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Les Chronolithes

Robert Charles WILSON

Titre original : The Chronoliths, 2001
Science Fiction  - Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de MANCHU
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (43), dépôt légal : avril 2003
336 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 2-207-25316-3

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d'un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n'aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d'une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C'est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
     Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d'encre, un thriller temporel comme vous n'en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.

     Robert Charles Wilson est né aux Etats-Unis, mais vit au Canada. Il est l'auteur de plusieurs livres remarquables comme BIOS et Mysterium, récompensé par le Philip K Dick Award.


    Prix obtenus    
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 2002
 
    Critiques    
     « Chronos, le temps, et lithos, la pierre, n'était-on pas là au cœur du problème ? Le temps rendu solide comme un roc. Une zone de déterminabilité absolue entourée d'une écume d'éphémère (les vies humaines, par exemple) qui se déformait pour en épouser les contours. » (p.240)

     En 2021, un premier chronolithe apparaît soudainement, comme surgi du néant, à Chumphon en Thaïlande. Cet immense monument commémore la victoire d'un certain Kuin... à l'issue d'une bataille qui devrait avoir lieu en 2041 !
     Par la suite, les arrivées de nouveaux chronolithes se succèdent, provoquant parfois des milliers de morts en dévastant des villes comme Bangkok ou Jérusalem. Leurs propriétés physiques sont inconnues, mais l'humanité constate vite leur indestructibilité...
     Comment l'humanité pourrait-elle ne pas être profondément bouleversée par ces chronolithes ? Les dommages qu'ils peuvent causer lors de leurs irruptions ne sont rien en regard des ravages psychologiques liés à leur signification profonde : comment vivre au jour le jour lorsqu'on a acquis la certitude que notre civilisation va s'effondrer dans à peine vingt ans, sous les coups d'un conquérant dont l'irrésistible succès est garanti d'avance ? Pourquoi lutter quand la défaite est déjà consommée et affirmée d'une aussi irréfutable manière ?

     L'auteur s'attache ainsi à décrire l' « effet d'anticipation sur le comportement de masse » (p.71), plus particulièrement au sein de la société américaine et notamment chez les jeunes générations qui doivent grandir dans l'ombre menaçante d'un conquérant annoncé. Peut-on s'imaginer assister à l'aube d'une ère nouvelle ? Doit-on accueillir Kuin, « collaborer » avant même sa venue, ou au contraire chercher à le combattre, préparer la « résistance » en imaginant qu'après tout ce futur n'est pas inéluctable ?
     Le thème des chronolithes est original et les perspectives qu'il offre sont évidemment fascinantes. Wilson choisit de les aborder par le petit bout de la lorgnette, en suivant l'itinéraire d'un individu moyen qui s'est juste trouvé là au mauvais moment. A tel point que la science-fiction se fait parfois discrète, notamment dans la deuxième des trois parties du roman, où le « héros » part à la recherche de sa fille, embarquée dans une sorte de pèlerinage kuiniste : à cet instant, le récit ne serait sans doute pas très différent s'il s'agissait de l'histoire d'un homme désireux d'arracher son enfant à l'emprise d'une quelconque secte.

     Ce choix narratif intimiste séduira probablement une partie des lecteurs. Il s'avère parfois judicieux, mais ici il m'a paru plutôt gâcher une idée de départ si brillante qu'elle aurait pu — dû — occuper le devant de la scène. En fait, Wilson semble embarrassé par l'ampleur de cette idée, comme s'il ne s'avait pas trop comment la développer ni surtout comment conclure autrement que par une pirouette — ce qu'il fera d'ailleurs.
     Le thème du chronolithe pourrait — devrait — relever de la hard science, mais Wilson évite d'aborder trop directement l'aspect scientifique, se contentant d'affirmer que « nous comprenons les chronolithes de la manière dont un théologien du Moyen-Âge comprendrait une automobile » (p.87). Il évoque une fumeuse et assez « hypothétique énergie unificatrice du tauon » (p.76) sans chercher à la rendre crédible. Enfin, on s'étonne de l'apparente inexistence de la communauté scientifique mondiale face aux chronolithes : seule une femme réussit à avancer dans la compréhension de leur physique et aucun autre scientifique ne semble pouvoir comprendre ses miraculeuses hypothèses.
     A partir d'une telle idée, un Greg Egan aurait probablement bâti un système étourdissant « paraissant » crédible et il aurait suscité un « vertige métaphysique » chez ses admirateurs, tout en négligeant de développer ses personnages comme l'auraient souligné ses détracteurs. En choisissant l'approche inverse, Wilson hypertrophie au contraire l'importance donnée à ses protagonistes — pourtant au fond assez banaux — et relègue au second plan le questionnement scientifique, philosophique et métaphysique soulevé par cette anticipation temporelle. Il ne s'embête même pas à considérer les éventuels paradoxes qu'elle pourrait susciter.


