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Babaluma

Roland C. WAGNER

Cycle : Les Futurs mystères de Paris  vol.


Illustration de Philippe CAZA
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (58)
Dépôt légal : mai 2002
416 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-84172-210-4   
Genre : Science Fiction 


Autres éditions
   in Les Futurs mystères de Paris - l'intégrale, volume II, ATALANTE (L'), 2015
Couverture

    Quatrième de couverture    
     1843. — Eugène Sue : Les Mystères de Paris
     1954-1958. — Léo Malet : Les Nouveaux Mystères de Paris
     Nestor Burma, « l'homme qui met le mystère K.-O. »
     1958. — Frédéric Dard : Les Derniers Mystères de Paris
     1996- ?. — Roland C. Wagner : Les Futurs Mystères de Paris

     2064. Pour enquêter sur l'identité du père de son ami Ramirez, Temple Sacré de l'Aube Radieuse (appelez-le Tem), le détective au Talent de transparence, quitte la capitale et s'aventure dans la banlieue du Plessis-Robinson.
     Piégé dans une ville fan­tôme, assailli par une coali­tion criminelle d'archétypes et de démons surgis d'une faille qui menace la « réalité consensuelle », Tem attend le secours de ses amis, dont l'aya Peggy Sue, fille de la libertaire et regrettée Gloria.
     24 heures d'aventures fan­tastiques sous le regard étrange et bienveillant de la mystérieuse Babaluma.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)  pour la série : Les Futurs mystères de Paris
 
    Critiques    
     2064. Destin-Sauvé Ramirez, qui vient d'apprendre qu'il n'est pas le fils de son père, demande à Tem, le détective au don de transparence, de rechercher l'identité de son véritable géniteur. Tem se rend alors au Plessis-Robinson, où habite le beau-père de Ramirez, un truand au bras extrêmement long. Il découvre une banlieue autarcique où les communications téléphoniques ne passent pas, où aucun abonné à l'Internet n'est recensé, où aucun bus ne s'arrête plus... Encore plus curieux, aucun des habitants ne souhaite quitter la cité malgré les mystérieux démons nocturnes qui la hantent...

     L'enquête policière de ce septième roman des « Futurs mystères de Paris » est une fois de plus le point de départ d'aventures science-fictives déjantées situées dans un futur multidimensionnel qui se complexifie au fil des épisodes. Grande Terreur, millénarisme, psychosphère, cybersphère, archétypes, toons : bien qu'extravagante, l'histoire du futur développée par Wagner demeure parfaitement cohérente, obéissant à une logique interne où la « réalité consensuelle » est dynamitée sous les yeux ébahis et néanmoins émerveillés du lecteur. Grâce à cette irréprochable cohérence, les scènes les plus délirantes paraissent vraisemblables voire « naturelles » : on ne s'étonne aucunement de voir une statue du général de Gaulle démolir des bâtiments en compagnie de Super-Communiste, d'une flopée de fantomettes et d'un chat toon, pendant que des molosses démoniaques à huit dimensions se font dévorer par Godzilla !
     C'est sans doute cette faculté de rendre le « n'importe quoi » acceptable par la raison qui fait la principale force de l'auteur. Une autre de ses qualités — elles sont nombreuses — est une grande habileté à développer une foule de personnages pittoresques et attachants qui forment autour de Tem une sorte de « famille ». Conté à plusieurs voix, le récit de Babaluma n'accorde d'ailleurs qu'une importance secondaire au personnage du détective pour valoriser les autres protagonistes, parmi lesquels Richard Montaigu, le grand-père décédé, écrivain de SF des années 2000, auteur du fameux Faisceau chromatique, en qui on est tenté de deviner un double ironique de Wagner.
     L'humour multi-support et l'imagination « vraiment » débridée de l'auteur font de ces aventures rocambolesques et référentielles un régal pour l'aficionado. Aucun doute : un amateur d'Imaginaire se doit d'essayer Les Futurs mystères de Paris, même si leur excentricité est telle que certains les détesteront autant que je les adore. Evidemment, le lecteur qui tenterait de prendre le train en marche risque d'être dérouté : il faut lui conseiller de commencer par le début, c'est-à-dire par La Balle du néant. Saluons à ce propos la réédition simultanée des trois premiers volumes du cycle chez le même éditeur, sous de très belles couvertures de Caza.

