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Invasion galactique

Alfred Elton VAN VOGT

Titre original : Supermind, 1977
Première parution : DAW Books, 1977

Traduction de France-Marie WATKINS
Illustration de Christopher FOSS

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 813
Dépôt légal : 1er trimestre 1978
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-277-11813-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Alfred E. van Vogt est né en 1912 au Canada, mais il est fixé depuis de nombreuses années à Los Angeles, en Californie. Il a écrit plus de trente romans dont presque tous ont été des best-sellers mon­diaux. A la poursuite des Slans reste son plus grand succès aux États-Unis avec un tirage de 650 000 exemplaires.

     Dans leur fusée intersidérale, deux Dreeghs foncent vers la Terre. Au risque de provoquer la colère des Grands Galactiques qui depuis sept mille ans régnent sur la pla­nète. Mais qu'importe ! S'ils veulent survivre, il faut aux Dreeghs du sang nouveau, de l'énergie vitale. Et bientôt deux Terriens sont trouvés morts, exsangues, marqués au cou de terribles incisions...

     Pour son journal Le planétaire, William Leigh commence son en­quête. Une enquête qu'il va très vite cesser de conduire à son gré. Car le voici projeté sur un météo­rite mystérieux, proche du soleil, où vivent seuls le Pr Ungarn et sa fille, la très belle Patricia.

     Qui est Ungarn ? L'Observateur galactique ? Et qui est maintenant William Leigh, alors qu'un dé­doublement de personnalité lui confère soudain des pouvoirs extra­humains ?
 
    Critiques    
 
     [ critique de 3 romans d'A.E. Van Vogt : Planètes à vendre (Le Masque SF), Invasion galactique (J'ai lu SF), Les Galactiques secrets (Albin Michel Super Fiction) note nooSFere]

