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Le Coffre d'Avlen

Lyon Sprague DE CAMP

Titre original : The Goblin Tower, 1968

Cycle : Novaria  vol.

Traduction de Simone HILLING
Illustration de Olivier FROT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 122
Dépôt légal : octobre 1998
226 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : 2-207-24784-8
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Fantasy


Autres éditions
   DENOËL, 1970, 1971, 1984
   in Novaria, le roi malgré lui - Intégrale, MNÉMOS, 2017

    Quatrième de couverture    
     A XYLAR ON DÉCAPITE LE ROI TOUS
     LES CINQ ANS, c'est la loi ! C'est
     l'occasion d'une grande fête à la fin
     de laquelle on jette la TÊTE COUPÉE
     aux spectateurs fous de joie ; celui
     qui sera assez malin pour l'attraper
     au vol deviendra roi à son tour,
     pour cinq ans, après quoi...
     C'est ainsi que Jorian, un étranger
     de passage ne connaissant rien aux
     coutumes locales, se retrouve
     brutalement catapulté du statut de
     simple horloger à celui de monarque.
     Mais voilà, cinq ans ça passe vite !
     Et Jorian découvre à la fin de son règne
     qu'il n'a aucune envie de mourir
     la tête tranchée, même si c'est la loi,
     et même si la fête est belle.
 
    Critiques    
     On oublie un peu Sprague de Camp qui est tout de même un bel auteur, non seulement pour avoir terminé de multiples épisodes de Conan, ou publié une remarquable étude sur Lovecraft (NéO), mais surtout pour ses propres œuvres. Le Cycle de Zeï (Le Masque), plein de fantaisie humoristique, prouvait sa maîtrise dans le domaine de l'heroïc fantasy. Mais un autre cycle, tout aussi amusant, démontre plus d'ampleur, c'est celui dit de Novara, du nom du monde où les aventures se déroulent. Le Coffre d'Avlen (1968) en est le premier volume. Et nous y suivons le périple de Jorian, roi malgré lui, qui selon la coutume, doit être exécuté après cinq ans de règne. Bien entendu, il échappe à son trépas, puis poursuit une quête échevelée, dans la meilleure tradition du genre. C'est ainsi qu'il sera fait prisonnier d'une race d'hommes-singes, puis de féroces nomades ou d'une théocratie non moins cruelle. Tout cela aboutira à un grand Conclave de Magiciens où notre ami, habilement, tirera son épingle du jeu. Peu de descriptions pittoresques ici, mais de l'action avant tout, saupoudrée de remarques piquantes. Un livre très agréable, qui se lit avec plaisir et passion, mais auquel manque peut-être un zeste d' « émerveillement »... N'est pas Jack Vance qui veut, évidemment. Mais j'espère que Denoël rééditera les trois tomes suivants, ne fût-ce que pour nous rappeler la qualité de conteur de Sprague de Camp.

Bruno PEETERS
Première parution : 1/3/1999 dans Phenix 50
Mise en ligne le : 3/11/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présence du futur (1970)


     Lyon Sprague de Camp fait partie de ces auteurs américains dont le nom est bien connu de l'amateur français mais qui restent encore à découvrir. Toutefois, s'il n'est nullement étonnant qu'un Leiber ou un Russel connaissent en France un certain renom malgré le peu d'ouvrages publiés — la qualité corrigeant l'insuffisance de la quantité — , la notoriété de Sprague de Camp a de quoi surprendre. Il n'est pas possible en effet qu'il ait acquis son auréole avec Le règne du gorille (Genus homo) écrit en collaboration avec P. Schuyler Miller et paru au Rayon Fantastique.. La couronne de lumière (Rogue queen), publié dans la même collection, se situe par ailleurs à une date où l'auteur jouissait déjà d'une certaine réputation. Entre ces deux œuvres, rien qui permette d'établir comment Sprague de Camp a pu se distinguer. Fiction avait bien publié Le bar de Gavagan (Gavagan's bar) et Un fameux cordon bleu (The green thumb) dans les numéros 8 et 15, c'est-à-dire avant mars 1955, mais il fallut attendre septembre 68 pour lire Dans la salle des morts (The hall of the dead), récit tiré d'une des idées de Robert E. Howard. En dehors de ces textes, nous ne trouvons que La vouivrerie (Wyvernhold) dans le numéro 37 de Satellite, La girafe bleue (The blue giraffe) dans Escales dans l'infini, la fameuse anthologie de G. Gallet qui révélait Shambleau, et enfin L'exalté (The exalted) dans Fiction spécial numéro 8 : L'âge d'or de la science-fiction. Même si l'on ajoute Chasse cosmique (Cahiers de la SF) et Ne chasse pas qui veut le dinosaure (dans Galaxie ancienne version numéro 3), le butin reste maigre et l'énigme du renom de Sprague de Camp d'autant plus persistante que cet écrivain est surtout connu par ses récits d'heroïc fantasy alors que son œuvre traduite n'en contient que trois — La vouivrerie, Dans la salle des morts et, plus récemment, L'œil de Tandyla, paru dans le numéro 184 de Fiction — , le reste ressortissant plutôt à la science-fiction traditionnelle.

