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Différentes saisons

Stephen KING

Titre original : Different Seasons, 1982

Traduction de Pierre ALIEN

J'AI LU (Paris, France), coll. Épouvante n° 2434
Dépôt légal : septembre 1988
640 pages, catégorie / prix : 7
ISBN : 2-277-22434-0   
Genre : Imaginaire


Autres éditions
   ALBIN MICHEL, 1986
        sous le titre Un élève doué, 1999
Sous le titre Différentes saisons
   FRANCE LOISIRS, 1987, 1994
   Le GRAND LIVRE DU MOIS, 1986
   J'AI LU, 1989, 1998, 2000, 1990, 1996
   LIVRE DE POCHE, 2004

    Quatrième de couverture    
     Stephen King
     Maître incontesté du suspense et de l'horreur, il fait partie de ces écrivains qu'il n'est plus besoin de présenter.
     Carrie, Shining, Christine, Cujo, Simetierre... autant de romans — et souvent de films — mondialement célèbres.

     On ne lit pas un roman de Stephen King, on le dévore. Avec Différentes saisons, notre plaisir est quadruplé, car King nous offre cette fois quatre histoires qui sont en fait des romans à part entières.
     Un innocent condamné à perpétuité cherche à s'évader ; un jeune garçon démasque un ancien nazi dans une petite ville de Californie ; des gamins partent à la recherche d'un cadavre ; un médecin raconte l'histoire d'une jeune femme célibataire et enceinte dans les années 30... Rien de commun, en apparence, entre ces quatre thèmes. Mais derrière ces héros d'âges et de milieux très différents, c'est la société américaine que dissèque Stephen King, avec le souci du détail et du mot juste, le sens de l'observation, du suspense et de l'humour noir qui le caractérisent. L'Amérique ne sort pas indemne de cette vivisection. Nous non plus...

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Stand by me , 1986, Rob Reiner (d'après le texte : Le Corps)
Les Évadés , 1994, Frank Darabont (d'après le texte : Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank)
Un Elève doué , 1998, Bryan Singer (d'après le texte : Un élève doué)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition ALBIN MICHEL, Romans étrangers (1986)


     Paru aux USA en 1982, longtemps en tête de la liste des best sellers, le voilà enfin parvenu chez nous, le dernier recueil du grand Stephen ! Comme toujours un pavé (529 pages — et Nolane vous dira si la traduction est ou non coupée), mais recueil à peine, puisque composé seulement de quatre longs textes, inédits avant leur regroupement tétralogique. Quatre novellas, dont l'auteur expose la genèse dans une postface comme toujours pleine d'humour et de modestie, des textes écrits apparemment dans la fièvre, comme entractes entre deux romans, et puis abandonnés puisque, aux dires de King, (mais il exagère), la novella est « un pays vraiment terrifiant, une république bananière de la littérature »... Deuxième originalité, il ne s'agit pas ici de textes d'horreur, ni même de récits fantastiques... D'où leur aspect doublement en marge.
     Le texte qui ouvre le recueil porte un long titre : Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank. C'est une histoire de prison et d'évasion, bourrée de détails réalistes et fourbie de destinées croisées. Ecrite après Dead Zone, son art de décrypter par l'intérieur la vie carcérale fait penser aux meilleurs et plus cruelles séquences de films tels que Midnight Express ou le début de Runaway Train. Du seul point de vue de l'écriture et de la composition, c'est le meilleur texte du lot. Un élève doué, sous-titré « Eté de corruption, », met en scène la rencontre, dans une petite ville, d'un jeune garçon de 14 ans et d'un vieux criminel de guerre nazi qui s'est refait une identité et une virginité. Todd, fasciné par les camps de concentration, fait le siège de l'ex SS et, sous chantage à la dénonciation, se « fait raconter ». Comme on le devine, la fascination vire à l'osmose : Todd commence à expérimenter le meurtre sur des clochards, avant de passer aux grandes séries. C'est le récit le plus fort, le plus original du recueil. King avoue l'avoir écrit en quinze jours (près de 200 pages en français !), après The Shinning, et n'avoir plus rien fait ensuite pendant trois mois.
     On le comprend : Un élève doué, par sa thématique d'imprégnation, emplit le lecteur d'un malaise vite insupportable. Cette « tragédie américaine » (comment un innocent devient plus monstrueux que le coupable) souffre pourtant de la rapidité avec laquelle elle a été traitée : c'est incontestablement trop long, et dans son dernier tiers, l'auteur change de sujet, faisant intervenir le destin (la crise cardiaque) et la politique (un chasseur de nazi), qui rognent quelque peu ce qui, retravaillé, aurait pu être un modèle de prose existentialiste.
     A l'inverse, l'automne (Le corps), paraît plus anodin : il s'agit d'ailleurs d'un récit d'adolescence, à la trame lâche : une bande de copains (dont le narrateur est de toute évidence King lui-même : il deviendra, adulte, un auteur à succès) se met en chasse d'un cadavre (un jeune homme heurté par un train en pleine forêt) afin de s'approprier la découverte macabre. Il y a les histoires avec les parents, les filles, une bande rivale... Simple souvenir de jeunesse ? Le corps, qui est le texte le plus ancien du recueil (écrit après Salem's lot) est autrement complexe et passionnant qu'un simple résumé pourrait le laisser supposer : en fait, King nous fait avec ce récit pénétrer les arcanes de sa création : les peurs nocturnes, la rencontre avec l'horreur visqueuse (pas du Lovecraft, non, mais de simples sangsues), la quête de la mort (l'observation du cadavre déjà pourrissant par des yeux innocents est vue de manière remarquable), entrouvrent des portes que l'auteur écartera largement plus tard : On écrit des histoires pour une seule raison, pour comprendre son passé et se préparer à une mortalité future...
     Bref, une splendide évocation en sourdine. La méthode respiratoire enfin (texte le plus récent) est le seul contenant un brin de fantastique : une jeune femme enceinte veut tellement fort donner la vie à l'enfant qu'elle porte qu'elle accouchera d'une manière quasi-surnaturelle, déjà morte — et de quelle horrible façon. Cette nouvelle, la plus courte du recueil, semble avoir été ajoutée, nous souffle King, à la demande de son éditeur. Sans doute plaira-t-elle beaucoup aux amateurs du King traditionnel, peut-être frustrés de sang par les trois précédents récits... C'est pourtant la moins intéressante des quatre (je ne dis pas la moins bonne), celle où l'on voit à l'œuvre un écrivain plus que doué au travail, au travail, oui, mais pas en grande envolée d'inspiration.
     Le total est bien entendu superbe, et dit plus sur King que ses derniers grands et gros romans d'épouvante. Il s'y livre plus complètement, dévoile ses sources profondes, et (à l'occasion d'une nouvelle comme Un élève doué, aussi imparfaite soit-elle dans la forme) se révèle tout simplement un grand écrivain américain, de la taille d'un John Irving.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/12/1986
dans Fiction 381
Mise en ligne le : 21/1/2003




 
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