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Les Soldats de la mer

Ada RÉMY & Yves RÉMY

Première parution : Paris, France : Julliard, 1968


Illustration de Philippe JOZELON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Bibliothèque du Fantastique
Dépôt légal : mars 1998
608 pages, catégorie / prix : 69 FF
ISBN : 2-265-06475-0   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     En 1968 paraissait chez Julliard un étrange roman, Les Soldats de la mer, salué par la presse comme un des quatre ou cinq authentiques chefs d'oeuvre que le fantastique ait produit en France dans les deux dernières décennies. Ce livre écrit par Yves et Ada Rémy, un couple d'écrivains, porte en sous-titre Chroniques illégitimes sous la Fédération et raconte l'histoire d'un monde qui se cache à l'envers du nôtre, un monde parallèle où deux lunes brillent dans le ciel et ou fantômes, vampires, doubles et zombies hantent la trame du quotidien. Sa partition constitua un véritable événement pour les amateurs de littérature fantastique. Par la suite, Yves et Ada Rémy livrèrent deux autres romans, une pièce radiophonique et quelques nouvelles avant que leur métier de cinéastes institutionnels ne les accapare complètement. Toutefois, le désir d'écrire ne les a pas quittés et le présent volume, qui reprend Les Soldats de la mer et quelques-unes de leurs nouvelles depuis longtemps introuvables, doit être tenu comme le signe avant-coureur d'un retour très attendu...

    Sommaire    
1 - Daniel RICHE, Préface, pages 9 à 15, Préface
2 - Suicide par imprudence, pages 23 à 56
3 - Celui qui se faisait appeler Schaeffer, pages 57 à 70
4 - Mort pitoyable d'un oupire, pages 71 à 112
5 - Mon Lieutenant, ne prendrez-vous jamais vos quartiers d'hiver ?, pages 113 à 126
6 - Enfants perdus, perdus, pages 127 à 148
7 - La Maison aux engoulevents, pages 149 à 162
8 - Les Soldats de plomb de Niccolo Pasani, pages 163 à 182
9 - Verso d'ailleurs, pages 183 à 196
10 - Les Artilleurs de Cat-Valley, pages 197 à 202
11 - Olga mensonge, pages 203 à 214
12 - Les Rogandins d'Argos, pages 215 à 234
13 - Le Joueur de dames, pages 235 à 242
14 - Les Dogues de Tchangoon, pages 243 à 254
15 - Chut ! mon lieutenant, pages 255 à 276
16 - Dévouement posthume de Charles Tör, pages 277 à 282
17 - La Seconde carrière du Général des Fosses, pages 283 à 296
18 - Fondation, pages 297 à 329
19 - Le Roi d'arbres, pages 331 à 413
20 - Maison à vendre, pages 415 à 428
21 - L'Apocalypse selon Eusèbe, pages 429 à 448
22 - Coups de pistolet dans la forêt, pages 449 à 489
23 - Comme on chasse ses fantômes…, pages 491 à 500, Préface
24 - Le Colporteur de bruits, pages 501 à 591, Pièce radiophonique
25 - ANONYME, Bibliographie, pages 593 à 594, Bibliographie
26 - (non mentionné), Filmographie, pages 595 à 602, Filmographie

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantastique (liste parue en 2002)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition JULLIARD, (1969)


