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L'Instant de l'éclipse

Brian ALDISS

Titre original : The moment of eclipse
Traduction de Bruno MARTIN
DENOËL, coll. Présence du futur n° 164
1er trimestre 1973
256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     * D'Europe en Afrique, il poursuivait cette femme.
     Mais qui était-elle ?
     Lui-même n'osait le dire.

     * Se pouvait-il qu'elle fût
     le symbole de la mort
     ou de quelques chose « d'autre » ?

     * Quand il l'a retrouvée,
     il a commencé à ressentir
     les symptômes d'un mal étrange :
     il avait l'impression d'être habité
     par une effrayante entité.
     De quoi, de qui s'agissait-il ?

Un recueil de nouvelles du célèbre écrivain anglais Brian Aldiss.


    Sommaire    
1 - L'Instant de l'Eclipse (The Moment of Eclipse), pages 11 à 32, trad. Bruno MARTIN
2 - Le Jour de l'embarquement pour Cythère… (The Day we Embarked for Cythera), pages 33 à 44, trad. Bruno MARTIN
3 - L'Orgie des vivants et des mourants (The Orgy of the Living and the Dying), pages 45 à 80, trad. Bruno MARTIN
4 - Des jouets pour l'été (Super-Toys Last All Summer Long), pages 81 à 91, trad. Bruno MARTIN
5 - Le Filou du village (The Village Swindler), pages 93 à 106, trad. Bruno MARTIN
6 - En redescendant la spirale… (Down the Up Escalator), pages 107 à 117, trad. Bruno MARTIN
7 - Entre l'art et la vie (That Uncomfortable Pause Between Life and Art...), pages 119 à 124, trad. Bruno MARTIN
8 - Confluence (Confluence), pages 125 à 133, trad. Bruno MARTIN
9 - Les Écrits secrets de Harad IV (Heresies of the huge god), pages 135 à 148, trad. Bruno MARTIN
10 - La Circulation sanguine… (The Circulation of the Blood), pages 149 à 186, trad. Bruno MARTIN
11 - ... et l'inertie du coeur (...and the Stagnation of the Heart), pages 187 à 202, trad. Bruno MARTIN
12 - Le Ver qui vole (The Worm that Flies), pages 203 à 225, trad. Bruno MARTIN
13 - Sur les chantiers astronavals (Working in the Spaceship Yards), pages 227 à 235, trad. Bruno MARTIN
14 - Svastika ! (Svastika !), pages 237 à 247, trad. Bruno MARTIN

    Prix obtenus    
 
    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
A.I. intelligence artificielle , 2001, Steven Spielberg (d'après le texte : Des jouets pour l'été)
 
