Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Identification    
    Fiche livre    

Dédales virtuels

Jean-Jacques GIRARDOT

Science Fiction  - Illustration de Michaël VIARD
IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES, coll. Visions Futures n° (4), dépôt légal : novembre 2002
296 pages, catégorie / prix : 15 €, ISBN : 2-84727-012-4
Couverture

    Quatrième de couverture    
     A quand le PIN (Personal Identification Number), gravé de manière indélébile dans le cerveau ?
     Que pèse une vie humaine lorsqu'on maîtrise l'art de redisposer les atomes ?
     Que vaut l'élan amoureux lorsque la chimie ou l'informatique offrent des simulations impossibles à distinguer de la réalité ? (Simon et Lucie, une romance, L'Instant d'éternité...)
     Comment reconnaître l'Autre, l'alien, lorsqu'on ne parvient même pas à discerner la nature de son prochain ? (Voyageurs, Gris et amer)
     Que faire lorsqu'on vous dit que vous n'êtes qu'un simulacre ? (L'Humain visible, Le Jeu de la création)
     Des questions fondamentales, dans la grande tradition dickienne...
     Dix variations sur l'Autre et le Virtuel. Dix chocs littéraires pour un recueil qui fera date.

     Jean-Jacques Girardot est né en 1949, à Lyon. Ingénieur civil des Mines, docteur en informatique, docteur d'Etat en mathématiques, il est aujourd'hui chercheur et enseignant à l'Ecole des Mines de Saint-Etienne.
     Lauréat du Prix Alain Dorémieux 2001, Girardot écrit comme il vit : l'émotion à fleur de peau. Attaché à définir l'humain, il nous rappelle que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme. »


    Sommaire    
1 - Claire BELMAS & Robert BELMAS, Préface, pages 11 à 14, Préface
2 - Voyageurs, pages 15 à 41
3 - L'Éternité, moins la vie, pages 43 à 64
4 - Sur le seuil, pages 65 à 74
5 - Gris et amer 1 : Les Visiteurs de l'éclipse, pages 75 à 99
6 - Gris et amer 2 : L'Adieu aux étoiles, pages 101 à 131
7 - L'Humain visible, pages 133 à 158
8 - L'Instant d'éternité, pages 159 à 183
9 - Simon et Lucie, une romance, pages 185 à 202
10 - Le Mouton sur le penchant de la colline, pages 203 à 246
11 - Le Jeu de la Création, pages 247 à 276
12 - Postface, pages 277 à 289, Postface
13 - Remerciements, pages 291 à 291, Notes
14 - Sources, pages 293 à 293, Notes

    Prix obtenus    
Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 2004
Prix obtenus par des textes au sommaire :
Gris et amer 1 : Les Visiteurs de l'éclipse : Rosny aîné, nouvelle / Short story, 2003
 
    Critiques    
     Après Claire et Robert Belmas, Jean-Jacques Girardot fut le deuxième lauréat du Prix Alain Dorémieux en 2001, un prix très original puisqu'il est décerné « par anticipation » pour distinguer un des meilleurs espoirs de la SF francophone en la personne d'un nouvelliste n'ayant jamais publié de recueil ni de roman.
     Pour être « achevé », ce prix doit se concrétiser un an plus tard par la publication d'un premier recueil. C'est désormais chose faite pour le Dorémieux 2001 dont le résultat tangible, Dédales virtuels, est composé de dix nouvelles, dont quatre seulement sont inédites.