 
     Avec Les soldats de la mer, Yves et Ada Rémy font à l'amateur de littérature étrange la plus belle surprise de l'année. Voilà des contes en forme de chroniques qui enchanteront à la fois l'amateur de science-fiction, celui de fantastique et jusqu'à l'admirateur de Giono (celui du Hussard sur le toit). On ne saurait contenter tout le monde à moins de paradoxes et c'est ce qui explique que le lecteur habituel de Borges ne sera pas mécontent lui non plus. Les Rémy ont fait plus que tenir une gageure qui pouvait paraître impossible. Ils ont su se doter d'un ton personnel, d'un style vif, d'un humour tout en nuances.
     Pour ce faire, ils ont situé leurs chroniques dans un univers différent du nôtre, assez voisin sans doute dans l'espace-temps puisque les passages de l'un à l'autre sont quelquefois possibles. Et ils ont entrepris de nous raconter, sous l'angle de la petite histoire, quelques épisodes de la formation de la Grande Fédération de Laërne. Histoires militaires, car cet autre monde en est encore au temps où la guerre est le ciment des empires. Histoires toutes pleines d'uniformes à soutaches, de lieutenant fringants et d'alezans fougueux, de dangers, de tendresse et de mort, c'est-à-dire d'images d'Epinal. Dans cet autre univers où le ciel abrite deux lunes, les lois naturelles sont un peu différentes. C'est ce qui permet aux Rémy de traiter et de renouveler dans chacune de leurs chroniques un thème fantastique tout en lui donnant une apparence de rationalité, si bien que selon l'esprit dans lequel on le lit, le livre peut satisfaire à la fois l'admirateur sourcilleux d'Asimov et l'amateur exclusif de surnaturelles épouvantes. Ainsi se succèdent et se combinent le voyage dans le temps et ses paradoxes (avec sa réplique, le fantôme), le vampire ou plutôt l'oupire (avec son symétrique : la psychose), le monde parallèle (avec son reflet, l'errance maudite ou encore la chasse diabolique), la magie sympathique (avec sa réciproque, l'hallucination). Mais ce jeu des répondants ne doit pas être poussé trop loin car, à un détour de page, les Rémy laissent dans le vide et dans l'inquiétude l'imprudent qui croit les avoir percés au jour et avoir saisi leur méthode. Il se révèle alors qu'il n'y a pas d'explication, ni dans la rationalité, ni dans l'irrationalité, et que le conte s'impose dans l'imaginaire, ne renvoyant qu'à cette autre réalité qu'ont su animer les Rémy. Comme si cet autre monde avait son insolite propre qui ne rentrerait pas tout à fait dans nos catégories.
     Il arrive que le même thème, ou presque, soit repris deux fois et entièrement transformé, retourné. Ces jeux, ces transparences, et ces déformations de la réalité proposée ont quelque chose de borgesien et l'on n'est guère surpris de voir le grand écrivain argentin cité par Yves Rémy au nombre de ses écrivains préférés. Mais Asimov, cité lui aussi, n'est guère loin et c'est par un clin d'œil bien sympathique que les Rémy baptisent Fondation leur dernière chronique. Un clin d'œil qui va fort loin car les seules citations de quelques lignes, qui précèdent chaque conte et qui sont « empruntées » à la « Nouvelle Histoire de la Fédération — Université de Laërne », suggèrent avec force un arrière-plan politique et historique d'une complexité ténébreuse. Ajouterai-je que la seule lecture de la table des matières m'a jeté dans la jubilation ? Les Rémy ont le goût du beau titre.
     Il faut lire Les soldats de la mer. Jamais depuis bien des années la littérature française de l'étrange n'a trouvé une expression aussi originale, aussi personnelle. Je m'engage à manger un exemplaire du livre (il est doté d'une couverture cartonnée) si un seul lecteur de Fiction ne le trouve pas à son goût. Et il me reste à espérer que Yves et Ada Rémy trouveront bientôt le chemin des pages de ce magazine 1.


