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Queen City Jazz

Kathleen Ann GOONAN

Titre original : Queen City Jazz, 1994
Cycle : Quatuor Nanotech vol. 1

Traduction de Lionel DAVOUST
Illustration de Philippe CAZA
IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES n° (9)
Dépôt légal : octobre 2002
640 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 2-84727-011-6
Genre : Science Fiction 
La suite de cette série (et notamment "Mississippi Blues", le deuxième tome), annoncée chez ISF, n'a jamais paru du fait de la faillite de l'éditeur.


Couverture

    Quatrième de couverture    
     L'Amérique est dévastée, ses populations décimées. L'informatique n'est plus qu'un souvenir et la radio s'est irrémédiablement tue. Désormais en ruines, les Cités utopiques, basées sur une nanotechnologie omniprésente, s'atrophient et s'isolent. Cincinnati, ville enjôleuse, aussi maléfique que merveilleuse... Cincinnati, Cité Vitalisée, où la communication s'effectue par voie biologique, sur le modèle de la pollinisation. Vérity s'y rend pour trouver de l'aide. Car sa vie a basculé lorsqu'une peste nanotechnologique a contaminé certains membres de sa paisible communauté... Le parcours initiatique d'une jeune héroïne dans un univers unique, terrifiant mais viscéralement attirant. Une vision bouleversante et radicalement nouvelle de la science-fiction.

     Née en 1952 à Cincinnati, Kathleen Ann Goonan a débuté dans les grandes revues anglo-saxonnes comme Asimov's science fiction magazine ou Interzone. Ses cinq romans (quatre se situent dans le même univers) ont été unanimement salués par la critique américaine. Ecrivain à l'imaginaire flamboyant et visionnaire, styliste d'exception, Kathleen Goonan est l'une des grandes révélations de la science-fiction américaine d'aujourd'hui.

 
    Critiques    
     Véritable baguette magique du futur, la nanotechnologie a permis de remplacer de nombreux matériaux et de façonner des merveilles, de modifier la physiologie de l'homme et d'améliorer les performances de son cerveau... Mais elle a été employée sans être tout à fait au point : une peste nanotechnologique s'est répandue, décimant une population devenue totalement dépendante des nanomachines depuis que les ondes erratiques d'un quasar ont perturbé les transmissions radio à tel point qu'il a fallu « transformer le corps humain lui-même pour qu'il puisse recevoir des messages ».
     Dans cette Amérique post-apocalyptique, Verity vit au sein d'une petite communauté de « Shakers », une secte qui — comme son homologue du XVIIIème siècle — refuse toute technologie mais aussi les relations sexuelles et la reproduction... Contrairement à ses compagnons, la jeune femme ressent une attirance vers les cités-fleurs, ces villes animées par la « vitalisation » et qui semblent continuer à « vivre », même privées de leurs habitants.
     Son voyage à Cincinnati sera un véritable passage de l'autre côté du miroir, au milieu des « fleurs » de la cité et des abeilles qui participent à un curieux « écosystème » basé sur les phéromones. Cincinnati, une ville qui bat au rythme du jazz, hantée par les « fantômes » de Billie Holliday et de Scott Joplin, mais aussi d'Ernest Hemingway et de Jack Kerouac...

