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Perdido Street Station - 1

China MIÉVILLE

Titre original : Perdido Street Station, 2000
Science Fiction  - Cycle : Perdido Street Station vol.

Traduction de Nathalie MÈGE
Illustration de Julien DELVAL
FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, coll. Rendez-vous ailleurs n° (12), dépôt légal : octobre 2003
372 pages, catégorie / prix : 21 €, ISBN : 2-265-07185-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Nouvelle-Crobuzon, une métropole tentaculaire, polluée, démentielle, au cœur d'un monde insensé. Humains et hybrides mécaniques y côtoient les créatures les plus exotiques à l'ombre des cheminées d'usine, des fabriques et des fonderies.
     Depuis plus de mille ans, le Parlement et son impitoyable milice règnent sur une population de travailleurs et d'artistes, d'espions, de magiciens, de dealers et de prostituées.
     Mais soudain un étranger, un homme-oiseau, arrive en ville avec une bourse pleine d'or et un rêve semble-t-il inaccessible : celui de retrouver ses ailes...
     Alors que la pire des abominations, des êtres qui manipulent l'inconscient, est lâchée sur Nouvelle-Crobuzon.

     Entre Fantasy et Science-fiction, un roman-univers qui bouscule tout sur son passage, une fresque unique déjà couronnée par le Prix Arthur C. Clarke et le British Fantasy Award.

 
    Critiques    
     Rarement roman de science-fiction sera arrivé en France précédé d'une aussi flatteuse réputation. Imaginez un peu : lauréat des prix Arthur C. Clarke et British Fantasy, nommé aux prix Hugo, Nebula, World Fantasy, Locus, et British SF. Rien que ça ! Autant dire qu'on s'attend à ne pas être déçu. Sera-t-on exaucé ? Mystère...
     Une indication sur le contenu du livre est donnée par la liste des récompenses ci-dessus, qui mélangent allègrement science-fiction et fantasy. Tiens, tiens... ce livre serait-il donc un hybride, un de ces ouvrages signés d'un auteur ayant beaucoup lu, assimilé la plupart, et régurgité — si vous me passez l'expression — tout cela sous forme d'un vaste pot-pourri qui se contrefiche des catégories ? Inutile de tirer des plans sur la comète, plongeons-nous dans sa lecture, cela vaudra tous les discours.
     L'histoire se déroule à Nouvelle-Crobuzon, une gigantesque et invraisemblable mégapole, polluée par les très nombreuses usines chargées de procurer de quoi vivre aux habitants. Et il y a du boulot, parce que ça grouille véritablement : ici se retrouvent ensemble des dizaines d'espèces, hommes, extraterrestres de tous poils (mention spéciale aux cactacés), oiseaux, hybrides hommes-machines... Tout ce beau monde cohabite tant bien que mal, certaines communautés s'étant plus ou moins refermées sur elles-mêmes.
     Isaac Dan der Grimnebulin (quel nom !) encourt l'opprobre de ses « coraciaux », puisqu'il s'est mis en ménage avec Lin, une alien insectoïde, bien qu'il soit un homme. Ils se cachent donc, ne se voyant que quand leurs activités respectives (il est chercheur, elle sculptrice utilisant certaine substance issue de son propre corps comme matériau) leur en laissent le temps. Un jour, un homme-oiseau en exil vient demander de l'aide à Isaac : condamné par les siens, sa sentence fut d'avoir les ailes coupées ; depuis, il n'aspire qu'à une chose : voler à nouveau. Il requiert donc l'aide du savant, qui accède à son souhait. Ce faisant, Isaac va libérer — sans le savoir — une terrible menace qui va mettre à mal quantité de monde à Nouvelle-Crobuzon.
     La véritable star de ce roman, ce n'est pas la seule gare de Perdido Street qui donne son nom au livre, mais bien la cité toute entière. En effet, celle-ci est décrite comme un être vivant, avec ses usines qui sont les organes vitaux, les voies de chemin de fer et les canaux les artères et les veines, et les habitants les cellules qui contribuent à faire fonctionner le tout. Et que dire de ces gigantesques ossements d'un extraterrestre quelconque, échoué sur cette planète il y a fort longtemps, ossements qui sont visibles d'une bonne partie de la ville ? L'impression de cité organique est enfin renforcée par le caractère joyeusement bordélique de Nouvelle-Crobuzon : certains quartiers sont surpeuplés, parfois insalubres. Bref, le décor n'en est pas un, et certains lieux auront même une importance tout à fait primordiale dans le développement de l'intrigue.
     Mais, pour faire un roman intéressant, un cadre aussi riche et réussi ne servirait à rien si l'histoire n'avait aucun intérêt. Il n'en est heureusement rien. Tout d'abord parce que, pour nous faire découvrir ces lieux évocateurs, Miéville a convié toute une galerie de personnages hauts en couleur. Bien sûr, le côté bigarré de sa population est déjà un atout en soi (imaginez des sortes de cactus en train de courir, ou des hommes à bras de pythons !), surtout quand ces protagonistes interagissent, mais leur caractère est aussi bien marqué. Isaac est l'archétype du savant fou souvent dépassé par les événements (ressort comique de l'histoire), sa compagne Lin l'artiste intègre (le côté poétique), Yagharek l'homme-oiseau l'être désespéré au destin brisé (pour le contenu dramatique)... Par le biais de l'interaction de ces — nombreux — personnages, ces différents aspects s'entremêlent, instillant une vitalité impressionnante à l'ouvrage.
     Quant à l'intrigue, elle est particulièrement rocambolesque. La menace qui pèse sur la ville n'est due qu'à une série de hasards assez invraisemblables, qui pourtant ont des conséquences de grande envergure. Et encore une fois, cela permet à Miéville de nous balader dans tous les coins de Nouvelle-Crobuzon, de telle sorte que bien que le roman fasse plus de huit cents pages dans sa version française, on ne s'ennuie pas une seconde.
     Bref, il s'agit ici d'un livre d'aventures pur, dont le but est de délasser, et qui y parvient à merveille. Mais il y a beaucoup plus dans Perdido Street Station, l'un des rares livres de cette taille à ne pas tirer à la ligne. Une étincelante réussite, que l'on espère voir rééditer pour les prochains livres de l'auteur, à commencer par The Scar, situé dans le même univers, et également nommé à une multitude prix outre-Atlantique.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 8/2/2004
nooSFere


