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Sa majesté des clones

Jean-Pierre HUBERT


Illustration de Philippe MUNCH

MANGO Jeunesse , coll. Autres Mondes n° 12
Dépôt légal : avril 2002
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 9 €
ISBN : 2-7404-1386-6
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Fuyant à bord d'une navette spatiale l'attaque brutale de leur station-école par les redoutables Arachnos (des extraterrestres ressemblant à de monstrueuses araignées), une vingtaine d'enfants terriens échouent sur une planète déserte, en bordure d'un lagon.
     Ces Robinsons de l'espace vont devoir apprendre à survivre dans un environnement hostile, mais surtout à faire face aux graves rivalités qui menacent leur groupe. D'autant plus qu'ils découvrent l'épave d'un vaisseau arachnos renfermant une mystérieuse machine capable de cloner toute matière vivante passant à sa portée...
Critiques
     Il a suffi qu'un jour on découvre dans le système solaire un vaisseau spatial à la technologie incroyablement avancée pour que l'Histoire s'accélère. Perçant les secrets de ces Zarks disparus depuis longtemps, l'humanité s'est ouvert la porte des étoiles... pour y rencontrer les Arachnos, un peuple d'araignées extraterrestres qui manipule les mêmes techniques. Mais Hommes et Arachnos ne parviennent pas à se comprendre, alors c'est la guerre...
     Après un tonitruant prologue de pur space opera, le roman devient une robinsonnade dans la grande tradition. Lorsque la station orbitale Mentor est détruite, une poignée d'enfants s'échoue sur une planète inhabitée, quelque part entre jungle et lagon. Mais leur séjour tient du cauchemar ; car toute société, d'adultes comme d'enfants, est faite de conflits. Ici comme ailleurs, deux groupes se dégagent sans parvenir à collaborer. Élie et Tiggy, deux cadets de l'espace soucieux de leur survie, prennent d'abord les choses en main. Organiser un camp, trouver de la nourriture, plonger dans l'épave de leur navette pour déclencher les balises de détresse, voilà ce qu'ils proposent aux autres. Mais ces tâches fastidieuses n'enthousiasment ni Moelo, un jeune sportif avide de pouvoir, ni son équipe. Alors que de violentes tempêtes se déchaînent et qu'apparaissent d'étranges animaux, la colonie se déchire autour de l'épave d'un navire-usine des Arachnos. Tandis que Moelo joue aux apprentis sorciers avec les programmes du bord, Élie et Tiggy dépassent leurs préjugés et recueillent Wiit, une jeune Arachnos blessée. L'ultime confrontation entre les groupes tourne au drame, avant que le roman ne se referme sur un épilogue d'espoir.
     Loin de la robinsonnade utopique illustrée par Daniel Defoe, Jules Verne ou encore Michel Tournier, Jean-Pierre Hubert s'inscrit dans la lignée de Sa Majesté des mouches, le roman de William Golding. Il nous y livre, avec une grande pudeur, une réflexion douce-amère sur la nature humaine, mais profondément optimiste.

Stéphane MANFREDO (site web)
Première parution : 1/9/2002 dans Galaxies 26
Mise en ligne le : 17/2/2004


     Une terre inconnue, un groupe humain qui y échoue dans une situation de détresse et de dénuement et qui doit s'organiser pour y vivre  : tels sont les points de départ de bons nombres de romans d'aventures classiques, inaugurés avec le Robinson Crusoë de Daniel Defoë. Depuis ce pionnier du genre, on a pu lire bien d'autres Robinsonnades  : Vendredi ou la vie sauvage, de Michel Tournier, L'Ile du docteur Moreau, de H.G. Wells, L'Etoile mystérieuse, d'Hergé, et plus récemment Sa majesté des mouches, de W. Golding et Le Royaume de Kensuké, le magnifique roman initiatique de Michaël Morpurgo.
     Le tout dernier roman de Jean-Pierre Hubert s'inscrit donc dans cette prestigieuse filiation et il fait très explicitement référence à l'œuvre de Golding  : par son titre tout d'abord, par la première et la dernière phrase du roman  : « Le garçon blond descendit les derniers rochers et se dirigea vers la lagune en regardant où il posait les pieds. » « ...le regard fixé sur le cuirassé aux lignes sobres, immobile au loin. » (J.P. Hubert s'en explique dans la postface) et par les Robinsons qu'il installe sur cette planète  : un groupe d'enfants et d'adolescents livrés à eux-mêmes, sans aucun adulte. A la différence près que Hubert y introduit quelques filles, dont Tiggy, l'adolescente rousse aux formes généreuses qui est, selon le point de vue des garçons, mère consolatrice, médecin, soutien sans faille ou objet de convoitise pour des virilités naissantes.
     Voici donc une vingtaine d'enfants et d'adolescents échoués sur une planète plutôt hospitalière au début du roman  : une mer limpide, de l'eau potable en abondance, une forêt luxuriante regorgeant de plantes comestibles, un climat doux et tempéré. Tout pourrait donc se passer harmonieusement dans ce petit paradis, mais, très vite, les premiers heurts se produisent entre Elie, Cadet à la Station-Ecole Mentor, un garçon blond, réfléchi et organisé, et Moelo, l'opposé d'Elie en tout  : capitaine de l'équipe de palet, énergique et belliqueux, acceptant mal la domination d'Elie et l'unique pistolet laser que possède celui-ci. Après quelques jours passés à installer un campement, deux clans se forment nettement  : le premier sous la protection d'Elie et de Tiggy, s'installe près d'un bassin d'eau douce  ; le second, dirigé par Moelo, prend possession d'un vaisseau arachnos (les ennemis et responsables du naufrage des enfants) échoué sur le rivage après une très violente tempête. La séparation du groupe originel en deux clans monte clairement que les enfants ne sont ni naïfs, ni angéliques, mais, comme le dit très lucidement Tiggy p. 98, « on est fait comme nos parents » et que leur passé, leur éducation, leurs personnalités vont induire leurs choix de société, donc leur vie future et leurs relations aux autres. Le groupe d'Elie installe une micro-société basée sur le travail récompensé par l'argent, sur l'effort, sur la mise en valeur des compétences de chacun, sur la tolérance et le respect. Moelo, au contraire, met en place un groupe de guerriers, où ne sont reconnus que la force brute et l'autorité brutale, où les filles deviennent des esclaves, où l'on ne produit rien, se contentant de piller les ressources à disposition.
     La dimension SF tient en deux éléments principaux  : la machine qui se trouve à bord du vaisseau arachnos de Moelo et sa bande, machine mystérieuse et indéchiffrable que les garçons, en apprentis sorciers inconscients, vont utiliser n'importe comment, créant ainsi leur propre enfer  ; l'arachnos blessée et abandonnée qu'Elie et les siens vont recueillir, l'ennemie qu'ils vont soigner malgré quelques débats au sein du groupe, et avec laquelle ils vont peu à peu tisser des liens amicaux, une fois la connaissance et la compréhension mutuelles établies.
     Bref, on l'aura compris, voici un roman intéressant à plus d'un titre, riche par le densité de l'action et par les thèmes qu'il traite. Si avec cela, on dit encore que la SF ne donne pas matière à réfléchir sur notre propre monde et sur les sociétés que l'on y bâtit, c'est à n'y rien comprendre ! Un texte qui peut se lire dès 10 ans et qui intéressera aussi tous les « grands » lecteurs  : mais n'est-ce pas le propre d'un Bon roman ?

Catherine GENTILE (lui écrire)
Première parution : 1/5/2002 nooSFere

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