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Triton

Samuel R. DELANY

Titre original : Triton, 1976

Traduction de Henry-Luc PLANCHAT
Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5293
Dépôt légal : juillet 1988
448 pages, catégorie / prix : 8
ISBN : 2-266-02200-8   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vous pouvez tout faire sur Triton : changer de peau, de sexe, de vie. Il y aura toujours une communauté pour vous accueillir. Et si vous refusez toutes les règles, installez-vous dans le secteur indépendant : les lois y sont suspendues.
     Bron Helstrom, ancien prostitué martien, s'est spécialisé dans une science nouvelle : la métalogique. Il cherche sa place dans cette société multiforme et sophistiquée qui a balayé tous les dogmes, toutes les contraintes.
     Bron aime l'Epine, une jeune femme qui donne des représentations de microthéatre pour spectateur unique. Peut-on être successivement un héros et un lâche, un homme et une femme ? Oui, sur Triton : Bron en fera l'expérience.
     Triton est un univers complet, avec ses arts, ses loisirs, ses sciences, ses jeux, ses modes, ses formes nouvelles de travail, d'habitat et de sexualité. Roman d'aventures, roman d'amour, somptueuse fresque du futur : Triton est tout cela avec l'audace, l'élégance, l'intensité, la ferveur de la vie.

     Samuel Delany, né à Harlem en 1942, fut un jeune prodige, publiant son premier roman à vingt ans. Il cultiva le roman d'aventures poétiques avec La Chute des tours, puis s'orienta vers l'avant-garde dont il apparut comme le leader dans ses écrits théoriques et ses romans. Triton est un roman de la maturité, une« hétéropie ambigüe » où un noir apporte sa contribution paradoxale au message féministe et au culte de la différence.

    Prix obtenus    
Prix de la SF de Metz, roman étranger, 1978
 
    Critiques    
     Triton, c'est une certaine histoire du futur. Tableau d'une société qui a évolué aussi bien dans le domaine des arts (microthéâtre), dans celui des sciences que dans celui de la sexualité. La vie y semble plus libre et le vingtième siècle de la Terre paraît bien loin.
     Un homme peut devenir une femme et vice versa. Bron, le personnage principal du livre, en fera l'expérience à la fois difficile et passionnante.
     Ce roman est sans doute considéré comme un roman d'avant-garde par les intellectuels avertis et confirmés. Moi, qui n'en suis pas un, je lui reproche sa lourdeur, sa touffeur, sa lenteur et son style haché. Au milieu des digressions et des informations en parenthèse, il est facile de se perdre et de se laisser submerger, C'est, je le crains, ce qui m'est arrivé.
     Ce roman est trop long et l'action s'y trouve sans arrêt parasitée par des descriptions et des discussions souvent inutiles.
     De Delany, je préfère les oeuvres anciennes, moins touffues, en un mot plus abordables...

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/10/1988 dans Fiction 401
Mise en ligne le : 24/3/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition CALMANN-LÉVY, Dimensions SF (1978)


     « UNE DATE DANS L'HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION »

     Si je m'en réfère au Larousse ou au Petit Robert, un triton se trouve être tout à la fois une divinité à queue de poisson, un mollusque et un batracien, voire le noyau de l'atome du tritium, c'est-à-dire, dans tous les cas, quelque chose de difficile à saisir de par sa nature physique ou hautement hypothétique. Il semble que le roman de Samuel Delany appartienne désormais à ce catalogue de matières ou d'espèces que les dictionnaires ont regroupé à ce vocable. Difficile d'approche (l'épaisseur et le prix), difficile d'accès (le langage), difficile à circonscrire (le propos), TRITON est tout cela à la fois avec, en plus, un essaimage technique propre à décourager le lecteur paresseux que je deviens à force de subir l'avalanche des titres qui augmentent chaque mois l'importance des catalogues.

     C'est dire, avant d'aller plus loin, que ce roman est un coup de massue dont j'ai eu du mal à me relever. C'est dire que ce pavé de 350 pages a pesé lourd entre nos mains durant les longues heures passées à tenter d en deviner le sens. C'est dire le grand coup de chapeau que j'adresse à Henry-Luc Planchat, le traducteur. Car il faut être doté de persévérance mêlée de masochisme, d'un sérieux bagage linguistique et scientifique, et aussi d'une peu commune technique du décodage pour mener à bien ce travail de titan qu'a dû consister l'adaptation de cet ouvrage qui marque (dixit la présentation) une date dans l'histoire de la science-fiction.

     Je ne suis pas des plus doués mais il m'arrive de jouer aux échecs ou au scrabble, j'ai fait quelques années de physique et de chimie, je sais démonter un aspirateur, déboucher un évier, repeindre une cuisine, planter des clous, compter sur mes doigts et même sans mes doigts. Il m'arrive de faire des mots-croisés ou de lire autre chose que du Carter Brown, j'ai vu « Images » d'Altman et j'ai divers ouvrages d'Escarpit dans ma bibliothèque — où se côtoient Thomas Mann, Rabelais et Buzzati. Mais il me faut ici crier « merci ». Je plaide coupable d'incapacité. Je clame mon incompétence. Je me réfugie dans mon ignorance. Je (pourrais-je sans vexer personne utiliser le pluriel ?) ricane mon (et le mot est faible !) incapacité. Et je (les preuves sont à la compréhension ce que la lessive Ariel est à la machine à laver) donne quelques exemples : p. 68 : Pour préciser le modèle paramétrique du langage, Bron utilisa des analogies « significatives » fantaisistes comme : des nuages colorés remplissant l'espace signifiant, et des mots comme : ballons voyageurs qui, lorsqu'on les réunit dans une même phrase, sont entraînés à l'intérieur de leur nuage de signification vers diverses zone spécifiques par des vecteurs syntaxiques résultants mais qui, quand on les relâche, reviennent plus ou moins à l'endroit d'où ils étaient partis, dans leur champs nuageux.

