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Le Système Valentine

John VARLEY

Titre original : The Golden Globe, 1998
Science Fiction  - Traduction de Patrick MARCEL
Illustration de MANCHU
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (47), dépôt légal : septembre 2003
576 pages, catégorie / prix : 28 €, ISBN : 2-207-24982-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Parce que sa copine d'enfance Kaspara Polichinelli est sur le point de monter Le Roi Lear sur Luna, l'acteur Sparky Valentine se rappelle à son bon souvenir et décroche le rôle-titre. Lui reste alors quelques menus problèmes à régler. Car comment faire le voyage de Pluton à la Lune en quelques mois, quand on est fauché comme les blés et condamné à mort par la mafia charonaise ? Pour parvenir à ses fins, Sparky devra changer d'identité (et de sexe) à plusieurs reprises, échapper à un tueur à gages plus solide que Terminator, monter quelques arnaques improbables, et penser à son terrible géniteur au moins une fois par jour.
     Roman picaresque et hilarant, hommage à William Shakespeare (mort depuis bien trop longtemps pour se sentir concerné), Le Système Valentine marque le grand retour de John Varley après quelques années d'absence.

     Souvent considéré comme l'écrivain le plus inventif de la science-fiction contemporaine, John Varley est l'auteur de l'incontournable trilogie Titan, Sorcière, Démon. On lui doit aussi quelques dizaines de nouvelles éblouissantes rassemblées dans Les Mannequins, Persistance de la vision, Champagne bleu.


    Prix obtenus    
Cafard Cosmique, [sans catégorie], 2004
 
    Critiques    
     Sparky Valentine était un acteur renommé aux quatre coins de la galaxie. Acclamé par tous, public et critiques, il interprétait avec une rare réussite des dizaines de rôles très différents dans des théâtres prestigieux. Pourtant, quand commence le roman, il fait partie d'une troupe de second ordre, qu'il quitte d'ailleurs très rapidement pour s'enfuir sur une autre planète, où personne ne pourra le trouver. Quelles sont donc les raisons qui l'ont poussé — forcé — à renoncer à la gloire ? Et qu'est-il arrivé à son père, grand acteur, comme lui, qui semble avoir disparu de la circulation ?

     Ce sont ces questions qui constitueront le moteur du roman, à travers des flash-backs qui, lointains au début, se rapprochent peu à peu de l'époque de la narration. Un procédé efficace qui permet de tenir le lecteur en haleine durant ces six cents pages, même si parfois sa vaillance faiblit. En effet, Sparky Valentine décrit par le menu détail tout ce qui lui arrive, du plus futile au plus sérieux, avec force digressions. Cela nous le rend sympathique au plus haut point, mais ne fait pas nécessairement progresser l'intrigue. Heureusement, le style de Sparky est vivant et imagé, et les péripéties suffisamment improbables et cocasses pour éviter l'ennui. De plus, il s'adresse régulièrement au lecteur, à travers de nombreux clins d'œils qui sont autant de considérations de Varley sur son métier d'auteur.

     Le roman est également un hommage à Shakespeare. Le répertoire du dramaturge de Stafford-on-Avon est fréquemment sollicité ici : Sparky et ses amis interprètent des pièces du grand William, et les références aux personnages et situations qu'il a créés abondent. Varley a même découpé son livre en cinq actes, bien que ceux-ci soient assez artificiels au regard des règles d'unité de temps, de lieu et d'action. C'est même tout le contraire, le roman se déroulant sur plusieurs planètes, et sur une durée de vingt ans. Bref, l'ombre de Shakespeare s'étend sur tout le livre ; mais pouvait-il en être autrement pour un roman sur le théâtre ? On pense ici inévitablement à Fritz Leiber, et à son cycle de la Guerre Modificatrice, qui se déroule pour bonne partie au sein d'une troupe itinérante (cf. par exemple Les Racines du passé). Précisons pour terminer que le titre original est The Golden Globe, référence beaucoup plus évidente à Shakespeare que Le Système Valentine, titre plus fade.

