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    Fiche livre    

Omale

Laurent GENEFORT

Science Fiction  - Cycle : Omale  vol.

Illustration de EIKASIA
J'AI LU, coll. Millénaires n° (6032), dépôt légal : février 2001
414 pages, catégorie / prix : 15,09 €, ISBN : 2-290-30488-3
Autres éditions
   in Omale - tome 1, DENOËL, 2012
   in Omale, 1, GALLIMARD, 2015
   J'AI LU, 2004
Couverture

    Quatrième de couverture    
     «  Alessander jeta un bref coup d'œil au tableau. La platitude et l'infinitude de l'horizon étaient rendues par une ligne qui se fondait dans les bords de la toile. Le peintre n'arborait aucun signe religieux, cependant il retranscrivait ce que l'orthodoxie proclamait  : qu'Omale était un monde plat parce qu'il résultait de la division en deux du Ciel et de la Terre, et infini parce que Dieu lui-même était infini et qu'Il s'incarnait dans Sa création.  »
     Dans un lointain futur... Depuis de nombreux siècles, trois espèces cohabitent sur Omale  : les Humains, les Chiles et les Hodqins. Six de leurs représentants, seulement liés par la volonté de décrypter l'inscription sibylline figurant sur un bris d'œuf dont ils disposent chacun, s'embarquent sur une nef afin d'accomplir la quête pour laquelle ils semblent avoir été élus. A bord, ils vont apprendre à se connaître à travers la pratique du fejij, le complexe Jeu des Relations chile. Durant un voyage mouvementé qui les rapproche autant chaque jour de leur mystérieux commanditaire que de cruciales découvertes sur la genèse d'Omale...

     Laurent Genefort est né en 1968. Fils spirituel des grands écrivains de space opera (au premier rang desquels Stefan Wul), il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages et s'est vite fait remarquer pour son talent de créateur d'univers et sa verve d'ethnologue découvreur de civilisations extraterrestres. Lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire en 1995 pour Arago, il fait partie du « quintette d'auteurs majeurs qui est à l'origine du renouveau de la science-fiction française  » (Jacques Baudou, Le Monde). Avec Omale, il pose les bases d'un nouvel univers qu'il portait en lui depuis longtemps, et dont l'exploration n'a pas fini de surprendre les lecteurs.


    Prix obtenus    
Rosny aîné, roman, 2002
 
    Critiques    
     De façon surprenante, Omale est un monde apparemment plat, qui se révèle en outre infini  ! Ses mystérieuses origines ont été oubliées. Il est peuplé de trois races – humains, chiles et hodgkins – qui coexistent difficilement.
     Six pèlerins, issus des trois ethnies, vont se trouver réunis dans un même voyage, autour d'un œuf dont chacun a acquis un fragment dans des circonstances insolites. Une fois assemblé et reconstitué, l'œuf devrait constituer un indice pour retrouver l'initiateur de cette épopée, et finalement découvrir la véritable nature d'Omale.

     Ce roman débute donc dans un monde en apparence fantastique, et adopte la structure classique d'une quête. Le retard technologique et une attaque de pirates achèveraient de nous convaincre qu'il s'agit d'un ouvrage de fantasy, si nous ne connaissions pas le penchant de l'auteur pour la hard science.

     Au cours du périple, le groupe sera amené à jouer au fejij, le Jeu des Relations chile, qui tient autant des jeux d'échecs et de go que du jeu de rôles, et dont les règles sont trop complexes pour être pleinement appréhendées par l'esprit humain. Le gagnant prendra la tête du groupe et, au fur et à mesure de la partie, chaque perdant devra livrer aux autres sa propre histoire, sous la forme d'un court récit qui s'imbriquera dans l'intrigue principale.
     Evidemment, la structure narrative évoquera immédiatement celle d'Hypérion à l'amateur de SF. Même si l'on s'en défend – car Dan Simmons n'est évidemment pas l'inventeur de ce procédé – la comparaison s'impose de façon un peu agaçante. Heureusement, l'intrigue s'éloigne rapidement de celle d'Hypérion, ce qui permet d'oublier cette référence. Genefort donne d'ailleurs moins de place que Simmons aux récits des pèlerins, au profit de la description de l'univers d'Omale et des relations inter — ethniques.
     Les chapitres sont ainsi étoffés de détails historiques, sociologiques, écologiques qui enrichissent le récit et lui confèrent une densité inhabituelle. Genefort n'hésite même pas à s'aventurer dans le domaine de la sexualité extraterrestre, créant par exemple des contraintes physiologiques assez surprenantes. Mais à aucun moment il ne sombre dans la caricature, car il parvient à doter ses personnages d'une épaisseur qui rend crédible chacune de leurs nombreuses différences. Evidemment, cette richesse et la couleur des descriptions évoque cette fois le grand Jack Vance.