Notes :

1. Ce livre avait déjà été cité par Roland Stragliati dans ses Lectures insolites du n° 179 de Fiction (N.D.L.R.).

Gérard KLEIN
Première parution : 1/1/1969
dans Fiction 181
Mise en ligne le : 1/12/2013


 

Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1987)


     Les soldats de la mer n'est pas un roman. Sous-titré Chroniques illégitimes sous la Fédération, le livre se compose de dix-sept textes indépendants, chacun bijou à sa manière, s'ordonnant de façon chronologique autour d'un thème commun : la guerre menée par la Fédération, regroupant la Maison de Laërne, la République d'Ozmüde et la Ligue des Petits Princes de Lauterbronn, contre ses voisins ennemis.
     Quel choc ! Jamais le Fantastique n'avait été marié avec autant de bonheur à la Science-Fiction. Jamais univers de Science-Fiction n'avait irradié pareil parfum vieillot alors même que son odeur fleurait l'avenir et le mystère des mondes parallèles. Et jamais peut-être la jeune demoiselle Science-Fiction ne s'était vue illustrée par une écriture aussi belle : belle, vivante, au vocabulaire riche et merveilleusement adapté à l'atmosphère des récits.
     Vous allez me dire que ça fait beaucoup de compliments et trop de « jamais ». Je vous réponds : lisez, nous en reparlerons ensuite.
     Chacune des nouvelles ressemble à un écrin de satin renfermant une perle. Elles sont toutes surprenantes et mystérieuses. Pas une ne flirte avec la banalité. Pas une n'oublie de nous réserver en dénouement une fleur aux pétales vénéreux que nous dévorons des yeux lorsqu'elle nous mord.
     Yves et Ada Rémy n'ont sans doute pas voulu nous faire aimer la guerre, ils lui ont cependant consacré des morceaux d'anthologie qui lui confèrent le rôle d'un authentique personnage, attachant et physiquement présent à chaque page. Le portrait des soldats, des officiers surtout, force l'admiration. Les militaires y sont à la fois étranges et sympathiques comme cette guerre imaginée, lointaine et familière.
     Lisez. Nous relirons ensemble Les soldats de la mer.

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/4/1987
dans Fiction 385
Mise en ligne le : 28/4/2003


 

Edition SEGHERS, Les Fenêtres de la nuit (1980)


 
     C'est un peu, pour commencer, l'atmosphère des Grandes manœuvres, encore qu'on devine en toile de fond la rude austérité de la Fédération de Laërne. L'instant d'après, tout bascule dans l'effroi secret ou l'épouvante glauque. Fantastique militaire et traditionnel ? Il y a un parti pris de classicisme dans ce livre et on a souvent l'impression d' « avoir lu ça quelque part ». Cette illusion est voulue par les auteurs et provoquée par une sorte de quintessence littéraire qu'ils ont su injecter clans une œuvre profondément originale.
     L'Europe qui sert de cadre à tous les récits pourrait être celle d'Hoffmann, décalée dans le temps du rêve et l'espace SF. Buzzati et Gracq auraient pu rencontrer la Grande Fédération dans leurs propres paysages. C'est son histoire, jalonnée de guerres, d'invasions et de conquêtes que racontent — en filigrane — les dix-sept nouvelles de ce recueil 1. Peut-être les meilleures réussites sont-elle dues à une exploitation rigoureuse des thèmes traditionnels. Ainsi, dans Celui qui se faisait appeler Schaeffer, Mort pitoyable d'un oupire. Mon lieutenant... Et aussi à l'irruption discrète de la science-fiction dans quelques récits : Enfants perdus, perdus et Verso d'ailleurs...
     Mais cela a-t-il un sens ? Ces nouvelles sont en réalité dix-sept chapitres d'un roman historique — sans doute une des plus fortes « histoires rêvées » qui existe dans toute la littérature.

Notes :

1. Précédemment édité chez Julliard en 1968

Michel JEURY
Première parution : 1/6/1980
dans Fiction 309
Mise en ligne le : 1/5/2009


 

Edition DYSTOPIA (association), Les Fenêtres de la nuit (2013)