     Seules quelques nouvelles de Kathleen Ann Goonan étaient jusqu'ici disponibles en France — dans la revue Galaxies dont le numéro 26 de septembre 2002 contient justement un dossier consacré à cet auteur, concocté par Lionel Davoust, le traducteur de Queen City Jazz. Ce premier roman, publié pour la première fois en 1994, est d'emblée très ambitieux. Premier tome d'une tétralogie consacrée aux nanotechnologies, il développe une thématique particulièrement riche où fourmillent de nombreuses idées à la fois passionnantes et originales, mises en scène dans un étrange parcours initiatique à l'atmosphère insolite.
     Pourtant, le plaisir de lecture n'est pas souvent au rendez-vous. Tout d'abord, la narration manque singulièrement de fluidité. Peut-être est-ce voulu par l'auteur, en hommage au phrasés complexes du jazz et à ses subtiles improvisations ? Nous pourrons dans ce cas apprécier la différence dans le deuxième volume, intitulé Mississipi blues, que l'éditeur ISF promet de publier prochainement. Est-ce aussi l'explication de ces nombreuses redondances qui ralentissent la progression de l'intrigue, faisant paraître inutilement long ce roman de plus de 600 pages ? En tout cas, cela ne justifie guère le choix de personnages peu attachants. Ces derniers sont en effet traités comme des marionnettes sans relief suspendues à un décor qui les écrase : leurs quêtes personnelles n'ont que peu d'intérêt en regard d'un univers assez extraordinaire pour accaparer à lui seul toute l'attention du lecteur.

     Au final, Queen City Jazz est un roman où, paradoxalement, le lecteur peut parfois s'ennuyer ferme, tout en demeurant fasciné par un univers excitant et des idées brillantes... S'agissant d'un premier roman, c'est de toute façon remarquable, et on est en droit d'espérer beaucoup des suites à venir.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/1/2003 nooSFere


     À qui souhaite se lancer dans la lecteur de Queen City Jazz, un conseil : qu'il se munisse d'aspirine et de patience. Parce qu'en ce qui me concerne, ce roman m'a donné autant mal au crâne qu'un solo de saxophone d'une vingtaine d'heures...

     L'idée de base est intéressante : les États-Unis ont été profondément transformés par le développement de la nanotechnologie, « pierre philosophale » moderne qui permet les transmutations les plus diverses : n'importe quel élément est susceptible d'être synthétisé à la demande pour un coût quasi nul. Des villes se sont développées, dans lesquelles des abeilles monstrueuses, substituts insectoïdes des ordinateurs éteints depuis longtemps, transportent les informations des « immeubles-Fleurs » à la Ruche. Chaque cité ainsi « convertie » est supposée offrir à ses habitants une qualité de vie supérieure, pourvu qu'ils acceptent d'enter dans cette « Ruche ». Le problème est que le système s'est manifestement déréglé : les abeilles terrorisent la population, condamnée à vivre et revivre en boucle une vie tirée des fantasmes schizophréniques du bâtisseur de la Cité, hanté par le jazz et la littérature américaine. Pour ne rien arranger, une « peste nanotech » s'est répandue dans le pays, qui pousse les survivants à se diriger, on ne sait pourquoi, vers « Norléans ».

     Lorsque cette peste atteint la petite communauté de « Shakers » dans laquelle vit Verity, l'un des Aînés, John, devient fou et abat Braise, ami d'enfance de Verity, ainsi que Caire, sa chienne. Par miracle, Russ, le doyen, dispose de deux couvertures de survie nanotech qui permettent un état d'animation suspendue. Verity, pour tenter de ressusciter ses amis, choisit de remonter à la source du monde nanotech, dans le berceau du Diable, du point de vue des Shakers, à Cincinnati, que, seule, elle ne semble pas craindre. Et qui depuis toujours paraît l'appeler au son délicat d'une cloche. Son parcours dans cette ville lui apprendra les secrets de l'élaboration des Cités Fleuries et la raison d'être des étranges excroissances logées derrière ses oreilles.

     Si le monde inventé par l'auteur est foisonnant... le récit a bien du mal à s'organiser. La partie consacrée à la vie du camp Shaker est conséquente, sans pourtant en donner une image nette : que sont donc ces « Dons » des personnages, ou les « Livres » qu'ils tiennent ? De même, on a du mal à saisir l'intérêt des péripéties du voyage vers Cincinnati. Les personnages s'agitent sans vraiment parvenir à prendre corps, souvent d'ailleurs parce qu'ils ne font effectivement que passer dans le récit, tels de simples figurants.

