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Picatrix, l'échelle pour l'enfer

Valerio EVANGELISTI

Titre original : Picatrix, la scala per l'inferno, 1998

Cycle : Eymerich  vol. 6 

Traduction de Sophie BAJARD
Illustration de Pol DE LIMBOURG

RIVAGES (Paris, France), coll. Fantasy n° (61)
Dépôt légal : octobre 2002
276 pages, catégorie / prix : 19,95 €
ISBN : 2-7436-1010-7   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   in Nicolas Eymerich, inquisiteur - volume 2, LIVRE DE POCHE, 2017
   La VOLTE, 2014

    Quatrième de couverture    
     1361. À Saragosse, quiconque entre en possession du Picatrix, un ouvrage de magie occulte, est assassiné par de monstrueuses créatures à tête de chien.
     Pour résoudre ce mystère, l'inquisiteur Nicolas Eymerich va devoir pénétrer sur les terres de ses ennemis musulmans, dans le royaume arabe de Grenade. Sur sa route, il croisera les grands penseurs et mystiques orientaux, d'Ibn Khaldûn à AI-Khatib, et affrontera l'horreur avant de découvrir l'explication de ces meurtres terrifiants.

     Au Libéria, des siècles plus tard, des mercenaires de l'Euroforce, alliés aux chemises noires de la RACHE, provoquent l'exode massif et apocalyptique des enfants de sable de la tribu des Temne vers le mystérieux empire du Bouganda.

     Aux Canaries où il s'est exilé, le professeur Marcus Frullifer, entraîné par une séduisante journaliste scientifique, assiste à un bien étrange phénomène : une fois par an, au moment de la Fête du diable, les malades de la clinique psychiatrique locale se mettent à aboyer.

     Trois intrigues qui vont se lier inextricablement pour former un puzzle diabolique...

     De l'Espagne du XIVe siècle au futur proche d'une Afrique parallèle, Valerio Evangelisti nous promène une fois encore le long de l'échelle du temps, dans un roman vertigineux où se fondent aventures historiques, réflexions sur l'état du monde, réinterprétations imaginaires et audaces narratives.

    Prix obtenus    
Masterton, roman étranger, 2003

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantasy (liste parue en 2002)  pour la série : Eymerich
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Eymerich

 
    Critiques    
     Revoilà Nicolas Eymerich, peu présent dans le précédent volume de la série, le recueil Métal Hurlant — surtout dans sa version française quelque peu amputée. Cette fois, si notre inquisiteur préféré ne figure plus sur une couverture tirée des Très Riches Heures du Duc de Berry où de gigantesques diables font rôtir laïcs et clercs tonsurés, il est omniprésent dans deux des quatre lignes narratives entrecroisées, dont de loin la plus étoffée, tandis que les deux autres lignes justifient qu'on parle ici de ce livre, qui sans elles pourrait plus relever de la fantasy. Car on y retrouve le professeur Frullifer, un peu perdu de vue depuis le premier épisode et qui, exilé aux Canaries, est confronté à des fous régénérant leurs membres tels des lézards ou des salamandres, ainsi qu'à des phénomènes électriques qui conduisent à réinvoquer la mémoire de Wilhelm Reich ou de curieuses théories « scientifiques ». On y retrouve aussi les nazis balkaniques de la RACHE et les mercenaires de l'Euroforce, en Afrique cette fois, face à d'hallucinants mouvements de population rappelant les migrations de lemmings, bon prétexte à charges contre le FMI et les chaînes de télévision que leur racisme quasi-inconscient rend éminemment manipulables. Parasciences et politique-fiction sont bien au rendez-vous.

     Cela dit, il faut avouer que c'est surtout le reste qui importe : Eymerich en Espagne, dans le royaume arabe de Grenade puis aux Canaries lui aussi. Confronté à des roues de lumière, à des êtres à tête de chien, à des démons, à ce Raucahehil nommé dans les quatre récits. Confronté surtout aux non-catholiques, qu'il déteste peut-être moins que les hérétiques, mais qu'il abhorre tout de même, qu'ils soient musulmans (comme l'illustre Ibn Khaldûn) ou juifs, convertis comme Alatzar, le serviteur qui l'accompagne, ou fidèles à leur religion comme ha-Levi, ministre du roi Pierre de Castille. D'où un festival de haines croisées où la chrétienté se « distingue » particulièrement, de mépris que tout devrait interdire et de sectarismes bornés, qui rappelleront d'autres lieux et d'autres temps. Eymerich, donc, toujours détestable et fascinant, pervers et rigoriste, usant des pires ruses et des pires mensonges pour la plus grande gloire de l'Église et finissant par sauver le monde parce que c'est tout de même lui le héros. Eymerich, aussi, confronté à ce qui est pour lui l'autre radical, une femme, et qui pis est étrangère aux fois rigides, ceci au cours d'une odieuse séance de torture courant au long du livre et, paradoxalement, rendant l'inquisiteur un peu plus humain en éclairant encore davantage ses psychoses.