     Avec ce roman, qui fait partie du cycle « Eight Worlds » (« Huit Mondes ») mais peut se lire indépendamment, John Varley nous gratifie d'un ouvrage original qui, à défaut d'être inoubliable, se lit avec plaisir. On lui préférera toutefois ses nouvelles (notamment celles de Persistance de la vision — Folio « SF » n°17), qui sont de véritables chefs-d'œuvre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/1/2004
dans Bifrost 33
Mise en ligne le : 1/3/2005


     Avouons-le : depuis quelques années, le ton ironique et déjanté de John Varley nous manquait. Mais voilà que l'auteur de la trilogie Titan, Sorcière et Démon, que le talentueux nouvelliste de Champagne bleu ou Persistance de la vision fait son retour. Angoissante question : a-t-il conservé son sens de l'humour si particulier ? « On court toujours le risque de report pour cause de pluie, à cause des cumulus qui se forment dans les cintres. » Cette description d'un grand théâtre nous rassure.

     Kenneth C. Valentine, dit Sparky Valentine, est acteur. À huit ans, il connaissait déjà par cœur tout le répertoire de William Shakespeare. Autant dire que c'est probablement le meilleur acteur de tout le système solaire. Bon, c'est moins difficile qu'on pourrait le penser, car le système solaire n'est plus si grand depuis l'Invasion. « Les étrangers avaient débarqué sur Terre et sur Jupiter. Sur Terre, ils avaient exterminé toute vie humaine et aboli toute trace de présence des hommes. Quant à ce qu'ils avaient fait sur Jupiter, toutes les hypothèses étaient possibles. » Depuis, l'humanité rescapée se tient à carreau, à l'écart de ces deux planètes, menant sa vie sur les autres astres du système solaire) lunes comprises. Faut bien survivre.

     Survivre. C'est, au début de ce vaste roman picaresque, le principal problème de Sparky Valentine. Il mène en fait une vie de clodo, entraînant dans son errance un chien génétiquement amélioré et le « Pantechnicon », une malle aux innombrables ressources, qui lui sauvera plusieurs fois la vie, selon des modalités trop longues à exposer ici. Il faut dire que Sparky fuit depuis 70 ans ! Certes, on finira par savoir pourquoi, mais en attendant, Valentine est traqué par la maffia charonaise. Et ça, c'est pire que d'être poursuivi par Terminator. Car si vous éliminez un tueur de la maffia charonaise, un autre prend sa place. Et ils sont des millions, sur Charon, à avoir développé une société encore plus cinglée que celle que l'on rencontre, disons, sur Obéron, où l'Express Périphérique attend gentiment en apesanteur que les extensions tubulaires de la lune le rattrapent... Avec Varley, il ne faut pas s'attendre à tout, mais à pire.

     Sparky Valentine est donc un prodigieux acteur en fuite. Grâce au génie génétique, il peut modifier son apparence, au point d'être capable de jouer une scène d'amour physique entre Roméo et Juliette en interprétant les deux rôles en même temps, waouh ! Son surnom de Sparky lui vient d'une série télévisée, dont il a interprété le personnage principal dans son enfance. L'occasion pour Varley de livrer, en plus de cinquante pages d'articles, d'extraits d'émission et de sondages, à une démolition en règle de la télé-poubelle. Genre : « Serez-vous capable de trouver 36 choses qui sortent du corps humain ? ».

     Plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que le propos de John Varley est acide, cynique, sans concession. Ce récit a l'air léger, mais ne l'est pas. Le désespoir, l'envie d'interrompre brutatalement et définitivement cette sinistre comédie qu'est la vie n'est jamais bien loin. Sous des airs rigolos se cache une puissante et amère réflexion sur les profondeurs de l'âme humaine. Raison pour laquelle l'ombre de Shakespeare plane sur tout le récit. De même que celle de l'humoriste américain W.C. Fields, auquel il fait souvent fait référence. La figure du père est omniprésente. Un père tyrannique, dominateur, caractériel et aussi fou que le Roi Lear, personnage qui donne la principale clé de cette aventure démesurée.

     Quant à Sparky, milliardaire à huit ans, puis pauvre comme Job, puis à nouveau richissime, il serait bon de mentionner qu'il possède une notion très très vague de l'honnêteté. Pas facile d'être victime d'un délire de persécution, d'hallucinations et d'une peur panique d'être emprisonné pour un crime que la déontologie m'interdit de révéler ici...

     En définitive, un somptueux récit, qui prend pour cadre le système solaire et le théâtre, œuvre de maturité d'un solide écrivain. Un roman shakespearien, bourré de références, de clins d'œil, d'humour, d'amour et de haine.

     Une simple histoire extraordinaire centrée sur la très ordinaire folie humaine.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/12/2003
dans Galaxies 31
Mise en ligne le : 7/12/2008


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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