     Les explications concernant la naissance des Cités sont fournies — dans le désordre — par des « flashes » dans l'esprit de Verity : leur créateur, Abe Durancy, communique avec l'héroïne au moyen des « éponges mémorielles » placées derrière ses oreilles qui la relient à la Ruche. Le récit s'encombre alors de multiples micro-récits relevant de l'analyse psychanalytique des névroses du nanotechnicien, qui dévoilent un complexe d'Œdipe mal résolu l'ayant entraîné à sauver de la mort sa mère contre son gré en l'introduisant dans la matrice de la Cité et en en faisant la Reine de la Ruche, ce qui semble être la cause du détraquement du système. (Bien que, là-dessus, le récit soit d'une confusion suffisante pour que je ne me prononce pas...) Dans tous les cas, le fils génial souffre d'une fixation affective sur sa mère, générant des problèmes relationnels avec les femmes, ce qui justifie manifestement le choix du modèle de la ruche pour ses Cités, sur le plan symbolique. Et Verity, qu'il a choisi pour être son lien avec le monde et résoudre ses problèmes psychologiques, commet elle-même semblable « faute œdipienne » en imposant la survie à Braise et Caire... Abe, au nom prophétique prédestiné, souffre lui aussi d'un complexe de culpabilité, se rendant responsable de l'échec de la Cité au nom de son égoïsme. Bref, un délice pour freudien en mal de patients...

     Le roman, très touffu, est desservi par un mode d'écriture (la faute à la traduction ?) tout en redondances et en redites subtilement modifiées. Un style qu'on qualifierait volontiers d'alvéolaire, pour ne pas quitter l'apiculture : les phrases tournent et se retournent, pour finalement dire toujours la même chose. L'auteur tente par là d'entretenir le suspense, ce qui se solde souvent par une confusion noire ou un échec total. (Non ? ! Pas possible que Verity soit la nouvelle Reine de la ruche ! ? Là, franchement, on l'avait pas vu venir depuis 300 pages...) Plus ennuyeux : après tant de longueurs, la solution finale au problème de Cincinnati alterne entre naïveté bâclée et obscurité. Un simple « virus » qui modifie toute la Cité, prévu des années auparavant par l'amie-amante de Durancy, c'est un peu gros, surtout après une mise en scène à la limite du grotesque d'une partie de base-ball pendant laquelle Verity répand la peste norléanaise pour guérir les habitants de la Cité Reine...

     La fin est volontairement ouverte, puisque trois volumes restent à venir, mais ne crée pas de réelle attente. L'épisode est manifestement clos : la jointure avec un nouveau récit risque fort de se réduire à la chaussée du pont que traverse l'héroïne... aucun personnage, même Sphère, le jazzman passionné, l'incarnation finale du Jazz, ne parvient à nous intéresser à son destin. Tous disparaissent derrière l'ampleur presque étouffante de la Cité et de son histoire, un peu comme les abeilles sont « absorbées » par le système de la Ruche.

     Au final donc, un livre très confus, tortueux, mais qui révèle néanmoins un imaginaire puissant et novateur. Peut-être la longueur de l'ensemble nuit-elle à la force évocatrice de l'auteur, peut-être la traduction ne rend elle pas hommage à son talent. Une chose est sûre : il s'agit ici de la première incursion de Goonan dans le roman, et débuter par une tétralogie, ce n'est pas la voie la plus évidente. Il faudra donc attendre le second volume, Mississippi Blues, pour décider plus sûrement de la valeur de l'ensemble. Jusque là, on considérera ce nouvel auteur américain fraîchement débarqué sur la scène francophone avec un peu plus que de la suspicion...