     Quand, voici quelques mois, les jeunes éditions Dystopia Workshop publièrent Le Prophète et le vizir (critique de Pierre-Paul Durastanti in Bifrost 67), la surprise fut de taille. On ne s'attendait pas le moins du monde à voir le couple Rémy revenir à l'écriture et publier de l'inédit. Il avait eu une assez belle carrière dans les années 70, dont plus d'un se serait satisfait, mais il semblait qu'elle fût désormais de l'histoire ancienne ; le métier de cinéaste institutionnel avait définitivement pris le pas sur la carrière littéraire des époux Rémy. Ils avaient donné trois livres, comptant parmi ce que l'imaginaire français a produit de meilleur, et une poignée de nouvelles de qualité. C'était il y a plus de trente ans. J'ignore comment la route de ces vieux auteurs a croisé celle de ce jeune éditeur, mais peu importe, il suffit à notre bonheur de lecteur que cela soit. Dystopia Workshop n'en est pas resté là ; il eut été dommage, en effet, de s'arrêter en si bon chemin.
     Dystopia Workshop a donc réédité le premier livre d'Yves et Ada Rémy, Les Soldats de la mer, initialement publié en 1968 chez Julliard, alors que votre serviteur se penchait sur son premier abécédaire... Entre temps, le livre a connu trois rééditions. Une première chez Seghers, en 1980, sous la houlette de Gérard Klein, dans l'éphémère mais réputée collection « Les Fenêtres de la nuit ». Une deuxième en 1987, au format de poche, chez Pocket, où il put être découvert à un prix modique par un large public. Enfin, Les Soldats de la mer prirent place au Fleuve noir, en 1998, dans la « Bibliothèque du fantastique », qui se voulait une collection de référence, mais ne connut pas le succès escompté... Tous les livres n'ont pas ainsi la chance d'être régulièrement remis à la disposition du public ; c'est un honneur qui se mérite.
     Ce roman est un fix-up. Un ensemble de nouvelles liées entre elles par une trame qui en fait un tout sous-titré « Chroniques Illégitimes Sous la Fédération ».
     Sur une Terre qui n'est pas la nôtre, aux nuits éclairées par deux lunes, dans une Europe qui ressemble à la nôtre, du moins à ce qu'elle fut avant la naissance des nations italiennes et allemandes, naît une fédération impérialiste de cités unissant à l'origine Lauterbronn, Laërne et Ozmüde, rejointes au fil de l'histoire par quatre autres capitales... Voici des histoires avant tout militaires, où la guerre est omniprésente, surtout peuplée de fringants officiers subalternes ; des guerres, des batailles, des régiments et des uniformes, des uniformes surtout. Un monde où les lignes de front restent bien dessinées et où, après cinquante ans de fédération, la guerre ne semble pas avoir évolué, comme entre Waterloo et Gettysburg. Voilà en guise d'esquisse de trame. Peut-être peut-on voir dans ce goût pour l'imagerie militaire, que l'on retrouvera dans cet autre chef-d'œuvre qu'est Le Grand midi, une orientation majeure de la carrière cinématographique ultérieure des Rémy, qui compte de nombreux films pour les armées.
     Chacun des récits composant le volume constitue une anecdote de cette époque où les événements fantastiques sont tout à fait communs. Doubles, vampires et fantômes hantent à foison le quotidien de ce monde à l'envers du nôtre. On peut passer à ses risques et périls dans un autre monde où ne luit qu'une unique lune. Des soldats de plomb ou de bois peuvent s'y animer le temps de changer le cours d'une bataille et l'avenir de ce monde...
     Les Soldats de la mer n'est pas sans évoquer, tant par les personnages que par le ton, le climat ou les qualités d'écriture, Le Rivage des Syrtes de Gracq, ou Le Désert des Tartares de Buzzati, et on y perçoit comme un petit quelque chose de Borges ou de Supervielle. Il est possible de rêver à une parenté moins élogieuse... D'autres récits auraient pu être écrits a posteriori, mais n'auraient rien apporté de plus. L'ultime nouvelle, « Fondation », est une forme de coda qui clôt définitivement le livre sur lui-même et l'ancre au cœur de la fantasy, dont il reste à ce jour l'un des plus magnifiques fleurons.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2013
Bifrost 71
Mise en ligne le : 2/4/2018




 
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