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Les Univers de la Science-Fiction - Essais

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Stéphanie NICOT


Illustration de Bernard JAN
GALAXIES, coll. Hors-séries de la revue Galaxies n° (1)
Dépôt légal : avril 1998
222 pages, catégorie / prix : 70 FF
ISBN : néant   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
La Science-Fiction, un avenir pour la littérature ?

     Des centaines de millions de spectateurs de par le monde font un triomphe aux films de S.-F. Des dizaines de millions de lecteurs font des romans de S.-F. un domaine à part entière de la littérature. Aux États-Unis,des universités prestigieuses accueillent des ateliers d'écriture, invitent des auteurs de S.-F. réputés et favorisent des travaux de recherche sur le genre.

     En France, le renouveau de la S.-F. ne doit plus, comme par le passé, s'arrêter aux portes des facultés ! Treize universitaires ou spécialistes ont donc décidé de confronter leurs réflexions sur un genre qui pourrait bien représenter l'un des avenirs de la littérature moderne.

     Réalisé avec l'appui du festival nancéien Galaxiales, ce recueil comprend douze essais qui, chacun à leur façon, font réfléchier sur l'histoire du genre, évoquent quelques oeuvres décisives et tracent des pistes pour l'avenir.


    Sommaire    
 
    Critiques    
     Dans sa préface, Stéphane Nicot déplore l'écart existant en France — contrairement à ce qui se passe aux États-Unis — entre la littérature de science-fiction et le monde universitaire. Pour y pallier, il annonce la tenue bisannuelle d'un colloque international à Nancy dès l'an prochain, puis publie, comme première « étape » d'une reconnaissance, le présent recueil d'essais. Trois chapitres (Les Grands Anciens, SF & Modernité, Confrontations), et treize auteurs (Warfa, Renard, Marigny, Klein, Goimard, Stolze, Bozzetto...). Le style de ces auteurs est généralement excellent et sans pédanterie, quoique parfois légèrement hermétique (Gouanvic, sur les problèmes de traduction) ou un peu gratuit (Stolze : « SF : littérature d'images et non d'idées »). Michel Meurger nous parle de Washington Irving et de Fontenelle (étonnante citation de Renan sur les guerres ethniques, datant de... 1871, p. 37), Dominique Warfa remonte à la source SF, en rappelant l'importance du feuilleton d'aventures pour ce qui deviendra la proto SF puis la SF tout court, et Dominique Kacharzewski perçoit parfaitement l'envoûtement émanant des romans de Merritt. La « modernité » de la SF est évoquée par le biais de l'uchronie (Nicot-Vial), la religion (Christine Renard), le désert de Dune (Jean Marigny) ou la signification de la langue dans 1984 (Michel Lamart). Les deux plus passionnantes contributions à mon sens sont celles de Gérard Klein et de Jacques Goimard. Le premier analyse de manière fort pertinente les rapports entre littérature générale et SF : ignorance, enfermement et dissolution en étant les stades successifs et pernicieux. Quant à Goimard, dans « Génération Science-Fiction », il souligne la fonction critique et donc politique de la SF, puis évoque la situation de « mineur sous tutelle » pour décrire l'attitude des Français vis-à-vis des Américains. Enfin, il survole l' « entrée en SF » des lecteurs en rappelant l'importance de La Grande Anthologie de la SF, puis du travail de Bergier, Versins ou Sadoul. En bref, un très solide florilège, tout à l'honneur de l'équipe de Galaxies.

Bruno PEETERS
Première parution : 1/1/1999 dans Phenix 49
Mise en ligne le : 1/11/2003


     La critique de science-fiction avait pratiquement déserté les fanzines ces dernières années, en raison probablement, du marasme qui sévissait il y a peu. Comble de l'ironie, pour un texte éclairant de Sylvie Denis sur le rôle des objets chez William Gibson, publié dans CyberDreams, il fallait chercher ailleurs des critiques inhérentes au genre. À preuve, le présent recueil ne contient que peu d'inédits (certains articles sont néanmoins adaptés de conférences mais on a oublié de signaler que les articles de Klein et Goimard sont respectivement parus dans les revues Europe et Esprit). Mais il faut saluer ici la volonté de redonner à la critique SF la place et la dimension qui lui reviennent et qui sont également nécessaires pour la reconnaissance et l'avancée de cette littérature.

     C'est pourquoi il est également beaucoup question ici de la SF en tant que subculture, qu'il s'agisse de remonter à ses racines populaires (les romans d'aventures et de voyages exhumés par Dominique Warfa), de vérifier avec Michel Meurger s'il est possible d'établir une chronologie des thèmes de SF ou encore d'expliquer de quelle manière la culture dominante s'oppose à elle. Pour Klein, le procès en dissolution que celle-ci lui intente tient à son caractère subversif, la spéculation intellectuelle remettant en cause la légitimité et la pratique du pouvoir de la classe dominante. Le constat est à peu près identique au cours du parcours personnel et introspectif de Jacques Goimard au sein de la science-fiction, sur le thème du roman familial, à la lumière de Totem et tabou, quand il explique qu'on s'est beaucoup épuisé à affûter des arguments à opposer aux détracteurs, cette activité empêchant de mener une réflexion de fond. Le caractère subversif de la SF est évident, à lire les articles de Nicot et Vial sur l'uchronie, de Christine Renard sur les problèmes religieux au sein de la SF (ainsi qu'un bel écho à l'uchronie avec la double citation anachronique à la revue Galaxies dans ce texte de 1968), sur le langage, Michel Lamart illustrant une défense de la langue en marge de 1984 d'Orwell et Jean-Marc Gouanvic présentant les enjeux sociaux de la traduction de la SF.

     Pierre Stolze insiste, dans un article plus vulgarisateur, pour définir la SF comme une littérature d'images et non d'idées. Le débat est cependant loin d'être clos, d'autant plus que Stolze se cantonne au point de départ d'un récit. Roger Bozzetto, lequel « recherche critique désespérément » préfère pour sa part parler de « fiction narrative », la science-fiction n'étant « pas un »genre« mais un »état d'esprit« qui donne lieu à des textes proposant une perspective singulière sur la réalité ».

     On remarquera, au vu de ce qui structure ce recueil, que deux articles, sur Merritt et Dune, ne semblent pas avoir leur place ici. Précisons également que, quoi qu'en dise la préface sur la difficulté pour la SF d'entrer à l'université, des cours existent ici et là depuis vingt ans et que l'université de Nice-Sophia Antipolis propose depuis 1983 un colloque régulier de science-fiction dont les actes sont publiés par Métaphores. Il est vrai qu'en dehors de Bozzetto, les spécialistes y sont rares et les scientifiques beaucoup plus nombreux.

     Mais le coup d'envoi est donné. Suite à l'excellent exemple que constitue ce recueil, on peut espérer que la critique littéraire de SF prendra un nouvel envol.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/9/1998 dans Galaxies 10
Mise en ligne le : 21/11/2008


 

 
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