     Il n'y a pas à dire : on récolte rarement le prix Arthur C. Clarke et le British Fantasy Award pour un navet. Le premier à dire qu'il en va différemment pour le Goncourt et le Fémina aura droit à ma complète considération.

     Enfin... restons plutôt dans notre petit univers S-F pour encenser comme il se doit China Miéville, auteur du présent et génial Perdido Street Station. Le terme de « génial » n'est pas un abus de langage : pareille œuvre relève en effet du génie littéraire. Agé d'à peine plus de 30 ans, et pour un second roman seulement, Miéville fait preuve d'une maîtrise d'écriture peu commune. Il a le don d'évoquer un monde sans jamais laisser affleurer le travail de l'écrivain, de créer une familiarité immédiate avec son univers : Nouvelle-Crobuzon s'offre si naturellement au lecteur qu'on a l'impression de retrouver une vieille connaissance. On y est tout de suite « absorbé ».

     Prenons les choses dans l'ordre : les quelques premières pages, qui sont une sorte de « journal intime » de Yagharek, un Garuda, homme-oiseau du désert, dont le parcours constituera une sorte de fil directeur du roman, font un peu peur. Le texte est à la limite du verbeux, torturé, un peu confus... et avant de se rendre compte qu'il y a là un rendu très fin de la psychologie Garuda, on a le temps de se dire qu'on ne s'en farcira pas 800 pages comme ça.