     Comme d'habitude avec Evangelisti, l'entrecroisement n'a pas seulement pour but d'assurer et de prolonger les suspenses de fin de chapitre, mais correspond à une convergence finale dont des lambeaux se dévoilent parfois, mais qui surprend tout de même. Et comme d'habitude, la science-fiction est présente mais mêlée à la fantasy, encore que la magie soit dûment « rationalisée », même si c'est au travers de théories plutôt étonnantes (et controuvées). Enfin, l'aventure est au rendez-vous, évidemment, et ce septième volume, s'il n'a pas l'ambition de Cherudek, est une mécanique fort bien huilée, propre à captiver et à piéger le lecteur. Et si cela peut sembler tout de même un temps de repos dans la série, c'est un remarquable prélude au volume suivant, Le Château d'Eymerich, paru en Italie en avril 2001, plus ample, et où l'inquisiteur a de nouveau affaire, et au judaïsme, et à une femme qui le met pour le moins mal à l'aise. On peut tout à la fois parier et espérer qu'il continuera longtemps à irriter, à indigner et à fasciner, tout comme Evangelisti continuera à nous passionner en explorant les tares du monde et de l'âme humaine.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004


     1361, Saragosse : Eymerich enquête sur des phénomènes diaboliques et leur cortège de crimes aussi monstrueux qu'inexplicables. À notre époque, le professeur Frullifer cherche à comprendre pourquoi les malades mentaux d'une clinique des Canaries se mettent à aboyer lors de la fête du Diable. Dans un futur proche, les tueurs d'un Occident déshumanisé massacrent les colonnes d'une étrange « croisade des enfants »...
     Lorsqu'on découvre que l'auteur a placé en exergue de son roman une citation issue du Manuel des inquisiteurs du véritable Nicolas Eymerich, on n'y voit rien que de très naturel. Mais Valerio Evangelisti prend soin d'y ajouter une autre citation — plus récente celle-là (1977) — en provenance de la Banque mondiale, évoquant, sur le ton grandiloquent qui sied aux élites, « l'émergence d'une nouvelle génération de leaders africains : engagés, compétents et dépourvus d'idéologie [...] fiables et pragmatiques. » ! On devine alors que d'étranges variations temporelles — la marque de fabrique de ces romans dont Eymerich est le (terrifiant) héros — vont mêler aux crimes individuels de l'inquisiteur ceux, plus proches de nous, de la mondialisation libérale qui tue l'Afrique... Et que les trois lignes temporelles du récit ont des liens, sinon évidents au premier abord, du moins logiques.
     Si la fantasy a parfois mauvaise presse, elle le doit à des nostalgies passéistes, à un goût affirmé pour l'ordre féodal, à la valorisation des chefs au détriment des « petits » : les femmes — comme la sorcière torturée par Eymerich — ou les enfants — comme ces millions de gosses africains affamés, manipulés puis massacrés par les forces conjointes de l'Euroforce et de leurs alliés, les chemises noires de la RACHE (enlevez le « H » et tout sera dit). Mais Eymerich a plus d'un tour dans son sac ! Avec Picatrix, quintessence du roman d'aventure, jamais Evangelisti n'aura autant dénoncé un présent qui s'inscrit sous nos yeux, annonçant un avenir proche imaginé comme une sorte d'effrayant retour aux sources empoisonnées des années quarante : « car le ventre est encore fécond d'où naquit la bête immonde ! ». Et jamais il n'aura autant réussi à nous tenir en haleine, humanisant son terrible héros, troublé par l'intelligence de ses adversaires, devenus ses alliés le temps d'un combat contre une menace supérieure, tel le grand penseur arabe Ibn Khaldûn.
     Plus encore que la « sorcière », victime des sévices que lui inflige Eymerich, ce sont les genres que l'auteur torture et réduit à merci. Fantasy, SF, fantastique, roman historique s'entremêlent pour atteindre un sommet dans l'œuvre déjà exceptionnellement brillante d'Evangelisti, à peu près sans égale aujourd'hui dans l'imaginaire européen (seul, sans doute, Juan Miguel Aguilera s'approche de ses ambitions avec La Folie de Dieu).
     Les trois lignes narratives de Picatrix — sous-titré L'Échelle pour l'enfer — s'entrecroisent et se répondent avant de déboucher un final aussi logique qu'imprévisible... Car ce qui subsiste à travers les siècles, c'est sans doute la permanence de la barbarie, notre époque n'en étant pas moins avare que celle d'Eymerich ! Picatrix éblouira les inconditionnels de l'inquisiteur et lèvera les dernières réticences des hésitants.


Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/2/2003 dans Asphodale 2
Mise en ligne le : 1/10/2004


 
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