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Dernière chance pour l'humanité

Robert James SAWYER

Titre original : Factoring Humanity, 1998

Traduction de Nathalie M.-C. LAVERROUX
Illustration de Jan FRANZ

J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6046)
Dépôt légal : février 2002
342 pages, catégorie / prix : 14 €
ISBN : 2-290-31876-0   
Genre : Science-Fiction

Illustration de couverture : (c) Getty Images / Jan Franz.



    Quatrième de couverture    
     2017. Depuis maintenant dix ans, la Terre reçoit des messages codés d'Alpha du Centaure, dont personne n'a réussi à comprendre la signification. Heather Davis, professeur à l'université de Toronto, a décidé de se consacrer à leur décryptage, jusqu'à présent sans succès. Kyle, son mari, se voue pour sa part à ses travaux sur le développement de l'intelligence artificielle, avec l'aide d'un ordinateur parlant et pensant. En découvrant que l'ensemble des informations transmises, correctement assemblées, forme le plan d'un objet technologique extraterrestre, Heather est cependant loin de se douter de l'ampleur des extraordinaires révélations que son utilisation apportera à notre civilisation. Et cela alors même que les recherches de Kyle sur l'essence de la conscience humaine, étayées de longues discussions philosophiques avec son ordinateur, progressent à grands pas...
     Dans la lignée d'ouvrages récents de science-fiction prospective — tel Contact, de Carl Sagan — , Dernière chance pour l'humanité propose une formidable plongée dans la psyché humaine, et stimule avec intelligence et brio la réflexion sur une possible évolution de l'homme vers un nouveau stade de conscience.

     Robert J. Sawyer est canadien et vit à Toronto. En quelques livres (Expérience terminale — prix Nebula 1995 — , Mutations), il s'est imposé comme l'un des écrivains de science-fiction les plus intéressants et prolifiques du moment, accumulant les nominations aux plus prestigieuses distinctions du genre. Ses romans mêlent habilement thriller high-tech et anticipation scientifique et sociale à une critique pessimiste de l'Amérique libérale.
 
    Critiques    
     Dernière chance pour l'humanité met en scène un couple de chercheurs de Toronto : Kyle travaille sur l'intelligence artificielle, les ordinateurs quantiques et les possibilités de calculs à travers des univers parallèles ; Heather, psychologue, cherche à décrypter les messages extraterrestres qui parviennent d'Alpha du Centaure depuis environ dix ans au rythme d'un message toutes les trente heures. Déjà marqué par le suicide de leur fille Mary, leur couple est fortement ébranlé par les accusations d'inceste que porte contre Kyle leur seconde fille Rebecca...

     Comme dans Mutations, Sawyer montre qu'il s'intéresse autant à ses personnages et aux vicissitudes de l'existence — maladie, mort, difficultés relationnelles... — qu'aux spéculations scientifiques : « Peu importe la grandeur de l'univers, nous continuons à nous scruter à l'intérieur de nous-mêmes. » (p.40)
     L'humain est donc au cœur de ce nouveau roman. Qu'est-ce d'ailleurs que cette humanité dont la dernière chance nous est annoncée par le titre ? Réside-t-elle dans les facultés intellectuelles de l'homme, alors que malgré une complexité sans équivalent, supérieure à celle du cerveau humain, l'IA Cheetah n'est toujours pas capable d'humour ? Comment est-elle compatible avec les atrocités que commettent parfois les hommes ? Est-elle véhiculée par cette mémoire au fonctionnement si instable que la vérité de Rebecca semble différente de celle de Kyle — faux souvenir implanté chez Rebecca, ou souvenir refoulé chez Kyle ?

     La solution viendra peut-être des étoiles. Le message extraterrestre va-t-il jouer le rôle du monolithe de 2001 et nous permettre d'accéder à un niveau supérieur ? De quelle manière ? Le dénouement du roman est clair : « Heather était maintenant certaine que son espèce, qui méritait enfin le nom d'humanité, n'aurait plus de difficultés pour comprendre le point de vue des autres. » (p.335) C'est en supprimant la peur de la mort et la peur de l'autre que l'humanité se dépassera, en apprenant à connaître et à accepter l'autre, à fusionner avec lui... Une conclusion simple, idéaliste et quasi mystique, pour un roman foisonnant où cryptographie mathématique, incertitude quantique et angoisse existentielle se mêlent aux souvenirs de Dali, de Star trek et des émissions télévisées de Jerry Seinfeld.