    Critiques    
 
     Brian Aldiss est probablement un des écrivains les plus importants s'exprimant actuellement dans le domaine de la science-fiction. Il est, sans l'ombre d'un doute, un de ceux dont le talent est le plus protéiforme. A peu près en même temps que Report on probability A et Barefoot in the head, deux livres dans lesquels il explorait les frontières entre la science-fiction et le langage (pour reprendre une expression utilisée par Harry Harrison), il faisait paraître ce recueil de nouvelles, classiques par le mode d'expression mais remarquablement individuelles par les nuances de cette expression. Dans les quatorze récits du Iivre, il n'emploie guère qu'une fois un artifice d'écriture tant soit peu non conformiste (dans L'orgie des vivants et des mourants, des phrases distinctes du récit viennent fragmentairement couper le déroulement de celui-ci, et certains de leurs passages sont parfois repris pour suggérer un temps différent, qui peut se refermer sur lui-même).
     La nouvelle donnant son titre au recueil illustre une des préoccupations majeures d'Aldiss depuis plusieurs années : celle des rapports entre la réalité des choses et leur apparence. Cela relève d'un surréalisme désuet, si l'on veut, mais cela est aussi remarquablement poétique dans le traitement qui en est présenté ici. La narration est faite par un cinéaste aux goûts raffinés et peut-être décadents, qui est obsédé par une femme dont il suit inlassablement la trace. L'action est contemporaine — il est fait mention de jeunes nations africaines — mais le climat est celui de la fin du dernier siècle : le lecteur imagine sans peine quelque fragment de Mahler en guise de commentaire musical à ces pages, car cette musique convient parfaitement à l'interrogation très adroitement suggérée : qu'y a-t-il derrière les apparences ? Le narrateur n'explicite que celles-ci, et il reste au lecteur à s'interroger sur ce qui peut se trouver derrière elles. Le parasite biologique qu'un médecin diagnostique chez le narrateur serait-il un organisme extraterrestre, lié mystérieusement à l'énigmatique fugitive ? Cette dernière personnifie-t-elle la mort, ou la destinée, ou encore un idéal entrevu puis à jamais perdu ? L'auteur suggère tout cela, et d'autres points encore, tout en ayant l'air de porter son attention uniquement au récit que fait son personnage central. Ce même art de la suggestion anime subtilement Entre l'art et la vie, en apparence banal récit d'une rencontre fortuite et sans conséquence entre un homme et une femme. Cette dernière pourrait-elle être la belle-sœur du narrateur ? Et même si elle l'était, cela aurait-il une importance particulière ? L'auteur n'insiste aucunement là-dessus, et il laisse habilement le lecteur dans le doute : qu'y a-t-il derrière cette sorte d'instantané ? Et qu'y a-t-il derrière ce que voit la voyageuse anglaise qui accompagne son père malade aux Indes et qui rencontre Le filou du village, ce paria qui lui offre à vendre des parties de son corps — son cœur, qui pourrait remplacer celui du père... — et qui est qualifié de vulgaire escroc par ses compatriotes (ne propose-t-il pas une marchandise de mauvaise qualité, un cœur déjà défaillant) ? L'art de Brian Aldiss consiste à savoir inquiéter sans appuyer.
     Et il y parvient encore magistralement dans Le jour de l'embarquement pour Cythère. Il présente là un groupe d'humains, dont on se dit d'abord qu'ils sont évadés de quelque commedia dell'arte futuriste, puis qu'il s'agit peut-être de rescapés d'un holocauste nucléaire, puis que ces êtres en apparence insouciants doivent être menacés incessamment par les robots monstrueux évoqués au loin. C'est un récit où il ne se passe pas grand-chose, mais où un univers menaçant est suggéré à travers une sorte d'anecdote : un écrivain médiocre en aurait fait quelque chose d'ennuyeux ou de grotesque, mais Aldiss réussit au contraire à créer une beauté diffuse, d'autant plus captivante qu'elle reste grinçante et floue.
     L'orgie des vivants et des mourants est presque un fait divers dans une Inde future et agitée ; Sur les chantiers astronavals apparaît comme une variation mineure et ironique sur les rapports futurs de l'homme, de la femme et de la machine ; Des jouets pour l'été, une des nouvelles relativement conventionnelles du recueil, peut être rattachée au même motif mais par une direction tout à fait différente ; et on trouve l'obscurantisme d'origine religieuse, familier en science-fiction, dans Les écrits secrets de Harad IV, où Aldiss fait cependant intervenir un symbole assez clair avec l'idée de ce monstre gigantesque — qui n'est peut-être qu'une illusion — qui vient déséquilibrer notre Terre dont il écrase un continent à chacun de ses mouvements. La signification profonde de tels récits pourra être trouvée à des niveaux différents, en fonction des préoccupations du lecteur ; mais leur intérêt reste considérable, même si on n'en considère que la surface.
     La circulation sanguine, d'une part, ... et l'inertie du cœur, d'autre part, sont deux récits se rattachant au même thème : celui de la découverte de l'immortalité pour certains humains (et les deux personnages principaux du premier se retrouvent dans le second). Mais l'auteur, de façon caractéristique, ne place pas ce motif au centre de l'action — ni lorsqu'il évoque la découverte ni lorsqu'il en dégage certaines conséquences. C'est un épisode particulier de l'existence de ses personnages qu'il met en lumière, et le motif apparaît à travers les effets qu'il entraîne. Au contraire, le lecteur voit le narrateur s'éteindre lentement dans En redescendant la spirale — s'éteindre sans le réaliser. Cette fin déboucherait-elle sur un nouveau commencement, ou serait-elle peut-être manquée ? A nouveau, Brian Aldiss suggère sans trancher absolument. Il évoque au contraire, dans Le ver qui vole, l'étrange désarroi qui s'empare d'hommes devenus immortels, dans un futur lointain et après que d'étranges subterfuges ont été inventés pour dissimuler cette éternité (l'idée des hommes-arbres, peut-être inspirée de Tolkien, possède une grande puissance poétique).
     Svastika ! se déroule dans un univers parallèle où l'Histoire s'est déroulée telle que nous la connaissons, à un détail près : Adolf Hitler n'est pas mort à Berlin mais vit sous un faux nom à Ostende, où le narrateur vient lui faire signer un contrat en vue de la production d'un opéra rock retraçant la carrière du maître du Reich... Il y a là une satire mordante, écrite avec beaucoup d'humour, contre nombre de gens et de choses, à l'Est aussi bien qu'à l'Ouest. L'idée d'un Hitler octogénaire mais encore vert et virulent n'est pas moins pittoresque que l'espèce d'affection gênée que le narrateur lui manifeste.
     Confluence, enfin, n'est aucunement un récit mais un simple glossaire. Brian Aldiss s'est amusé à imaginer des racines verbales arbitraires et à les combiner entre elles pour tirer des significations suggérant des rapprochements cocassement incongrus. Il est dommage que le traducteur — Bruno Martin, dont le travail est d'autre part très soigné — n'ait pas jugé utile, après en avoir réalisé la transcription phonétique française, de les replacer dans l'ordre alphabétique français.
     Ce livre est un des meilleurs qui aient paru en traduction française avec la signature de Brian Aldiss. Il se distingue par la diversité des tons que l'auteur y adopte, et il est unifié par le caractère allusif de la plupart des récits qui le composent. Brian Aldiss démontre qu'il n'a nul besoin de se mettre au diapason des modes du moment pour confirmer sa stature d'écrivain authentique, et de créateur original dans le domaine de la science-fiction.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/9/1973 dans Fiction 237
Mise en ligne le : 23/7/2017


 

 
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