     Si le style d'écriture de Miéville, très soutenu, reste toujours relativement chargé, riche en adjectifs, périphrases, incises et apartés descriptifs, il n'est pas indigeste pour autant. Les méandres de l'écriture ne sont que l'écho stylistique des fleuves de la cité : la Poix, la Chancre et le Bitume. Cette exubérance de l'écriture reflète une ville qui vit toujours dans le grouillement, le gluant, le visqueux, l'écœurant... et dont les égouts sont peuplés de créatures que ne renierait pas Lovecraft. Paradoxalement, a contrario de cette impression d'enlisement, on sent que l'auteur ne se laisse pas aller aux digressions. Sans être sec, le récit est économe dans ses moyens : les images, pourtant étranges et fantastiques, naissent du texte avec une fluidité confondante, les dialogues parviennent à être riches sans s'étirer inutilement, et les personnages surprennent par leur individualité, qui impose une personnalité sans effort apparent de l'écrivain.

     Derrière ce portrait d'une ville déliquescente, il n'y a pas, comme on pourrait s'y attendre, de charge écologiste ou de message catastrophiste. L'auteur pose, impose, sa ville, en donne le plan au début du premier tome, et baste. Il est bien fait quelques allusions au passé de Nouvelle-Crobuzon (ne serait-ce que par le préfixe de « Nouvelle »), mais on lâche rapidement l'idée du « roman à clef » pour ne se concentrer que sur le drame humain qui s'y déroule. Profondément humains, même quand il s'agit de Xénians, les personnages sont tous attachants, dans leurs idéaux, leur naïveté, leurs ridicules et leurs vices. Le savant marginal et enthousiaste, Isaac Dan der Grimnebulin (un nom qui est déjà tout un programme), sa fiancée, une femme-insecte khépri qui évolue dans un milieu interlope, Madras le mafieux, Yagharek l'étranger dont on ne sait presque rien, la Milice et le Parlement, avec toujours un train de retard, des Gorgones, vampires de l'esprit dans un style digne du « Horla », qui sèment les cauchemars sur la ville... On frôle le stéréotype du feuilleton à la Eugène Sue ou Gustave Le Rouge. Pourtant, l'auteur ne tombe jamais dans le « vulgaire » roman-feuilleton pour feuille de chou : son récit est sans complaisance. On n'y sent pas l'empreinte du « vouloir plaire ». La cruauté est parfois difficilement soutenable, surtout qu'elle vient s'insérer dans un genre où elle est logiquement « maîtrisée » par son auteur pour correspondre à l'horizon d'attente du lectorat. Raison pour laquelle l'effet est si frappant, si brutal.

     Chacun poursuit sa quête personnelle, égoïste, et cependant tous sont interdépendantes : du « péché originel » de Yagharek, qui l'a privé du vol, jusqu'au dernier combat contre les Gorgones, tous les personnages sont pris dans un engrenage. Incarnant ce Destin implacable, la Fileuse (au nom de Moire), une Araignée géante aux paroles poétiques aussi peu claires que celles d'une Pythie antique, va s'occuper de rétablir l'harmonie de la toile des mondes, en sautant d'un plan de réalité à un autre. Parce que le Diable, lui, qui a un bureau en ville, ne veut pas s'en mêler... Le Concile Artefact, deus ex machina par excellence, rencontré par l'intermédiaire d'un aspirateur automatique, viendra aussi apporter son aide, mais sans perdre de vue sa propre quête... C'est ainsi que l'humour se mêle au drame, sans cesse.

     L'ensemble est foisonnant, déroutant, parfois « déjanté », mais aussi poignant. Mélange complexe, mais envoûtant : la seule manière de l'apprécier pleinement, comme il se doit, c'est de pénétrer dans la Cité, comme Yagharek, qui y fera son entrée, après sa longue quête, « en homme », déchu, tombé de l'Eden dans notre univers néo-crobuzien.

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/1/2004
dans Bifrost 33
Mise en ligne le : 1/3/2005


 
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Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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