Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Maître du Haut Château

Philip K. DICK

Titre original : The Man in the High Castle, 1962
Traduction de Jacques PARSONS
Illustration de Oliviero BERNI
J'AI LU, coll. 40ème anniversaire n° 567
Dépôt légal : février 1998
320 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-290-10567-8
Genre : Science Fiction 


Autres éditions
   in Substance rêve, FRANCE LOISIRS, 2000
   J'AI LU, 1974, 1981, 1985, 1987, 1989, 2002, 2007, 2009, 2012, 2013, 2016, 2017
   in Substance rêve, OMNIBUS, 2000
   in Substance rêve, 2002
   in Docteur Bloodmoney / Le Maître du Haut Château, OPTA, 1970
   in Substance rêve, PRESSES DE LA CITÉ, 1993
Couverture

    Quatrième de couverture    
     En 1947 les Alliés capitulent devant les forces de l'Axe. Pendant que Hitler impose la tyrannie nazie à l'est des États-Unis, l'Ouest est attribué aux Japonnais. Quelques années plus tard, la vie reprend son cours dans la zone occupée par les Nippons. Ils apportent avec eux l'usage du Yi-King, le livre des transformations, célèbre oracle chinois. Pourtant, dans cette nouvelle civilisation, une rumeur étrange circule. Un homme vivant dans un Haut Château, un écrivain de science-fiction, a écrit un ouvrage qui raconte la victoire des Alliés en 1945...


    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1963

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Jean Gattegno : Que sais-je ? (liste parue en 1983)
Jacques Goimard & Claude Aziza : Encyclopédie de poche de la SF (liste parue en 1986)
Denis Guiot & Jean-Pierre Andrevon & George W. Barlow : Le Monde de la science-fiction (liste parue en 1987)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Denis Guiot, Stéphane Nicot & Alain Laurie : Dictionnaire de la science-fiction (liste parue en 1998)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Science-fiction (liste parue en 2002)
François Rouiller : 100 mots pour voyager en science-fiction (liste parue en 2006)
 
    Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...)   
The man in the high castle , 2015, Frank Spotnitz (série)
 
    Critiques    
     « Lorsqu'on referme un roman de Dick, les quelques secondes d'hébétude qui s'ensuivent sont encore de Dick », pourrait-on dire, en paraphrasant un poncif célèbre. Et jamais ça n'a été plus vrai que pour ce Maître du Haut-Château, qui dispute à Ubik le titre de chef-d'œuvre absolu de l'auteur dans le cœur de ses admirateurs. Écrit en 1961, alors que Dick sort d'une grave dépression causée par la dégradation de son couple et le refus systématique des éditeurs de publier ses romans de littérature générale, ce roman coup de poing sera son premier gros succès commercial, couronné par le prix Hugo en 1963.

     L'idée de départ du roman semble tenir en une phrase : les puissances de l'Axe ont gagné la deuxième guerre mondiale, et occupent les États-Unis (les Japonais à l'ouest, les nazis à l'est). Cet axiome pourrait donc naturellement rattacher le roman au concept d'uchronie, mais il va en réalité bien au-delà. Il ne s'agit pas pour Dick d'imaginer simplement le monde tel qu'il aurait été si... Dick, tel qu'en lui-même, préfère brosser les humbles, les faibles qui subissent le système. Les passages où il disserte ponctuellement sur la géopolitique de l'ordre nouveau font figure d'exposés scolaires où l'auteur démontre (avec un soupçon de pédantisme laborieux) l'étendue de ses connaissances sur les rouages des dictatures de la première moitié du siècle. Car Le Maître du Haut-Château touche à des thèmes très personnels à l'auteur. Ses biographes ont maintes fois souligné le traumatisme enduré par le jeune Dick à la vue d'un soldat japonais brûlé vif, pendant les actualités cinématographiques, alors que l'ensemble de la salle s'esclaffait bruyamment. Deux ans plus tard, c'est à nouveau au sujet des Japonais qu'il s'opposera de manière violente et définitive à son père, en prenant ouvertement parti contre la bombe d'Hiroshima. Dick ne s'est en outre jamais caché d'une certaine curiosité mêlée de répulsion à l'égard du IIIème Reich, et d'une certaine tendresse vis-à-vis des Japonais.

     L'action du roman se déroule sur la côte pacifique, sous une férule nippone sensiblement plus souple que celle des nazis. Les orientaux ont apporté avec eux le Yi-King, ouvrage de divination chinois, auquel occupés et occupants se réfèrent souvent pour résoudre leurs problèmes importants. Dans ce monde dominé, un auteur, Hawthorne Abendsen, reclus dans un château fortifié, a pourtant écrit un récit audacieux, « La Sauterelle pèse lourd », où il raconte comment les Alliés ont défait nazis et japonais et remporté la guerre... en suivant alternativement plusieurs personnages dont les destins s'entrecroisent (Robert Childan, vendeur d'antiquités folkloriques américaines ; Tagomi, un fonctionnaire japonais ; Frank Frink, un artisan juif qui se lance dans la joaillerie d'art ; et Juliana, l'ex-femme de ce dernier partie à la rencontre d'Abendsen après avoir lu son livre), Dick va amener le lecteur à se poser une unique question : en quoi notre monde est-il plus réel et vraisemblable que celui du roman, et que celui du roman dans le roman, « La Sauterelle pèse lourd » ? Cette réflexion s'appuie sur l'utilisation judicieuse et visionnaire des philosophies orientales, qui préfigure leur popularisation durant une décennie qui se nourrira jusqu'à l'excès de Yi-King et autres Livre des morts tibétain.