     Mais Babaluma est bien plus qu'un récit d'aventures : ce roman enferme aussi une critique grinçante du monde actuel. La peinture du Plessis-Robinson est très largement inspirée du vécu de Wagner qui profite de l'occasion pour stigmatiser certaines dérives du monde qui l'entoure. Il décrit de manière acérée l'évolution d'une banlieue que l'on a volontairement laissé se dégrader, où les immeubles murés puis démolis sont remplacés par des terrains vagues et les chats errants par des chiens de combat, où l'insécurité et la paranoïa semblent « programmées » pour chasser les indésirables... Il dénonce également la reconstruction sur un mode pseudo-néoclassique en une sorte de Disneyland où l'on mélange sans harmonie différents styles pompeux, et la fermeture au reste du monde par le biais des milices et des réseaux privés. Quand les rues sont insidieusement renommées (le A. de la rue A. Carrel glisse du républicain Armand au pétainiste et eugéniste Alexis), s'agit-il d'un simple « détail » ? Dans ce contexte, la mort d'un chat ne peut-elle se charger de sens et devenir le symbole d'une société en péril, hantée par les « démons réactionnaires » et laminée par les « transnationales » ?
     Ce propos politique — qui prend une saveur toute particulière en ce mois de mai 2002 — a le mérite de ne pas être assené de façon lourdement militante, mais d'être au contraire subtilement mêlé au récit, comme une sorte de contrepoint discret, que l'on pourrait même choisir d'ignorer. Il apporte cependant au roman une dimension plus grave et lui confère une plus grande richesse.

     Bref, Babaluma est un remède salutaire contre l'ennui, la morosité et la paranoïa, qui vaut mieux que tous les antidépresseurs et que l'on pourra prescrire largement sans craindre d'effets secondaires autres que la jubilation !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 20/5/2002 nooSFere


     Dans cette nouvelle enquête de Tem, le détective transparent qui a déménagé ses locaux à l'Atalante (les trois premiers titres de la série y ont été réédités), Ramirez apprend qu'il est lui aussi porteur de l'ADN étrange des millénaristes et désire identifier son père. La recherche conduit Tem au Plessis-Robinson, devenue une ville fantôme livrée aux archétypes et aux démons alliés à des humains sans scrupules jouant un remake de Main basse sur la ville. Mais Le Plessis-Robinson est un piège : il est impossible d'en sortir ni de communiquer avec l'extérieur. Les rues arborent les noms des plus sinistres personnages de l'histoire et il y rôde les terribles Molosses de la Nuit, qui se déploient sur huit dimensions. Mais on relève aussi, au pochoir, sur les murs, le dessin d'un chat rouge au poil hérissé. Méfiant, Tem avait chargé Eileen d'appeler ses connaissances à la rescousse en cas de problème : elle ramène nombre de protagonistes croisés dans les précédents volumes, auxquels s'ajoutent des tøøns, une ribambelle de chats parfois habités par des fantomas, dont Peggy Sue, la fille de l'aya Gloria. De révélations en rebondissements, tout ce petit monde se retrouve dans le plus joyeux désordre pour une confrontation finale plus carnavalesque qu'épique, mais qui permet tout de même d'avancer dans la compréhension de la psychosphère.

     Parallèlement à ces intrigues croisées, on découvre, exhibées par l'écrivain Edgar Zyviec, les notes de Richard Montaigu, le grand-père de Tem, l'auteur du Faisceau chromatique, qui le premier a deviné la menace planant sur sa ville. Par ce biais Roland Wagner, en une charge féroce, règle ses comptes avec la municipalité du Plessis-Robinson. Il injecte ainsi dans le récit des fragments autobiographiques (Montaigu, c'est lui !) et noue des fils avec ses romans antérieurs : leur fusion dans le cycle des « Futurs Mystères de Paris », la traque des concordances thématiques permettant de joindre les pièces de son puzzle littéraire, le montrent à la recherche d'une unité qui serait le socle d'une œuvre cohérente et personnelle.