     Girardot est un auteur de science-fiction au sens le plus classique du terme : ses récits sont situés dans un futur très proche — voire un quasi présent — où nanotechnologies, intelligences artificielles, copies numériques de l'humain, simulacres virtuels et premiers contacts extraterrestres interrogent l'homme sur ce qui définit l'humanité et l'altérité. Bref, ils relèvent de l'anticipation mâtinée de hard science, mais surtout ils illustrent — comme le soulignent les Belmas dans la préface de cet ouvrage — « ce que, seule parmi toutes les littératures, la SF peut susciter chez le lecteur : ce vertige de l'esprit confronté aux grandes interrogations sur les perspectives ouvertes dans un futur proche par la science et la technologie modernes. »
     Au contraire d'un auteur comme Greg Egan, dont il partage pourtant la plupart des thématiques, la hard science de Girardot débouche plus sur l'humanisme que sur la métaphysique. L'originalité de Girardot est qu'il s'agit d'un humanisme « élargi » qui ne s'attache pas seulement à l'être humain « actuel » tel que nous le connaissons mais qui englobe toutes les évolutions à venir, que l'être futur soit « un humain, un humain modifié ou reprogrammé, une copie ou une intelligence artificielle, voire un extraterrestre, tous présentés comme des incarnations différentes, distinctes mais au fond similaires et peut-être interchangeable, de la notion de conscience. » (p.281)
     Cette approche fait de Girardot un auteur foncièrement optimiste, car pour lui chaque situation est un nouveau départ, même lorsqu'il s'agit de la fin dramatique de l'humanité — comme le montre le second texte du diptyque Gris et amer, où une situation proche de celle qu'affronte le protagoniste du roman Je suis une légende de Matheson s'achève d'une manière présentée comme positive.
     Pour l'auteur lui-même, « l'unité profonde des textes présentés dans ce recueil est de tenter de saisir l'instant de basculement, celui où le personnage (...) fait une découverte, arrive au bout de son labyrinthe, et prend une décision qui va l 'amener à plus d'autonomie, c'est-à-dire à un grandissement, un accomplissement. » (p.281) Ainsi, en ces temps d'inquiétude face à l'avenir et aux nouvelles technologies, Girardot conçoit l'évolution en termes de grandissement et d'ouverture, il accueille l'Autre de demain avec sérénité, qu'il s'agisse de formes extraterrestres si différentes qu'elles sont à peine concevables pour notre esprit, d'une personnalité virtuelle dont les avocats devront défendre les droits civiques au même titre que pour un être de chair ou d'une des quelconques formes sous lesquelles pourra se présenter la « conscience » future.
     Comme pour prouver à ceux qui l'ignorent encore que la science-fiction est l'une des formes modernes de la philosophie, Girardot précise ce concept d' « autonomie » qui sous-tend ses récits : « La démarche vers l'autonomie, nous dit la philosophie, conduit à quatre questions qu'il convient d'aborder dans l'ordre : est-ce que je peux m'aimer ? Qui suis-je ? Est-ce que je peux vivre avec les autres ? Quel est le sens de ce que je fais ? » Pour illustrer ces interrogations, Girardot nous invite le plus souvent dans des décors banals, dans l'intimité de personnages tout à fait ordinaires dont il brosse avec finesse un portrait sensible. Le « basculement » souvent insidieux qui les amène alors à reconsidérer leur réalité les pousse aussi à répondre « oui » au moins à la première et à la troisième de ces questions. Quand au sens de ce que nous faisons, il est manifestement là quelque part, à portée de main, peut-être accessible lors d'une prochaine étape...

     Les mots « science » et « philosophie » peuvent sans doute faire craindre des textes austères. Rien de tel pourtant dans ce recueil. Comme l'ajoutent les Belmas, les personnages de Girardot « sont aussi des nostalgiques, des sensibles et de grands sentimentaux, d'où un contraste surprenant, dans certains textes, entre la rigueur scientifique et un doux parfum de romance. » L'équilibre entre l'émotion et la réflexion est respecté et, en fin de compte, seuls les amateurs de violence seront peut-être en manque, car celle-ci ne semble pas faire partie des univers de Girardot. Ce détail, ajouté à l'optimisme déjà souligné, fait que le lecteur se sent plus confiant en l'avenir au sortir de ce recueil qui, comme l'année précédente, est pleinement à la hauteur de son prix !

     Note :
     L'internaute désireux d'en savoir plus pourra lire la nouvelle Gris et amer 1 : Les Visiteurs de l'éclipse, disponible sur le site de l'auteur (dont les Pages Françaises de Science-Fiction) où elle est suivie d'une longue analyse de l'écriture de cette nouvelle. D'autres textes sur l'écriture en science-fiction sont également disponibles.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/1/2003
nooSFere


     Lauréat du prix Dorémieux en 2001, Jean-Jacques Girardot voit donc publié son premier recueil de nouvelles, qui comprend, outre des textes parus dans Galaxies, Etoiles Vives et les anthologies du Fleuve Noir, trois inédits.