     LES PARADOXES VAN VOGTIENS OU LE RETOUR AUX SOURCES

     Certaines légendes ont la vie dure. L'une d'entre elles veut qu'A.E. van Vogt ait subi sa traversée du désert durant les années 50 et 60. Il est exact que de 1951 à 1963, cet auteur n'a livré que peu de textes comparativement à ce qu'a été sa production au cours de la décennie précédente. Mais cette période a été, pour lui, vouée à la réflexion et à la compilation. Van Vogt publia alors des recueils de ses anciens textes, produisit quelques romans construits à partir de ses premières nouvelles et, en 1957, écrivit une œuvre entièrement originale. La Cité du Grand Juge (The mind cage), œuvre à laquelle, il faut le reconnaître, la critique ne réserva pas un accueil très enthousiaste. En 1959, avec La guerre contre le Rull, il prouva à qui aurait pu en douter encore, qu'il était toujours un grand auteur de space-opera.
     C'est pourquoi, contrairement à ce qui est écrit en quatrième de couverture de Planètes à vendre, il est faux de prétendre que ce roman est dû à une sorte de « retour providentiel » que van Vogt aurait opéré en 1970. Une autre précision s'impose, en ce qui concerne cet ouvrage : cette « nouvelle histoire pleine de bruit, d'événements et de rebondissements » n'est pas si « nouvelle » qu'on veut bien nous le laisser croire puisqu'elle figure presque intégralement dans un cycle de nouvelles consacré au personnage d'Arthur Blord publié de 1943 à 1946 dans Astounding sous la signature de... Madame van Vogt !
     Le cycle d'Arthur Blord — homme d'affaires génial régnant sur un fabuleux empire financier réparti entre les innombrables planètes d'un Banc d'étoiles situées à la périphérie de la Galaxie — comprend six nouvelles. La première, qui est aussi la moins importante, fut supprimée de l'ensemble lorsque celui-ci parut en volume en 1954 sous la seule signature d'Edna Mayne Hull, autrement dit Madame van Vogt 1.
     Edna Mayne Hull est morte en janvier 1975 et il convient de lui rendre hommage pour la collaboration étroite et fidèle qui l'a liée à son époux depuis leur mariage, en 1939, jusqu'à sa disparition, il y a maintenant plus de trois ans. Si l'on en croit le magazine américain Locus, van Vogt devrait être présent en novembre à Bruxelles pour assister à Eurocon IV. Ce sera l'occasion ou jamais de lui demander des précisions sur cette collaboration avec son épouse.
     Mais revenons à Planètes à vendre. Arthur Blord s'oppose en homme d'affaires intelligent et actif à d'autres capitalistes de moindre envergure et profite de leurs négligences, de leur vanité et de leur redoutable bêtise pour les ridiculiser et, bien sûr, exploiter les événements à ses propres fins, plus propres que celles de ses adversaires. Parmi ceux-ci, deux sortent de l'ordinaire et méritent qu'on s'y attarde : le Skaal, un reptile télépathe qui n'est pas sans rappeler l'Ezwal de la Guerre contre le Rull et dont le repaire inviolable sert d'asile à la pègre du Banc (il joue, de ce fait, un rôle d'arbitre plutôt avide d'affrontements humains) et Emerson, une sorte de super savant d'origine terrienne que la soif de puissance a dévoyé. Emerson affronte Arthur Blord parce qu'il sait que, tôt ou tard, celui-ci se dressera sur son chemin puisqu'au sein du Banc, Blord constitue un frein aux menées des ambitieux du fait de son intelligence et de son intuition exceptionnelles.
     Complots, enlèvements, coups de théâtre et retournements de situation ne manquent pas dans ce roman qui évoque quelques-uns des plus grands moments de la science-fiction classique. Bien que le futur dépeint par van Vogt et son épouse ne soit pas toujours très optimiste, le ton de cet ouvrage est léger et non dépourvu d'humour. Il s'agit, en somme, d'un bon space-opera que l'on aurait tort de bouder.
     C'est dans une longue nouvelle intitulée Asylum, parue aux Etats-Unis en mai 1942 (et en France en 1969 dans le recueil du C.L.A. Au-delà du néant) que les Dreeghs effectuèrent leur première apparition. Les Dreeghs sont des mutants galactiques issus d'un accident malencontreux survenu à la suite de leur passage à proximité d'un soleil dont les rayons affectèrent plusieurs milliers d'individus, contraignant les survivants et leurs descendants à se nourrir du sang et de l'énergie des créatures vivantes.
     Dans Asylum, ces « super-vampires » étaient au nombre de deux. Presque à bout de ressources, ils atterrissaient sur notre planète où ils se heurtaient aux représentants des Grands Galactiques.
     Cette histoire est l'une des meilleures de celles qui composent Au-delà du néant car le thème abordé demeure fondamental dans l'œuvre de van Vogt. C'est l'intelligence, chez cet auteur, qui sert avant tout à maîtriser le milieu et à affronter toutes les crises, d'où cette question que pose Asylum : à quoi peut conduire l'intelligence chez un être ayant évolué bien au-delà des limites humaines ?
     En 1965, van Vogt publia dans la revue américaine If une nouvelle intitulée Research Alpha, qui abordait le même thème sous un autre angle. Cette nouvelle parut en France peu de temps après dans Galaxie (n° 27 -juillet 1966) sous le titre Point Oméga, puis fut reprise dans un recueil du Masque S.-F. intitulé Alpha et Oméga. Cette histoire, van Vogt ne l'avait pas écrite tout seul ; elle était, en fait, le fruit d'une collaboration avec James Schmitz, dont le nom, pourtant, n'apparaît pas sur la couverture du volume. En octobre 1968, enfin van Vogt donna une suite à Asylum avec The Proxy intelligence parue dans la revue If.
     Se servant de ces trois nouvelles comme matériel de base, l'auteur intercala, dans la première, deux chapitres relatifs aux acteurs de la troisième, effectua quelques petites modifications ça et là, rédigea un prologue et un épilogue aussi brefs l'un que l'autre et intitula l'ensemble Supermind — I.Q. ten thousand. Ce volume parut chez Daw Books en 1977 et c'est sa traduction française qui vient de sortir chez J'ai lu sous le titre peu fidèle d'Invasion galactique, sans qu'il soit fait mention de la part prise par James Schmitz dans sa rédaction.
