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Hyperfuturs

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Stéphanie NICOT


Illustration de Julien DELVAL
GALAXIES, coll. Hors-séries de la revue Galaxies n° (3)
Dépôt légal : avril 2000
208 pages, catégorie / prix : 10,70 €
ISBN : néant   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Treize nouvelles et quatorzes auteurs...

     Voici les « Raconteurs d'histoires » !

     Manipulations génétiques ?
     Dérèglements climatiques ?
     Développement des réseaux ?
     Découverte de nouvelles planètes ?
     Ce sont ces thèmes — et bien d'autres — qu'abordent quatorze auteurs, jeunes stars de la SF française et nouveaux auteurs déjà bourrés de talent.
     Voici les Hyperfuturs !



    Sommaire    
1 - Emmanuel LEVILAIN-CLÉMENT, Adieux à Genêts, pages 5 à 18
2 - Raymond ISS, Le Deuxième Portique, pages 19 à 27
3 - Denis KETELS, D.R.E.E., pages 29 à 43
4 - Claire BELMAS & Robert BELMAS, Homo Ludivaguens, pages 45 à 60
5 - Thierry DI ROLLO, Joker, pages 61 à 73
6 - Patrick LUSSIAN, Polyphème, pages 75 à 84
7 - Claude MAMIER, Le Retour des Dieux, pages 85 à 96
8 - Thierry LEVY-ABEGNOLY, Bifurcation fatale, pages 97 à 107
9 - Daniel PARIS, Le Bar du naufrageur, pages 109 à 124
10 - Jean-Jacques GIRARDOT, L'Humain visible, pages 125 à 143
11 - Johan HELIOT, La Peau du monde, pages 145 à 159
12 - Philippe HEURTEL, Zone franche, pages 161 à 180
13 - Christo DATSO, Isobel et le jeu du ruban, pages 181 à 203
14 - (non mentionné), Dictionnaire des auteurs, pages 205 à 208, Dictionnaire d'auteurs
 
    Critiques    
     Hyperfuturs, numéro hors-série de Galaxies, nous fait découvrir de nouveaux auteurs. Certains ont déjà de l'expérience, mais les bonnes surprises viennent surtout des cinq d'entre eux qui sont vraiment débutants. Le plus frappant est la diversité des thèmes abordés : anticipations à court terme, avec manipulations génétiques et réalité virtuelle, voyages extraordinaires dans l'espace, rencontres extra-terrestres et même un paradoxe temporel.
     Pour illustrer cette diversité, voici un aperçu des textes qui m’ont semblé les plus marquants :

« Le Retour des Dieux », de Claude Mamier.
     C'est l'histoire du premier contact entre un astronaute et des extraterrestres, sur Mars, écrite suivant les deux points de vue. Le côté des Martiens rappelle Le creuset du temps de John Brunner, par l’anatomie étrange des personnages et les aspects religieux de leur société. Ce qui donne une véritable force à cette nouvelle, c'est que malgré les différences énormes qui séparent l'homme des Martiens, ils se rejoignent sur un point : le cruel besoin d'eau. Il faut du courage, de l'imagination et surtout du talent pour donner vie à un peuple extraterrestre. Claude Mamier y parvient fort bien.

« Homo ludivaguens », de Claire et Robert Belmas.
     Les « jeunes auteurs », qui viennent d'obtenir le prix Alain Dorémieux, n'en sont pas à leur première nouvelle. Après les campagnes désertées du cycle des Terres mortes, nous voilà de l'autre côté, celui des Hyper-cités, dans une civilisation entièrement tournée vers les loisirs et le jeu.
     Le sombre futur dépeint par les Belmas n'est qu'une extrapolation à peine exagérée de notre présent, et cela le rend d'autant plus effrayant. Le peuple est tenu sous contrôle, abruti par des jeux vidéos et par l'espoir de toucher le gros lot. Tandis que Greg s'enfonce de manière pathologique dans l'univers des jeux, son ancienne compagne, Sarah, tente d'échapper à ce système…
     Cette nouvelle est à mon avis la meilleure à ce jour de l'auteur bicéphale.

