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Le Temps incertain

Michel JEURY

Science Fiction  - Cycle : Garichankar vol.

Robert LAFFONT, coll. Ailleurs et demain n° (22), 2ème trimestre 1973
264 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : néant
Couverture

    Quatrième de couverture    
     La Chronolyse, c'est inquiétant.
     C'est même dangereux.
     Surtout pour un homme de 1966 qui plonge sans l'avoir voulu, dans le Temps incertain, alors même que l'exploration chronolytique n'est pas inventée.
     Et quand commencent surgir des fissures de l'avenir ou des possibles, les séides inquiétants de Harry Krupp Hitler Ier, empereur de l'Indéterminé, quand on ne peut plus attendre d'aide que d'un avenir menacé et d'indications que des phords de Garichankar,quand la réalité quotidienne se dédouble et se contredit, on en vient vite à doter de sa raison.
     La raison de qui ?
     La vôtre, celle de Daniel Diersant écartelé entre les injonctions contradictoires du Docteur Holzach, psychronaute, et des Pêcheurs de la Perte en Ruaba ?
     Avec le Temps incertain, Michel Jeury donne à la science-fiction un roman singulier, fort, déconcertant, absolument original et qui cependant communique subtilement avec les mondes hallucinés d'un Philip K. Dick ou avec les variations temporelles d'un Gérard Klein.


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    Critiques    
     Le nom de Michel Jeury est inconnu, mais l'auteur ne l'est pas. Il s'agit en effet de l'écrivain qui, sous le pseudonyme d'Albert Higon, a publié en 1960 au « Rayon Fantastique » deux romans remarqués : Aux étoiles du destin (une des meilleures réussites de la SF française de l'époque) et La machine du pouvoir ( qui obtint le prix Jules Verne). Après treize ans de silence, c'est avec plaisir qu'on enregistre ce retour de Michel Jeury à la science-fiction. D'autant que sa rentrée s'opère avec un superbe roman, basé sur le plus passionnant des thèmes de la science-fiction : le déplacement dans le temps. Comme l'écrit le rédacteur de la notice au dos de la couverture, ce roman « communique subtilement avec les mondes hallucinés d'un Philip K. Dick ou avec les variations temporelles d'un Gérard Klein ». (Quand on sait que le rédacteur en question est très vraisemblablement Klein lui-même, en tant que directeur de collection, la mention ne manque pas de saveur... surtout qu'il y a quand même eu d'autres auteurs qui se sont, plus que lui, attaqués au voyage temporel.) En fait, la filiation avec Dick est évidente — et avouée par Jeury qui place en exergue de son livre une citation de l'auteur d'Ubik. Comme dans ce dernier roman, comme aussi dans Le dieu venu du Centaure, la trajectoire à travers le temps n'a pas ici la belle géométrie rigoureuse d'une quelconque Patrouille du Temps à la Poul Anderson. Elle est mouvante, flottante, ambiguë, d'où cette idée du temps « incertain » du titre. Comme les personnages de Dick, ceux de Jeury usent d'une drogue pour se transférer en d'autres points du continuum : transfert psychique, et qui pourtant influe sur une réalité en perpétuelle transformation (l'esprit des voyageurs peut habiter celui d'hommes du passé et, par là, modifier la trame de la durée). Avec cet ouvrage, Klein gagne son pari : pour la première fois, un volume français paru dans sa collection est au même niveau de qualité que la plupart des œuvres anglo-saxonnes qu'il y côtoie.


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973
dans Fiction 236
Mise en ligne le : 28/10/2002

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2001)


     Le docteur Robert Holzach, psychronaute de son état, est chargé par l'hôpital Garichankar d'entrer en contact avec Daniel Diersant, un individu du XXe siècle susceptible de jouer un rôle crucial dans la lutte contre HKH. Ici, normalement, plusieurs questions surgissent à l'esprit du lecteur sagace. Tentons d'y répondre  : qu'est-ce qu'un psychronaute  ? c'est un voyageur temporel qui utilise des drogues chronolytiques. Que sont les drogues chronolytiques  ? des drogues qui agissent sur la perception du temps et permettent de se projeter dans le temps incertain, un plan de la réalité où le temps est non linéaire (et même plutôt entropique) et où l'on peut interagir physiquement. Et qui est HKH  ? une entité totalitaire terrifiante  ? Harry Krupp Hitler  ? Howard Kennedy Hughes  ? Honeywell K. Heydrich  ? Diersant va vite comprendre que la menace, comme le temps, est variable...