     La première partie de ce roman débute de manière très forte et amène progressivement l'intervention du Grand Galactique. La dernière, plus lente, raconte la transformation accélérée par un sérum expérimental d'une jeune femme dont le rythme d'évolution est amplifié jusqu'à lui permettre de rejoindre, sur un plan cosmique, le Grand Galactique qui s'est manifesté précédemment.
     S'il est intéressant de décortiquer la mécanique van-vogtienne sur le plan de la création (Supermind date de 1977, ne l'oublions pas), il est aussi profitable d'examiner les motivations profondes de l'auteur. Elles sont parfois surprenantes.
     On sait que van Vogt est passé maître dans l'art d'assimiler toutes sortes de théories tant philosophiques que scientifiques et de les présenter sous un jour très personnel dans ses histoires. Ici, le thème de l'évolution dirigée par une super-intelligence qui semble dominer la matière, l'espace et le temps, nous paraît curieusement influencé par les thèses évolutionnistes de Teilhard de Chardin.
     L'humanité est surveillée par un observateur galactique, le Professeur Ungarn, qui vit en compagnie de sa fille Patricia sur une météorite à proximité de Jupiter. En fait, Ungarn n'est pas le seul serviteur des Grands Galactiques ; il y a aussi John Hammond, le Directeur Général du bureau scientifique « Recherches Alpha ». Ce bureau sert de couverture à un organisme fonctionnant sur Terre et surveillant le vaste champ d'ensemencement qu'est notre planète pour les Grands Galactiques lorsque ceux-ci se manifestent directement. Les Dreeghs (au Q.I. élevé de 1 000) font finalement presque figure de victimes dans cette affaire. C'est contre eux que les Grands Galactiques ont déclenché une vaste opération de police : on ne saccage pas impunément leur travail mystérieux.
     A noter, pour renforcer la thèse évolutionniste, que la notion de crime a disparu de la surface de la Terre depuis plus d'un quart de siècle au moment où débute l'« affaire Dreegh », et ce, sur l'intervention du Professeur Ungarn auprès des gouvernements humains. Il semblerait qu'il s'agisse bien là de la fameuse « Socialisation » chère à Theillard de Chardin, condition nécessaire au développement et à l'évolution de l'humanité vers plus d'accord avec la divinité située au point Oméga...
     Voilà un roman audacieux qui permet à l'auteur de reprendre des idées partiellement exploitées précédemment et d'en tirer des prolongements tout-à-fait nouveaux.
     La troisième et dernier roman de van Vogt récemment traduit en français s'intitule Les Galactiques secrets et est paru chez Albin-Michel dans la collection Super-Fiction. Nous sommes ici en présence d'un ouvrage qui rompt, par certains aspects, avec la tradition van-vogtienne. Publié aux Etats-Unis en 1974 et sans reprise d'aucun texte ancien, il témoigne en même temps d'un retour aux sources.
     On sait qu'avant de devenir un écrivain de science-fiction, van Vogt écrivit des « confessions vécues ». Sans doute est-ce cela qui lui a permis de nous donner ici un livre plein d'humour dont toute psychologie est loin d'être absente.
     « Ils sont parmi nous », tel est le thème de ce roman que l'auteur formulerait sans doute plutôt de la manière suivante : « les extraterrestres se mêlent de ce qui ne les regarde pas » A cela vient s'ajouter l'imminence d'une invasion de notre planète par une race qui l'habite déjà et attend l'arrivée prochaine d'un gigantesque vaisseau interstellaire. Tout cela n'est pas nouveau dans l'œuvre de van Vogt et j'ai pensé, en lisant ce roman, à un film de Clouzot que nous avons pu revoir récemment à la télévision. Les espions. C'est dans un monde un peu absurde, un peu loufoque et un peu kafkaïen que l'auteur nous plonge : aucun des Galactiques secrets ne paraît dominer la situation à laquelle il est confronté et cela pour une bonne raison : la planète à conquérir, la nôtre, a été mal étudiée au départ. En voulant s'intégrer à la population terrienne d'une manière subtile pour prendre les leviers de commande, nos Galactiques ont négligé un détail important qui va les conduire à des échecs répétés et, finalement, les contraindre à reconsidérer leur position.
     Ce que les Galactiques ont négligé, c'est l'existence de femelles terriennes. Assimilés sans l'avoir prévu, ils se sont trouvés aux prises avec une vie amoureuse et familiale pleine d'écueils et d'une complexité telle que certains sont allés jusqu'à rater les missions qui leur avaient été confiées et à trahir les leurs. Van Vogt, il convient de le souligner, n'est pas tendre pour les femmes et son roman va certainement faire hurler plus d'une féministe, mais il faut reconnaître qu'en contrepartie, il ne ménage pas non plus la fatuité et l'orgueil viril masculins.
     Voilà donc un roman sans véritable héros mais qui abonde, par contre, en anti-héros de toutes sortes dont le plus important est sans doute le Dr Cari Hazzard (un homme de peu) réduit pour son « malheur » à l'état de cerveau ambulant grâce à une chirurgie de pointe et prisonnier d'une mécanique qui ne lui a ôté ni ses souvenirs ni ses complexes de mâle terrien dont le corps, pourtant, n'existe plus.
     Ce livre se lit facilement et est, pour une fois, dépourvu de cette complexité qui, ailleurs, constitue la marque de l'auteur. Et, ce qui est loin d'être négligeable, il déborde d'humour. Sacrés Galactiques !

Notes :

1. Dans son autobiographie « Réflexions of A.E. van Vogt » (Fictioneer Book Ltd. 1975), l'auteur reconnaît avoir fourni le plan et des conseils pour ces histoires. Une exigence d'éditeur fit qu'en 1970, van Vogt accepta, un peu à contrecœur, que son nom figure à côté de celui de son épouse.


Charles MOREAU
Première parution : 1/7/1978 dans Fiction 292
Mise en ligne le : 9/7/2010


 
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