     Difficile d'aborder un tel thème sans évoquer le déterminisme. Wilson met en scène une savante lesbienne — détail sans importance pour le récit mais caractéristique de la manière dont Wilson semble vouloir donner de l'épaisseur aux personnages en leur conférant un ou deux traits bien sentis — persuadée qu'il n'y a jamais de coïncidence et que si tel individu se trouve à tel endroit à tel moment, c'est que cela signifie obligatoirement quelque chose, que cela tend vers un but : « Cela se combine trop bien. Les causes antécédentes ne suffisent pas. Il doit y avoir une cause postcédente » (p.263). Mais cette théorie n'a rien de nouveau — c'est le destin — et, là encore, Wilson n'apporte pas d'élément intéressant à ce sujet.

     Pour conclure, Les Chronolithes est fondée sur une idée magnifique, une de ces idées qui fait de la SF un genre littéraire incomparable pour ses amateurs. Hélas, Wilson en a fait un roman relativement anecdotique, certes agréable à lire, mais qui laissera sur leur faim les lecteurs avides de ce frisson scientifico-métaphysique que seule la SF sait parfois provoquer.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 23/9/2003
nooSFere


     Le temps a toujours fasciné la S-F, le plus souvent pour les paradoxes qu'il engendre, mais jamais une idée aussi séduisante que celle de Wilson n'avait encore été exploitée ni traitée avec un tel talent. Un monument de pierre apparaît à Chumphon, en Thaïlande, fait dans un matériau inconnu, inaltérable ; il commémore une victoire que gagnera un dénommé Kuin dans vingt ans. Le froid qui accompagne son apparition provoque une onde de choc thermique qui dévaste les alentours. Bientôt, les impressionnants obélisques se multiplient en Asie, tous à la gloire du même seigneur de la guerre. A qui sont destinés ces chronolithes et que signifient-ils ? Le supposé tyran asiatique partant à la conquête de la planète est-il d'ores et déjà assuré des victoires qu'il commémore ou bien cherche-t-il à impressionner d'éventuels opposants ? D'ores et déjà, le conflit se situe sur le plan de la communication, en annonçant comme inéluctable l'issue de batailles à venir.

     Scott Warden, qui a assisté à l'apparition du premier chronolithe et qui connaît de difficiles passages dans sa vie personnelle, est malgré lui une des pièces de cet échiquier temporel, une pièce recrutée par Sulamith Chopra, la physicienne la mieux placée pour étudier le phénomène grâce à ses travaux sur la turbulence Tau, au moment où l'onde de choc psychologique liée à l'apparition des chronolithes fait entrer le monde en récession. Les Etats-Unis procèdent à un surarmement préventif et se réservent les technologies sensibles tandis qu'un courant mystique de kuinistes, qui voient dans le leader du futur un messie salvateur, pousse les plus extrémistes à assister, au péril de leur vie, aux prochaines apparitions de chronolithes, qu'on a su prévoir grâce aux modifications de la radioactivité.

