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Obsidio

Johan HELIOT



Illustration de EIKASIA

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (41)
Dépôt légal : mars 2003
464 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 2-207-25326-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     C'est une petite ville de l'est de la France avec sa cité pourrie, son lycée technique, ses voyous qui traficotent et ses petits-bourgeois excédés. Mais voilà qu'un matin une fine cendre grise commence à tomber, comme si un volcan venait de se réveiller, et peu à peu la ville se dépeuple, les gens disparaissent comme s'ils n'avaient jamais existé. Parmi les survivants, un jeune punk et la jolie enseignante dont il est épris vont tenter de comprendre ce qui se passe, tenter de communiquer avec le monde extérieur. Ce qu'ils vont découvrir dépasse l'entendement : une puissance inconnue croît dans un petit parc à l'abandon surnommé « les friches », et cette puissance cherche ce qui lui manque le plus...

     Johan Heliot est l'auteur de La Lune seule le sait, Reconquérants et Pandémonium. Avec les trois longs récits d'Obsidio, il rend hommage à John Carpenter, David Cronenberg, et quitte, un temps, le cadre du roman steampunk qui lui a valu son succès pour s'approprier les zones floues du territoire européen, comme Stephen King s'est approprié l'Amérique de son enfance.

    Sommaire    
1 - Les Maux blancs, pages 7 à 191, Roman
2 - Retour aux sources, pages 193 à 228
3 - Obsidio, pages 229 à 458, Roman

    Prix obtenus    
Obsidio : Bob Morane, nouvelle / Short story, 2004
 
    Critiques    
     Mon Vénéré Boss veut une double critique de Johan Heliot. C'est tombé dans ma boîte à mail l'autre jour. Comme ça, paf ! ! Bon, j'ai traîné les pieds et beaucoup soupiré, mais c'est la coutume : « Your wish is my command », dont acte.
     J'ai traîné les pieds parce que du sire Heliot, jusqu'à présent, tout ce que l'on a lu de bien, c'est son premier roman, La Lune seule le sait. La sagesse voulait donc qu'on s'abstienne désormais de lire du Heliot tant qu'il s'acharnerait à écrire du steampunk.
     Changement de cap, puisque les deux livres dont il est question ici n'ont rien à voir avec le steampunk. Et c'est un soulagement. Bien sûr, cela ne constitue pas un gage de qualité.

     Gardons le meilleur pour la fin et commençons par Obsidio. Nous voici donc avec entre les mains un recueil de trois novellas d'assez bonne tenue. La première, « Les maux blancs », se ramène à la quête du père : un tueur à gage élève seul son fils. L'année de ses treize ans, un contrat tourne mal. Le père s'échappe, mais le gosse se fait arrêter. Du centre de détention pour mineur à la prison, l'enfant, devenu adulte, n'aura de cesse à sa sortie de retrouver son père, pour pouvoir enfin s'en libérer. « Retour aux sources », quant à elle, commence dans le monde de la cybernétique et de la vente de logiciels, pour finir par plonger au cœur de l'humanité dans ce qu'elle a de plus sauvage et de plus primitif, avant même qu'elle ne se sépare du reste du monde vivant pour former sa propre branche et entamer sa longue ascension à partir de l'homme de Cro-Magnon. Enfin « Obsidio », la nouvelle éponyme du livre, prend appui sur les habitants paumés d'une cité de banlieue à moitié morte pour raconter une guerre de toute éternité où s'affrontent des êtres fantastiques qui n'ont rien à voir avec le genre humain.
     Trois histoires, trois milieux totalement différents, avec cependant un fil rouge : la révolte, la tentative désespérée de maîtriser une vie qui s'emballe et vous échappe soudainement, pour finir par l'acceptation/soumission qui permet une renaissance. L'aspect fantastique de ces trois récits épouse une courbe ascendante : très discret dans la première novella, il incarne l'un des personnages principaux dans la dernière. Des trois, la première est sans doute la meilleure. Ecrite à la première personne, elle balance entre l'humour des Tontons Flingueurs et la froideur d'un John Woo période asiatique.

