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Les Sphères de cristal

David BRIN


Traduction de Laurence LE MAIRE
Illustration de Afif KHALED

IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES , coll. Visions Futures n° (5)
Dépôt légal : avril 2003
320 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 2-84727-018-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Auteur de romans ambitieux, David Brin « brille encore davantage dans ses nouvelles » souligne Gregory Benford dans sa préface en ajoutant : « Les histoires de ce recueil décrivent toute la gamme des genres, de l'humour à la spéculation en passant par le suspense ». On ne sera donc pas étonné d'y trouver des rencontres du troisième type (Les Sphères de cristal et Les Dipneustes), des réalités virtuelles (La Pierre de pondération) ou une uchronie angoissante (Thor contre Captain America)...
     Choisies par David Brin pour les lecteurs francophones, les neufs nouvelles (sans oublier l'essai Que dire à un ovni, d'où l'humour n'est pas absent) qui composent Les Sphères de cristal offrent une véritable « leçon de science-fiction » mais... Chhuut !

     Né aux Etats-Unis en 1950, David Brin est l'un des maîtres de la hard science humaniste et du space opera inventif. La rigueur du scientifique (il est astrophysicien) sert avec bonheur l'imagination débridée de l'écrivain, doté de surcroît d'un véritable sens de l'épopée. Les Sphères de cristal (nouvelle qui donne son titre au recueil) a obtenu en 1985 le prix Hugo du meilleur récit de l'année. David Brin a par ailleurs également reçu deux prix Hugo et un prix Nebula en catégorie roman.

    Sommaire    
1 - Gregory BENFORD, Préface, pages 11 à 15, Préface, trad. Laurence LE MAIRE
2 - Les Sphères de cristal (The Crystal Spheres), pages 17 à 46, trad. Laurence LE MAIRE
3 - Chhuut... (Sshhh...), pages 47 à 61, trad. Laurence LE MAIRE
4 - Ces yeux-là (Those Eyes), pages 63 à 81, trad. Laurence LE MAIRE
5 - Que dire à un OVNI (What to Say to an UFO), pages 83 à 88, Essai, trad. Laurence LE MAIRE
6 - Thor contre Captain America (Thor Meets Captain America), pages 89 à 130, trad. Laurence LE MAIRE
7 - Feu rouge (An Ever-Reddening Glow), pages 131 à 138, trad. Laurence LE MAIRE
8 - L'Épidémie de générosité (The Giving Plague), pages 139 à 169, trad. Laurence LE MAIRE
9 - Troisième et sixième sens (Senses Three and Six), pages 171 à 215, trad. Laurence LE MAIRE
10 - Les Dipneustes (Lungfish), pages 217 à 265, trad. Laurence LE MAIRE
11 - Les Pierres de pondération (Stones of Significance), pages 267 à 310, trad. Laurence LE MAIRE

    Prix obtenus    
Les Pierres de pondération : Analog (prix des lecteurs), novelette, 2001
Les Sphères de cristal : Analog (prix des lecteurs), nouvelle / Short story, 1985, Hugo, nouvelle / Short story, 1985
Thor contre Captain America : Locus, novelette, 1987
 
    Critiques    
     Alors que les romans de David Brin sont bien connus du public français, peu de ses nouvelles ont été traduites. Voilà une lacune comblée par la publication de ce recueil de neuf récits, tous inédits à l'exception de Thor contre Captain America, et auxquels s'ajoute un court essai.