     Et plus loin : ... et tandis que son monologue reprenait lentement l'aspect d'une discussion, il se rendit compte qu'elle avait l'air de connaître, par d'autres applications, certaines des questions les plus techniques (« ... si nous ne parvenons pas à établir une schématisation cohérente d'un problème sur un espace à n coordonnées, une indexation du schéma sur un espace tridimensionnel en une série de matrices représentées par 1, 2, 3... n montre souvent si une meilleure cohérence peut être obtenue sur un espace à n + 1, n + 2, n + 3... n + r coordonnées. Ce qui est très pratique, car pour un schéma donné, vous n'avez plus qu'à prendre le volume qui vous permet de déterminer certains aspects métalogiques de sa traduction que nous pouvons considérer comme une accélération régressive en prenant garde à l'ordre des indices i, j et k des matrices non symétriques... »). Les analogies faciles de Bron étaient finalement très incomplètes (incohérences auxquelles tentait de remédier la technique) mais Miriamne le comprit immédiatement et combla les lacunes.

     Moi, pas !

     Certains esprits chagrins pourront bien entendu m'accuser d'avoir choisi le mauvais exemple — justement le passage où l'auteur, développant sa démonstration explicative de la métalogique... Je prends donc la page 49 et je lis : Et grâce à quelque manipulation technologique très complexe qui demande un magnétisme dépolarisé à très haute fréquence, des ondes magnétiques superposées, et une accélération alternée de la polarité et de la parité, nous pouvons arriver à forcer les nucléons — qui ne sont théoriquement que des protons, mais il se trouve qu'il y a également dans ce cas quelques neutrons — dans certains solides cristallins particulièrement denses, agités uniquement de leur propre « tourbillonnement », nous pouvons donc forcer les nucléons à augmenter le diamètre de leurs orbites, qui s'interpénètrent, jusqu'à environ la taille d'un noyau d'atome de rhodium 103 — qui pour diverses raisons est considéré dans ce domaine comme l'unité de mesure — et cela tout en continuant de foncer à une vitesse proche de celle de la lumière...

   Il y avait une solution. Sauter à pieds joints les paragraphes hermétiques et se contenter de l'histoire proprement dite et des arguties à caractère plus spécifiquement littéraire. L'ennui, c'est, si j'ose dire, un style accumulatif qui force une nouvelle fois à la jonglerie. Prouesse d'écriture et de lecture, me direz-vous. Performance lorsque l'on atteint la page 80, puis 100... et qu'il vous reste trois fois et demie ce chemin à parcourir. Le modèle le plus simple de ce système figure à la page 14 : Je ne peux pas (il quitta le trottoir) regarder chaque personne pour vérifier mon sentiment.
La technique se corse avec un passage comme (p. 19) : Clac ! fit le haut-parleur (ce qui, pensa-t-il — bien qu'il n'ait aucune raison d'en être sûr — était le bruit d'un morceau de vidéobande de cinq cents micropistes venant de se casser) et l'écran se remplit de confettis colorés.
On en arrive aux figures athlétiques (p. 23) : Tu vas le laisser (il tendit vers Bron trois gros doigts portant chacun une bague noire et métallique) tranquille, tu entends ?
Puis au saut périlleux (p. 39) (il y a, page 38, une équation dont je ne vous dis que ça ! ! !) : Le poing (Bron pensa : Peut-être est-ce simplement parce que Lawrence est mon ami) se retourna et s'ouvrit : le fantassin rouge.
Ce qui donne des acrobaties du genre (p. 39) : Ses joues reprirent leur lent mouvement de succion tandis que Flossie (plus grand d'une tête [également rasés] et demie, les yeux aussi larges [et aussi bleus], les mains couvertes d'autant de bagues) s'approchait pour se placer juste derrière Freddie. Ou encore (p. 43) : Bron (plutôt saoul) avait alors (tandis qu'ils buvaient tous les trois, Bron, Sam et Lawrence, dans une cabine de discussion du foyer) demandé à Sam.

     Acrobaties dont je pourrais multiplier les citations par autant de fois qu'il y a de paragraphes.

     J'ai l'air d'assassiner ce roman. Le grand Cthulhu m'en préserve, je ne me sens pas l'audace — la fatuité ? — de dénigrer ce que je ne comprends pas. Tout simplement, Daniel Riche s'est trompé de personne en m'accordant l'intelligence nécessaire (ou la patience) pour accéder à la substantifique moelle. Il se trouve que j'ai été élevé à la vieille école de la géométrie et de l'algèbre. Dès lors, comment vouliez-vous que je jonglasse avec une écriture qui me rappelle les problèmes mathématiques que mon fils s'efforce de résoudre depuis une dizaine d'années ?

     Roman pour candidats à Centrale ou à l'X, roman pour émules de Leibnitz ou de René Thom, en tout cas un beau livre d'études du nouveau cycle d'une science-fiction qui ne me concerne pas.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/3/1978
dans Fiction 288
Mise en ligne le : 5/2/2011




 
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