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/4/2003 dans Bifrost 30
Mise en ligne le : 1/5/2004


     Comment décrire l'avenir de façon intelligible quand les changements s'accélèrent, s'accumulent et se chevauchent sous l'impulsion des nouvelles technologies, au point de faire éclore des sociétés, des cultures et même des paysages radicalement étrangers à nos yeux ? Dans Queen City Jazz, premier roman d'un cycle de quatre tomes (les autres étant Mississippi Blues, Crescent City Rhapsody, et Light Music), plutôt que d'utiliser de laborieuses explications, Kathleen Ann Goonan opte pour l'immersion totale, au risque de désorienter le lecteur. Heureusement, elle a aussi prévu de nous aider un peu, grâce à un personnage principal aussi ignare que nous, sinon plus, du monde qui l'entoure.

     Quelque part dans l'Ohio, vers le début du XXIIe siècle. Le pays environnant est dépeuplé et la plupart des villes en ruine, à la suite de plusieurs catastrophes : un tremblement de terre il y a soixante ans, des épidémies et surtout une panne mystérieuse qui affecte sur toute la planète les rayonnements électromagnétiques. Vérity, une jeune fille de seize ans, vit dans une communauté isolée de Shakers, membres d'une secte millénariste qui rejette la technologie, et notamment la nano. Trouvée toute petite près de la ville de Cincinnati, elle s'est bien intègrée à la vie des Shakers, malgré quelques particularités troublantes : elle possède d'étranges bosses derrière les oreilles, peut communiquer par images mentales avec son chien Caire, et une fois par an, entend le son d'une Cloche qui la convoque à la bibliothèque de la ville voisine de Dayton, où un appareil lui transmet d'autres images encore, dont elle ne garde pas le souvenir.

     Mais cette communauté paisible est bouleversée lorsqu'une partie de ses membres est contaminée par une peste nanotechnologique. Une dispute éclate, et le bien-aimé de Vérity est grièvement blessé, ainsi que Caire. Pour les sauver, elle décide de les amener à Cincinnati, l'une des “ Villes Fleuries ” créées comme solution de rechange lors de la panne des communications radio. La nanotechnologie y permet non seulement la manipulation de la matière mais aussi la transmission de messages chimiques très sophistiqués, les “ métaphéromones ”. Les Villes Fleuries sont organisées selon le modèle des ruches, avec des “ Abeilles ” qui distribuent des informations contenues dans le pollen métaphéromonal produit par des “ Fleurs ” gigantesques plantées en haut des bâtiments. Or, Cincinnati vit depuis des décennies coupée du reste du monde et, comme Vérity va le découvrir lorsqu'elle parvient à y pénétrer, la ville souffre de graves dysfonctionnements, obligeant ses habitants à réincarner perpétuellement des personnages issus de l'histoire, voire de la mythologie, américaine (notamment de l'âge d'or du jazz : on rencontre ainsi Scott Joplin, Charlie Parker et Billie Holiday). À son insu, Vérity elle-même constitue la clé qui pourrait briser le cercle vicieux et libérer les citadins.

     La stratégie de Goonan s'avère payante : grâce à Vérity, on aborde cette histoire comme un énorme puzzle dont on ramasse les morceaux petit à petit, pour commencer à en discerner le sens global. On mesure mieux de cette façon l'ampleur des mutations induites par l'introduction des nouvelles technologies ainsi que leur profond impact psychologique et culturel sur la conscience humaine. La prose est très riche et évocatrice, avec un foisonnement d'allusions littéraires et musicales (souvent rendues plus claires par les notes du traducteur qui a fait un travail remarquable sur tout le texte, d'ailleurs), qui donnent à ce récit une épaisseur fort agréable. Même si, dans ce premier tome, c'est le côté tragique qui prédomine, avec ces paysages dévastés et ces personnages piégés par les pouvoirs divins qu'ils ont conjurés eux-mêmes, Goonan ne perd jamais sa capacité à nous émerveiller. Un peu à l'image de sa jeune héroïne, on termine ce volume en ne sachant pas exactement où l'on va, mais avec la ferme volonté de continuer à explorer tous les territoires défrichés par l'auteur.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004


 

 
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