     Le roman met en évidence l'effet larsen des chronolithes amplifiant les événements du futur ainsi que la force persuasive de l'information sur les esprits. Plutôt que de narrer les épisodes géopolitiques susceptibles de favoriser cet avènement, Robert Charles Wilson choisit une narration plus intimiste, à partir du point de vue de Warden, dont les déboires affectifs et familiaux sont une métaphore de l'impact des chronolithes : à cause d'eux, il brise son ménage puis perd son emploi. Mais c'est grâce à eux également qu'il reconquiert l'affection de sa fille, ce qui laisse augurer d'un possible renversement de situation dans cette guerre temporelle idéologique. L'écriture est elle aussi parfaitement adaptée au sujet en choisissant de présenter les protagonistes placés dans des situations nouvelles, chronolithes dont on accepte l'augure, avant d'expliquer les événements qui les y ont conduits. Tout à la fois roman psychologique retraçant l'essentiel d'une vie, avec ses bonheurs et ses déboires, et spéculation orchestrée autour d'une brillante idée, Les Chronolithes est le roman le plus marquant et le plus intelligent de ces derniers mois.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2003
dans Bifrost 31
Mise en ligne le : 1/8/2004


     Voilà une idée originale. Dans un futur proche, d'énormes monuments apparaissent mystérieusement en Asie. Si le matériau dont ils sont constitués défie la science de l'époque, le plus étonnant est ce qu'ils commémorent : la victoire militaire d'un homme — ou d'une organisation — du nom de Kuin, victoire qui aura lieu... dans un peu plus de vingt ans. La presse leur donne rapidement le sobriquet de « chronolithes ». Scott Warden, nourri de paranormal dès sa plus jeune enfance, était aux premières loges lorsque le premier chronolithe est apparu. Pour lui, la passion du paranormal vire alors à l'obsession, et sa vie part en déliquescence jusqu'à ce qu'il rencontre son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, dont il intègre l'équipe, pour tenter de percer à jour le secret de Kuin et des chronolithes.

     Avec son idée de départ originale mais simple, et son récit narré à la première personne, Wilson prend un départ nerveux et accrocheur. Ses personnages, très attachants, prennent réellement vie grâce à leur profonde humanité, et aux tristes erreurs qu'ils commettent en prenant leur destin en main. Car l'on suit en parallèle la quête des chronolithes et l'histoire de la vie de Scott — ses échecs, son apathie occasionnelle, mais également sa passion, sa générosité. Pas de héros parfait dans Les Chronolithes ; juste une poignée d'êtres humains jetés dans la turbulence suscitée par ces monuments impossibles qui déchaînent les passions mondiales.

     Le lecteur est happé, et suit l'intrigue avec un intérêt toujours renouvelé. Mais les voyages temporels sont des sujets science-fictifs quelque peu périlleux — généralement, les écheveaux de paradoxes que les auteurs tissent sont démêlés par des procédés narratifs globalement similaires. Or, dans un récit teinté d'étrangetés temporelles, la conclusion importe tout particulièrement, car la tension accumulée et les impossibilités apparentes doivent trouver une résolution satisfaisante, sous peine de détruire totalement le fragile équilibre du roman. L'appréhension naît alors chez l'amateur averti de SF : comment l'auteur va-t-il conclure ce livre fort ?

     Apaisons d'emblée les craintes -.Wilson s'en tire bien. Sans révolutionner totalement le genre, il apporte quelques variations subtiles au thème, et ne commet pas l'erreur d'expliquer chaque détail de l'intrigue ; le lecteur aura donc plaisir à compléter la mosaïque, à l'aide des nombreux indices disséminés à travers le roman, et à se faire sa propre opinion quant à certains points restés volontairement dans l'ombre.

     Mais ce que l'on retient de ce roman, c'est avant tout son ambiance, son narrateur qui a vécu une période déterminante, une crise de l'Histoire, tout en essayant de vivre du mieux possible, de réparer ses erreurs de jeunesse, et de chercher le bonheur d'une vie simple et heureuse.

     Les Chronolithes est un livre habile, vivant, à la hauteur des attentes d'un amateur de SF éclairé, et qui enchantera littéralement les autres.

Lionel DAVOUST (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003
dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 27/11/2008


 
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