Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
La Saison de la sorcière

Roland C. WAGNER



Illustration de Grégoire HÉNON

J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6080)
Dépôt légal : septembre 2003
216 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-290-32741-7   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Une vague d'attentats tout aussi déroutants qu'inexplicables ébranle les symboles de puissance des nations les plus industrialisées. L'Europe est particulièrement touchée par cette nouvelle forme de terrorisme à nulle autre pareille, qui fait usage de forces surnaturelles mais épargne les vies humaines. Pour les États-Unis, puissance tutélaire et parangon impérial(iste) du monde occidental, la lutte contre les « sorciers du tiers monde » est une priorité absolue, voire une mission sacrée. Qui ne s'embarrasse d'aucune demi-mesure : recrutement à tour de bras de bataillons de mages soldats, invasion de la France et d'une partie de l'Europe sous prétexte de « protéger » le Vieux Continent... La tension internationale est à son comble. C'est dans ce contexte global de lutte acharnée contre les « forces du Mal » que Fric, jeune zonard français fraîchement sorti de prison, doit entamer sa réinsertion...

     A l'heure où la seconde guerre « préventive » d'Irak est encore dans toutes les mémoires, voici à n'en pas douter un roman de politique-fiction qui fera date ! La saison de la Sorcière est en effet une satire virulente et féroce d'une sombre acuité sur le monde de l'après-11 septembre 2001. Un monde où ne cesse de grandir le fossé entre les champions d'un ultralibéralisme sauvage, mondialiste et dérégulateur, et les laissés-pour-compte d'un tiers monde traditionaliste. Un livre choc qui, sous couvert d'un de ces récits déjantés et rock'n'roll dont seul Roland C. Wagner a le secret, est un cruel miroir tendu aux dérives de nos sociétés du troisième millénaire.

    Prix obtenus    
Rosny aîné, roman, 2004
Bob Morane, roman français, 2004
 
    Critiques    
     Tout commence le jour, ou plutôt la nuit, où un ptérodactyle géant vient arracher la Tour Eiffel de ses bases, et la fait disparaître. Suivent quelques attentats tout aussi sorciers, tout aussi emblématiques, et tout aussi respectueux des vies humaines. Il n'en faut pas plus pour lancer les USA sur le chemin de l'hégémonie mondiale, occupant pays après pays (et en particulier ces enquiquineurs de Français) pour assurer leur protection. Mais pour lutter contre des attentats commis à grand renfort de sorcellerie, il faut recruter, de force en règle générale, tout ce qui peut traîner comme magiciens ou enchanteurs...

     Le récit progresse selon deux fils ; d'un côté nous suivons Fric, fraîchement sorti de prison pour avoir été pris avec un joint, et ses copains banlieusards parisiens, bien plus paumés que lui. Promus sans l'avoir voulu au rang d'ennemis publics par les forces d'occupation, ils tomberont dans les bras d'une mystérieuse Enclave anarchiste et suréquipée en informatique, qui les protège sans leur révéler ses secrets. Jusqu'au moment où la situation devient critique. D'un autre côté, nous nous attachons à l'itinéraire d'une sorcière capturée par les forces américaines, la première à posséder des pouvoirs magiques incontestables. Nous la voyons à travers les yeux d'une successions de personnages souvent désignés par leur seul rôle (« Le Docteur », « L'Opérateur »), tandis que l'armée américaine transfère l'envoûteuse de camp en camp dans ses efforts pour la persuader de passer à son service, et de traquer l'origine des attentats magiques.

     Il faudrait faire une loi qui force Roland C. Wagner à changer de série tous les cinq romans au moins, histoire de lui faire créer de nouveaux univers. Comme il l'avait si bien réussi avec Poupée aux Yeux Morts ou Le Chant du Cosmos. Ici, il nous plonge dans un futur proche où l'irruption de la magie sur la scène mondiale n'empêche pas une logique proche de celle de la S-F de guider le récit (en revanche, la plupart de ses romans de S-F, et surtout ceux, nombreux, qui font intervenir la psychosphère, ont une intensité hallucinatoire qui ne peut se réduire à la conjecture rationnelle...). Futur proche, et futur relativement réaliste : les préoccupations de plus en plus politiques qui se font jour dans la série des Futurs Mystères de Paris (Tem) sont toujours celles de l'auteur, et la lutte contre les envahisseurs étatzuniens (ou « Tazus ») est aussi la lutte contre un capitalisme militarisé. L'aspect purement politique du livre n'est pas forcément son point fort, dans la mesure où il cite des fragments de discours de la gauche « mouvementiste » française, sans s'abstraire de faiblesses nationalistes inconscientes (la polarité tour Eiffel/invasion « tazu » me paraît le reflet fantasmé de ce sentiment de perte de leur empire sur le monde, sous-jacent à tant de lamentations des intellectuels parisiens).

     Mais Wagner est un maître de la politique de la rue, et la vie et les réactions de ses personnages banlieusards sont immédiatement convaincantes, immédiatement attachantes. Comme toujours, il démontre à l'envi son osmose avec le terroir banlieusard parisien, dont les goûts et les odeurs exsudent de la page. Parmi ses personnages américains, le « Sri » ou Butch sont des créations de haute volée, même si Wagner place dans la bouche de Butch une réflexion (critique) sur les services publics français qui, on l'imagine, ne viendrait pas à l'esprit du Tazu de base (aussi réac soit-il). Tous, pour adversaires qu'ils soient, sont vus de l'intérieur, avec leurs motivations, voire leurs doutes. Autre trait astucieux, Wagner ne s'embarrasse pas de description physique de ses personnages, et nous laisse découvrir au détour d'un dialogue, ou en fin de roman, qu'un tel ou un autre a des origines ethniques qui pourraient, dans notre monde actuel, charger de préjugés la perception que nous aurions de l'individu. Bien joué.