     L'assemblage ne se fait pas sans tâtonnements, de même que le présent récit, en multipliant les pistes, n'échappe pas à la confusion. Mais Wagner est souple comme les chats qui parsèment le récit : il finit toujours par retomber sur ses pattes et se tire des intrigues complexes par une pirouette, d'une réjouissante malice. Il parvient même à définitivement trancher la question de la différence entre le fantastique et la science-fiction en faisant intervenir dans son roman les deux archétypes qui les caractérisent et qui ont une apparence féminine : la Science-fiction est blonde et le Fantastique brune.
     Qui dit mieux ?

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2000 dans Bifrost 28
Mise en ligne le : 22/10/2003


     Roland Wagner a planté sa tente chez l'Atalante. Cela devrait valoir à ses romans bien plus de pérennité qu'au Fleuve, ce qui est le moins pour une série dont chaque épisode doit donner envie à qui le découvre d'acheter ce qui précède. On retrouve donc personnages et narrateurs, Tem, détective transparent, sa petite amie, son copain amateur de fumette, la copine d'icelui, plus une intelligence artificielle sympathiquement incontrôlable et sa progéniture. S'y ajoutent évidemment d'autres éléments rencontrés antérieurement, le souvenir du grand-père de Tem, écrivain populaire dont les romans sont tout simplement ceux publiés par Wagner avant cette série ou parallèlement à elle, un colonel en exosquelette, un « acidulé », un gourou normalement malhonnête, des toons, un flic con et une flopée d'archétypes incarnés, plus ou moins façon Jung, permettant entre autres de résoudre l'angoissante question de la différence entre science-fiction et fantastique (l'une est blonde, l'autre brune). La liste n'est bien entendu pas exhaustive.
     D'un côté, cela peut exaspérer. Parce qu'on a déjà plus ou moins vu tout ça. Ou que certains n'apprécieront pas de lire que « Michèle et Mabel sont des maux qui vont très bien ensemble », ou autre facétie potachesque. Et que le petit milieu fanique aura tôt fait de réduire l'affaire à une longue variation sur la déprime de l'auteur après qu'un pitbull ait massacré son chat. Ce qui est de fait un des moteurs de l'histoire. N'empêche. Primo, on peut goûter la répétition, essence même de la littérature populaire. Et ses variations, pas inintéressantes. Secundo et surtout, il y a aussi une histoire. Et après mise en place et fausses pistes, on se retrouve dans une banlieue aisée psychiquement coupée du monde, piège à archétypes tenu par des « démons réactionnaires », avec personnages curieux et scènes grandioses, d'un bal musette à des combats titanesques relevant de Tex Avery plutôt que de Goldorak, avec entre autres destruction de lotissement prétentiard par l'improbable réunion d'une statue géante de De Gaulle, d'un « supercommuniste » en maillot rouge, faucille et marteau, et de l'esprit du LSD. Le tout sur fond de démontage de magouilles de (très) grandes entreprises. Rien que ça mériterait le coup d'œil. À condition peut-être que le lecteur ne se prenne point trop au sérieux. Ou aime l'improbable. Il paraît que c'est le cas de certains amateurs de SF.
     On ajoutera que malgré l'accumulation de panonceaux (métaphoriques) invitant à prendre la chose du deuxième au nième degré, on peut aussi apprécier le suspense, la capacité à passer d'un narrateur à l'autre pour quitter une action juste au moment où on est le plus accroché, bref le jeu avec toutes les ficelles tenant le lecteur en haleine. Et on ajoutera que, pour ceux qui auraient du mal à prendre le train en marche, l'Atalante republie les premiers volumes, La Balle du néant, Les Ravisseurs quantiques, L'Odyssée de l'espèce, complétés de nouvelles inédites, même si l'une de celles-ci n'est qu'une pochade de deux pages prophétisant l'obsolescence rapide des CD. Les amateurs d'aventure déjantée et d'humour nonchalant, ou de pacifisme teigneux, qui auraient raté lesdits romans pourront commencer par là. Les fans de Caza aussi, pour les couvertures. Les autres passeront directement au dernier volume. Tant pis pour les pisse-froid. Ou pour la municipalité du Plessis-Robinson, cible d'une charge réjouissante. Et saine.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/9/2002 dans Galaxies 26
Mise en ligne le : 16/2/2004


 

 
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