     Comme l'indiquent dans leur préface Claire et Robert Belmas, précédents lauréats, Jean-Jacques Girardot écrit de la vraie S-F, c'est-à-dire qu'il suscite « ce vertige de l'esprit confronté aux grandes interrogations sur les perspectives ouvertes dans un futur proche par la science et la technologie modernes ». L'exercice est si bien maîtrisé que le lecteur est conquis : des voyageurs traversent les longues étendues de l'espace sous forme de copies numériques (« Voyageurs ») évoluant dans des univers virtuels (« Le Jeu de la création »). Ces existences numériques sont au centre de plusieurs nouvelles, l'auteur multipliant les approches pour mieux cerner la problématique liée à ces existences virtuelles. Peut-on considérer comme une personne réelle un esprit transféré sur un support numérique ? Telle est la question au centre de « L'Eternité, moins la vie ». La réponse s'impose de façon inattendue, avec une évidence d'autant plus élégante que l'intime conviction se passe, cette fois, de raisonnements carrés et de démonstrations pesantes. Le narrateur aux pulsions suicidaires qui se trouve « Sur le seuil », prêt à définitivement mettre un terme à son existence, doute quant à lui que la survie numérique ait encore un sens puisqu'il ne sera plus jamais celui qui a attenté à ses jours. En revanche, peut-on autoriser des simulations d'accidents, de chirurgie, de torture, sous prétexte que la copie numérisée d'un esprit ne souffre pas réellement (« L'Humain visible ») ?
     Les miracles de la nanotechnologie brouillent davantage les cartes : quand il sera possible de reproduire la biologie des passions, les sociétés ne se priveront pas de vendre des histoires d'amour à la carte (« Simon et Lucie, une romance ») et des individus peu scrupuleux de reconfigurer à leur goût l'esprit de leur partenaire (« Le Mouton sur le penchant de la colline »). A-t-on le droit d'enregistrer le souvenir d'une journée parfaite à l'insu de celle qui partage avec vous ces instants magiques (« L'Instant d'éternité ») ? C'est d'autant plus risqué que, dans le cas d'une configuration biologique, les virus envahissent le cerveau. Nul n'aurait imaginé que l'invasion extraterrestre se manifesterait sous forme de virus reconfigurant l'ADN ; mais s'agit-il bien d'invasion ou d'une promesse d'étoiles (« Gris et amer 1 : Les Visiteurs de l'éclipse » et « Gris et amer 2 : L'Adieu aux étoiles ») ?

     Ces futurs vertigineux mettent en scène des personnages riches et sensibles, qui ne sont pas les simples faire-valoir d'une idée science-fictive ; ils en acquièrent d'autant plus de présence et d'humanité. L'écriture, d'une concision feutrée, agrémentée d'un humour discret et de remarques annexes qui soulignent l'acuité du regard de l'auteur, sert à merveille le propos. Les commentaires en postface montrent bien que Girardot n'écrit pas à la légère. Nous proposera-t-il un jour un roman ?

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/2003
dans Bifrost 29
Mise en ligne le : 20/2/2004


     Jean-Jacques Girardot est revenu à l'écriture de science-fiction ces dernières années, après une première incursion dans le genre à la fin des années 70. Ce recueil, son premier, mêle des textes parus dans des revues et anthologies avec un bon tiers d'inédits. Sous son incarnation actuelle, Girardot est peut-être le seul auteur français (je tiens Trudel pour Canadien) à pratiquer la hard science. Plus précisément sous les auspices de l'informatique, et de suffisamment de biologie et de nanotechnologie pour permettre l'épineuse copie intégrale d'une personnalité humaine ; la situation revient dans presque tous les textes du recueil, donnée de départ ou découverte d'abîmes. On rencontre bien quelques extra-terrestres, mais, à part dans ce remake de Je suis une légende qu'est la deuxième partie de Gris et amer, ils utilisent la simulation informatique de la conscience avec le même enthousiasme que les humains. Autant dire que l'on va s'obséder sur les doubles, et sur la nature de l'identité.

     Les premiers dilemmes sont très simples : une personnalité reconstituée à partir d'un homme qui n'avait jamais accepté de son vivant les copies informatiques (Sur le seuil) ; une scientifique atteinte d'une maladie incurable, survivant uniquement comme copie informatique et voulant faire reconnaître ses droits (L'Éternité, moins la vie). Girardot aime les intrigues mélodramatiques, qui font pleurer dans les vaisseaux spatiaux ; en cela, il se rapprocherait moins de Greg Egan (la référence incontournable) que de John Varley. Mais sans l'audace sentimentale et la virtuosité dans les intrigues de l'auteur américain.

     Les audaces de Girardot sont autres. Un point de vue politique plus mordant, face à une société où tout devient factice, et où les êtres vivants eux-mêmes, sans être stockés sur disque dur, finissent par être traités comme des machines (l'admirable Le Mouton sur le penchant de la colline). Une compassion pour des protagonistes qui vivent dans la détresse sentimentale : Thomas dans L'Humain visible, Jean-Pierre dans Gris et amer 1 (quel démon du calembour scabreux a-t-il d'ailleurs pu pousser Girardot à poursuivre la numérotation de ce titre ?), et surtout Lucie et Simon dans la nouvelle éponyme. La commercialisation d'un amour programmé est bien l'ultime insulte que la société puisse infliger au sentiment.

     Aboutissement ultime, l'idée se profile qu'on ne peut distinguer la conscience de sa simulation, de ses aspects extérieurs (cf. L'Humain visible). Dans sa post-face, peut-être trop généreusement analytique, Girardot confesse son adhésion à un culte entretenu par des enregistrements : ceux des Beatles. Son livre laisse planer le doute sur la différence fondamentale entre notre moi et les traces enregistrées qui en subsistent. Pour sa logique, et pour ses passions, il faut le lire.


Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002
dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.