« Adieux à Genêts », de Emmanuel Levilain-Clément.
     Pouvoir continuer, après sa mort, à vivre dans un monde virtuel, ce n'est plus un thème très original. D'ailleurs la question de savoir si la simulation informatique d'un homme est douée de conscience est également traitée par Jean-Jacques Girardot avec « L'Humain Visible ».
     L'originalité de Adieux à Genêts, est de se placer dans un cadre quotidien, familier, loin du pessimisme qui caractérise la plupart des nouvelles d'Hyperfuturs.
     Certes tout n'est pas rose, les mondes virtuels ne sont pas gratuits et la dure réalité économique se fait encore sentir. Cependant l'espoir demeure et Emmanuel Levilain-Clément se permet même de fustiger les peurs qui entravent l'utilisation du clonage et de saluer le pouvoir de l'argent des sociétés privés qui viendra à bout de l'obstacle. Sans prendre parti, je constate le courage politique de l'auteur qui exprime des idées plutôt inhabituelles dans le milieu de la SF française.

« D.R.E.E. », de Denis Ketels.
     Cette nouvelle est du pur cyberpunk, avec réalité virtuelle, des biotechnologies et de l'action. Denis Ketels va même jusqu'à imiter le style un peu confus des maîtres du genre. D'ailleurs le lecteur peut éprouver quelque difficulté à saisir le sens de la situation finale, qui pourtant semble intéressante par son mélange de cynisme et d'humanisme.

« Isobel et le jeu du ruban », de Christo Datso.
Le prologue est très réussi : une sorte de conteur du net, Auggie, prend le lecteur à partie pour lui raconter une histoire. La verve échevelée d'Auggie et son ego surmultiplié de hackeur sont très réjouissants. Le reste du texte est bien plus classique.

« Zone franche », de Philippe Heurtel.
     La zone franche est une ville contrôlée par une multinationale spécialisée dans les manipulations génétiques, quasiment indépendante du gouvernement fédéral. Philippe Heurtel y place une belle intrigue policière, tout en démontrant les possibilités des biotechnologies, notamment dans le domaine très prometteur de la « génétique d'agrément ».

     Globalement l’anthologie mérite le détour, ne serait-ce que pour les six nouvelles que je viens de citer.