     Heureuse surprise donc que la publication chez Denoël du Coffre d'Avlen, roman entier de sword and sorcery — et non recueil de nouvelles comme le mentionne par erreur la page de garde — qui devrait permettre au mythe de Camp de commencer à coïncider avec la réalité. C'est à croire qu'un bon ange veille sur la carrière française de cet auteur, car il n'est pas question d'envisager que le directeur de la collection Présence du Futur ait lu le « chapeau » de la rédaction de Fiction précédant Dans la salle des morts : la réédition à court terme de certain roman de Simak paru dans Galaxie pendant l'été 69 montre assez que ce qui se publie chez Opta en matière de science-fiction ne doit pas encombrer sa table de nuit.

     Cela dit, que contient ce Coffre d'Avlen ? Nous y trouvons d'abord une série d'aventures assez agréables à suivre mais sans grandes surprises dans l'ensemble. Un roi de Xylar (contrée d'un Moyen Age parallèle), Jorlan, parvient grâce aux enchantements du magicien Karadur, à sauver sa tête menacée par une coutume que l'on pourrait assez bien apparenter à une partie de rugby hara-kiriesque. Obligé de fuir son pays et ses femmes, il part en quête du coffre d'Avlen que convoitent les sorciers « altruistes » pour prendre le dessus sur les sorciers « bienfaiteurs ». Au cours de ce voyage, qui tient tout à la fois de l'Odyssée et des expéditions de Sinbad le marin, il connaît de multiples ennuis provoqués le plus souvent par la distraction de son ami Karadur ou par sa trop grande confiance en lui. Il parvient néanmoins à subtiliser le coffre à la princesse-serpent Yargali puis à le porter jusqu'à l'endroit où a lieu le conclave des magiciens.

     C'est surtout au niveau du détail que ce livre prend de l'intérêt. Sans pour autant les plagier, Sprague de Camp a parfaitement assimilé Les mille et une nuits et nous plonge dans cette sorte de rêverie que devait connaître le sultan Schahriar en écoutant Shéhérazade. Paysages exotiques, villes étranges, hommes savamment caricaturés, demoiselles dévêtues, dansent devant nos yeux tout au long des chapitres. Mieux encore, et poussant en cela plus avant dans le système narratif de la divine conteuse, Sprague de Camp permet à ses héros de narrer à leur tour d'autres histoires qui s'imbriquent ainsi dans la linéarité du récit. Enfin, pour notre esbaudissement, il émaille le texte de scènes, de réparties et de gags typiquement rabelaisiens. Il faut avouer qu'on est d'abord surpris de voir l'heroïc fantasy traitée sur le mode de la plus grasse paillardise, mais le pittoresque parler et les jurons savoureux de Jorlan (« Par le cul d'airain d'Imball... Par les tétons ivoirins d'Astis ») comme les formules grivoises de Vanora, solide ribaude s'il en fut, collent aussi bien aux personnages qu'à la désinvolture générale du récit. L'un des passages les plus truculents nous est fourni par la rencontre de Jorlan avec la princesse-serpent dont les « seins étaient les plus étonnants qu'il eût jamais vus. Plus gros que des melons — en fait aussi gros et ronds que le pis d'une vache laitière... C'était une femme d'une remarquable beauté. »

     Sorte de Cugel l'astucieux engauloisé, Jorlan est finalement un plaisant compagnon dont les nombreuses déconvenues n'entament jamais la bonne humeur. L'épisode du « Dragon d'Argent » où il se fait dépouiller par le sorcier Porrex et son compère Laziendo est l'un des plus séduisants. Quant au petit dieu Tvasha, il vaudra à notre héros d'autres surprises non moins cuisantes et savoureuses. C'est un peu une nouvelle version de Charybde et Scylla. En fin de compte, Jorlan sortira de cette aventure seul et démuni de tout excepté son habileté, sa faconde et son charme robuste. Alors, de paladin, il se fera baladin pour se procurer sa pitance, ce qui ne nous laissera pas sur notre faim.

     S'il n'y a pas lieu de porter aux nues ce livre-divertissement, il faut pourtant reconnaître qu'il apporte un vent de fraîcheur à la collection Présence du Futur durant quelques temps éprouvée par on ne sait quelle maladie. Après L'univers en folie, réédition attendue du chef-d'œuvre de Fredric Brown, ce volume semble augurer un redressement dont personne ne se plaindra. Et si Sprague de Camp avait l'heur de ne pas déplaire en ces temps de littérature constipée, peut-être serait-il possible d'espérer voir un jour The tower of Zanid, Lest darkness fall, Salomon's stone que nos amis transalpins connaissent depuis longtemps, ou mieux encore The incomplete enchanter. En attendant, ce Coffre d'Avlen mérite d'être ouvert car il recèle d'assez toniques enchantements, « par la barbe d'airain de Zevatas » !

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/7/1970
dans Fiction 199
Mise en ligne le : 18/11/2001




 

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