     Le seul reproche pourrait concerner le fondement même de la quête, finalement assez peu vraisemblable quand il aurait été si simple de convoquer directement les personnages. La complication de la mise en scène – notamment le choix d'abandonner de tels enjeux à de fragiles brisures d'œufs – paraît excessive. De plus, l'assaut des pirates, destiné à récupérer les coquilles, semble trop risqué pour être raisonnable  : que les pèlerins soient tous réunis et tous vivants à l'issue des combats et que l'œuf demeure intact tient quasiment du miracle. Enfin, que la lente dérive qui s'ensuit les amène finalement à leur but est une chance inouïe.

     Si Omale marque une rupture avec les romans précédents, il demeure pourtant rigoureusement intégré à l'univers genefortien  : il n'en constitue qu'un élargissement supplémentaire, nous donnant à entrevoir l'un des desseins possibles des Vangk, ces bâtisseurs extraterrestres disparus qui ont disséminé de gigantesques artefacts dans le cosmos. Décidément, il est impossible de lire Genefort sans évoquer les grands noms de la SF anglo-saxonne, puisque cette fois c'est le sens du “ dépaysement scientifique ” et la rigueur d'un Clarke ou d'un Niven qui viennent à l'esprit.

     Omale est sans doute le roman le plus ambitieux de Genefort, et le résultat est à la hauteur du projet. Dès ses premiers romans, cet auteur avait montré son habileté à concilier science et exotisme dans un univers complexe et d'une grande cohésion. Mais ses intrigues étaient souvent jugées trop linéaires et son style un peu sec. Sa maîtrise de l'intrigue et du style n'ont cessé de s'améliorer au fil des romans – dont les derniers, comme Une porte sur l'éther, sont déjà excellents.
     D'un grand classicisme – les références évoquées en témoignent – ce grandiose space opera parvient pourtant à étonner et à enthousiasmer  ; un très grand plaisir de lecture  !


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 7/5/2001
nooSFere


     Trois races se partagent le monde immense d'Omale en une coexistence qui n'est pacifique que depuis peu : Humains, Chiles, et Hodgqins. Appartenant à chacune des trois races, six personnages sont progressivement réunis par la possession de mystérieux fragments d'œuf, et le passage qu'on leur a payé sur une nef aérienne parée à traverser le gigantesque Lac Pacifique : Sheitane, Humaine, au célibat sourcilleux, Alessander, Humain, drogué, presque dépourvu des émotions de sa race, Amees, Hodgqin, érudit discret, Hanlorfaïr, Chile, médecin du bord de la nef, Sikandaïrl, rochile, femelle ostracisée, Kasul, Humain, écrivain libertin et ridicule. Un puzzle bien monté, comme le révèle la somme d'improbabilités nécessaire au regroupement de l'équipe.
     Au cours d'un périple plus que mouvementé, les six vont prendre conscience de leur existence mutuelle, et apprendre les tortueux chemins qui les ont conduits là. Jusqu'à rencontrer leur mystérieux commanditaire. Intrigue plus stéréotypée que vraisemblable : en quelque sorte, la règle de ce jeu littéraire qu'est le roman d'aventures, comme les personnages, pour définir leur groupe, se plient aux règles du fejij, jeu sacré des Chiles.
     Omale est situé dans l'univers interstellaire de Genefort, dominé par les Vangks, mystérieux constructeurs de mondes et de portes de l'espace (les révélations finales ne surprendront donc pas les habitués de la SF). Les peuples d'Omale, eux, vivent une mixture colorée de Moyen-Âge et de XIXe siècle, épicée par des moyens de transport verniens (trains, dirigeables...). Ils sont affligés par des tyrans guerroyeurs et des religions oppressantes (qui ne sont pas sans rappeler l'Eglise créée par Pierre Bordage pour Les Guerriers du silence). Les récits des six pèlerins (qui pour leur part renvoient à Hyperion de Dan Simmons) accumulent les curiosités plus que les explications.
     D'un roman chez Millénaires, on attend peut-être une ampleur nouvelle. Ici le monde est vaste, mais les sociétés sont-elles originales ? Exemple central : sur Omale, le soleil reste au zénith. Mais on ne s'en rend compte que tard dans le livre. Tout le monde vit sur des rythmes circadiens, sans réorganisation des structures pour tenir compte de la situation physique, sans se poser de questions sur le sens des mots “ jour ” et “ nuit ”. Dans Pellucidar, Edgar Rice Burroughs avait au moins tenté de jouer sur le temps.
     Le talent de Genefort réside dans les voyages pittoresques auxquels il nous convie, soutenus par des intrigues bien menées. On ne s'ennuie jamais en lisant Omale, on aime ses protagonistes (Sheitane, Alessander, sur qui on voudrait en apprendre plus), mais on se prend à souhaiter un arrière-plan plus conséquent.


Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2001
dans Galaxies 21
Mise en ligne le : 2/8/2002


     Enfin. On en parlait depuis longtemps. On disait que Genefort se devait de donner une œuvre ambitieuse, à la hauteur de son potentiel. Eh bien voilà !
     Durant une dizaine d'année, Genefort s'est laissé aller au gré d'un long Fleuve Noir tranquille. Et le Fleuve s'est tari... Sa facilité d'écrire lui a fait bénéficier d'un capital de confiance non négligeable mais, dans le même temps, lui a permis une certaine nonchalance. Si le Fleuve ne s'était asséché, peut-être Genefort en serait-il encore à distiller d'honnêtes petits romans toujours sympathiques et agréables, bien faits, jamais médiocres ni excellents. Dans le lit du Fleuve, Laurent Genefort donnait des livres frais et gouleyant comme un beaujolais village. Avec Omale, il passe à la vinification du pinot noir sur une belle appellation communale bourguignonne. La fin du Fleuve l'a contraint a donner du corps à une ambition latente. Nul ne s'en plaindra.
     Il n'y a rien en S-F que je préfère aux histoires de la catégorie à laquelle Omale appartient. C'est pour moi l'essence même du genre. C'est une quête. Celle d'un talisman plus précieux qu'en aucune fantasy : la compréhension du monde. C'est l'essence des Lumières qui habite Omale. Le Zeitgeist qui nimbe Omale ne diffère pas de celui du XVIIIe siècle. L'intolérance règne encore très largement, mais des gens s'évertuent à faire battre les ténèbres en retraite, tels les héros de ce roman.
     Des héros qui sont des marginaux appartenant aux trois races qui peuplent Omale. Kasul, l'écrivain libertin musulman, Sheitane, qui fut femme de pouvoir en terre d'Islam, Sikandaïrl, la guerrière chile géante, Amees, Hodjquin banni pour avoir fait le choix de l'immortalité, Alessander, humain éduqué par les Chile pour être esclave, et Hornlafaïr, l'astronome chile. On découvre l'esprit d'Omale à travers une partie de Fejij, un jeu qui est une métaphore du monde où les perdants sont gagés de raconter leur passé. Ce procédé, aussi simple qu'élégant, nous permet de comprendre pourquoi ils ont été convoqués pour ce voyage.
     Omale est une sphère de Dyson, comme l'Orbitville de Bob Shaw mise en scène dans le roman éponyme paru naguère chez Opta, en « Anti-Mondes ». C'est une coquille emprisonnant une étoile : des millions de fois la surface d'une planète, plus encore que le célèbre Anneau-monde de Larry Niven. Omale est bien sûr rattaché à l'univers Vangk où Genefort a situé la quasi-totalité de ses romans.
     On trouve dans cet Omale le charme et l'esprit de romans tels que Le Sang du serpent de Brian Stableford, Exilé de Michael P. Kube-McDowell ou Patience d'Imakulata d'Orson Scott Card. Il s'inscrit également dans la mouvance de livres comme Le Rendez-vous de Vénus, excellent roman historique signé par l'astrophysicien Jean-Pierre Luminet ou le dernier ouvrage de Thomas Pynchon, Dixon & Mason. L'esprit des Lumières brille sur ce livre. Oserais-je écrire qu'il s'inscrit dans un même mouvement de résistance au « réenchantement du monde », fallacieuse expression qui dissimule le retour de l'obscurantisme ? Peut-être les Lumières finiront-elles par s'éteindre, vaincues par l'entropie, et l'âge des ténèbres par venir, mais il reste encore quelques esprits brillants. Sans avoir la magnitude de celui d'un Voltaire, loin s'en faut, l'humanisme de Laurent Genefort luit sur le petit monde de la S-F francophone. Par les temps qui courent, tout texte dont le propos est d'affirmer que, sous réserve d'en faire l'effort, tout un chacun peut comprendre le monde où il vit est fort bienvenu. Qu'Omale ne soit qu'une dose homéopathique du remède culturel à la crise existentielle de nos sociétés postmodernes n'est pas une raison pour ne le point prendre ; d'autant que la potion est plutôt bonne en bouche.
     En dépit d'une fin un peu faible, Omale reste un roman d'action d'où l'ennui est banni sans pour autant sombrer dans une violence épaisse et basse du front ; et tout intellectualisme pesant en est à cent lieues. Il n'y aura certes pas « un avant et un après », sauf pour l'auteur lui-même, mais le plaisir était là, et bien là... Un bon livre.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/8/2001
dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 7/9/2003



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Base mise à jour le 17 juillet 2017.
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