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Faux rêveur

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Peter CROWTHER


Science Fiction  - Illustration de David OGHIA
BRAGELONNE n° (17), dépôt légal : janvier 2002
512 pages, catégorie / prix : 22 €, ISBN : 2-914370-15-6

Cet ouvrage réunit deux anthologies dirigées par Peter Crowther : Futures (2000) et Foursight (1999).
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Huit auteurs incontournables ! Huit textes d'une puissance onirique à vous couper le souffle ! Calez-vous bien au fond de votre fauteuil préféré, car vous allez décoller !
     Ce voyage vous transportera à travers les lieux les plus insolites de notre planète et bien au-delà... Contemplez les forêts tombées du ciel au milieu des déserts de l'Afrique. Suivez Andy Warhol à la tête des vampires de Brooklyn. Mais prenez aussi le temps de vous arrêter un moment à Leningrad, durant l'hiver de 1942, il s'y passe des choses effrayantes. Et si cela ne vous suffit pas, découvrez pourquoi les extraterrestres enlèvent les Terriens, ou comment une enquête criminelle peut durer deux cents ans... Absurde, me direz-vous ? Alors peut-être préférez-vous explorer un nouvel univers à l'échelle d'une molécule ?
     Après ça, ne vous étonnez pas d'avoir des visions ou de faire des cauchemars ; car ici le rêve est si tangible que vous pourriez bien y croire. Sensations fortes assurées, savamment orchestrées par les maîtres anglais du Fantastique et de la Science-Fiction !

     La nouvelle de Ian McDonald vient de recevoir le prix Theodore Sturgeon Memorial Award de la meilleure nouvelle de l'année. Ce prix prestigieux récompense l'excellence de la forme.

     L'anthologiste Peter Crowther, vous propose de découvrir huit textes de Science-Fiction et de Fantasy moderne par les maîtres incontestés du genre en Grande-Bretagne : Stephen Baxter (Voyage), Paul J ; McAuley (Les Conjurés de Florence), Peter Hamilton (Rupture dans le réel), Kim Newman (Anno Dracula), Graham Joyece (Indigo), Michael Marshall Smith (Frères de chair), Ian McDonald (Desolation road) et James Lovegrove.


    Sommaire    
1 - Ian McDONALD, Tendeléo (Tendeléo's story), pages 7 à 81, trad. Nenad SAVIC
2 - Paul J. McAULEY, L'Histoire en marche (Making History), pages 83 à 141, trad. Karim CHERGUI
3 - James LOVEGROVE, L'Autre moitié de ma vie (How the other half lives), pages 143 à 189, trad. Maryvonne SSOSSÉ
4 - Stephen BAXTER, Poussière de réel (Reality Dust), pages 191 à 249, trad. Sylvie DENIS
5 - Graham JOYCE, Les Nuits de Leningrad (Leningrad nights), pages 251 à 291, trad. Michelle CHARRIER
6 - Kim NEWMAN, Andy Warhol's Dracula (Andy Warhol's Dracula), pages 293 à 356, trad. Mélanie FAZI
7 - Michael Marshall SMITH, Vaccinator (The Vaccinator), pages 359 à 403, trad. ANGE
8 - Peter F. HAMILTON, En regardant pousser les arbres (Watching Trees Grow), pages 405 à 487, trad. Jean Claude MALLÉ
9 - Peter CROWTHER, Postface, pages 489 à 498, Postface, trad. Tom CLEGG

    Prix obtenus    
Les Nuits de Leningrad : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle étrangère, 2003
Tendeléo : Theodore Sturgeon, [sans catégorie], 2001
 
    Critiques    
     Non, vous ne rêvez pas  : Faux rêveur est, forever, un événement.

     D'une part, il s'agit de la première anthologie publiée chez Bragelonne, qui réunit – contre toute attente – les textes de deux anthologies britanniques consacrées l'une à la science-fiction (Futures), l'autre au fantastique (Foursight). L'éditeur réaffirme ainsi sa volonté de ne pas se limiter à la fantasy et de s'adresser à différents publics au sein d'une même collection indifférenciée.
     D'autre part – et c'est là le plus important – , cette anthologie bénéficie d'un casting impressionnant : huit auteurs britanniques, parmi les plus grands noms de l'Imaginaire contemporain, composent un sommaire plus qu'alléchant  !

     Première constatation, la novella est un format idéal en SF. Située entre la très longue nouvelle et le court roman, elle permet à l'auteur de tirer tout le sel de l'idée de départ sans lui donner la tentation de la délayer. Profitons de la chance qui nous est offerte avec Faux rêveur  : ici, chaque texte est d'autant plus fort que les auteurs ont développé des univers riches et ambitieux en s'en tenant à l'essentiel, là où d'autres auraient produit d'honorables romans comme on en lit trop, en ajoutant simplement quelques péripéties convenues par ci, quelques rebondissements de pure forme par là, voire quelques digressions superflues.

