Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
La Ratte

Günter GRASS

Titre original : Die Rättin
Traduction de Jean AMSLER
Illustration de Günter GRASS

SEUIL (Paris, France), coll. Points n° P710
Dépôt légal : octobre 1999
Roman, 444 pages, catégorie / prix : 12
ISBN : 2-02-040279-3



Quatrième de couverture
     Ce roman, dont l'action se situe dans les années 80, traite de la double menace de la prolifération du nucléaire et de la destruction de l'environnement. L'auteur y mêle humour et faconde au fil de plusieurs récits s'interpénétrant.
     Un personnage est au coeur de cette trame romanesque : une ratte — ou femelle du rat — , apparue en rêve au narrateur, qui raconte comment l'humanité suicidaire, sachant qu'elle court à sa perte mais espérant un miracle in extremis, ne semble rien faire de sérieux pour éviter une catastrophe. Dans les ruines de Dantzig, le narrateur et les rats qui l'entourent survivront-ils au cataclysme ?
     En bref, quand Günter Grass se pique de nous relater la « fin de l'humain », il réinvente la fable jusqu'aux dimensions de l'épopée.

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition SEUIL, Cadre vert (1988)

     Sanglé dans sa cabine spatiale, le dernier survivant monologue sans fin avec « la Ratte dont je rêve ». Sur la fin des espèces et la survie d'autres, sur la fin de l'Homme et de la survie des Rats qui lui succéderont, sur la vanité qui n'est que vanité, etc. Mais a-t-elle bien eu lieu, en fin de compte, cette fin du monde ? Voire... Tout n'est sans doute qu'une rêverie sous le crâne d'un farceur épris de moralisme, d'un romancier sans sujet qui s'est décidé à piocher dans le plus stéréotypé des contes, et qui fait de la prose en le sachant mais de la SF sans le savoir. Sans le savoir ? Hum... Et « bof, dit la Ratte. Ces histoires d'escargots volants, d'araignées subaquatiques et de mouches vivipares ne tenaient pas debout. C'est seulement histoire de t'amuser, parce que tu aimes les craques, que nous avons imaginé ce genre de bestiaux affreux et de monstres déviants. » (p.316). Quant à cet autre ingrédient rattique, ou ratteux, la navigation de l'Ilsebill et de son équipage exclusivement féminin, à la recherche de la ville mythique de Vineta, c'est pareillement un archétype de robinsonnerie, d'arche, jeté dans le courant. Et pareil pour les autres personnages, saisis, abandonnés, retrouvés et reperdus (avec leur destin minuscule, et le flou artistique qui les accompagne). Et pareil pour les contes qui reviennent périodiquement sur le tas, ces charmants contes germaniques, où Hoffman n'est convoqué (avec le concours du Chancelier fédéral, s'il vous plaît !) que pour être aussitôt moqué, évacué, détourné, avec l'aval de l'écologie : « Le jeune garçon de tout à l'heure, en toute logique, vide sur la princesse endormie sommeillant désormais dans la forêt morte une autre corne d'abondance : immondices, doses de poison, ferraille. Comme si l'envie lui prenait de symboliser les gaz d'échappement automobile, il pète à la face qui soudain se fronce de la princesse : tant il y a de plomb dans le vent du môme. » (p :51).
     Cette (peut-être trop longue) citation est très caractéristique du livre dans son entier (440 pages vigoureusement tassées) : on y goûte l'humour pince-sans-rire (où le traducteur semble s'en être donné à coeur joie), on y lape la verve iconoclaste, on s'y embrouille aussi quelque peu, et surtout on bute sur trop de redites et d'enfonce-toi bien ça dans la tête... Déjà sur deux phrases ! Alors sur 440 pages... C'est là le gros défaut du dernier Grass : dépourvu de structure narrative, dépourvu de personnage porteur, il godille, il prend eau. C'est trop long, quoi. Pour ce genre d'amuse-gueule, de pamphlet qui ne se prend pas au sérieux, la moitié aurait suffi, largement. Certes on ne s'ennuie pas ; mais parfois l'envie vous prend de lire en diagonales... quitte à s'arrêter sur des choses succulentes : la der des der imaginaire, le déclenchement du plan « Paix sur le Monde » (un plan à la folamour) est dû au fait que les rats, infiltrés dans les bunkers militaires, ont semé leur fiente sur les délicats composants électroniques. Et boum ! « Gros rires des militaires. Tout est Kapoutt ! Ils se tapent sur l'épaule » (p. 407)
     Mais au fait, cet humour-là, et la façon de nous le servir, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Bon sang mais c'est bien sûr : Kurt Vonnegut soi-même ! Bizarre, bizarre... Le gauchiste allemand connaît-il l'œuvre de l'anar américain ? Si non, la rencontre méritait d'être signalée. Si oui, hum... Günter Grass frôle alors le plagiat. Qu'il a loupé sur un point : Vonnegut écrit des romans courts (afin, a-t-il dit un jour, que les militaires puissent le lire). Günter Grass, qui arrive sur le terrain avec deux décennies de retard sur son confrère, aurait dû suivre cette sagesse : non seulement les militaires (éventuels) eussent été contents de le lire jusqu'au bout, mais les civils y auraient pris un plaisir plus léger.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/1/1988
dans Fiction 393
Mise en ligne le : 3/12/2002

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 75211 livres, 84208 photos de couvertures, 70928 quatrièmes.
8543 critiques, 41142 intervenant·e·s, 1578 photographies, 3741 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.