     Ces dix textes se révèlent immédiatement de lecture très plaisante. Ils reflètent la vision qu'a David Brin de la science-fiction, qu'il considère surtout comme un bon moyen d'explorer certaines théories scientifiques, des plus raisonnables aux plus farfelues, en passant par les inavouables : « Certaines hypothèses, cependant, sont trop bizarres pour figurer même dans les articles scientifiques spéculatifs. Le thème profond des 'Sphères de cristal' relève de cette catégorie d'idées. Je n'ai pas osé l'insérer dans mon prochain ouvrage théorique sur le SETI, mais j'ai effectivement pensé qu'il pourrait faire une bonne histoire. »
     La lecture enrichissante de son essai et des diverses postfaces qui prolongent les nouvelles, montre comment Brin est obsédé par certaines questions, notamment celle de l'apparente vacuité de notre ciel : « Tous les témoignages et la logique sembleraient vouloir que le cosmos regorge d'êtres vivants qui, selon les calculs de nombreux esprits brillants, devraient déjà être venus ici depuis longtemps. [...] Je trouve que ce dilemme est l'un des plus profonds qui soient. »
     Et de fait, ce thème de la solitude cosmique revient dans pas moins de quatre nouvelles —  Les Sphères de cristal, Ces yeux-là, Troisième et sixième sens, Les Dipneustes — où diverses explications sont proposées : l'isolement des systèmes solaires dans des enveloppes protectrices, le refus d'y croire comme on refuse désormais de croire aux elfes, la mise en quarantaine et, plus effrayante encore, une guerre spatiale mécanique et sournoise qui rend hommage aussi bien aux berserkers de Saberhagen qu'aux mécas de Benford...
     Une autre nouvelle traite encore de premier contact (Chhuut...) tandis que les textes restants parlent de thèmes scientifiques plus divers comme la pollution créée par le voyage spatial (Feu rouge), la possible ambiguïté des infections virales (L'Epidémie de générosité) ou la perception du réel et le « techno-transcendantalisme » (Les Pierres de pondération). Seule l'uchronie fantastique Thor contre Captain America délaisse les sciences dures et nous offre l'étonnante vision d'un monde où les nazis victorieux partent conquérir l'Amérique avec le soutien des anciens dieux nordiques.

     Brin met donc la fiction au service d'une hard science qui se préoccupe surtout du devenir de l'humanité et de sa place dans l'univers. Ses écrits, classiques dans leur forme comme dans leur propos, témoignent de l'humanisme, de l'humour et de la modestie de l'auteur, qui cherche avant tout à mettre en scène de bonnes idées de façon attrayante. Sur le plan narratif, on peut parfois trouver l'intrigue un peu pauvre, manquant d'intensité dramatique, comme s'il ne s'agissait que d'une excuse qui permettrait à l'auteur d'illustrer avec simplicité la question philosophique soulevée par tel constat scientifique ou telle hypothèse science-fictive.
     De même, son style est simple, sans recherche particulière, pêchant même par des redondances, notamment dans des nouvelles comme Les Sphères de cristal ou Les Dipneustes où le discours philosophique se répète parfois inutilement — ce qui n'en diminue pas l'intérêt et l'originalité du propos, récompensés pour Les Sphères de cristal par le Prix Hugo en 1985. C'est finalement dans son texte le moins scientifique, Thor contre Captain America, que Brin fait preuve d'un talent littéraire plus affirmé.

     Bref, David Brin est sans doute plus intéressé par le fond et les idées que par la forme ou la dramatisation, et cela explique sans doute qu'aucun de ces textes ne puisse vraiment prétendre au statut de chef-d'œuvre. Ses nouvelles sont cependant toutes d'un très bon niveau et plus que dignes d'intérêt. Elles séduiront sans difficultés les amateurs de ses romans, ou donneront envie de lire ces derniers.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 23/9/2003 nooSFere


     Si la majorité des romans de David Brin a été publiée en France, ses nouvelles, en revanche, n'ont que rarement été traduites — moins d'une dizaine, ici ou là, en presque vingt ans. Sans être excessivement prolifique dans le domaine, il en a pourtant signé une bonne quarantaine, regroupées dans trois recueils (le dernier paru aux Etats-Unis en début d'année).

     Les Sphères de cristal nous proposent de découvrir neuf nouvelles (dont seulement deux ont déjà été publiées précédemment dans notre pays), sélectionnées et commentées par l'auteur lui-même. Extrêmement diverses par la taille, le ton et la qualité, on remarque néanmoins après-coup qu'une bonne moitié du recueil est consacrée à la même interrogation : sommes-nous seuls dans l'univers ? La nouvelle donnant son titre au livre offre une explication empreinte d'une certaine poésie au fait qu'aucune race extraterrestre ne nous ait jamais rendu visite. Brin situe l'action dans un futur lointain, où c'est au tour de l'homme de jouer aux explorateurs cosmiques et de découvrir sa place dans l'univers. Autre très bon texte, quoique nettement plus pessimiste, « Les Dipneustes » conte la découverte par une expédition terrestre d'artefacts étrangers dans la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter, laissant à penser que nous n'avons pas toujours été seuls dans ce coin de l'univers. Dans ces deux nouvelles, David Brin parvient, tout en gardant sa rigueur scientifique habituelle, à nous émerveiller par ses extrapolations.