Matthieu WALRAET (lui écrire)
Première parution : 1/6/2000 nooSFere


Au risque de passer pour un vil flagorneur, il faut reconnaître que Stéphane Nicot, rédacteur en chef de Galaxies et anthologiste, a toujours été persuadé de l’existence d’une nouvelle génération de jeunes auteurs de science-fiction et n’a jamais hésité à lui ouvrir les portes de la publication professionnelle par le biais de Galaxies. Avec plus ou moins de bonheur et de réussite. Porté par un enthousiasme un peu naïf (et souvent agaçant), le discours triomphaliste sur le « Nouvel Âge d’or », la « Reconnaissance » ou encore le « Renouveau » de la science-fiction française ne trompe plus personne. Que le genre se remplume, se refasse une santé ou encore évolue est une évidence qui ne doit pas cacher le vrai piège de cette euphorie illusoire : on ne doit pas se contenter de constater un nouvel élan, on se doit d’y participer continuellement. Et Stéphane Nicot a toujours été un valeureux artisan de cette lutte de chaque instant. C’est pour cette raison qu’on lui pardonnera une préface formelle qui n’est pas à la hauteur du courageux pari consistant à publier de jeunes auteurs inconnus ou à asseoir des nouvellistes plus solides, encore qu’injustement ignorés par l’édition traditionnelle. L’heure était au constat, à l’analyse et à l’anticipation, et il est regrettable d’avoir raté le coche. Avec Adieux à Genêts, Emmanuel Levilain-Clément ouvre avec maestria ce volume. Une idée de départ simple et géniale — la conservation virtuelle des personnalités des morts — et un traitement rigoureux, sensible et subtil, sont les ingrédients d’une grande réussite. Le décor et les implications technologiques s’effacent devant un véritable récit littéraire et émouvant, et le résultat démontre les qualités rares d’un jeune écrivain qui concilie avec simplicité et sensibilité une histoire mainstream touchante sur fond science-fictif. Le Deuxième Portique de Raymond Iss souffre de la proximité et de la comparaison avec le précédent texte. Sur un thème assez proche, animé d’une même volonté, la nouvelle d’Iss pâtit d’un manque de profondeur et d’émotion. La limpidité du texte de Levilain-Clément ne fait que rendre plus évidente une certaine confusion dans le récit et l’approche psychologique des personnages du Deuxième Portique. Un léger retravail aurait pu suffire, mais c’est surtout le fait de faire se suivre ces deux histoires qui ne rend pas service à cette dernière. Dommage, car c’est un bon texte. Nous passerons rapidement sur D.R.E.E., le premier texte de Denis Ketels, que dessert un certain nombre d’erreurs de français et de maladresses d’écriture, et que rend parfaitement incompréhensible une agaçante et incohérente propension à l’utilisation de termes artificiels et hermétiques, au détriment des idées — fort confuses elles aussi. Homo ludivaguens de Claire et Robert Belmas, le couple science-fictif en vogue (lauréat du Prix Alain Dorémieux 2000), est la dénonciation d’une dictature basée sur le jeu obligatoire. Claire et Robert réussissent le pari de l’écriture, comme toujours, mais l’efficacité du texte souffre un peu d’une évidente retenue au niveau du traitement de l’intrigue et des personnages. À vouloir trop bien faire, les Belmas oublient que se lâcher de temps en temps, ajouter un grain de folie (comme dans leurs derniers textes parus), est souvent salutaire. Néanmoins, Homo ludivaguens reste une fort bonne nouvelle. Thierry Di Rollo est réputé pour la noirceur et le côté malsain et dérangeant de ses textes. Joker ne fait pas exception à la règle, il dérange le lecteur de façon involontaire. Effets faciles malgré quelques excellentes idées, écriture relâchée, personnages caricaturaux, double intrigue où l’effet vague du doute et le manque de motivation et d’explication cachent surtout une sévère absence de substance fictionnelle, cette nouvelle ratée ne présente que peu d’intérêt. La fin expéditive ne justifie pas la convergence des deux intrigues et laisse le lecteur se heurter à un mur d’incompréhension totale. Polyphème de Patrice Lussian conte une chasse aux mutants peu ordinaire. Le cadre — l’Australie — et les personnages sont fort bien rendus, l’histoire coule facilement et la petite touche exotique de cette nouvelle est la bienvenue. Sans être original ni bouleversant de maîtrise, Lussian fait passer un agréable moment à ses lecteurs. Que demander de plus ? Le Retour des Dieux de Claude Mamier est une variation sur le thème des Chroniques martiennes. Le résultat est tout bonnement sa-vou-reux ! Une écriture sage et efficace, une idée de départ originale, un sens de la narration solide font que Claude Mamier réussit un pari assez fou : égaler les meilleurs auteurs américains de l’Âge d’or, spécialistes de ce thème. Une véritable réussite que l’on aimerait voir se concrétiser dans les mois à venir, grâce à d’autres épopées martiennes et des récits plus personnels. Claude Mamier est assurément un jeune auteur à suivre. Bifurcation fatale de Thierry Lévy-Abégnoli traite des dérives de la manipulation génétique, et plus spécifiquement du clonage humain. Une idée fort intelligente, un cadre intéressant, un questionnement prometteur ne parviennent pas à faire oublier la grosse faiblesse de ce texte : l’absence de toute psychologie et de profondeur des personnages. Lévy-Abégnoli se contente de faire progresser son histoire, en refusant à ses deux protagonistes toute possibilité de se distinguer, de s’interroger, de souffrir, d’exposer toute une gamme de sentiments indispensables. Si l’humanité des deux Sélène avait trouvé place dans cette nouvelle, nul doute qu’elle aurait été très réussie. Le Bar du naufrageur de Daniel Paris est le bijou de cette anthologie. Mélange de science-fiction originale et de mythologie marine, ce texte se révèle être une formidable claque pour tout amateur de littérature. Sans effets spéciaux, sans surenchère stylistique, Daniel Paris réussit à nous concocter un grand récit original, hybride et humain. L’écriture est parfaite, l’imaginaire riche et torturé à souhait, l’intrigue rondement menée. Le Bar du naufrageur mérite largement le Prix d’Excellence et les félicitations du jury. L’Humain visible de Jean-Jacques Girardot démontre si besoin est toute l’étendue du « métier » de l’auteur. La question de savoir si la souffrance d’un être virtuel en fait un humain et prouve l’existence d’une âme est passionnante. Malgré quelques longueurs, cette nouvelle est un parfait exemple de fiction intelligente et réussie. On regrettera toutefois, une fois de plus, que s’étendre sur les questions en oubliant un peu d’épaissir la personnalité des personnages atténue l’efficacité et la force de l’histoire. Mais est-ce vraiment du chipotage ? Johan Heliot, avec La Peau du monde, jongle avec le thème de l’invasion extraterrestre complexe et ténébreuse. Sa nouvelle est un bon récit de série B, inquiétant et agréable, qu’un final (explication ou ouverture ?) expéditif ne ternit qu’à peine. Pourtant à trop ouvrir de pistes pour entraîner le lecteur dans des interprétations fumeuses, à trop vouloir demeurer secret sans donner d’éléments — même vagues — d’explication, l’auteur court le risque de se prendre à son propre piège. Même habile et captivant, il laisse aux lecteurs un inévitable sentiment d’inachevé. Zone franche de Philippe Heurtel est une sympathique nouvelle de polar-SF. Loin d’être prétentieux, sans être non plus très ambitieux, Heurtel joue avec une certaine réussite avec les clichés et les ficelles des deux genres. Enquête agréable dans un futur plausible, Zone franche se lit avec plaisir. Un léger retravail aurait permis de polir les aspérités d’une écriture un peu verte. Pour conclure, Christo Datso tente l’exercice difficile du paradoxe temporel avec Isobel et le jeu du ruban. L’accroche du récit est prometteuse et alléchante, mais il faut convenir que l’histoire dans l’histoire ne tient pas cette promesse et se révèle souvent incompréhensible et maniérée. L’on se colle mal au crâne à essayer de comprendre des passages où il n’y a peut-être tout simplement rien à comprendre. Si l’on se fait une vague idée de ce vers quoi l’auteur voulait nous entraîner à la fin du récit, on se demande pourquoi il l’a fait de façon aussi complexe qu’impénétrable. Indéniablement, un bon récit se trouvait au cœur de cette nouvelle confuse. En conclusion, Hyperfuturs est une anthologie où le meilleur (souvent) côtoie le pire (un peu). Mais n’est-ce pas le lot de toute anthologie qui fait le pari de la découverte et de la jeunesse ? Futurs au présent et Superfuturs de Philippe Curval en étaient une excellente illustration. Bien des années plus tard, Hyperfuturs pose une première pierre de l’édifice de ce que sera peut-être la science-fiction française de demain. Une première pierre seulement. Des noms disparaîtront, mais certains resteront. Stéphane Nicot participe donc à l’érection de cet édifice avec une anthologie, indispensable et critiquable, courageuse et prometteuse. Le lecteur y puisera bon nombre d’intenses satisfactions durables et de déceptions éphémères. Mais comment croire à des lendemains qui chantent si les lecteurs ne font pas preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit ? Hyperfuturs est une première marche, il nous faut tous la franchir.