     Si les grands thèmes de la SF — l'IA, le premier contact ET... — sont ainsi revisités avec fougue, le propos est au fond très classique et la conclusion n'est finalement pas si éloignée de celle, plus obscure, de 2001, l'odyssée de l'espace. Néanmoins, le traitement est totalement différent, beaucoup moins abstrait, beaucoup plus proche de la réalité quotidienne de gens ordinaires. En ajoutant au récit le thème de l'inceste, après avoir traité celui de la maladie et du handicap dans Mutations, Sawyer prouve son habileté à traiter avec sensibilité des sujets délicats et rarement abordés en SF. Certains trouveront sans doute qu'il en fait trop et qu'il use parfois de ficelles un peu voyantes, mais Dernière chance pour l'humanité est un roman où l'on ne s'ennuie pas une seconde et qui pose beaucoup de questions. Une lecture bien agréable en somme.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 4/6/2002 nooSFere


     Consternant.

     Si on ne m'avait pas, dans ma jeunesse, seriné sans cesse qu'une opinion doit toujours être soutenue par des arguments, je m'arrêterais là. Sérieusement. Sauf que, étant naturellement une enfant sage et disciplinée, il me faut expliquer. Ou tout du moins argumenter...

     Nous sommes en 2017, et des extraterrestres envoient depuis dix ans des messages aux Terriens, dits Terriens qui ne parviennent pas à les déchiffrer. Subitement, les émissions s'arrêtent. La psychologue dont on suit les recherches, Heather, est convaincue de détenir la clé du message. Parallèlement, sur le plan familial, sa fille Rebecca accuse son père d'avoir abusé d'elle, soutenant que sa sœur aînée s'est suicidée parce qu'il agissait de même avec elle.

     Si la première partie est convenable, le dérapage débute vers la centième page...

     Finalement décryptés, grâce à un code assez simple, d'ailleurs, les messages semblent donner le plan d'un hypercube (un cube à quatre dimensions) déplié — remerciez Dali et son Corpus Hypercubus, sinon l'héroïne aurait été en panne sèche d'inspiration. Bref, une fois assemblés les différents éléments, les petits carrés de polystyrène peints se soudent entre eux grâce à la piézoélectricité. Et si on s'introduit dans le montage — ô sublime trouvaille ! — on atteint, je vous le donne en mille, la quatrième dimension ! Et ce n'est pas tout ! Oui, parce qu'on y trouve une sorte de clavier géant, sur lequel chaque touche correspond à l'esprit d'un être humain. Vous appuyez, et hop ! vous voici dans sa tête. Et si vous vous concentrez très fort, vous influencez son esprit, vous le faites penser à quelqu'un en particulier et, re-hop, vous vous retrouvez dans l'esprit de la personne en question, le tout sans avoir à chercher la bonne touche — ce qui serait un peu long avec un clavier de cinq milliards de touches... Comprenez bien que, avec cette machine qu'il est possible de reproduire à l'infini, plus personne n'a de secrets pour les autres. Nous voilà avec Le Meilleur des mondes d'Huxley, mais pris au sérieux.

     À ce stade, n'importe quel lecteur convenablement constitué est en droit de se sentir un tantinet affligé. D'autant que se pointe la cerise sur le gâteau... Le mari de la psychologue, Kyle, fait des recherches sur un projet d'intelligence artificielle et sur l'idée d'ordinateurs quantiques — qui travaillent sur un problème en simultané dans une infinité d'univers parallèles. Ces deux éléments viennent s'insérer dans une autre problématique : bien des années auparavant, un chercheur isolé dans l'observatoire d'Algonquin avait reçu un message extraterrestre qu'il s'était empressé d'encoder de manière incompréhensible, avant de se suicider. À l'aide des ordinateurs quantiques, ledit message est décodé et annonce — constatation d'une peuplade d'Epsilon Eridani — que les ordinateurs prendront le pouvoir si on n'arrête pas tout de suite leur évolution. Si, si, comme je vous le dis ! Donc, l'I.A. de Kyle — qui s'appelle Cheetah, et ça non plus, ça ne s'invente pas... — se suicide, parce qu'elle sait que ce message est vrai et qu'elle ne veut pas faire de mal au genre humain. Si ! !

