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Toi l'immortel

Roger ZELAZNY

Titre original : This Immortal
Traduction de Mimi PERRIN
DENOËL, coll. Présence du futur n° 167
2ème trimestre 1973
224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Eh bien voilà, c'est terminé : après la catastrophe atomique des Trois Jours, la Terre est devenue une sorte de musée.
     Les touristes extra-terrestres viennent de très loin pour le visiter, et c'est Nomikos, un personnage mystérieux, qui a pour charge de restaurer ces ruines d'un fabuleux passé.
     Mais voici qu'un Végan à la peau bleue s'intéresse de trop près à la Terre mutilée. Que cherche-t-il ? Que prépare-t-il ? Et que deviendra notre triste planète qui espérait pouvoir renaître avec l'aide des dieux ?


    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1966

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    Critiques    
     Ce roman est déjà connu des lecteurs réguliers de Fiction, puisqu'il a paru l'an dernier dans la revue (numéros 227 et 228) sous le titre Le voyage infernal. Ecrit en 1965, c'est le premier de Zelazny, et il remporta l'année suivante le Hugo du meilleur roman de science-fiction. C'est une œuvre qui ne manque pas de défauts (trame un peu lâche et sans homogénéité), mais où se manifestent déjà de façon évidente les qualités narratives du Zelazny que nous connaissons.


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973 dans Fiction 236
Mise en ligne le : 3/12/2002


 
     Au commencement de ce récit — bien avant le début de la narration proprement dite — il y a eu la Guerre des Trois Jours, un conflit atomique qui faucha la plus grande partie des humains vivant sur Terre. Mais des colonies existaient alors sur Mars et sur Titan, et leurs habitants mirent bientôt au point des astronefs intersidéraux. Ils estimaient que la Terre, en tant que patrie et centre de l'humanité, avait fait son temps. Voyageant vers d'autres systèmes solaires, ils rencontrèrent une autre race intelligente, née sur une planète gravitant autour de Véga. Parvenant à s'entendre avec ses représentants, ils constituent une sorte de gouvernement terrestre de l'exil, et se proposent de vendre des parcelles de la Terre aux Végans...
     Cela n'est cependant point du goût des Terriens restés sur leur planète natale — descendants de ceux ayant survécu au conflit — qui souhaitent conserver le contrôle de leur monde et refusent absolument de partager ce contrôle avec des extraterrestres, fussent-ils amicaux. Lorsque des Végans établissent des stations résidentielles sur notre planète, ce mouvement de résistance se manifeste en la personne de l'énigmatique Constantin Karaghiosis qui bombarde ces stations et anéantit la Société qui vend des lotissements aux Végans. Depuis lors, un arrangement tacite intervient entre les Terriens restés sur leur planète et les descendants des émigrés : plus de ventes de lotissements aux Végans, plus d'attaques contre la Société. Et cet équilibre instable s'est déjà maintenu pendant une cinquantaine d'années lorsque commence le récit. Le narrateur montre très vite sa sympathie envers la cause de la Rénovation de la Terre par les Terriens, et son mécontentement devant l'aide purement symbolique qu'apportent les émigrés sous forme d'assistance pour la conservation de l'héritage culturel de la race.
     Tel est le décor devant lequel se déroule ce roman. Il s'agit en fait d'un développement de And call me Conrad (dont une traduction intitulée Le voyage infernal parut en novembre et décembre 1972 dans Fiction), récit qui valut à Roger Zelazny — ex aequo avec Frank Herbert pour Dune — le prix Hugo pour le meilleur roman de science-fiction de l'année 1966.
     Le protagoniste-narrateur de Toi l'immortel — celui qui, dans le titre du récit original, demande qu'on l'appelle Conrad — est un de ces étranges personnages, à la fois puissants et complexés, que Zelazny a mis au centre de ses premiers récits. Comme ses frères de Une rose pour l'Ecclésiaste et Les portes de son visage, les lampes de sa bouche, Conrad Nomikos désire au fond se prouver à lui-même qu'il est quelqu'un. En réalité, et ainsi que le lecteur l'apprend progressivement, il diffère suffisamment des autres pour réaliser que tel est effectivement le cas. Mais il tient à le démontrer à ceux qui l'entourent, et il entreprend cette démonstration en se lançant dans un périple qui est à la fois une quête initiatique et une succession d'épreuves. Il descend d'Hercule et de Jason, et ce n'est pas par hasard que Zelazny en a fait un Grec (ainsi que le montre le quatrième mot du roman, l'auteur possède d'ailleurs des connaissances assez précises en matière de croyances populaires helléniques, en plus d'une culture mythologique dans laquelle il puise avec mesure). Ce voyage et cette démonstration de Nomikos forment la substance du récit : le premier est présenté selon une structure séquentielle, la seconde fournit le prétexte de révélations au lecteur, lequel découvre ainsi petit à petit que Nomikos n'est pas simplement ce dont il a l'air.
     Nomikos est en fait un mutant, il a déjà vécu plusieurs siècles lorsque commence le récit. Il occupe le poste officiel de Commissaire aux Arts, Monuments et Archives du Bureau terrestre et, en cette qualité, il doit piloter un Végan qui désire visiter ce qu'il y a encore à visiter sur la Terre. Tout comme Nomikos lui-même, le Végan pourrait bien ne pas être exactement ce qu'il laisse apparaître, et les autres membres du groupe cachent sans doute également une partie de leur jeu. Tout cela engendre évidemment des tensions et des coups de théâtre à travers lesquels Roger Zelazny fait valoir son métier. Toi l'immortel se lit sans engendrer un instant d'ennui, et il est parfaitement possible de savourer ce roman sans s'arrêter aux symboles qu'il contient.
     L'immortalité de Nomikos représente celle de l'humanité qui refuse de croire uniquement à son passé, et le parti de la Rénovation traduit la confiance que Zelazny conserve à l'avenir de notre espèce. De ce fait, le voyage de Nomikos, qui pourrait être une simple tournée de ruines sinistres ou mélancoliques, déborde d'une vitalité enflammée où apparaissent — pour être finalement vaincus — le grotesque et la noirceur. La Terre dont hériteront Nomikos et ceux qui partagent sa foi est un monde encore menaçant et énigmatique, mais c'est un monde dont la reconstruction possible justifie l'existence et la survie. A cet égard, le roman de Zelazny est animé du plus positif des optimismes, et il semble bien que son auteur y croit véritablement (contrairement à son univers des Royaumes d'ombre et de lumière, qui paraît d'ailleurs avoir été conçu avec une intention caricaturale).
     C'est donc là, au total, un excellent roman, qui a en outre bénéficié d'une excellente traduction, par Mimi Perrin. Celle-ci aime la science-fiction et possède une solide connaissance de la langue anglaise : deux qualités qu'on souhaiterait voir se combiner plus souvent chez ceux qui préparent les versions françaises des livres de science-fiction anglo-saxonne.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/10/1973 dans Fiction 238
Mise en ligne le : 23/7/2017