     Concentré et efficace, La Saison de la sorcière ne présente pas le foisonnement d'images et d'idées qui caractérise les romans les plus connus de Wagner ; il compense ce dépouillement par une efficacité totale de l'organisation de la narration. Comme des rockers connus pour leurs jams débridées qui auraient décidé de mettre tout leur punch dans un tube de trois minutes. Au fait, vous apprécierez la retenue dont Wagner fait preuve : pas une seule référence au rock'n'roll de tout le livre — avant les deux dernières pages !

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 9/1/2005


     Un jour, la Tour Eiffel est arrachée au sol de Paris par une gigantesque créature volante surgie tout droit de la préhistoire. Peu de temps après, la Tour de Londres fond, le château de Schönbrunn est transformé en palais de sucre candi et Pékin en partie détruit par des statues animées à l'effigie de Mao. On ne sait rien du pourquoi ni du comment de ces événements, mais pour les Etats-Unis, il s'agit bien d'attentats terroristes dus à des sorciers. Les U$A, voyant que les enquêtes des pays concernés n'avancent pas, décident d'intervenir. Ils « envahissent » donc les nations victimes, et créent une armée entièrement composée de magiciens. C'est dans ce monde troublé que Fric sort de prison...

     Roland C. Wagner oublie un temps ses Futurs Mystères de Paris pour nous livrer ce court roman (à peine deux cents pages) coup-de-poing. Bien évidemment, la chasse aux sorcières terroristes en rappelle une autre, réelle, qui commença au lendemain de l'attentat des tours du World Trade Center. Il s'agit ici pour l'auteur de dénoncer certaines dérives, comme l'impérialisme étazunien (selon la typographie utilisée par Wagner), tant économique que militaire. La « machine de guerre » américaine, une fois lancée, met au pas tout ce qui se trouve sur son passage, et continue de progresser, sans que quiconque puisse la contrôler au bout d'un certain temps. De telle sorte que l'on croise parfois des militaires qui prennent des décisions sans comprendre véritablement l'enjeu de cette guerre dont ils ne saisissent ni les tenants ni les aboutissants. On pourra trouver la charge un peu convenue — cette vision des États-Unis en tant que maître du monde autoproclamé est partagée par de nombreuses personnes, en France et ailleurs — et quelques détails un peu osés, comme l'existence cachée de l'Enclave (le réflexe communautaire est une constante dans l'oeuvre de l'auteur) et la MAO (Magie Assistée par Ordinateur). Mais qu'importe, car le roman est, comme toujours avec Wagner, mené à un rythme alerte, moins nonchalant ici que dans la saga de Temple Sacré de l'Aube Radieuse. On suit donc avec intérêt les aventures de ces jeunes rebelles, d'autant plus qu'ils sont attachants. Un roman à message, mais qui n'oublie pas de divertir le lecteur. Que demander de plus ?

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004 dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 11/11/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2007)


[Critique commune à la réédition en poche des romans La Saison de la sorcière et Le Chant du Cosmos]

     Roland C. Wagner est surtout connu pour sa série, Les futurs mystères de Paris (actuellement réédités chez L'Atalante). Mais ce serait vraiment dommage, voire criminel, de passer à côté de ses autres romans, d'autant plus qu'ils sont parfois bien meilleurs. Et après la parution récente du très turbulent — et très réussi — LGM (éd. du Bélial) ; en voici une nouvelle confirmation avec deux rééditions attendues : La saison de la sorcière et Le chant du cosmos.

     Dans La saison de la sorcière, Fric, un jeune homme condamné pour un délit mineur, sort enfin de prison. Mais c'est pour se retrouver plongé dans un monde en plein chaos : la Chine a envahi la Mongolie, l'Inde et le Mexique sont en proie aux émeutes. Quant à la France, elle est à nouveau occupée, mais cette fois par les Américains ! Ajoutez à tout ça une vague d'attentats incompréhensibles : la tour Eiffel kidnappée par un énorme volatile préhistorique, des statues géantes de Mao qui prennent vie, la tour de Londres qui fond, et un Godzilla très énervé qui détruit consciencieusement le port de Yokohama... Pour faire face à ces actes terroristes surnaturels, une commission internationale décide de recruter, de gré ou de force, tous les individus dotés de pouvoirs magiques. Le Pentagone s'agite. Et un commando de l'armée US capture une étrange sorcière aux dons exceptionnels. Pendant ce temps-là, en France, un mystérieux « Front de libération » apparaît...

     La saison de la sorcière est une fable politique survoltée. Un roman court, tendu, qui sous son — apparente — légèreté, brasse des thèmes d'une actualité criante (Terrorisme international, jeunesse des banlieues, interventionnisme Américain...). Mais c'est surtout une fiction nerveuse, intense, incroyablement inventive, et maîtrisée d'un bout à l'autre. Car ici, contrairement à ce qui lui arrive parfois dans Les futurs mystères de Paris, Wagner ne surcharge pas son récit inutilement. L'intrigue est riche en rebondissements, mais reste linéaire. Résultat : c'est original, sarcastique, d'une efficacité explosive. C'est du Wagner au mieux de sa forme. Et pour tout dire, La saison de la sorcière est un roman magnifique, qui possède un charme fou.



     Avec Le chant du cosmos [...] 1

Notes :

1. La partie de la chronique portant sur cet autre roman n'est pas reproduite ici. [note de nooSFere]

Xavier BRUCE
Première parution : 1/5/2007
dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 25/2/2009




 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 64896 livres, 63159 photos de couvertures, 59605 quatrièmes.
8086 critiques, 35552 intervenant·e·s, 1417 photographies, 3682 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.