     Là, nous sommes à cinq pages de la fin, le monde va devenir un paradis — pas de Mal, pas d'ordinateurs, bref l'Eden — et on se dit que rien ne peut nous enfoncer davantage dans le navrant. Sauf que, tout à coup, arrivent les extraterrestres. Un instant (court), on pense qu'il va y avoir un retournement de situation à même de nous faire s'agenouiller devant le génie de l'auteur. Vraiment, on y croit. Et c'est alors qu'on manque de frôler la syncope : les Centaures — puisque c'est leur nom, se pointent depuis Alpha du Centaure et sont accueillis dans l'espace par notre psychologue. Et devinez un peu à quoi ils ressemblent... À de magnifiques grosses mouches. Re-si ! Mais très belles, hein, les mouches ! On se croirait revenu aux couvertures des pulps de 1930.

     Allez, rien que pour vous faire baver, voici la dernière phrase du roman : « Heather était maintenant certaine que son espèce, qui méritait enfin le nom d'humanité, n'aurait plus de difficultés pour comprendre le point de vue des autres. » Vous voulez que je vous dise ? Je n'ai même pas envie de conclure. Il y en aura peut-être pour trouver que c'est à prendre au second degré... D'autre qui défendront l'idée d'une S-F très « psychologique », et surtout optimiste... Peut-être... Pour ma part, j'ai peine à croire que ce roman figure au catalogue de la collection « Millénaires », voire au catalogue de n'importe quelle collection de S-F, pour ne pas dire, tout simplement, qu'il ait trouvé moyen de se faire éditer...

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/7/2002 dans Bifrost 27
Mise en ligne le : 11/9/2003


     L'auteur canadien Robert J. Sawyer aime visiblement créer des situations où ses personnages doivent trouver les réponses à des énigmes scientifiques afin de résoudre leurs problèmes sur un plan plus personnel et vice-versa (voir Expérience terminale, Mutations et Starplex, ce dernier à paraître en juin 2002 chez J'ai lu). Ainsi dans son tout dernier roman, où un couple de chercheurs de l'université de Toronto traverse une crise familiale grave, juste au moment où leurs travaux professionnels respectifs entrent dans une phase délicate.
     Heather Davis, professeur de psychologie (tendance jungienne), est membre d'une équipe qui s'acharne sans succès depuis dix ans (nous sommes en 2017) à décrypter des signaux extraterrestres émis quotidiennement à partir d'une planète en orbite autour d'Alpha du Centaure A. Son mari, Kyle Graves, travaille dans l'informatique, où il essaie de mettre au point le premier ordinateur quantique, ce qui pourrait ouvrir la voie à l'avènement des intelligences artificielles authentiques. Mais sa vie conjugale avec Heather, déjà très tendue depuis le suicide, un an auparavant, de leur fille aînée, risque de s'effondrer complètement quand la cadette l'accuse un jour de s'être livré à des abus sexuels sur elle et sa sœur pendant leur enfance. Kyle proteste de son innocence et Heather soupçonne que sa fille, sous l'influence d'une psychothérapeute sans scrupule, souffre du célèbre syndrome du faux souvenir. Mais des doutes subsistent. Comment peut-on savoir avec certitude ce qui se passe dans l'esprit des autres, même de ceux qu'on croit le mieux connaître ?
     Bien sûr, toutes ces questions sans lien apparent au début seront résolues avant la fin, grâce à des intuitions de la part de Heather et Kyle, pas mal de coïncidences et quelques tours de passe-passe quadri-dimensionnels. Et les retombées seront évidemment révolutionnaires pour l'ensemble de l'humanité. Si le contenu scientifique du roman semble assez solide et en tout cas fort bien expliqué, on sent que l'auteur fait de gros efforts pour nous donner une conclusion qui soit à la fois un happy end sur le plan sentimental, et suffisamment transcendantale pour satisfaire les fans de SF endurcis. On avoue quand même que le résultat est passablement accrochant, qui se lit d'une traite. C'est peut-être mieux ainsi, car cela évite de trop s'attarder sur les points de suture et autres signes de « rafistolage narratif ». Mais soit, sans produire encore un véritable chef-d'œuvre, Sawyer continue à livrer des romans très corrects.


Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/6/2002 dans Galaxies 25
Mise en ligne le : 1/2/2004


 

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