     Un conseil liminaire nous paraît indispensable à tous ceux qui veulent considérer la SF comme un simple divertissement au premier degré  : qu'ils passent leur chemin, car ils sont condamnés 1) à changer d'avis, ou 2) à ne pas dépasser les dix premières pages et à claironner ensuite à qui voudra l'entendre que ce roman est le plus abscons qu'ils ont jamais lu (cette deuxième éventualité risquant d'être la plus fréquente, le chroniqueur adresse sa plus profonde sympathie à tous ces lecteurs déçus).
     Or, il apparaît évident que Le Temps incertain n'est pas l'un de ces livres qu'on peut juger à l'aune des dix premières pages. Ni même des cent premières. Entendons-nous bien  : c'est un roman qui ne facilite pas la tâche au lecteur. Pas question ici d'unité de lieu, d'action et encore moins de temps, évidemment. Les personnages surgissent, les situations s'enchaînent sans logique apparente, se répètent, se télescopent dans un joyeux chaos. Facile d'évoquer Dick  : Jeury emprunte beaucoup à son collègue américain. Outre la citation qui sert d'exergue au récit (coup de chapeau au passage  : ils ne devaient pas être nombreux, en 1973, à se proclamer disciples de Saint Dick), on retrouve des traces de crise identitaire, des échardes de paranoïa lancinante, un protagoniste complètement paumé dans une réalité truquée. Mais passé ces comparaisons élémentaires, impossible de reprocher à Jeury de n'avoir voulu faire que du Dick. Du plus Dick que Dick, à la rigueur, mais ce serait encore refuser à l'auteur la totale paternité de son roman. Non, Jeury a bien écrit quelque chose de nouveau, quelque chose d'indubitablement intelligent et réfléchi, et somme toute, quelque chose de plutôt plaisant.
     Pourtant, difficile d'être définitivement convaincu par ce roman. Il évoque plutôt une tentative expérimentale, destinée à rompre une certaine routine littéraire pour faire évoluer les formes traditionnelles du récit vers des rivages inconnus. A ce titre, Jeury évite le piège de l'imposture et a très certainement mérité les louanges et le prix littéraire qui ont salué Le Temps incertain. A noter que deux tomes viendront compléter la trilogie chronolytique de Jeury  : Les Singes du temps, et Soleil chaud, poisson des profondeurs, ce qui confortera le lecteur parvenu au bout du récit dans l'idée qu'il n'était décidément pas possible d'en rester là.
     Et puis il y a le style, qui souvent dépasse le simple talent. Je n'avais jamais lu la moindre ligne de Michel Jeury avant d'ouvrir Le Temps incertain. Si bien des aspects de l'œuvre m'ont laissé dubitatif, des phrases comme “ La route s'enfonçait dans la forêt comme une lame dans un grand corps velu ” m'ont définitivement conquis. Il en faut parfois fort peu.
     En refermant ce livre, le lecteur éprouvera souvent de la perplexité. De la répulsion, parfois. Mais sûrement pas de l'indifférence. Et pour cela, il sera beaucoup pardonné à Michel Jeury.


Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 22/10/2001
nooSFere


Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1979)


 
     AU VENT EN APPORTE LE TEMPS

     Il est salubre de relire, 6 ans après, ce roman qui coïncidait avec un réel renouveau de la SF française. D'une part, en se reportant aux ouvrages de Higon, de 13 ans plus anciens, le progrès était évident : une prose nouvelle pour une thématique neuve. D'autre part, en se référant à Dick (voir l'épigraphe) on pouvait avoir l'impression de tenir l'explication : on avait un Dick français !
     Avec le recul que nous offre cette réimpression bien venue, illustrée par un Siudmak égal à lui-même, on peut tenter de revenir sur la nouveauté de cette parole. Pour faire bref : la rupture avec la prose de SF antérieure est tentée, certes ; mais ce n'est évident qu'aux moments d'« accrochage » du lecteur. Et, de ce point de vue, le début (comme souvent chez Jeury) est admirable — l'« américanisation » du style (mettre en scène plutôt que raconter) est parfaitement maîtrisée ; ce qui n'empêche pas Jeury de narrer, à la façon traditionnelle. Le lien est articulé entre la thématique des modifications temporelles et les techniques d'écriture (répétitions de mômes scènes, à valeurs' différentes) et ce, pour la première fois peut-être dans la SF française depuis Drode : des effets textuels d'obsession en dérivent. Enfin, l'univers évoqué, avec son complexe phordal, est hallucinant ; tout comme l'idée originale des univers temporels fantômes qui tentent de se réincarner dans le futur (le ventre est encore fécond d'où est sortie la bête immonde...). Une réussite donc, à la fois littéraire et politique, au sens plein du terme.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/5/1979
dans Fiction 301
Mise en ligne le : 10/1/2010


 
Base mise à jour le 18 juin 2017.
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