Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Chant de Montségur

Sylvie MILLER & Philippe WARD



Illustration de Carmen LUCASI

CYLIBRIS , coll. Fantastique n° (4)
Dépôt légal : mai 2001
264 pages, catégorie / prix : 108 FF
ISBN : 2-84358-092-7   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Au cœur du pays cathare, à l'ombre de l'imposant château de Montségur, un groupe de spéléologues est retrouvé mort dans de mystérieuses circonstances. Ce fait divers marque le départ d'une âpre lutte d'influence entre les représentants de l'Eglise catholique, une opaque société culturelle et une jeune Allemande aux charmes ambigus. Quels sont les véritables enjeux de leur quête ? Comment Peire Aicart, simple musicien, se retrouve-t-il entraîné dans un combat qui le dépasse ? Alors que les événements étranges se succèdent, c'est l'avenir même de l'humanité qui semble en péril. Si « le laurier doit refleurir », qui sera en mesure de le faire renaître ?

     Avec Le Chant de Montségur, Sylvie Miller et Philippe Ward livrent un passionnant roman dans la veine d'un fantastique régional, à la fois crédible et inventif, auquel sont désormais associés leurs noms. Après Artahe, salué par la critique, et Irrintzina, couronné par le prix Masterton, Le Chant de Montségur nous plonge dans l'histoire et les légendes du pays cathare. Ce nouvel opus est également un roman de l'intrusion : intrusion progressive du fantastique dans un quotidien rassurant, intrusion du mythe dans notre monde contemporain et intrusion d'une morale salvatrice dans l'espace d'un univers menacé.

     « Philippe Ward, comme tous les grands, écrit toujours le même livre. D'un opus à l'autre, il poursuit un projet littéraire ambitieux et cohérent. Sylvie Miller enrichit le style de son coauteur et donne de la profondeur aux personnages. »
Francis Valéry

 
    Critiques    
     Après Artahe et Irrintzina, Philippe Ward continue à revisiter les légendes des régions pyrénéennes. Coécrit avec Sylvie Miller, ce troisième roman se situe à Montségur, dont le château fait figure de lieu emblématique pour l’Occitanie : suite à un siège de près d’un an, environ deux cents Cathares y furent brûlés en 1244, sous la pression de l’Inquisition. Leur trésor mythique serait encore caché à proximité, et peut-être même le Saint Graal !

     Les auteurs se sont inspirés de ce fascinant contexte et du folklore régional pour bâtir une intrigue solidement ancrée dans l’Histoire. Sans didactisme ni pesanteur, ils retracent les grandes lignes de l’hérésie cathare, caractérisée par le dualisme : si les Cieux appartiennent à Dieu, la Terre, elle, serait la possession du Diable. Ils nous invitent également à suivre les traces d’un allemand qui a exploré la région dans les années 1930 et évoquent même les conséquences des sombres années du nazisme.
     Se déroulant de nos jours, le roman débute de manière purement réaliste, par la mise en scène de personnages particulièrement touchants et crédibles. Le principal d’entre eux, Peire Aicart, était dans les années mil neuf cent soixante-dix un troubadour militant, défenseur à la fois des idées libertaires et de l’Occitanie, avant de se détourner de la langue occitane au profit du français et même de l’anglais. Il tente péniblement de survivre à la mort dramatique de son épouse, survenue au cours d’une exploration spéléologique, près d’un mystérieux pentagramme.
     La mort de quatre jeunes gens dans des conditions similaires va le plonger au cœur d’une chasse au trésor dont pourrait dépendre la survie de l’humanité. Peu à peu, des faits étranges s’accumulent, des sociétés secrètes se dévoilent et des successeurs de l’Inquisition se font menaçants... Le roman régional vire au polar historico-ésotérique, puis au fantastique le plus classique avec l’irruption d’une démoniaque confirmation des théories cathares.

     A condition d’apprécier le genre, on ne pourra qu’être séduit par l’efficacité de ce roman parfaitement équilibré : les différents éléments constitutifs – le décor régional, la toile de fond historique, la musique, les intrigues sentimentales, les scènes de violence où le Diable entre en jeu... – s’articulent entre eux et s’enrichissent mutuellement sans qu’aucun ne domine les autres.
     Un léger sentiment de frustration peut accompagner le dénouement : on aurait aimé en apprendre davantage sur les origines du rôle assigné à Peire Aicart et à ses ancêtres avant lui, ainsi que sur ses implications métaphysiques ; certains personnages auraient pu être développés, comme celui d’Otto Rahn, l’Allemand dont l’ombre plane sur tout le roman... Bref, la matière était suffisamment riche pour de nombreux autres épisodes. Mais, alors que tant de romans tombent des mains en raison de longueurs injustifiées, cette frustration ne témoigne finalement que du plaisir pris à la lecture d’un roman sans temps morts ni passages superflus, d’un ouvrage que l’on peut dévorer d’une traite sans autre regret que sa relative brièveté.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 14/6/2001 nooSFere


     La maison d'édition Cylibris en a fait, du chemin, depuis sa création il y a quatre ans1 ! Les tous premiers livres étaient de fabrication plutôt artisanale (ce qui n'empêchait pas le contenu d'être parfaitement digne d'intérêt), et distribués de façon discrète par Internet. « Step by step » est la devise d'Olivier Gainon, puisque petit à petit la qualité formelle des bouquins s'est améliorée et les livres sont devenus plus faciles à trouver. Une nouvelle maquette a été mise au point, et si j'en juge par les deux premiers bouquins qui en bénéficient — Le chant de Montségur de Sylvie Miller et Philippe Ward, et Le sommeil du juste de Emmanuel Ménard — le résultat est tout simplement admirable !