     Dans deux autres textes, l'auteur s'intéresse aux rencontres du troisième type sur un ton nettement plus humoristique. « Chhuut... » décrit l'arrivée sur Terre d'une race aussi avancée que bienveillante, et offre un moyen astucieux aux humains de ne pas se sentir écrasés par tant de perfection. « Ces Yeux-là », tout en réfutant point par point les thèses défendues par les ufologues, s'amuse à mettre en scène une poignée d'E.T. farceurs. Le court article qui suit cette nouvelle, « Que dire à un ovni », ne fait que paraphraser le texte qui le précède. Dans un registre plus sérieux, « Troisième et sixième sens » s'intéresse également à un alien, coincé bien contre son gré sur Terre. Long, verbeux, c'est probablement le moins bon texte du recueil.

     Encore un texte humoristique : « Feu rouge », amusante fable écologique dans laquelle il est question d'expansion de l'univers, de motards cosmiques et de respect de l'environnement...

     « Thor contre Captain America » est l'autre grosse déception de ce recueil. Il s'agit d'une uchronie dans laquelle l'Allemagne est sur le point de gagner la Deuxième Guerre Mondiale, grâce à l'intervention des dieux nordiques, Odin et Thor en tête. Malgré un point de départ amusant, ce récit souffre d'une intrigue banale et devient carrément détestable lorsqu'il aborde la question des camps d'extermination.

     En revanche, « L'Epidémie de générosité » est un fort bon texte, décrivant dans le détail le modus operandi d'un virus d'un genre nouveau. Nouvelle d'autant plus réussie que son narrateur est un personnage cynique et sans scrupules, ce qui renforce encore l'idée développée ici par Brin.

     Le recueil se termine par le texte le plus récent de cette sélection, « Les Pierres de pondération », décrivant un futur assez fascinant où cohabitent humains modifiés, intelligences artificielles et personnes simulées, et s'interrogeant sur l'égalité des droits de tout ce beau monde. Une excellente conclusion pour un recueil qui, malgré quelques faiblesses, demeure d'un fort bon niveau.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/10/2003 dans Bifrost 32
Mise en ligne le : 9/1/2005


     Descartes aurait-il aimé la science-fiction ? En tout cas, il aurait pu extraire du recueil de nouvelles de David Brin quelques variantes intéressantes de sa célèbre formule : « je raconte, donc je suis » (Les Pierres de pondération, où l'identité du narrateur vous réserve un bel effet de boomerang final) ; « ils pensent, donc je ne suis pas » (Ces yeux-là, où « je » est un extraterrestre découragé par le rationalisme des humains, qui lui est mortel) ; voire, à la lettre, « je t'emmerde, donc tu n'es pas » (Thor contre Captain America, où l'on apprendra l'arme décisive, d'usage fort simple et à la portée de tous, à utiliser contre tout persécuteur féroce, même uchroniquement nazi et obscurément nécromancien). Ces trois nouvelles forment, avec Chuuut et Troisième et sixième sens, le groupe le plus dickien du recueil : leur cœur narratif et conceptuel réside dans les jeux de cache-cache entre le réel et le virtuel, comme le résume Brin lui-même en commentaire : « Attention ! Peut-être pensez-vous seulement savoir ce que vous savez. »
     Car les neuf (ô correcteur des éditions ISF, ce mot est invariable... Quel impair en quatrième de couverture !) nouvelles de Brin n'ont pas seulement été choisies rien que pour nous, lecteurs francophones ; elles sont aussi spécialement commentées par l'auteur ! Et qui bouderait cette visite guidée de sa « boîte à idées » par un auteur capable d'imaginer l'entraide de milliers de races galactiques (Élévation), de somptueux space operas (Marée stellaire), ou encore un roman de sociologie-fiction féministe (La Jeune Fille et les clones) ? Cette richesse se retrouve dans le recueil : hard science ironique dans Feu rouge, qui retourne joliment les théories astrophysiques sur elles-mêmes ; plaidoyer vibrant dans L'Epidémie de générosité, qui fait la nique aux grandes peurs épidémiologiques contemporaines. Enfin, les nouvelles qui encadrent le recueil (Les Sphères de cristal et Les Dipneustes) déploient deux superbes méditations sur le rêve spatial et l'ambition enthousiaste, utopique, démesurée du S.E.T.I. : deux histoires mélancoliques et passionnées, comme deux échos complémentaires à la belle formule de l'astrophysicien : « Quand je regarde le ciel étoilé, je me dis parfois que nous ne sommes pas seuls dans l'univers, et parfois je me dis le contraire ; dans les deux cas, cette pensée me donne le vertige. »

Irène LANGLET
Première parution : 1/6/2003 dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007


 
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