Daniel CONRAD
Première parution : 1/6/2000 dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 26/10/2001


     Une nouvelle génération montante...
     Et encore une anthologie de SF francophone ! Qui aurait pu croire à cette profusion, il y a dix ans... ? Celle-ci paraît sous l'égide de Galaxies et regroupe 13 nouvelles d'auteurs connus et inconnus (cinq auteurs publient ici pour la première fois, professionnellement). Et sept des textes sont remarquables, à mon avis, ce qui nous donne une belle moyenne ! Il n'est pas étonnant que ceux de Claire et Robert Belmas et de Thierry di Rollo se détachent : il s'agit là d'auteurs chevronnés, qui livrent de la SF de haut de gamme, centrée ici sur les thèmes du jeu dans un climat plutôt cyberpunk. Homo ludivaguens, des Belmas, est en outre particulièrement bien construit, et fait grande impression. Mais les nouveaux auteurs ne déméritent pas, bien au contraire, et j'ai ainsi apprécié Polyphème de Patrice Lussian, étrange histoire de chasse aux monstres dans le bush australien, ou le splendide et très Âge d'or Le retour des Dieux de Claude Mamier, dans lequel les Martiens mourants attendent un Dieu improbable, qui finalement viendra... Terminons avec le très sensible Le Bar du Naufrageur de Daniel Paris (pour être pilote spatial, il faut être vierge, le saviez-vous ?). Encore au sommaire pour de bons récits : Denis Ketels ou Philippe Heurtel. Dans l'ensemble donc une belle fournée d'écrivains talentueux. Saluons surtout l'inventivité de Stéphane Nicot qui donne l'occasion à de nouveaux écrivains de s'exprimer pour la première fois. Plus tard, ils le remercieront, mais, nous, critiques, c'est maintenant qu'il faut le faire.

Bruno PEETERS
Première parution : 1/9/2000 dans Phenix 55
Mise en ligne le : 1/2/2004


 

 
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