     Mais penchons-nous sur Le chant de Montéségur. Philippe Ward a commencé à se faire connaître en solo il y a quatre ans à travers deux romans fantastiques : Artahé chez Cylibris, et Irrintzina chez Naturellement. Si par endroit le style péchait un peu, si les personnages manquaient parfois d'épaisseur, les histoires étaient en revanche basées sur des idées et des mythologies originales (le culte d'un dieu ours dans les Pyrénées pour le premier, terrorisme et mythologie basque pour le deuxième), très rythmées, et fortement imprégnées par la région — les Pyrénées — dans laquelle elles se déroulent.

     Le chant de Montségur, écrit cette fois à quatre mains par Philippe Ward et Sylvie Miller (dont on peut commencer à lire les traductions et les nouvelles dans les revues), demeure empreint de ce même régionalisme. Peire Aicart, un auteur compositeur engagé, revient vivre à Montségur, sa région natale. Marqué par le décès de sa femme, un an auparavant, il essaie de reprendre goût à la vie, de se remettre à la création musicale. Il retrouve Michel et Jordanne, des amis d'enfance. Bientôt, il est appelé à apporter son aide dans une mission de sauvetage en montagne ; des cadavres sont retrouvés dans une grotte, un ancien refuge cathare orné d'un mystérieux pentagramme.
     Par la suite, Peire est victime d'étranges visions ; les pentagrammes ont de curieux effets sur lui, et il retrouve les paroles d'une chanson qu'il n'a pourtant jamais apprise : « Dans 700 ans, le laurier refleurira ». De nouveaux personnages viennent se greffer et complexifier le puzzle : le Cardinal Anto Sakic, spécialiste des textes anciens, et dont l'ordre a jadis combattu les Cathares ; Jean Rudel, dont la société Del Gai Saber vise (officiellement ?) depuis sept cent ans (tiens, tiens...) à défendre la langue occitane ; ou encore Elke Ströder, une productrice allemande qui prétend s'intéresser à la musique de Peire. Des hommes sont tués par une créature inconnue, et les mystères s'accumulent à propos de Peire et de ses ancêtres, du mythique trésor des Cathares, de vieux manuscrits et d'anciennes prophéties.

     Le chant de Montségur fait appel à des éléments plus classiques que Artahé ou Irrintzina : mythologie judéo-chrétienne, Diable, pentagrammes, trésor des Cathares... Chasses au trésor et vieux manuscrits ne sont pas de totals étrangers aux lecteurs de romans qui se piquent de revisiter l'Histoire et de la ré-interpréter à travers le prisme de l'imaginaire. Les lecteurs que Ward avait habitué à des mythologies plus originales pourraient regretter ce choix. Il est vrai que le sujet — les Cathares — impose le contexte judéo-chrétien. Mais le personnage du Diable, par exemple, aurait pu être plus original et ne pas sentir le souffre !

     Quoi qu'il en soit, on est tout de même pris d'une furieuse envie de connaître le fin mot de l'histoire, d'apprendre la nature du trésor des Cathares imaginé par les deux auteurs. L'intrigue est menée tambour battant : scènes d'investigation, scènes d'action et événements fantastiques alternent jusqu'au dénouement, lequel ne déçoit pas.
     Sans doute la comparaison entre un auteur et un duo d'auteurs est-elle dénuée de sens, mais les scories de style qui avaient pu me faire grincer des dents dans Artahé et Irrintzina se sont largement estompées dans Le chant de Montségur. Les personnages ont souvent encore l'air d'être téléguidés par les auteurs, mais Ward et Miller nous offrent par ailleurs des retournements de situation fort bien amenés. Par contre, ces derniers n'ont pas réussi à occulter le fait que des ressorts dramatiques, et certains personnages, ne sont pas sans évoquer fortement les deux romans solos de Ward, ce qui atténue l'effet de surprise.

     N'empêche, malgré les défauts que j'ai pu lui trouver, Le chant de Montségur demeure un thriller fantastique efficace et prenant. Les amateurs d'Histoire secrète, les passionnés de mystères Cathares, l'apprécieront. Les lecteurs qui ont aimé les deux romans de Ward ne devraient pas être déçus par la collaboration Miller-Ward. Et à ceux qui ne connaîtraient pas ces deux auteurs, Cylibris offre là une belle occasion de découvrir une nouvelle facette du paysage fantastique français.

Notes :

1. Cette chronique a été rédigée en mai 2001 [note de nooSFere]


Philippe HEURTEL
Première parution : 1/11/2003 nooSFere


 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 65125 livres, 63765 photos de couvertures, 59845 quatrièmes.
8086 critiques, 35709 intervenant·e·s, 1419 photographies, 3684 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.