     Si Obsidio souffre de quelques longueurs, le point le plus négatif de ce recueil réside dans le message personnel que tente de faire passer l'auteur. Car Johan Heliot est un rebelle. Et il le fait savoir. Tout y passe : le RMI, les banlieues dortoirs, la bourgeoisie, les flics, la télé... Tout est bon pour brandir son petit poing serré de rage. Une véritable galerie de clichés, des images d'Epinal pré-formatées et recrachées à l'emporte-pièce, de façon tellement naïve et maladroite que ce n'en est même pas touchant. Des phrases toutes faites, un discours mille fois rebattu, et on obtient une bouillie mal digérée qui colle vaguement la nausée. Heliot ne possède ni le recul, ni la réflexion, ni la touche d'humour ou encore la véritable hargne qui transforment les mots en missiles qui vont droit au cœur de la cible. Un discours démago pour de vrais maux. Sur une nouvelle, c'est mignon, c'est touchant. Sur 460 pages, ça devient fatiguant.

     Virage à 180 degrés et salto arrière rattrapé avec les dents pour Faërie Hackers. [...] 1

     Que ce soit dans Obsidio ou dans Faërie Hackers, Johan Heliot fait montre d'une inventivité exceptionnelle ; ses personnages à caractère fantastique sont impressionnants. De ce point de vue, la novella « Obsidio » est forte et puissante. Reste que les terres arides de l'interrogation existentielle et de l'étude des mœurs humaines ne sont pas pour lui. Mais dès lors qu'il parcourt les territoires de la Faërie, Heliot se révèle un guide sûr et merveilleux à qui il manque peu de chose pour devenir un écrivain magique.

     A surveiller de près.

Note :

1. La partie de la chronique traitant de ce livre n'a pas été reproduite ici. La consulter sur la fiche du livre en question. [Note de nooSFere]


Sandrine GRENIER
Première parution : 1/7/2003 dans Bifrost 31
Mise en ligne le : 1/8/2004


     Deux courts romans et une nouvelle composent ce recueil très différent de la veine steampunk qui a fait la réputation de Johan Heliot. Le premier texte, Les Maux blancs est un polar qui glisse insensiblement vers l'horreur, le second, Retour aux sources, est un récit de science-fiction, le troisième, Obsidio, s'apparente au fantastique pur.
     La fièvre obsidionale, que le Larousse définit comme une « psychose collective qui frapperait la population d'une ville assiégée », est à l'œuvre dans ces trois récits. La mémoire de l'Holocauste entretenue par les rescapés façonne, dans Les Maux blancs, un individu en Némésis. Mais le fils, étranger à cette vengeance, devient un vulgaire tueur à gages, que la quête du passé, imposée par les circonstances, pousse à rejeter cet héritage. Après un début riche en scènes d'action, dans la grande tradition des polars, le récit s'enlise : les épisodes situés dans une clinique de l'horreur sont aussi peu crédibles que le discours du narrateur qui, malgré l'emploi de mots d'argots, s'exprime de façon trop surannée pour un roman noir.
     Plus intéressant est Retour aux sources, récit paranoïaque présentant un cadre supérieur en proie à des hallucinations, où des humanoïdes à tête de sanglier lui offrent la possibilité de rejoindre leur univers. Classique dans sa forme, le récit est particulièrement bien maîtrisé.
     Obsidio voit une cité de banlieue devenir la proie de phénomènes aussi déroutants que violents. Alors qu'une pluie de cendres et un froid polaire s'abattent sur la cité, et que les moyens de communication cessent de fonctionner, les protagonistes du récit, quelques jeunes délinquants et deux îlotiers à peine reconvertis, un jeune punk en révolte et une séduisante enseignante, un médecin peu fréquentable et sa maîtresse camée, etc. deviennent les spectateurs ou les victimes d'un monde subitement frappé de folie meurtrière. Le recensement, particulièrement convaincant, des maux de nos cités que fait Heliot, constitue le ferment de cette psychose collective qui se répand comme un cancer. Les terreurs ataviques, la peur, la trahison, la convoitise, la sauvagerie, favorisent le retour de créatures cauchemardesques. Ici, le style est en adéquation avec le récit et quelques faiblesses vers la fin ne font pas oublier des scènes dignes des meilleurs récits fantastiques.
     Ces trois récits, dont la rédaction est antérieure aux romans déjà parus de Johan Heliot, sont à ranger parmi les péchés de jeunesse : encore entachés de défauts, ils n'en permettent pas moins de déceler une originalité et une diversité de thèmes qui ne se limitent pas au steampunk, une voix et une écriture dont le talent va s'affermissant.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2003 dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007


 

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