     Tendeléo de Ian McDonald en est la parfaite illustration. Cette nouvelle raconte l'une des plus curieuses invasions extraterrestres qui ait été imaginée  : des îlots de verdure tombent du ciel, s'implantent et transforment les paysages alentour en progressant au rythme de cinquante mètres par jour  : ces « forêts aliens  », constituées de nanomachines, altèrent et refaçonnent la réalité. Obligée de quitter son village lorsqu'un de ces amas s'abat sur le Kilimandjaro, la jeune Tendeléo trouvera refuge à Nairobi jusqu'à ce que la ville soit elle-même gagnée par cette lèpre nanotechnologique. Faut-il fuir plus loin ou accepter le changement et s'adapter  ? Ce récit narré à deux voix a reçu le Theodore Sturgeon Memorial Award de la meilleure nouvelle de l'année, qui récompense l'excellence de la forme  : un prix amplement mérité !
     Après ce superbe texte, L'Histoire en marche de Paul J. McAuley a plus de mal à passer. Les intrigues politiques dans les suites de la Guerre Tranquille – ainsi nommée car menée à distance – dans un contexte hypertechnologique, demeurent assez confuses et somme toute un peu vaines. Le style de McAuley n'est jamais facile ni fluide, il en devient parfois abscons.
     On apprécie d'autant plus L'Autre moitié de ma vie de James Lovegrove, qui aborde le clonage sur un mode fantastique. Ce texte cruel et terrible se double d'une réflexion sur le prix que l'on doit payer pour réussir, dans une belle allégorie du sacrifice d'une part essentielle de soi-même – la compassion, l'humanité... – qu'exige parfois l'accession à la richesse.
     Retour à la science-fiction avec Poussière de réel, de Stephen Baxter, un impressionnant space opera où les hommes tentent de reprendre en main leur destin après avoir subi la domination des extraterrestres Qax, tout en traquant les immortels « collabos  » Jasofts jusque sur les lunes de Jupiter où ils s'apprêtent à fuir dans un autre niveau d'existence. Ambitieux et passionnant.
     Les Nuits de Leningrad, de Graham Joyce, sont au contraire solidement ancrées dans la réalité la plus sordide, celle de la Seconde Guerre mondiale. A peine fantastique – les quelques fantômes entraperçus pourraient être mis sur le compte d'hallucinations bien compréhensibles dans ce contexte – , cette nouvelle désespérée met en scène un jeune garçon qui joue les bienfaiteurs d'une bien terrible manière, en insufflant la vie grâce à la mort.
     Troisième texte fantastique, le Andy Warhol's Dracula s'inscrit dans la série des Anno Dracula de Kim Newmann. Située dans un univers parallèle où les vampires côtoient les hommes, l'intrigue retrace en parallèle l'ascension sociale d'un vampire ambitieux et la biographie imaginaire d'Andy Warhol, qui fut lui aussi, à sa manière, un prince de la nuit.
     Après tant de noirceur, Vaccinator, de Michael Marshall Smith, est une parodie très drôle des histoires paranoïaques à la X-files. Bonne humeur assurée avec cette nouvelle qui est théoriquement la quatrième de l'anthologie fantastique d'origine, alors qu'il s'agit évidemment de SF...
     Pour finir, une pure merveille. En regardant pousser les arbres, de Peter Hamilton, est une enquête policière qui commence en 1832, dans un XIXème siècle alternatif, technologiquement très en avance sur le nôtre. Mais le coupable ne sera démasqué qu'en 2038 dans un autre système solaire. En deux siècles, les progrès scientifiques fulgurants ont en effet permis non seulement de conquérir les étoiles, mais aussi d'acquérir l'immortalité – le policier et les principaux suspects sont donc toujours vivants – , et naturellement d'apporter de nouvelles méthodes à la police scientifique. Un chef d'œuvre  !

     Bref, l'ampleur des textes et leur exceptionnelle qualité ont de quoi réjouir les lecteurs. A ceux qui s'inquièteraient du mélange SF et fantastique, signalons que deux des trois nouvelles fantastiques flirtent fortement avec la SF puisque l'une s'intéresse au clonage tandis que la seconde se déroule dans un univers parallèle. Seule la nouvelle de Graham Joyce pourrait détonner – guère plus cependant que celle, résolument humoristique, de M.M. Smith – mais l'unité du recueil n'en pâtit pas car il s'agit d'un récit tout aussi impressionnant que les autres.
     Au total, Faux rêveur tient toutes ses promesses et confirme sa stature d'anthologie-événement.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 11/4/2002
nooSFere
Mise en ligne le : 11/4/2002