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2005)


     En cette année 1966, le public de la Convention mondiale de Cleveland attribua le prix Hugo au premier volet d'une saga promise à une popularité que peu d'amateurs de science-fiction ignorent : Dune. Mais ce qu'on aura peut-être oublié, c'est que le palmarès de 1966 distingua deux lauréats ex æquo. Frank Herbert devait en effet partager ses lauriers avec Roger Zelazny, auteur d'un premier roman 1 intitulé Toi l'immortel.

     Dans le futur qui sert de décor à cette histoire, la Terre a subi les conséquences d'un cataclysme nucléaire de soixante-douze heures (les Trois Jours) qui a ravagé sa surface et exterminé une bonne partie de sa population. De nombreux survivants ont émigré sur les planètes administrées par la civilisation végane (des extraterrestres humanoïdes à la peau bleue). Pour ceux qui sont restés sur Terre, les répercussions de la catastrophe ont parfois été inattendues : leur espérance de vie s'est démesurément allongée. Conrad Nomikos vit paisiblement sur une petite île des Cyclades, où il joue le rôle de conservateur d'un musée planétaire à l'échelle de cette Terre dévastée, dépeuplée, et riche en dangers (faune monstrueuse, catastrophes naturelles, tribus fanatiques...). C'est la raison pour laquelle il est choisi pour servir de cicérone à un important intellectuel végan, Cort Myshtigo, qui souhaite visiter la Terre pour se documenter en vue d'un livre sur l'histoire humaine. C'est le début d'une odyssée que Nomikos imaginait certes périlleuse, mais pas à ce point...