     On peut supposer avec un brin d'amertume que ce récit a triomphé en son temps grâce à son premier degré (uchronie intelligente, avec une touche de patriotisme qui n'a pas dû être sans flatter le lectorat américain). Il ne s'intègre pourtant pas moins à l'œuvre de Dick et annonce sans aucun doute ses réflexions sur la réalité et ses leurres (notamment Le Dieu venu du Centaure et Ubik). Cependant, ces thèmes sont explorés ici d'une façon plus allusive que dans ses romans à venir, et il sera demandé au lecteur un effort de réflexion supplémentaire, subtilement dickien : percer les apparences et mettre à jour une vérité déconcertante, que l'on n'est d'ailleurs pas sûr de jamais comprendre.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/5/2000 dans Bifrost 18
Mise en ligne le : 7/10/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Nouveaux Millénaires (2012)


     Trente années après sa mort, 2012 s'annonce comme l'année Philip K. Dick dans nos contrées, si l'on en croit l'argumentaire des éditions J'ai Lu... Pas moins de quatre omnibus regroupant ses romans de 1953 à 1969, quatre romans entièrement retraduits, un inédit (Gather yourselves together) et la fameuse exégèse de Dick, publiée par Jonathan Lethem, paraîtront entre 2012 et 2013. Une opération qui déteindra en littérature générale avec la réédition en poche des romans hors genre de l'auteur. Bref, si vous n'aimiez pas Dick, vous risquez de détester cette année, à moins que, succombant aux sirènes de la curiosité, vous ne tentiez un second essai.

     En prélude à ce débarquement massif dans les librairies, J'ai Lu propose la réédition de Le Maître du Haut Château, seul prix Hugo de l'auteur. Un ouvrage pourvu d'une nouvelle traduction, d'une postface de Laurent Queyssi, avec en supplément les deux premiers chapitres de sa suite inachevée. De quoi réconcilier le lectorat avec ce roman que d'aucuns jugeaient ennuyeux, mais apparaissant ici métamorphosé par le travail de Michelle Charrier. Est-il utile de résumer l'intrigue d'un des romans les plus mémorables de Dick ? Peut-être...

     Adonc, les Etats-Unis ont perdu la Seconde Guerre mondiale en 1948. Près de vingt ans plus tard, l'Allemagne occupe toujours la partie Est du pays, le Japon la côte Ouest, les Etats des Rocheuses servant de zone tampon entre les anciens alliés de l'Axe. Poursuivant leur politique d'expansion, les nazis ont étendu leur Lebensraum à l'Afrique, exterminant la population noire au passage, et asséchant la Méditerranée. Ils ont lancé leurs fusées dans l'espace à la conquête de la Lune, de Vénus et de Mars, volant pour ainsi dire de succès en succès. Pendant ce temps, le Japon a déployé sa sphère de coprospérité sur les populations soumises à son autorité, exportant un mode d'occupation plus « doux », en accord avec les préceptes du Tao et du livre des mutations, le Yi King.

     A l'instar d'Autant en emporte le temps de Ward Moore, une des sources d'inspiration de Dick, un livre vient remettre en cause la réalité de ce monde alternatif. Véritable best-seller, Le Poids de la sauterelle de Hawthorne Abendsen suscite des réactions contrastées. Interdit dans les territoires contrôlés par le IIIe Reich, on peut néanmoins l'acheter librement dans les Etats-Pacifiques d'Amérique. Si on ne sait pas grand-chose de son auteur — il vit reclus au fin fond du Wyoming — , le livre interpelle toutefois les autorités allemandes et quelques-uns des protagonistes du roman. L'occasion pour Philip K. Dick de nous brosser le portrait d'une poignée de petites gens. Avec leurs qualités et leurs faiblesses : Tagomi, le fonctionnaire japonais, Rudolf Wegener, l'agent de l'Abwehr, Frank Frink, le juif traqué, son ex-épouse abusée par un espion nazi, et Robert Childan, le vendeur d'antiquités folkloriques américaines, tous nous offrent leur point de vue sur ce monde, à la fois semblable et différent du nôtre, où chaque Weltanschauung influe de manière directe ou indirecte sur celle des autres, les précipitant vers une révélation de nature intime. Ces portraits empreints d'une profonde empathie contrastent avec la description du totalitarisme nazi, un sujet sur lequel l'auteur s'est documenté avec une fascination inquiète. Face à ce monde psychotique où les fous ont le pouvoir et où les hommes se comportent comme des robots dépourvus d'âme, les Etats-Pacifiques d'Amérique apparaissent comme un havre de paix. Une utopie fragile, menacée par les nazis mais également par sa fausseté hypothétique.

     Ainsi, l'auteur imagine-t-il une nouvelle fois un univers contaminé par l'incertitude, l'uchronie servant de prétexte pour interroger la réalité. Le doute sur la réalité du monde reste l'un des thèmes majeurs de l'œuvre dickienne. Dans Le Maître du Haut Château, il confine à la mise en abîme, car si la réalité du Poids de la sauterelle n'est pas moins fictive que celle où vivent les personnages du Maître du Haut Château, l'authenticité et l'historicité de notre propre monde ne sont-elles pas aussi sujettes à caution ? Et que penser de la vision de Tagomi ? Bref, Dick se joue du lecteur autant que le Yi king se joue de tout le monde.

     Etape essentielle dans la carrière de Philip K. Dick, ce roman méritait cette nouvelle traduction. Remercions les éditions J'ai Lu de lui fournir un écrin à la hauteur de sa réputation. C'est le moins que l'on pouvait faire pour un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle. Assertion non négociable.

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2012
dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 19/6/2013


 

 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.
Vie privée et cookies