     Avec l'humour qu'on lui connaît, Alain Névant s'inquiétait de l'exceptionnel accueil critique de Faux Rêveur, signe annonciateur selon lui d'un échec commercial prévisible ! Les prédictions cyniques de l'éditeur semblent démenties par l'intérêt des amateurs éclairés de SF, qui sont en passe de s'apercevoir qu'ils tiennent là l'une des meilleures anthologies non thématiques de ces dernières années.
     Ne cherchons pas d'autre fil d'Ariane que celui de la nationalité : huit textes, huit britanniques ! Pas d'unité de genre : si la quatrième de couverture évoque SF et fantasy, une lecture attentive classera à la rubrique fantastique trois des textes proposés, l'un relevant presque de la littérature générale.
     L'autre moitié de ma vie, de James Lovegrove, charge assez convenue contre le capitalisme financier, doit à la présence d'un clone-golem son rapport ténu à la science-fiction. Les Nuits de Leningrad, de Graham Joyce, évoque le siège interminable de la ville par les Nazis au cours de la Deuxième Guerre Mondiale. Atout du texte : une force évocatrice impressionnante. Andy Warhol's Dracula, de Kim Newman, offre une lecture mythique des années 70 sur fond de drogue, sexe et mort : un bon cocktail pour le bal du vampire médiatique en chef...
     Trois nouvelles décalées, les plus brèves du volume, dont on ne regrette pas la lecture (nous avouerons notre préférence pour le texte de Joyce, et au diable les étiquettes quand la littérature est à ce niveau !). Restent les cinq novellas qui constituent l'apport essentiel de ces faux rêveurs (on n'insistera pas sur le titre, car nous avons gardé une affection sincère pour les plaisanteries de potache !).
     Michael Marshall Smith nous offre, comme toujours, l'un de ces textes apparemment anodins, sans malice, très grand public, qu'il affectionne. Vaccinator fait mine de prendre au sérieux les histoires d'enlèvements extraterrestres à la X-Files. L'auteur nous la joue SF déjantée et dialogues au premier degré, « petits gris » dignes des très riches heures de Jimmy Guieu à l'appui ! Hilarant, Vaccinator est un texte de SF post-moderne... la déconnade en prime !
     Modèle de hard-science, Poussière de réel est un récit vertigineux aux accents dickiens. Une Terre future dévastée, des extraterrestres en fuite, leurs collaborateurs traqués et des révélations sur la réalité de l'univers... Indéniablement le texte le moins accessible du volume, Poussière de réel surprend : derrière l'apparente aridité du sujet surgissent des personnages à l'humanité douloureuse.
     Passionné par les révolutions et par les dirigeants charismatiques, Paul J. McAuley s'est livré dans L'Histoire en marche — titre à l'ironie cruelle — à une relecture de la Commune. Massacrés par les troupes terriennes, les habitants de Paris, Dionée, (un clin d'œil à Wim Wenders ?) subissent la répression. La grande force du récit de McAuley, c'est de choisir le point de vue d'un chercheur hostile au leader insurgé, ce qui donne à ses interrogations une force accrue. On aurait tort de ramener la nouvelle à son propos en omettant de souligner la solidité de l'intrigue et la qualité des portraits de personnages (ainsi Dev Veeder, le tortionnaire aux délirantes prétentions éthiques !).
     Peter Hamilton confirme, avec En regardant pousser les arbres, que seule la SF peut valoriser certaines situations (ici une enquête policière s'étalant sur deux cents ans !). On soulignera avec intérêt que Hamilton, l'un des rares auteurs britanniques à se situer dans la mouvance conservatrice (voir le dernier numéro de Galaxies), renouvelle avec inventivité la notion de punition sans recourir à la peine de mort.
     Si nous l'avons gardée pour la fin, c'est que Tendeléo est une nouvelle totalement éblouissante. Ian McDonald, l'un des plus grands écrivains de la SF contemporaine, parvient à traiter un thème aussi classique que l'invasion extraterrestre avec une force, une originalité, une empathie peu commune avec ses personnages (les lecteurs de Galaxies avaient déjà pu découvrir cette qualité à l'occasion du dossier de notre n°14). Tendeléo ? Des zones envahies, des forces armées et des scientifiques, une jeune fille qui trace son chemin envers et contre tout (et tous)... Une construction et un sens du récit exemplaires, des dialogues impressionnants : avec Tendeléo, McDonald est un écrivain en état de grâce.
     Faux Rêveur ? Un texte agréable, trois bons textes, trois superbes récits et un chef d'œuvre. Quelle moisson ! Faux Rêveur ? Une anthologie que n'importe quel éditeur serait fier d'avoir publié.

Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/6/2002
dans Galaxies 25
Mise en ligne le : 1/2/2004


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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