     Roman singulier, Toi l'immortel est un mélange un peu déroutant de mythologie et de quête post-apocalyptique. Pourtant, il tient plutôt correctement la route... Riche de nombreuses références à la culture antique, le récit emprunte notamment beaucoup à la mythologie grecque. Si l'on définit le héros antique comme celui qui sauve une cité et/ou défie les dieux (Œdipe délivre Thèbes du Sphinx, Thésée se charge du Minotaure, Persée de Méduse, et Héraklès d'une tripotée d'autres affreuses bestioles ; Prométhée dérobe le feu aux dieux, Sisyphe se joue de Zeus et d'Hadès...), alors Nomikos en est un : comme tout demi-dieu qui se respecte, il possède des caractères divins (une probable immortalité, une grande habileté aux armes et un courage à toute épreuve), et la cité qu'il parviendra le cas échéant à sauver, ce pourrait bien être la Terre...


     Avec toutes ses qualités, Toi l'immortel reste cependant le roman d'un jeune écrivain, et n'est pas exempt d'imperfections : il fait souvent la part trop belle à l'action spectaculaire, parfois au détriment de l'arrière-plan ou de la psychologie, et son dénouement un peu facile peut laisser à désirer sur quelques points. Bien sûr, ce n'est probablement pas le meilleur Hugo de l'histoire, ni même le meilleur opus de son auteur. Les fanatiques de Dune pourront se demander quelle mouche avait piqué les participants de la WorldCon pour qu'ils plébiscitent ce roman au même titre que celui de Herbert... Mais Toi l'immortel n'en demeure pas moins un texte qu'on lit avec intérêt car c'est l'œuvre d'un auteur habile et volontiers érudit. Une réédition bienvenue, donc, qui fournit un bon prétexte à la (re)découverte de Zelazny.

Notes :

1. Si l'on excepte Le maître des rêves, publié en magazine en 1964

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 20/1/2005
nooSFere


Edition GALLIMARD, Folio SF (2005)


     « Ne remarquez-vous pas une convergence du mythe et de la réalité sur cette planète d'où toute vie est en voie de disparition ? » (p. 152)

     Après une catastrophe atomique qui a rendu les continents terrestres inhabitables, les hommes se sont exilés sur les planètes véganes. Mais certains sont demeurés sur quelques îles épargnées où ils veillent sur le patrimoine terrestre, tout en gardant l'espoir — sans doute vain — d'un Grand Retour.

     Haut-commissaire aux Arts, Monuments et Archives de la Terre, Nomikos est chargé, contre son gré, de faire visiter cette Terre-musée à un végan nommé Myshtigo. Celui-ci est-il bien, comme il le prétend, un écrivain en quête de documentation ? Ne serait-il pas plutôt un promoteur décidé à faire main basse sur les territoires terriens ? Ou bien sa mission est-elle plus secrète ? Quoi qu'il en soit, quelqu'un cherche à le tuer et Nomikos doit le protéger en attendant de percer son secret...

     De prime abord, ce premier roman de Zelazny pourrait passer pour un récit d'aventure relativement anecdotique. Mais dès la première phrase — « Tu es un kallikanzaros » — l'auteur dévoile sa volonté de mettre en scène la mythologie grecque sur cette Terre agonisante. Ainsi on attribue à Nomikos plusieurs vies, sous divers noms. On le dit âgé de plusieurs siècles, sans doute immortel. Sa force colossale lui permet de combattre à mains nues de fantastiques créatures, tandis que sa laideur grotesque jette le doute sur son ascendance humaine. Il a pour compagnon le dernier chien de la Terre, lequel, bardé de plaques blindées, semble tout droit sorti des Enfers. Bref, Nomikos est un Héros, qui marche sur les traces des Argonautes.

     Autour de lui, des mutations ont fait surgir des vampires-araignées, des « boadiles », des satyres, voire des centaures, des chevaux-ailés, des golems et jusqu'au Monstre Noir de Thessalie. S'imposent ainsi « les Longs Cycles, l'ère des bêtes étranges et aussi celle des héros et demi-dieux renaissant à nouveau. » (p. 159)

     En effet, « lorsque l'humanité est sortie des ténèbres elle a ramené une profusion de légendes, de mythes et de souvenirs de créatures fantastiques. Nous sommes en train de replonger dans le gouffre de ces mêmes ténèbres. La force de vie s'affaiblit et vacille, et il s'opère un retour vers ces formes premières qui, depuis très longtemps, n'étaient plus que les vagues souvenirs communs d'une race... » (p. 152-153)

     Pour autant, le réveil de ces « formes premières » n'oriente pas le récit vers la fantasy. Les mutations sont supposées consécutives à l'irradiation, voire à l'intervention de savants fous comme le docteur Moreby, qui fait autant référence au docteur Moreau de Wells qu'au Kurtz de Conrad dans Au coeur des ténèbres — autre retour aux ténèbres... Du reste, un grand nombre de références émaillent cet ouvrage, témoignant de la fine érudition de l'auteur qui, avec naturel et sans aucun pédantisme, convie ça et là Carlyle, Byron, Yeats ou Shelley.

