAS (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004
nooSFere


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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