     Il n'est pas anodin de signaler qu'en 1966 Toi l'immortel a reçu le prix Hugo, ex-aequo avec... Dune ! On s'étonnera peut-être que ce récit insolite, auquel on peut sans doute reprocher quelques faiblesses narratives, ait tenu bon face au chef-d'œuvre de Frank Herbert. Néanmoins, les votants ne s'y sont pas trompés, qui ont su reconnaître dans cette mythologie-fiction un livre hors norme et les prémices d'une œuvre importante. Introduction idéale aux univers de Zelazny, Toi l'immortel garde aujourd'hui encore une profondeur et une originalité certaines.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/3/2005
dans Galaxies 36
Mise en ligne le : 16/1/2009


Edition GALLIMARD, Folio SF (2009)


     « La catastrophe atomique des Trois Jours n'a pas seulement détruit à peu près toute trace des civilisations continentales ; elle a également provoqué l'exode de la plupart des Terriens survivants sur les planètes de la Confédération végane, et considérablement augmenté l'espérance de vie de quelques hommes. Conrad Nomikos est l'un d'entre eux. Nul ne sait son âge, pas même son amie Cassandre avec qui il vit sur une île grecque miraculeusement préservée du cataclysme. Nomikos est aussi le conservateur des ruines de la Terre ; à ce titre, il va servir de guide à Cort Myshtigo, un Végan venu visiter les décombres de la planète sous le prétexte d'une étude historique. » Extrait du quatrième de couverture, un résumé parfait pour comprendre le décor de ce roman, mélange de mythologie grecque, d'hommage à Joseph Conrad et de récit d'aventure post-cataclysmique.

     La première chose qui frappe au sujet de ce premier roman de Zelazny, paru la même année que la version en volume du Maître des rêves, c'est qu'il est loin d'être convaincant sur le strict plan narratif : les cent premières pages pédalent un tantinet dans la semoule et la suite souffre d'une surabondance de scènes d'action qui se précipitent vers une fin décevante. Le tout est par conséquent bancal et il est légitime de se demander pourquoi Toi L'immortel a eu le prix Hugo 1966, ex-aequo avec Dune. Sans doute le lectorat américain a-t-il été séduit par l'ampleur des personnages mis en scène et le mélange de mythologie grecque et de S-F (présent aussi dans Dune avec les Atrides/Atréides). A bien y réfléchir, Toi l'immortel est le brouillon traversé de fulgurances, la bande-annonce de tout le pendant mythologique de l'œuvre de Zelazny — ensemble de romans et de nouvelles dont le sommet est sans doute aucun Seigneur de lumière. On retrouve dans ce premier roman un des thèmes phares de Zelazny : la surhumanité, à savoir cette humanité poussée au-delà d'elle-même, vers l'infini et le divin. Outre ce thème fétiche, Toi l'immortel nous parle de colonialisme, d'altérité et de racisme, avec un manque de pincettes tout à fait réjouissant.

     « Introduction idéale aux univers de Zelazny, Toi l'immortel garde aujourd'hui encore une profondeur et une originalité certaines. » Voilà ce qu'écrivait Pascal Patoz en 2005 dans la défunte revue Galaxies. On se permettra toutefois de ne pas être d'accord avec la première assertion, car, faible sur le plan narratif, Toi l'immortel n'est pas un des premiers Zelazny à lire (on lui préférera Les Neuf princes d'Ambre, L'Enfant de nulle part ou Le Maître des ombres pour découvrir le corpus zelaznien, et on réservera plutôt les aventures de Conrad Nomikos à des lecteurs motivés à même d'extraire des diamants de la boue des origines).

     On achèvera cette recension sur un regret : la traduction proposée par Folio « SF » est toujours celle de Mimi Perrin datant de 1973, un « travail de jeunesse » que ladite Mimi Perrin, aujourd'hui traductrice de John Le Carré, avait souhaité « réviser » gracieusement, souhait qui n'a pas été exaucé en 2004 à l'occasion de la réédition du titre (pour info, une édition définitive de Toi l'immortel est dans les tuyaux chez Denoël, éditeur historique du titre).

Thomas DAY
Première parution : 1/7/2009
dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 3/11/2010


 

 
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